LA GAZETTE DE GREENWOOD
     n° 10

 SOMMAIRE  :

1 - Robert Johnson dans le film "Crossroads"
2 - Peetie Wheatstraw: influence majeure du blues
3 - Henri Salvador : joueur de  Blues
4 - Le trio de l'été 1999: Lonnie Brooks -Long John Hunter - Phillip Walker
5 - Keith Brown :  fidèle au country blues !
6 - Magic Buck: la magie du country blues
7 - Alain Décaune raconte: Robert Joston


Robert Johnson dans le film "Crossroads"
 

Date: Samedi 03 Juillet 1999
De: Uncle Lee <latailla@club-internet.fr>
 

J'ai enfin vu le film qui parle de Robert Johnson... ! "Crossroads" en Version Originale...

En effet, Robert Johnson est bien le fil conducteur du scénario qui est entièrement basé sur les 2 mystères qui planent au sujet de la vie du bluesman:
1 -  la recherche que fait le héros du film pour trouver  la trentième chanson de Robert Johnson (la légende prétendant en effet qu'un trentième titre écrit par le bluesman a disparu).
2 - le désir qu'a un vieux bluesman de se libérer du même pacte que Robert Johnson a passé avec le diable: l'échange de son âme contre le don du blues.
Ce contrat a été signé à un carrefour, et Robert Johnson a écrit la chanson "Crossroad", d'où le titre du film:  "crossroads"!

Les 2 premières scènes du film représentent Robert Johnson:

1ère scène (couleur sépia, Sony Terry à l'harmonica en fond musical) : un homme noir, bien habillé,  arrive à pied à un carrefour, une guitare sous le bras. Il regarde au Nord, au Sud, à l'Est, à l'Ouest... Il semble hésiter, ou chercher quelqu'un du regard.

2ème scène (en couleur, pas de musique): le même homme  marche dans le couloir d'un hôtel, s'arrête et frappe à une porte. Un homme blanc lui ouvre, le laisse entrer et lui demande si il a déjà enregistré. Comme le noir lui répond par la négative, il lui explique que ce n'est pas compliqué: il n'a qu'à se mettre en face du micro et se sortir les tripes.
L' homme  noir sort la guitare de  son étui, s'assoit et prend une goulée de whisky, puis il place un petit tube de cuivre autour de son petit doigt de la main gauche et, au signal de l'homme blanc qui lance l'enregistrement, entame un blues au rythme et à l'accent envoûtants:

J'suis allé au carrefour, j'suis tombé sur les genoux
J'suis allé au carrefour, j'suis tombé sur les genoux
J'ai demandé pitié Seigneur,
Aie pitié du petit Bob

J'étais là au carrefour,  j'essayais de faire du stop
J'étais là au carrefour,  j'essayais de faire du stop
Mais personne ne m'a pris
Personne ne s'est arrêté

Vous pouvez aller dire à mon vieil ami  Willie Brown
Vous pouvez aller dire à mon vieil ami  Willie Brown
Seigneur, que  je suis  au carrefour
Et je crois que je m'enfonce...

Ces  2  scènes se passent en 1936, et les suivantes se déroulent 50 ans plus tard.

Un jeune guitariste virtuose (il apprend la guitare classique dans une école de musique) ne rêve que de blues. Par exemple, une scène nous montre le passage d'un examen  où le guitariste termine une pièce de Mozart (la "marche Turque", interprétée par William Kanengiser) par un turnaround dans le plus pur style bluesy!  Il écoute entre autres Robert Johnson, et cette chanson "Crossroad" dans laquelle  le bluesman parle de Willie Brown. Après des recherches, il retrouve Willie Brown  (bluesman autrefois connu sous le nom de "blind Dog Fulton")  dans un hôpital où, vieux et malade,  il est interné à perpétuité pour meurtre...
Ce Willie Brown est bien sûr imaginaire, car celui de la chanson de Johnson est probablement le guitariste qui accompagnait Son House à cette époque, à moins qu'il ne s'agisse d'un autre personnage dont nous avons perdu toute trace.
Flash back: on découvre que Willie Brown (celui du film), suivant les conseils de Robert Johnson, a été au carrefour pour rencontrer l'assistant de Legba (satan vaudou) et faire un marché: il lui donne son âme et, en échange, il pourra jouer le blues aussi bien que Robert Johnson et Peetie Weatstraw.
Retour au présent : le jeune Eugène  et le vieux bluesman  font à leur tour un marché: le jeune doit emmener Willie à "Fulton's point" (près du fameux carrefour où Willie espère pouvoir rompre son contrat avec le diable), et en échange celui-ci lui apprendra le 30ème titre de Robert Johnson...
Tout le film raconte donc l'escapade au Mississippi des 2 personnages, avec le lot d'aventures musicales (notamment un super boeuf dans un bouge du Mississippi, avec Franck Frost à l' harmonica dans son propre rôle), sentimentales, comiques ou tragiques. Le vieux apprend la vie et le blues au jeune guitariste: "c'est Muddy Waters qui a inventé l'électricité", "y a qu'une école: le Delta", "le blues c'est un type qui flippe en pensant à la femme qu'il avait aimé".
Finalement, Willie avoue à Eugène qu'il ne connaît pas de trentième chanson de Robert Johnson... Eugène est furieux, mais il accepte  d'accompagner Willieau fameux carrefour (Grange Road, après Dockery), où ils rencontrent l'assistant de Legba qui leur propose un nouveau défi: un duel guitaristique entre Eugène et le guitariste attitré de satan. Si Eugène gagne, le contrat entre Willie et Legba sera déchiré, mais si il perd: Eugène offrira son âme à Legba...!
Le suspens est alors intenable (!), et nous avons droit à un duel-duo de guitares où on s'éloigne du blues pour écouter des envolées de virtuoses de la six-cordes: Steve Vai qui joue le rôle du méchant contre Steve Vai qui prête ses doigts à Eugène qui aurait probablement beaucoup de mal à suivre le rythme !
Dans le plus pur style cinématographique américain, le méchant semble gagner la partie quand soudain Eugène-Steve a une idée de génie: il joue sur sa Telecaster comme si c'était une guitare classique... C'en est trop, Satan-Steve n'arrive pas à suivre et jette sa guitare à terre...
Tout finit donc bien, le contrat avec le diable est déchiré et Eugène entame un boeuf avec Willie Brown, faisant danser toute l'assistance de diablotins!

Que dire de ce film? Bien sûr je  l'ai adoré et, même si il y a des longueurs, il y a  de vrais moments de bonheur: le vieux Willie qui joue de l'harmonica dans sa chambre d'hôpital, les images du Mississippi, les interventions de Ry Cooder en fond musical, le concert dans le bar, le boeuf final, etc. A noter que le titre "crossroad" de la deuxième scène du film est magistralement interprété par Ry Cooder (guitare) et Terry Evans (chant).

J'ai lu une critique considérant ce film comme un navet... L'auteur de cette critique est probablement (?) un grand cinéphile, mais ce n'est sûrement pas un amateur de blues! Car ce film, même si ce n'est pas un chef d'oeuvre du septième art, donne bien l'ambiance de ce qu'est et a été le blues. Cette espèce de quête du graal (la 30 ème chanson!) nous fait voyager au Mississippi, et la musique est bonne!
Film à voir donc, parceque ça parle de blues, parceque l'histoire est intéressante, parcequ'il y a des scènes mémorables, parceque les images sont belles, parcequ' on voyage dans le Delta du Mississippi, et parceque la musique est excellente!
Et après tout, c'est ce qu'on demande au cinéma: nous faire rêver un peu!
 

Références du film:
"Crossroads"  (titre français: "Le chemin de la gloire")
Columbia Films, production  Mark Carliner
Réalisateur: Walter Hill, en 1986
Avec Ralph Macchio (jeune héros par ailleurs de "Karaté Kid"!) dans le rôle du jeune guitariste blanc
et Joe Seneca dans celui du vieux bluesman noir.
Musique Ry Cooder (qui interprète tous les morceaux censés être joués par le kid Ralph, sauf le duel final interprété par Steve Vai).
A noter que Joe Seneca en plus d'être acteur, joue réellement de l'harmonica, notamment "Willie Brown blues" co-écrit et interprété avec Ry Cooder.

Remerciements à Docteur Blues, Marc Champagne, Pierrot Mississippi Mercier, René Malines et Daniel Patin pour leurs renseignements et leur aide dans ce qui fut ma quête du graal: voir le film "crossroads"!!

Bluesicalement vôtre

Uncle Lee

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Peetie Wheatstraw: influence majeure du blues
 

Date:Samedi  03 Jul 1999
 De: jocelyn richez <jrichez@hotmail.com>

Que signifie le point d’interrogation à côté du nom de Peetie Wheatstraw dans l’article d’Olivier « uncle Lee » sur le film crossroad ?
Quoi qu’il en soit, j’en profite pour vous donner quelques renseignements sur ce musicien incontournable dans l’histoire du blues, il aurait été l’une des influences majeures de Robert Johnson lui-même (mais aussi de beaucoup d’autres comme Big Bill Broonzy et Robert Nighthawks jusqu’à B.B. King). Sa popularité dans les années 30 et dans les ghettos noirs était énorme.  Beaucoup l’auraient imité à l’époque.
Peetie Wheatstraw est né William Bunch le 21 décembre 1902 à Ripley (Tennessee). Très vite sa famille s’installe dans l’Arkansas où il passe sa jeunesse et où sans doute il fait son apprentissage musical. Ce n’est qu’en 1927 qu’on retrouve sa trace à St Louis dans le Missouri sous le pseudonyme de Peetie Wheatstraw. Il s’impose très vite comme la vedette du ghetto noir de St Louis en tant que chanteur et pianiste, occasionnellement guitariste.
C’est aussi et surtout un extraordinaire compositeur qui a laissé une œuvre considérable : plus de 160 titres. Les textes ont un caractère social très prononcé, retracant bien la vie et les aspirations des noirs du guetto de St Louis dans les années 30. Les noirs de St Louis lui ont donné le surnom de « gendre du diable, shériff en chef de l’enfer ». Il enregistra à Chicago dans les années 30 pour le label Vocalion. Parmi les musiciens qui l’accompagnaient, il y avait notamment Lonnie Johnson et Kokomo Arnold (guitare) et Robert Nighthawk (harmonica). Il fut le plus gros vendeur de musique noire dans les années 30.
Sa mort en 1941 à la suite d’un accident de voiture est l’objet d’une polémique. Les morceaux enregistrés lors de son ultime séance semblent étrangement prémonitoires : dans « organ blues », Peetie annonce «viel orgue, tu as joué ton dernier morceau », dans « separation day » il annonce qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, dans « bring me flowers while I’m living », il avertit « ne m’envoyez pas de fleurs après ma mort/un cadavre ne peut certainement pas les sentir/et si je ne vais pas au paradis, ce n’est pas en enfer que j’aurais besoin de vos fleurs », enfin dans « Hearse man blues » (le blues du croque mort), il décrit en détail un enterrement (le sien ?)

Sources : articles de Gérard Herzhaft dans l’encyclopédie du blues et dans le livret qui accompagne le double CD « Peetie Wheatstraw : the blues » (Frémeaux et associés). Ce double CD qui est une sorte de « best of » est très intéressant, surtout pour les amateurs de blues d’avant guerre (la guerre 40), en particulier, il devrait réjouir les fans de Robert Johnson.

Jocelyn Richez

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Henri Salvador : joueur de  Blues

Date: Vendredi 16 Juillet 1999
de JPB <jpbourgeois@claranet.fr>
 

Bijour à tous.
J’ai eu l’occasion, ailleurs et en d’autres temps, de citer un de mes bons maîtres, Henri Salvador.
Chacun connaît le fameux « Blues du Dentiste », chef d’oeuvre immortel, la seule chanson que je me permette de hurler en fin de boeuf, après la dernière bouteille, juste avant de tomber raide défoncé.
Tout le monde sait (ou devrait savoir) que le Guyanais (et pas Martiniquais, comme il se plaît à dire) a commencé sa carrière comme guitariste dans l’orchestre de Ray Ventura.  En revanche, peu connaissent un 45 tours enregistré fin des années 50 et qui se nomme « Salvador Plays the Blues ».  Notre Henri s’étant cassé une guibole, son pote Boris Vian en a profité pour lui coller une gratte entre les mains en lui disant en substance: « maintenant que tu ne peux plus m’échapper, tu vas m’enregistrer un disque de jazz, et que ça saute ».  Ce qui fut dit fut fait et l’on convoqua le « grand » Pierre Michelot et sa basse, ainsi que le regretté Mac Kaki, alors batteur attitré du « grand » Club Saint Germain.
Trois titres furent gravés: « Salvador Plays the Blues » sur une face, « Don’t Blâme Me » et « Stompin’ at the Savoy », deux standards, sur l’autre face.
Pour faire comprendre ce que ça a donné aux amateurs de Jazz qui ont peu de chance de posséder cette galette:
c’est du Hamad Jamal Trio, mais avec une guitare au lieu de piano (et la voix de Nat King Cole en plus).  Plus bandant, tu meures. (ou alors tu sais pas bander) J’ai appris tout ce que je sais sur ce disque, c’est dire s’il est usé depuis longtemps (c’est dire s’il ne sait pas grand chose diront certains). Malheureusement, les directeurs artistiques des maisons de disques ne s’appellent plus Boris Vian (mon second bon maître). Il faudra donc attendre la disparition du musicien pour qu’une réédition soit jugée indispensable par les connards actuels.
Dis donc, Oli, je suis dans le sujet aujourd’hui?
Histoire de faire râler Oli, je vais vous dire pourquoi beaucoup croient que « le » Salvador il est Martiniquais.  C’est que, dans la chanson « Maladie d’Amour », il utilise du créole Martiniquais.

Pichemin’, mini piti
I piti tou piti
C’est an ti serpent rage
Mes anmi méfié li.
Quan li tet’ li en l’ai’
Veye gadé lang li
En bout li c’est la mo’
Cemitié en ba ter
En bout’ li c’est la mo’
Cemitié en ba ter
Maladi d’amour
Maladi des amoureux
Doudou si ouaimé moin
Ou a maché de’ier moin

Un Guadeloupéen aurait dit: « Lè i tet’ li en l’ai’ au lieu de « Quan li tet’ li en l’ai’ » Un Guyanais: moin ja pa bien conait’ créol antillai, alo ou pensé, créol guyan’...??

Pichemin’ est minuscule, tout petit, tout petit.
C’est un petit serpent venimeux, méfiez vous-en mes amis.
Surveillez sa langue quand il dresse sa petite tête.
La mort, l’enterrement au cimetière sont au bout.
Maladie d’amour, maladie des amoureux.
Chéri(e), si tu m’aimes, tu n’as qu’à me suivre.






Jean-Pierre "Lbop" Bourgois

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Le trio de l'été 1999: Lonnie Brooks -Long John Hunter - Phillip Walker
 

Date Samedi 24 Juillet 1999
De:  jocelyn richez  <jrichez@hotmail.com>
 

Je viens de découvrir le CD «Lone star shootout» du trio Lonnie Brooks – Long John Hunter – Phillip Walker sorti sur le label Alligator (ALCD 4866) dont la sortie est pour moi l’un des événements majeurs de cet été 99. Ma première surprise fut de voir qu’il s’agissait en fait de plus qu’un trio puisqu’on retrouve un quatrième guitariste sur 2 titres, et pas n’importe qui, Ervin Charles, grande révélation de l’édition 97 du festival de blues d’Utrecht.
Lonnie Brooks (Utrecht, le 22/11/97)Alligator a eu la bonne idée de revenir à un concept (réunion de musiciens) qui fut couronné de succés il y a quelques années avec des CD remarquables comme Harp attack en 1990 (avec James Cotton, Junior Wells, Carey Bell, Billy Branch plus un jeune pianiste : Lucky Peterson) et Showdown en 1985 (avec Albert Collins, Robert Cray et Johnny Copeland). Attention, on ne retrouve pas ici des musiciens réunis ponctuellement dans le but de réaliser une bonne affaire commerciale, mais quatre amis de plus de quarante ans tous issus de la même région à la frontière entre le Texas et la Louisiane dans la zone entre Beaumont, Port Arthur et Lake Charles. Ces quatre vétérans, survivants de la formidable scène du «gulf coast blues» des années 50 (il y en a d’autres en pleine forme comme Roy Gaines, Pete Mayes, Joe «guitar» Hugues ou Clarence Hollimon), s’étaient déjà retrouvé réunis sur une même scène à l’occasion du mémorable festival d’Utrecht 97.

Long John Hunter & Ervin Charles, Utrecht, le 22/11/97Pour la petite histoire, sachez que c’est Ervin Charles qui est à l’origine de la vocation musicale de Long John Hunter. L’anecdote date de 1953. A l’époque, Ervin Charles propose à Long John Hunter de l’accompagner à un concert de B.B. King. Compte tenu du prix de l’entrée relativement élevé (1,5 dollar) pour l’époque (surtout pour un type qui n’est ni fan de blues ni de B.B. King), Long John Hunter n’était pas très motivé. Ervin Charles l’a alors presque traîné de force, allant jusqu’à lui payer le fameux billet. Bien lui en a pris, puisque ce concert a été pour Long John Hunter une révélation qui a bouleversé sa vie. Dès le lendemain, il achetait une guitare et on connait la suite. Sachez enfin que Long John Hunter a récemment remboursé sa dette (avec ou sans intérêts ?) à Ervin Charles 45 ans après !

Phillip Walker, Utrecht, le 22/11/97Phillip Walker et Lonnie Brooks ont en commun d’avoir fait partie du groupe de Clifton Chenier, «king of zydeco». Phillip Walker et Long John Hunter ont fait partie du même groupe entre 1956 et 1958. Ensuite, Long John Hunter a rejoint le groupe de son pote Ervin Charles, les «Hollywood Bearcats». A l’époque, Lonnie Brooks s’appelait encore «guitar junior» et son idole était Ervin Charles.

Pour revenir au CD, il s’agit de la réunion de bons chanteurs de blues et surtout de quatre remarquables guitaristes aux jeux différents, du Chicago blues urbain de Lonnie Brooks au jeu plus rural de Long John Hunter et Ervin Charles en passant par le jeu plus sophistiqué (parfaitement adapté à sa voix soul) de Phillip Walker. Ils sont soutenus au saxophone et à l’harmonica par Kaz Kazanoff. La complicité entre les quatre musiciens semble parfaite, personne ne tente de se la jouer « perso » et de tirer la couverture à lui à la manière de Joe Louis Walker dans le trio acoustique qu’il forme avec Matt « Guitar » Murphy et Billy Branch. Tous les morceaux sont très marqués par les années 50, la musique de leur jeunesse qui va du swamp blues (époque Excello) avec les titres comme « bon ton roulet », « alligator aroud my door », « this should go on forever » et « born in Louisiana » au Texas Blues (façon T-Bone Walker) avec le titre Street walking woman » en passant par le rock & roll avec les titres « Roll, roll, roll », « boogie rambler » et « You’re playing hooky ». On retrouve un inédit de Lonnie Brooks « Feel good doin’ bad » avec une remarquable prestation de Kaz Kazanoff à l’harmonica, deux titres qui étaient au répertoire des « Hollywood Bearcats » : « born in Louisiana » et « two trains running » et une reprise de B.B. King « Quit my baby » qui doit être un hommage au roi qui fut une influence majeure pour les 4 gaillards. Bref, si sur les 15 morceaux de CD, on pourra toujours reprocher qu’il n’y a pas beaucoup d’inédits, il n’y cependant aucun des grands standards mille fois entendus style « sweet home Chicago » ou « the thrill is gone ».
 

Long John Hunter au New Morning, le 6/5/98En conclusion, ce « Lone.star shootout » du trio Lonnie Brooks – Long John Hunter – Phillip Walker est un bon CD qui va ravir les amateurs de guitare blues, même si je le trouve moins flamboyant que l’exceptionnel « Grand union » réunissant Otis Grand, Anson Funderburgh et Debbie Davies. Il reste à espérer que l’on pourra voir prochainement les quatre musiciens sur une scène françaises, sachant que Long John Hunter et Lonnie Brooks sont deux formidables showmen, ce n’est pas René (NDLR: René  Malines, président de "Travel In Blues)" qui me contredira car je pense que la prestation de Long John Hunter au New Morning en mai 1998 est restée gravée dans nos mémoires.

Enfin, j’ajouterai un petit topo de présentation sur Ervin Charles; Autant je pense que les trois autres: Lonnie Brooks – Long John Hunter – Phillip Walker sont bien connues des amateurs de blues (ils sont notamment tous les trois passés plus ou moins récemment sur la scène du New Morning à Paris), autant je pense qu’Ervin Charles est méconnu du public français, à vrai dire, je pense que sa réputation n’a guère dépassé les frontières de la Louisiane et du Texas. Une bonne raison à cela, c’est que contrairement aux 3 autres, il n’a pas beaucoup voyagé (notamment en Europe) et qu’il n’a pas beaucoup enregistré non plus. Il est né en 1932 à Port Barre en Louisiane.  Comme Lonnie Brooks et Phillip Walker avant de jouer du blues, il commença par le zydeco, si populaire dans cette région. Son premier instrument fut le rubboard, il passa ensuite à l’accordéon puis à la guitare. C’est à Beaumont, Texas en 1949 qu’il fit la connaissance de Long John Hunter qui était un collègue de travail dans une fabrique de carton de la ville. Ervin Charles monta alors son propre groupe: les « Hollywood Bearcats » dont le line up comprendra outre Long John Hunter, Guitar junior alias Lonnie Brooks, Phillip Walker et Lonesome Sundown. Le groupe qui tourna entre Beaumont , Lake Charles et Port Arthur obtint une bonne réputation locale.  Ervin Charles se fit ensuite connaître comme étant le parrain des frères Winter, Edgar et surtout Johnny. Aujoud’hui, on peut dire en parlant de Johnny Winter que l’élève a dépassé le maître, mais je crois que le maître (Ervin Charles) n’a pas dit son dernier mot. Ervin Charles surnommé « the bluesman of Beaumont » doit si ma mémoire est bonne posséder un club à Beaumont. Il est actuellement accompagné par un groupe nommé « the Nite Riders » ; il comprend Edgar Foster à l’orgue, Harold Andrews à la basse et Israel Charles à la batterie. Sa guitare est une stratocaster et il aime particulièrement jouer des blues lents dans le style Albert King.  Pour plus de renseignements concernant Long John Hunter, je vous renvoie à l’excellente interview parue dans Travel in Blues n°22.
 

Jocelyn Richez

NDLR: les photos sont de Jocelyn Richez:
- Lonnie brooks, Utrecht, le 22/11/97 (set de Long John Hunter & guests – grande salle)
- Long John Hunter & Ervin Charles, Utrecht, le 22/11/97 (set d’Ervin Charles – petite Salle)
- Phillip Walker, Utrecht, le 22/11/97 (set de Long John Hunter & guests – grande salle)
- Long John Hunter au New Morning, le 6/5/98

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Keith Brown :  fidèle au country blues !

Date:Samedi  31 Jul 1999
De: « jocelyn richez » <jrichez@hotmail.com>
 

Le delta blues acoustique n’est pas mort !
Nous en avons eu la preuve avec le venue de Keith Brown au Bottleneck le jeudi 29 juillet. Je peux d’emblée vous annoncer qu’il n’a pas changé (si ce n’est qu’il n’avait pas son fameux pull), il est toujours aussi abordable, son répertoire est toujours fait de country blues (avec Keith Brown  au Bottleneck le 29 Juillet 1999quelques compositions personnelles en plus), sa voix est toujours aussi magique (j’ai particulièrement apprécié sa version acapella du titre de Son House «Grinnin in your face»). Si son jeu de guitare privilégie le bottleneck (l’endroit n’a rarement aussi bien porté son nom), son jeu en fingerpicking n’en est pas moins subtil. Et il n’a pas oublié de sortir son kazoo pour reprendre « San Francisco bay » de Jesse Fuller. Il nous a présenté non seulement un bon concert de blues mais également un voyage dans le temps, nous emmenant avec talent au cœur du delta à l’époque des pionniers du blues, dépoussiérant des morceaux de Skip James, Furry Lewis ou Jessie Mae Hamphill que l’on n’a pas souvent l’occasion d’écouter. Le plus étonnant est que Keith Brown n’a que 35 ans.
J’en ai profité pour discuter assez longuement avec lui, et pas seulement de blues car je me suis aperçu qu’il s’intéressait beaucoup à l’informatique et en particulier à Internet. J’en ai profité pour faire de l’autopromotion pour mon site ainsi que pour la Gazette de Greenwood, je pense que les articles sur Robert Johnson vont beaucoup l’intéresser (il est aussi reparti avec le dernier numéro de Travel in blues). Pour en savoir plus sur Keith Brown, je vous donne aussi l’adresse de son site :
http://www.bluesonstage.com/keithbrown/home.html on y trouve sa biographie, un interview, ses dates de concerts (on se rend compte qu’il a notamment joué au B.B. KING’s club sur Beale street pour un hommage à Bukka White), des photos et la présentation de son CD avec des extraits musicaux !
Aussi, j’ai pu enfin me procurer son premier CD « walking on muddy waters » (enregistré en France en 1996, cocorico ! ! !) dont la présentation sous forme de boite de camembert est originale mais pas pratique pour le rangement.
Après sa semaine passée en France, il repartira pour les Etats Unis et  son fief à Memphis, mais mettra rapidement le cap vers la Floride, à West Keith Brown au Bottleneck le 29 Juillet 1999Palm Beach (le site web indique Lake Worth) où il a été engagé de manière permanente dans un club local, le «Bamboo room». Il y jouera 4 soirs par semaine soit en solo, soit en groupe avec une formation comprenant une deuxième guitare (acoustique), une contrebasse et une batterie. Il m’a bien précisé qu’il poursuivra dans le même style et qu’il conservera le même type de répertoire. Me voilà rassuré !
Il va donc «passer à la vitesse supérieure» et abandonner son travail (administratif) à l’université de Memphis. La sortie de son deuxième CD est prévue à l’automne. Il ne m’a pas dit ce qu’il nous réservait pour la présentation (je suppose que ce sera plus classique), j’espère seulement qu’il sera mieux distribué.
A+
Jocelyn

PS: Le livret du CD "Walking on muddy waters" est en Français. Chacun des 15 titres y est commenté. Notamment pour Travellin Riverside Blues d’un certain Robert Johnson, il explique qu’à  la suite de sa prestation au festival de Memphis en 96, ces enfants qui  étaient présents (ils étaient alors âgés de 8 et 10 ans) lui ont demandé ce que signifiait la phrase « You can squeeze my lemon til the juice run down my leg » !
 De plus,  il faut mentionner la collaboration de Vincent Bucher à l’harmonica sur 2 titres.

photos de Jocelyn Richez: Keith Brown au Bottleneck le 29 Juillet 1999

Keith Brown  avec Jocelyn au Bottleneck le 29 Juillet 1999

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Magic Buck: la magie du country blues
 

Date:Dimanche 1er Août 1999
De: Oncle Oli  <latailla@club-internet.fr>

Dés les premiers accords du premier titre du premier album de Magic Buck , on sait à quoi s’attendre: c’est du country blues!
Du pur country blues, dans la plus grande tradition musicale du Delta du Mississippi , et pourtant il y a 16 compositions sur les 18 titres qui composent l’album "Bootstompin' the Blues"!

Qui est Magic Buck?

Magic Buck alias Buck Langlois, né en 1965, écrit et chante en anglais U.S., mais c’est un petit gars bien de chez nous... Autodidacte, il a commencé par jouer de la basse à 15 ans et la guitare l’a pris à 24 ans, en 1989.  Artiste professionnel depuis 1991, il a joué dans des groupes (blues et country, Chicago blues) jusqu’ en 1997 avant de décider de s’orienter vers la musique dont ce premier album est une sorte d’extrait pur jus: le country blues.
Il a rencontré des prestigieux musiciens qui ont reconnu en lui un des leurs. Corey Harris en personne l’ a apostrophé: "Hey, we’re National Freaks!"  (traduction plus qu’ approximative: " Hey, nous sommes des phénomènes de la guitare acoustique!"  ). B.B. King  l’ a honoré d’un "I heard you, son, you sound good"  (traduction approchante: "Je t’ai entendu, gamin, tu joues bien" ).
 

Influences

Homme-orchestre, Buck Langlois  nous offre un véritable festival de ce blues rural né au début de ce siècle et qui a tant influencé toutes les musiques qui suivirent.  Magic Buck cite ses maîtres: Charlie Patton, Son House, Fred McDowell, Robert Johnson, Big Bill Broonzy... Et leurs "descendants" : Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Jimmy Reed, John Lee Hooker.  En résumé, Magic Buck puise son inspiration dans les racines du blues!  Les 2 reprises de ce disque sont "Little Red Rooster"  de Willie Dixon et "Love In Vain"  de Robert Johnson. A noter, à propos de ce dernier titre, l’ interprétation à la fois osée (Magic le joue en open-tuning au bottleneck, alors que c’est un des morceaux que Robert Johnson enregistra en accord standard sans slide!) et respectueuse de l’esprit mélancolique de ce chant d’amour.
Les autres morceaux sont tous des compositions de Magic Buck, et nous montrent qu’on peut encore faire simple, pur et beau pour peu qu’on ait le feeling et l’inspiration. Et Magic Buck n’en manque pas!
 Côté texte, Magic Buck reprend aussi la tradition des blues originels en nous racontant des événements de sa  vie, ses joies et ses peines: son fils (Baby boy Child), la trahison d’un ami (Never trust your friends), ses amours (I Got a Gal), l’orage qui a détruit sa maison (Hailstone blues), le racisme (White Stud and Black Mare), etc.

Instruments:

Côté instruments, pas de froufrous inutiles: guitare + harmonica + Tambourine Footstool Bootstamp !
Ce dernier instrument est une invention personnelle de Magic Buck, un peu comme on imagine le genre d’instruments que se bricolaient les premiers bluesmen du Mississippi: c’est une planche de bois et un tambourin fixés à un tabouret, sur laquelle on tape du pied pour donner le rythme. Génial, non?!
L’harmonica est un Tombo «  Lee Oskar «  et prouve que quand on aime on apprend vite, puisque Magic Buck s’ y est mis il y a seulement 2 ans!  Côté guitares il y a du métal (une superbe National «  Duolian «  de 1931 ramenée d’un périple aux USA) et du bois: Gibson L-00 Blues King (pour le finger-picking), Gibson Dove (pour le flat-picking) et Ibanez 12 cordes. Les connaisseurs apprécieront le choix des armes!

Le disque "  Bootstompin’ the Blues " :

CD de Magic Buck: Bootstompin' the BluesL’album a été enregistré dans son appartement (dont on entend le parquet craquer!), sans overdubs, ni midi-files, ni samples. Seul matériel: un tabouret, un tambourin, une guitare, un harmonica, une voix. C’est Patrice " Lézard"  Lasartigues qui a assuré cet excellent enregistrement.
Pour citer René Malines (Travel in Blues, Novembre 98): " un tel disque ne dépareillera en aucune façon la collection du véritable connaisseur" . En effet, et ajoutons que cet album séduira nombre de personnes qui n’ont que trop  rarement l’occasion d’entendre du bon blues acoustique.  Patrick Verbeke ne s’y est pas trompé, puisqu’il a inséré 2 titres de Magic Buck dans son premier volume d’ Hexagone Blues (Voir "La Gazette de Greenwood"  n° 6).

Bref, je vous donne mon opinion, et vous l’avez compris: le disque "Bootstompin’ the Blues"  de Magic Buck est à posséder impérativement dans votre phonothèque personnelle!
Et si Buck Langlois passe pas loin de chez vous (dans un rayon de 500 km), n’hésitez pas: annulez tout le reste et précipitez-vous pour l’écouter!
En attendant, il faut aller voir son site (photos, extraits, textes) sur http://perso.wanadoo.fr/bluesbuck/ .

Bluesicalement vôtre
Oncle Oli

références:
" Bootstompin' the Blues " : CD French Blue FB 74651, disque autoproduit, à commander sur le site internet de Magic Buck ou à l'adresse ci-dessous.
" Hexagone Blues ": CD DixieFrog DFGCD 8487, compil " blues français" , en vente chez tous les bons disquaires.

contact: French Blue, c/o Buck Langlois
12 impasse François Giaume 83200 Toulon
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Alain Décaune raconte: Robert Joston

Voici une nouvelle piste pour en savoir plus sur le fameux bluesman qui fut assassiné un certain 16 Août 1938 à Greenwood, à savoir notre vénéré Robert Johnson.
J’ai eu cette révélation Dimanche dernier alors que, écrasé sous le soleil breton, allongé sur le sable blond de la pointe de Penvins (Morbihan), je lisais le livre de Georges minois: « Anne de Bretagne ».
Notez au passage que je ne bronze pas idiot ;-)
Avant tout, je vous donne la définition du panetier: « officier chargé de la garde et de la distribution du pain à la cour d’un souverain ».  Jusque là, vous vous en tamponnez pas mal, mais lisez ce qui suit, extrait du livre « Anne de Bretagne », page 382:
« La duchesse (NDLR: Anne) trouve le temps d’envoyer son panetier Robert Joston à Blois pour tenir sur les fonds baptismaux le nouveau né de maître Théodore, médecin du roi (12 Juillet 1498) ».
Etonnant non? Pas besoin de vous faire un dessin: le vieux françois « Joston » s’est américanisé en « Johnson » quelques siècles plus tard.
Je continue mes recherches pour savoir comment un panetier blanc a pu donner un descendant bluesman noir, mais je vous tiens au courant dés que j’ai retracé l’arbre généalogique en question.

Alain Décaune (historien, fin du XXème siècle-début du XXIème siècle)

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