La Gazette de GREENWOOD
n°23 (Septembre 2000 )

retour haut de page


festival de Cognac:
The blues is alive, et moi avec

Franck Ash (Cognac 2000)

Date: 25 août 2000
De: Christophe Godel <christophe.godel@freesbee.fr>
photos: portraits de Jocelyn Richez <jrichez@hotmail.com>, musiciens sur scènes de Christophe Godel

Une ville, un festival, du bonheur...Voilà ce que j'ai à dire du festival Blues Passions de Cognac. Sur ce, je vous laisse... @+... non? bon d'accord, d'accord, je vais vous en dire un petit peu plus !Voilà ce que j'en ai pensé de ce festival, alors place aux artistes d'abord !!

Jeudi, de Paris je débarque directement au Camping. On dirait que je ne suis pas seul à venir pour le festival ! Après une installation rapide mais non moins efficace, je trace en direction du centre ville, histoire de repérer toutes les scènes et les bars qui animeront la ville ! Ensuite, je prends position dans les superbes jardins publics de Cognac où se trouvent la majorité des scènes. A 16h30 débute CatFish Keith sur la petite scène nommée l'Eden Blues. Cette scène accueillera
tous les artistes acoustiques.
Catfisk Keith (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) CatFish Keith, un inconnu pour moi, et la première claque du festival !! Ca commence sacrément bien !! Un jeu de guitare puissant mais fin, avec ou sans bottleneck, c'est une musique endiablée, enivrante et pleine d'originalité qui nous submerge. De plus, le personnage est très attachant, et le public en redemanda plus d'une fois. Bref du sacrément bon Country-Blues.
Et sa nouvelle guitare national est d'une beauté ! et qui sonne si bien ! (pour les spécialistes, sur son album il est indiqué que ce serait une National Reso-Phonic Baritone Polychrome Tricone) !Après plus d'une heure de plaisir sous un soleil qui tente timidement de s'imposer, j'en viens à serrer enfin les mains de René (qui filmait pour Blues TV), Jocelyn et Didier.
Direction le stand Travel In Blues. Ensuite, on prend position dans la cour du Musée de Cognac, où se trouve la scène nommée Swing Cognac. Une scène bien plus grande que l'Eden Blues, avec beaucoup de place pour le public. Sur la gauche de la scène, un bar est installé où on peut goûter au fameux Cognac Tonic et autres boissons enivrantes !
Candye Kane (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Là, Candye Kane va faire son apparition. Sa première apparition. Tout comme Guy Davis, elle aura rythmé mon séjour à Cognac. Jocelyn me briefe sur le personnage et sur sa jolie pianiste (Lisa Otey). On les voit toutes les deux dans la cour du musée entrain de discuter, on voit son guitariste (Michael Fiume) également, son trompettiste. Tout ce petit monde est là avant de passer en coulisses.
Et là, un super concert commence avec ce personnage haut en couleur qu'est Candye Kane. Une sacré belle voix, une présence sur scène et un sourire qui hypnotise une foule entière. Sa musique est vivante, gaie, rythmée. Elle chante même en Français. Le public lui réserva un accueil extraordinaire. Ses musiciens furent vraiment tous très bon, son guitariste possède un jeu sans démesure mais efficace. Et puis il y a Lisa, une pianiste excellente, et on le verra plus tard, une très bonne chanteuse aussi, avec une présence tout aussi importante que Candye.
Avec Candye, le soleil décida de s'installer définitivement. Seul ombre au tableau, la sonorisation qui n'était pas au niveau des jours suivants. Et puis également, la majorité des gens suivirent ce concert (et les suivants) assis devant cette scène. Tout de suite, on perd une certaine folie. Uniquement au rappel, les gens se sont levés, et tout de suite l'ambiance fut plus chaude. Ce fut la même chose pour Franck Ash le lendemain.
Deux concerts, deux découvertes, décidément ce premier jour tenait toutes ses promesses. Le temps de se restaurer un peu, et d’errer parmi les stands des Luthiers, et la grosse artillerie allait débarquer sur la scène principale, le Blues Paradise.
Mais avant, de nouveau un petit tour sur la scène de l'Eden Blues où s'exprimait avec passion et entrain les français des Bluesbreakers. Guitare, Basse (et Harmonica), Batterie (et chant), voilà leur formule à ces excellents musiciens. Ca chante super bien, ça joue bien, très bien même, et fort, très fort même ! Il y a eu de tout, du SRV plus Vaughien que jamais à du Clapton plus claptonien, tu meurs, avec des errances ici ou là très intéressante ! Bref, du bon blues-rock électrique des familles qui pulse ! Ce groupe est d'un vivifiant... A mettre entre toutes les bonnes mains.
Robert Lockwood Jr (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Mais vers 21h devait débarquer Robert Lockwood Jr. Enfin pas tout de suite, comme chez BB King, son grand orchestre (cuivres, piano, orgue, guitare) fit quelques morceaux, avec chacun son petit solo. Puis la légende arriva.
La partie du concert la plus passionnante fut, pour moi, celle où il joua seul, seul et sa 12 cordes, comme au tout début de l'Histoire. Là, je fus sous le charme, charme qui ne dura pas assez longtemps. Mais ça fait quand-même quelque chose d'avoir vu ce gars là, vu tout ce qu'il représente !
C.J. Chenier (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) A peine le temps de squatter sur l'herbe devant la scène que la troupe décapante de C.J. Chenier lança la fête dans les jardins publics de Cognac. Son zydéco fit mouche. Il voulait que ça danse, et je crois bien que ça dansait de partout !
Quelle ambiance, quelle vie ! Ah ça, on se sent vivant après un concert de Zydeco de Sieur Chenier. Et lui aussi, il devait se sentir bien, car il ne voulait pas partir ! Son pauvre washboard man n'en pouvait plus à la fin !!
La première nuit devait se terminer comme toutes les autres, au Blues des Anges, où avait lieu un concert des excellents belges de Last Call ! Malheureusement, il y avait énormément de monde, et il faisait très chaud dans cette petite salle. Je n'en ai pas vraiment profité. A l'extérieur de la salle, il y avait un bar où tout le monde se retrouvait, festivaliers, artistes, etc. C'était vraiment sympa !
Et ensuite, ça finissait toujours en méga bœuf jusqu'au petit jour !!



 
Le lendemain, je ne fis mon apparition sur le festival qu'en début d'après midi. Au château de Cognac, Candye Cane devait faire une nouvelle apparition, en duo avec sa pianiste Lisa Otey ! C'est dans la salle des Etats du château, une salle renaissance, magnifique, que devait avoir lieu ce concert extraordinaire. Lisa commença seule, piano, chant, sans micro, son Blues remplit cette salle à merveille ! De suite, en parfaite osmose, le public accueillit chaleureusement Candye Kane. Egalement, sans micro, elle envoûta tout son monde. Elle chanta certains titres de la veille, mais aussi de la country, car elle vient de là à l'origine, mais aussi de superbes chansons de grandes chanteuses (dont j'ai oublié les noms!). Plusieurs standing ovation à la clef, elle en fut très touchée! elles en furent très touchées ! Je crois qu'elles ont pris un immense plaisir, tout comme les privilégiés de ce concert !
Cerise sur le gâteau, le château offrit une dégustation gratuite de son Cognac à tout le monde !!
Guy Davis (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Voilà une nouvelle journée qui commençait de nouveau bien ! On finit par s'y habituer ! A l'Eden Blues devait se produire l'autre grande figure de ce festival de Cognac : Guy Davis ! Première apparition en France aussi ! Il est tombé amoureux de la France, enfin de Cognac en tout cas, et du Cognac- Et nous de lui. Je pense que tout le monde a adoré ce type au charisme énorme, plein d'humour, qui se baladait parmi les festivaliers, toujours disponible. Il discutait avec tout le monde, essayait les guitares des Luthiers. Le genre de type qui a besoin de rencontrer du monde, de partager des choses. Il ne refusait jamais une occasion impromptue de jouer l'harmonica ou de sa guitare, avec des artistes connus ou non. On pouvait le croiser partout dans Cognac, comme beaucoup d'autres artistes.
Son blues est originel et original, du vrai country blues, sur 6 ou 12 cordes, avec harmonica ou non. Il aimait expliquer ces chansons, et certaines étaient vraiment sensibles et magnifiques. Je ne saurai trop conseiller cet artiste !
Et comme un bonheur ne vient jamais seul, devait suivre un des artistes que j'attendais le plus personnellement. Je l'ai vu boeufer mais je ne l'avais jamais vu sur un concert entier. Il devait jouer à 18h15 sur la scène du musée de Cognac, Swing Cognac. Mais à 18h15, il y avait Chip Taylor qui se préparait ! Qu'est-ce qu'il faisait ici celui là ! et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il faisait au festival tout court !! J'appris plus tard par Jocelyn et Nathalie "Ash addicted" Dazin que notre "Franck Ash à nous qu'on a ", avait pris du retard à la conférence de presse, et que du coup, les organisateurs avaient décidé de faire ce concert improvisé. Donc, les gens assis sous le soleil, dans la cour du musée, écoutèrent la musique de Chip Taylor. Chip Taylor est un songwriter, loin du blues. Il nous distillait des ballades country/rock, faisait son autopromo constamment en racontant que tel titre fut Numéro 1 dans les charts américains, que son ami Johnny Cash repris une de ses chansons, etc. etc. (légèrement gavant) Il était accompagné de l'ancien guitariste de Van Morrison. C'est bien mais ce n'était pas ce que j'avais envie d'entendre à ce moment précis. Certes, c'est le créateur du fameux "Wild Thing", mais bon... Ca ne rentrait pas dans le cadre de ce festival.
Franck Ash et Alex
Schultz(Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Mais finalement, Franck Ash et son band apparût ! Du coup, en même temps que lui, d'autres concerts allaient commencer. Ses réglages ont du être refait à la hâte, etc. Mais il le donna son concert ! Accompagné par deux cuivres (dont je n’ai pas retenu les noms), et ses musiciens habituels ! Et quels musiciens ! enfin tout ça pour dire que le soul blues de Franck Ash m'a achevé ! Ma permanente n'a pas tenu :-)) Voilà, comme on dit avec mes potes, Franck Ash est un "Gros Dieu", ce qu'il fait est génial, et c'est un grand guitariste. Et puis sa section rythmique est vraiment impeccable et puis, c'est bien connu, un Gros Dieu ne se ballade jamais seul : Lionel Gaget, son pianiste, est vraiment excellent. Je l'avais vu boeufer, mais là, ce fut aussi une grande révélation. Il est très très fort, et créatif en plus, vraiment. Même Franck Ash semblait ébahi sur scène parfois, c'est du moins ce que je ressentais aux regards qu'ils s'adressaient ces deux là.
Bref, ce concert fut un vrai régal. Au rappel tout le monde se leva enfin ! Et Franck décida d'aller faire un petit tour dans la foule pendant un solo endiablé !
Bon, voilà, au cas vous n’auriez pas suivi, j'ai bien aimé ce concert !!
Du coup, je n'ai vu que la fin du concert du pianiste Steve Big Man Clayton (il parait que je lui ressemble, hum!). Un sacré bon pianiste !! J'appréciai d'autant plus son show de Dimanche matin que j'ai pu suivre en entier cette fois !
Chris Thomas King (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Mais à 21h devait débuter le concert particulier de Chris Thomas King ! Particulier, parce que Chris Thomas King soulève de nombreuses polémiques parmi la communauté blues : Quelle idée d'inclure du rap sur du blues ! J'allais pouvoir juger sur pièces ! Finalement, je ne fus pas choqué. D'accord, on se demande ce que ça vient faire là, mais bon, j'ai entendu pire. En fait, Chris Thomas King connaît la musique ! Moi, j'ai entendu du blues, du vrai blues, acoustique ou électrique, et je peux dire qu'il connaît son Blues. Mais il connaît aussi son rap, son rock'n'roll, son rock (tendance pearl jam), même sa fusion (rock pas jazz) ! Voilà, ce type fait de la musique, et bien ! il est passé de son rap blues, de Johnny Be Goode à Mannish Boy, sans problème et sans états d’âmes. Son batteur et son bassiste sont excellents, et s'adaptent bien à tout ça. Son bassiste m'a impressionné, et il a de quoi se régaler avec Chris Thomas, en slappant très souvent ! Donc si on veut écouter que du blues, forcément, parfois ça doit coincer !
Mighty Mo Rodgers (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Juste après, le blues de Mighty Mo Rodgers submergea la grande scène du Blues Paradise ! encore quelqu'un que je n'avais jamais vu en concert ! J'y retourne quand vous voulez ! Il a un groupe excellent, notamment ses deux guitaristes. Et son blues est très recherché, limite allégorique des fois, voire chargé de mysticisme !! Plus qu’un pianiste, c’est surtout un chef d’orchestre, et me semble t-il, un arrangeur et un auteur de talent !
Ce fut un excellent concert, limite transcendant !! C'est quelque chose de le voir en concert !
Après cette journée extraordinaire, Gwyn Ashton lança les hostilités de nuit aux Blues des Anges. Ceux qui aiment Rory Gallagher aiment Gwyn, ce n'est pas loin d'être la même musique ! Le boeuf qui suivit était parait-il vraiment de folie. Mais je n'y étais point !
 

Le samedi, Guy Davis réapparaissait de nouveau sur la scène de l'Eden Blues !
Oui, on peut en redemander plusieurs fois de Guy Davis, il n'y a pas de problèmes !!
Un Samedi plus calme que les autres jours. Après avoir visité le château, histoire de se croire un peu en vacances, je suis retourné dans les jardins de Cognac. A 16h30, sévit de nouveau Chip Taylor. Je l'écoutais de loin pendant que j'errais parmi les Luthiers où s'amusait Guy Davis. Un frenchie lui demanda même de jouer un petit duo à l'harmonica !
[NDLR: il s'agit de Kévin Doublé, l'harmoniciste chanteur du groupe nantais Scratch My Back] Le petit duo dura bien longtemps ! Guy prenait à partie toutes les Dames qui passaient ! Et il donna plein de conseils à son nouveau compagnon harmoniciste !

Rory Block (Cognac 2000, photo Jocelyn Richez) Mais à 20h, on devait vivre un des plus beaux moments de ce festival. Rory Block joua son country blues sur la scène de l'Eden Blues. Quelle femme, quelle artiste, quelle voix, quelle guitariste ! Je ne l'avais jamais vue sur scène, j'espère la revoir ! La bouche ouverte pendant tout le concert (même en prenant des photos, c'est pour dire), elle m'emmena loin ! Quelque chose se dégage de cette femme, et quand on sait toutes les légendes qu'elle a connues, ça fait quelque chose. Finalement, elle rejoint en cela Robert Lockwood Jr ! Son jeu est excellent puissant et plein de grâce ! Et elle n'a pas besoin de prendre la guitare pour vous toucher, on s'en est rendu compte lorsqu'elle interpréta deux chansons a capella. Personnellement, c'est l'artiste qui m'a le plus ému avec Guy Davis et Catfish Keith.
Ensuite, sur la grande scène du Blues Paradise, Cyndie Peeters faisait son apparition. Cette chanteuse de Gospel remplaçait Shemekia Copeland, qui avait annulé sa prestation. Je ne sais pas si on a gagné au change. Personnellement, j'ai suivi le concert de loin, près des stands de la presse. Et puis, j'avais une mauvaise impression de cette dame, Jocelyn m'ayant raconté qu'elle avait refusé de chanter avec Candye Kane et Lisa Otey le matin même. En effet, ces deux dames avaient décidé d'improviser un concert dans les jardins publics, où trônait depuis le début un Piano. Enfin, ceci dit, Cyndie Peeters a une belle voix, et il y en a qui ont apprécié et d'autres beaucoup moins.
Ensuite, Mighty Sam McClain prenait la relève. Bon alors, c'est clair, c'est un grand, grand chanteur de Rythm'blues et de Soul. Et Dieu doit être cité quasiment dans chacune de ses chansons ! En plus de sa voix superbe, ses musiciens sont vraiment impeccables !
Mais, car il y a toujours un mais, je n'ai pas vu tout le concert ! Et oui, honte sur moi, je sais, mais j'avais aussi envie de voir d'autres choses, et notamment, Lenny Lafarge, ce Français dont tout le monde me disait du bien. Et bien je ne fus pas déçu. J'ai vraiment beaucoup apprécié sa musique, que l'on pourrait qualifier de tranquille si on ne cherchait pas plus loin. Aucune démesure dans son jeu, mais il nous propose une sacrée bonne ambiance avec son style swamp bien à lui. En plus, il était accompagné de Stan Nouba Pacha, qui est vraiment un sacré guitariste ! Et nouvelle cerise le gâteau, il avait convié Benoit Blue Boy à venir jouer avec lui. Il lui a même laissé le devant de la scène pour un titre. Du coup, j'ai acheté ses deux albums, et le dernier est vraiment excellent.
Voilà une nuit bien entamée. Nous filâmes vers le Blues des Anges où Jimmy Morello passait. Jocelyn me précisa qu'Alex Schultz serait là, le guitariste de Rod Piazza que j'avais manqué à Eccaussines. Jimmy Morello, l'ex batteur de pas mal pointures du blues, bon chanteur, producteur aussi, distillait son blues à tout va. Mais finalement, la vedette ce n'était pas lui mais Alex (enfin à mon avis). Ce guitariste est hallucinant. Vu la chaleur de la salle et la petitesse de la scène, ce n'était peut-être pas les meilleures conditions pour jouer, mais en tout cas ce type reste très impressionnant. En plus Michael Fiume, le guitariste de Candye Kane, a rejoint ce petit monde un peu plus tard !
 

Dimanche. Dernier jour. Déjà. La fatigue commence à se faire sentir, mais la passion est toujours intacte. J'avais prévu de passer l'après midi sur la scène du River Blues ! C'est tout simplement un bateau (genre bateau mouche), sur deux niveaux, qui se ballade sur la Charente pendant 1h30. Un artiste joue pendant ce temps. Je devais commencer par CatFish Keith puis Guy Davis. Malheureusement, je m'y suis pris un peu tard pour Catfish Keith. Alors en attendant Guy Davis, je suis retourné sur les scènes du jardin public, où je suivis la fin du concert de Nicolas, un bluesman français, parfait inconnu pour moi, qui parfois prend sa guitare sèche pour une lapsteel ! Ca ne m'a pas plus transcendé que ça. Après avoir patienté au stand de Travel in Blues, Guy Davis (Cognac 2000) je retournais au River Blues pour Guy Davis. Quel concert encore ! Non, décidément, je ne m'en lasse pas ! C'était vraiment agréable en plus. Un peu plus, et je me croyais sur le Mississippi !! Je ne vais pas me répéter encore une fois sur cet artiste ! Guy n'avait vraiment pas envie de quitter Cognac. D'après ce qu'il nous a dit, il a passé un moment extraordinaire ici. C'est quand même bien fait un festival où, et les artistes et les spectateurs sont heureux de bout en bout !!
Ravi par ce concert, je retournais vers les jardins publics de Cognac. Big Rude Jake avait déjà entamé son concert sur la grande scène du Blues Paradise. Son Swing Punk comme il dit (siii sii ça existe) semblait emballer pas mal de gens. C'était noir de monde. C'est bien simple, c'était complet. Pourquoi? Parce que Ray Charles devait jouer ensuite. Le Swing et le Jazz devaient être à l'honneur en cette dernière soirée. Les grands fans de blues restaient sur leur fin. Quand j'appris les sommes dépensées pour faire venir Ray Charles je fus un petit peu outré. Avec une telle somme d'argent, plusieurs autres grands artistes de pur blues se seraient déplacés. Et les amateurs de photos ont aussi un peu halluciné lorsqu'ils apprirent qu'ils n'avaient pas le droit de faire de photos de Ray Charles pendant qu'il jouait !
Mais on attendait tous un autre groupe. A 23h, sur la scène du Magic Place, à l'autre bout de la rue principale, les Marvelous Pig Noise devaient magnifier cette dernière soirée. En attendant, je me mis à côté de la scène. Elle était entourée d'un bar à gauche et à droite avec leur terrasse respective. Mon pied se mit à battre la mesure soudainement. Mes oreilles recevaient un son fort sympathique dans le lointain. C'était bien du blues que j'entendais là, et du bon. Je me dirigeai vers la source de son enjôleur. Un bar. Du monde. Ca dansait et vibrait partout. Et là, pour la première fois, et sûrement pas pour la dernière, j'entendis ce groupe français détonnant : Nico Wayne Toussaint ! Aaaaaaaaaaaaaargh !! Cet harmoniciste possède un sacré talent, un charisme énorme, une passion délirante, il se donne à fond. En final, on a eu droit à une version My Mojo Workin' détonante qui valait le détour ! Notez ce nom !Finalement, avant les Marvelous, on a eu droit à Yann Robert. En gros, c'est du Pat Metheny et compagnie. Je ne suis pas fan, mais son saxophoniste m'a impressionné. Je n'ai pas suivi tout le set. Le temps de discuter avec Didier, et les Marvelous arrivèrent.
Marvelous Pig Noise (Cognac 2000) J'avais adoré l'album des Marvellous Pig Noise. Il ne me restait plus qu'à être convaincu de leur prestation scénique. Il ne m'a pas fallu longtemps pour être sous le charme de ce quintet d'exception, et extra-ordinaire : Le clavier excellent et quand il se met à chanter, c'est pour donner une inflexion ryth'm'blues superbe à leur musique. Les deux guitaristes, dont l'un joue aussi de l'harmonica et l'autre du banjo, sont carrément grandioses. Bien sûr ils chantent tous les deux. Le batteur (si je puis dire) s'est construit une batterie home made, c'est le moins qu'on puisse dire ! Impossible à décrire, il faut le voir pour le croire. Et en plus, il joue au washboard, et il chante ! Et le bassiste, enfin le contrebassiste, enfin le Washtubbass player (sceau, balai, corde à linge, comme au tout début quoi !) est excellent. Excellent par son jeu, et par son air rigolard constant ! Leur musique est géniale, on y trouve de tout, le blues que l'on aime, avec des teintes de Gospel dans le chant, de ryth'm'blues, etc. Ce sont d'excellents chanteurs. Leur version de Come In My Kitchen est vraiment intéressante, une véritable cover bien faite et innovatrice. La fille sur l'album a été remplacée par le clavier, mais ça le fait tout aussi bien ! Qui a dit qu'on ne savait pas faire du blues en France ! Il n'existe aucun groupe comparable aux Marvelous Pig Noise !
Voilà qui terminait avec bonheur mon séjour à Cognac !


Le festival fut apparemment un véritable succès pour tout le monde. Pour moi, ce fut le cas. J'en ai profité pour découvrir une ville sympathique, une région aussi. J'ai pu goûter avec entrain au fameux Cognac Tonic ! Mais surtout, j'ai passé quatre jours de rêves, passionnants, à découvrir de nombreux artistes disponibles et sympathiques, à rencontrer des gens passionnés par la musique et le blues en particulier. Je ne saurai trop conseiller à tout le monde d'y aller l'année prochaine, si la programmation et l'organisation restent de ce niveau.Finalement, l'artiste le plus repris, loin devant tous les autres, fut sans surprise Robert Johnson. Muddy Waters également, et plein d'autre bien sûr comme Son House, Elmore James, etc. etc. Mississipi John Hurt fut dignement représenté par Rory Block. Mais il y avait surtout des compositions originales, pleines de talents, de surprises, de subtilités, de passions.
On est donc obligé de se rendre à l'évidence suivante :
The blues is alive, et moi avec
.

retour haut de page


CD de Mo & The Reapers

Mo & The reapers:
"Hot'N'Spicy Blues"

Date: 15 août 2000
De: Uncle Lee <latailla@club-internet.fr>

Voilà, c'est tout moi ça... J'aurais dû lire le mode d'emploi avant d'insérer le CD "Hot'N'Spicy Blues" dans la platine... Ca commence pourtant soft, un peu comme un reportage animalier sur la faune du bayou, et puis crac, sans prévenir: percussions, chant, orgue, harmonica, guitare wah-wah (tiens, c'est devenu rare...), violon... envoûtement instantané! Il est pourtant écrit en toute lettres sur la pochette "ce morceau est à écouter de préférence après avoir allumé deux bougies noires et une bougie rouge, de façon à se protéger des éventuelles vibrations maléfiques"... Ce titre, Voodoo In My Head, annonce la couleur du CD de Mo & The Reapers, qu'on peut qualifier de chef d'oeuvre du Blues. Comment ça, j'en fais trop? Mais pas du tout... Je persiste et signe: ce disque est un régal!

Le groupe, composé de Mo' Al Jaz' (harmonica, chant), Jean-Michel Borello (auteur-compositeur, guitares et chant), Stéphane Mouillat (claviers, accordéon), Jean-Yves Vernet (basse) et Stéphane Leblanc (batterie), nous propose dans ce disque un voyage au pays du Blues, avec un respect de ce genre musical qui n'empêche pas une bonne dose d'humour qui jamais n'en dénature l'esprit. L'orchestration déjà très riche (à noter d'ailleurs l'excellente qualité de l'enregistrement) est renforcée au gré des morceaux par de nombreux invités qui apportent violon, congas, second harmonica, choeurs, trombone, saxo.

Donc, après avoir été envoûté par Voodoo In My Head, les Reapers nous expédient sans ménagement d'un bout à l'autre de la route du Blues: Chicago, New-Orleans, Lafayette, Clarcksdale, New-York, Villeurbanne [je sais, il y a une erreur: New-York n'est pas sur la route du blues]. On trouve donc du Chicago Blues (They Call Me Mo', dont le texte à double sens nous laisse entendre que l'harmoniciste Mo' possède une technique à faire frémir la gente féminine!), du cajun (le rêve américain d'un routier auvergnat: du chrome partout), du boogie-woogie, du jump, du zydéco, du Delta blues, du blues rock, etc.

On le voit, les sources d'inspiration de Jean-Michel Borello sont très variées et vont des plus classiques (si j'ose dire), telles que des souvenirs de boeufs réalisés aux USA avec quelques grandes pointures, aux plus originales, telles la lecture des pages économiques du "Monde" ou le rapport entre le blues et la franc-maçonnerie (il a d'ailleurs écrit un article sur le sujet dans Soulbag, été 99).

Enfin, remercions Mo' & The Reapers de rendre hommage au grand bluesman injustement méconnu Blind Joe Castlebridge (and His Famous Hokum Boys), en reproduisant intégralement son titre étrangement prémonitoire à l'époque: My Computer Ain't Workin Any More (Vocalion, fin des années 30).

Franchement, quand j'écoute ce disque je ne peux pas m'empêcher de faire une standing ovation tout seul et de crier "bis" après le dernier morceau (et en général j'obtiens satisfaction). Si l'ambition de Mo & The Reapers n'est pas de révolutionner le blues, mais bel et bien d'en perpétuer l'esprit, leurs qualité et culture musicales font qu'ils y arrivent parfaitement. Ce groupe est à découvrir de toute urgence (si ce n'est déjà fait) et, ça tombe bien, voici leur adresse internet: http://www.moandthereapers.fr.fm/.

Mo & The reapers , "Hot'N'Spicy Blues", autoproduit, 2000
En savoir plus:
Site internet :http://www.moandthereapers.fr.fm/
e-mail : jeanmichel63@wanadoo.fr
tél: 0473835498 ou 0473697147

retour haut de page


E-interview: Jean-Michel Borello
Mo & The Reapers keep the blues alive!

De: Uncle Lee <latailla@club-internet.fr>
photos de Akim

LGDG: bonjour Jean-Michel, l'écoute du CD "Hot'N'Spicy" du groupe Mo & The Reapers m'a littéralement scotché sur place... Comment peux tu expliquer ce "sens du blues" que vous avez?

Jean-Michel Borello

Jean-Michel Borello: Disons que ça fait quand même un certain temps qu'on joue et qu'on respecte cette musique. Mo souffle dans son harmonica depuis 1978 et moi je gratte ma guitare depuis 1963.J'ai d'ailleurs un peu honte d'avouer ça, parce que je devrais être bien meilleur que je ne le suis. Mo est beaucoup plus virtuose que moi. Je pense que ses racines sahariennes l'ont naturellement disposé à "entendre" le Blues...

Pour moi, je collectionne les disques de blues depuis si longtemps, qu'à la longue je commence à comprendre quelle note faire à quel moment et comment la faire "bien" sonner et puis surtout à ne pas trop en faire. Le fait que j'ai habité quatre ans aux USA (New York, entre 85 et 89) m'a bien aidé aussi à sonner à peu près authentique, aussi bien à la guitare qu'au chant. On essaye d'y retourner à peu près tous les ans avec Mo, en jouant là bas avec tous ceux qui nous veulent bien.

On a toujours été très friands des jam session, on a joué avec à peu près tous les bluesmen qui sont passé par Clermont ou ailleurs: Memphis Slim, Eddy Clearwater, Little Mac, Louisiana Red, Wille Kent, Junior Wells , Otis Grand, Eddie Bo, Paul Orta, Mickey Baker, Champion Jack Dupree et plusieurs dizaines d'autres encore... Un quart d'heure avec ces types valent de longues heures de travail devant la platine cd, tu peux me croire...

Nos trois amis de la section rythmique ont assez vite compris comment ça devait tourner dans le blues, ce qui n'est pas franchement évident, contrairement à ce que beaucoup peuvent penser. On leur a fait écouter ce qu'il fallait écouter (les Aces, T Bone, Johnnie Basset, beaucoup de New Orleans...) Ils viennent surtout du jazz et sont donc bien habitués à écouter et à respecter les nuances. Ils nous ont beaucoup apporté au niveau de la rigueur et de la richesse harmonique .Ils sont avec nous depuis trois ans. Mo et moi, on se connaît depuis bientôt vingt ans, ça aide bien aussi au son d'ensemble!

LGDG: Peux-tu nous parler de tes préférences dans le blues, de ce qui "t'influence" le plus musicalement?

JMB: La première baffe que j'ai prise, je m'en souviens encore bien, c'était en 1962 à Nice, un copain avait trouvé le disque "Bluesville Chicago", les faces Vee Jay de Billy Boy Arnold (I wish you would...), de Eddie Taylor, Snooky Prior et Big Joe Williams(électrique!). A ma connaissance, c'était le premier disque de Chicago Blues qui soit paru en France, de façon très confidentielle bien sur!

A l'époque où tous nos copains de classe étaient branchés Chats sauvages et Johnny, ça avait quand même une autre allure! Ce son, ce mélange de guitare et d'harmonica est resté dans ma tête jusqu'à aujourd'hui et le Chicago Blues est assurément mon influence principale. Après, j'ai découvert les maîtres du genre: Muddy d'abord, puis Sonny Boy, Little Walter, Jimmy Reed et enfin le Wolf (avec Hubert Sumlin) qui m'a littéralement mis en transes à la première écoute! C'est d'ailleurs toujours le cas!

A travers ces grands maîtres, j'ai essayé de comprendre toute ma vie durant comment un guitariste pouvait accompagner un harmoniciste…Qu'est ce qu'on peut bien faire derrière pour que ça sonne " bien " ,pour le mettre le mieux en valeur? La réponse n'est pas forcément simple. C'est peut être la technique que j'ai essayé le plus de travailler.

Ca n'est que bien après, sur le début des seventies que j'ai découvert le blues dit "moderne", avec les trois King et le West Side Blues (Buddy Guy, Otis Rush et Magic Sam. Albert King est sûrement celui qui m'a le plus influencé de par la concision et l'intensité de son jeu. J'ai eu aussi une phase blues anglais, comme beaucoup de monde à la fin des sixties. J'étais un fan de John Mayall et surtout de Peter Green (beaucoup plus que d''Eric Clapton) qui est resté un de mes dix guitaristes préférés pour ce qu'il a fait avec Fleetwood Mac! J'étais toujours fourré à Londres pendant les vacances pour aller au Marquee voir ces types là!

Et puis est venu T Bone Walker, que j'ai pu voir à Lyon en 1968.La fluidité de ses phrases, insinuantes, élégantes, swinguantes sans effort m'a aussi profondément marquée. Avec Albert King, c'est le seul guitariste dont j'ai essayé de copier les solos note pour note...Et Bon Dieu, que j'ai eu du mal...Et c'est pas fini! Chez les modernes, j'aime Duke Robillard, bien sur et puis Ronnie Earl, Kid Ramos, Junior Watson, enfin tous ceux qui me paraissent avoir une approche "respectueuse" du Blues. Je ne crache pas sur les autres et je comprends bien qu'ils aient envie de faire autre chose, mais vraiment c'est pas mon truc...

Et puis il y a aussi Carl Weathersby, Johnnie Basset ,tous ces blacks d'aujourd'hui qui essayent tant bien que mal de maintenir la tradition de la musique de leur peuple..(lequel d'ailleurs s'en tape joyeusement le coquillard de tous ces vieux trucs...).

Je devrai parler aussi des grands anciens qui m'ont aussi fortement influencé, comme Son House, Charley Patton, et Big Bill Broonzy. Et les grandes individualités que furent John Lee Hooker et Lightnin' Hopkins. C'est un style de guitare à chaque fois très particulier. Je ne peux pas dire que j'en sois un grand spécialiste (comme Alain Giroux par exemple),mais j'aime beaucoup jouer leurs morceaux sur ma vieille guitare acoustique en essayant de ne pas trop les trahir.

Je pourrai citer aussi d'autres guitaristes, en dehors du Blues qui m'ont marqué: Scotty Moore et Cliff Gallup, les rois du Rock'n'Roll et puis aussi des jazzmen comme Charlie Christian , Grant Green et Kenny Burell. Ou encore Steve Cropper (ah, le solo de "Green Onions"!)

On ne peut pas dire que j'ai pris sérieusement des cours de guitare. J'ai essayé deux fois les stages avec Mauro Serri, mais c'était trop musicien pour moi... A New York, j'ai beaucoup appris avec mon vieux copain Charlie Hilbert, plus en jouant avec lui dans les bars nuit après nuit qu'en faisant les exercices qu'il s'évertuait à me faire faire... Mon travail s'est en fait beaucoup limité à jouer avec les disques que j'aimais et en essayant de piquer leurs trucs, comme beaucoup de monde, je pense. Bon, j'arrête là pour les guitaristes..

Vocalement, c'est plus difficile de citer des influences, mais il me semble que j'ai été influencé par Muddy, Jimmy Reed et le Wolf mais aussi par les Blues Shouters comme Joe Turner ou Jimmy Witherspoon. Plus le temps passe et plus j'essaie de sonner "naturel", sans forcer ma voix.Ca me parait être une évolution normale! Comme de se rendre compte qu'il y 'a des petits traits à la gauche du numéro 10 sur le bouton de volume de l'ampli !

LGDG: Est-ce que Mo partage tes préférences, ou a-t-il une approche différente?

Mo' Al Jaz et Jean-Michel Borello

JMB: Mo est bien sur plus intéressé par les harmonicistes, mais on partage en gros les mêmes goûts, basés essentiellement sur le Chicago Blues. Il a vraiment travaillé en profondeur les styles de Little Walter, de Sonny Boy Willamson (Rice Miller) et de Junior Wells. Il joue aussi bien dans le micro que devant, ce qui lui permet de varier les sons.

Il est moins puriste que moi, mais je dois reconnaître qu'il a un goût très sûr! C'est aussi un musicien très instinctif, marchant beaucoup au feeling, comprenant très vite ce qu'il y a à faire et qui m'a l'air d'avoir moins besoin de travailler que moi! Ce qui est un peu râlant à la réflexion...

Il est très à l'affût de tous les nouveaux harmonicistes qui sont sortis ces dernières années comme Gary Primich, Paul Orta, James Harmann , William Clarke ou Kim Wilson.

Vocalement, il me semble surtout avoir été influencé par Junior Wells.

 

LGDG: Ce CD est le 3ème de "Mo & The Reapers", peux tu nous résumer les 2 premiers et nous dire en quoi celui-ci est différent?

JMB: C'est effectivement le troisième cd que nous produisons avec Mo and the Reapers (qui existe depuis 1994 dans sa forme actuelle).
Le premier, "Blues on Highway 89" (c'est la route nationale qui traverse notre coin) été réalisé en une semaine, en juin 1996 aux studio Sound Factory de Beaumont, près de Clermont Ferrand. Nous avons choisi ce studio parce qu'ils travaillent encore avec une table 24 canaux analogique, ce qui nous semble donner un son plus chaud que le numérique habituel..Ce cd est composé essentiellement de standards du Chicago Blues pas trop rabachés. Nous avons enregistré d'abord tout le monde ensemble, live, puis repris les vocaux et certains solos, ce qui était possible, car les amplis étaient tous dans des cabines isolées, enregistré sur des pistes différentes. Cette méthode a un peu surpris les types du studio, plus habitués à enregistrer les instruments l'un après l'autre, mais ils s'y sont fait...
Pour le blues que nous pratiquons, tout de même essentiellement basé sur le feeling, il n'est pas question de travailler tous individuellement...Et tout faire en live aurait pris trop de temps...Sur un cd dont tu veux pouvoir être un peu fier, on ne peut pas laisser trop de plantages quasi inévitables en live... On a eu l'aide des cuivres des Hobos de Lyon sur certains morceaux qui s'y prêtaient. Ce sont de bons copains, j'avais un peu jammé avec eux lorsque j'habitais leur ville. C'est vraiment bien qu'ils font, ils jouent ensemble depuis plus de vingt ans...Et Didier Gascon, leur chanteur/guitariste est un sacré compositeur!
On a inclus dans ce cd le morceau "Dont get around much anymore", de Duke Ellington qu'on a un peu traité à la manière de Nat King Cole... Il est passé plusieurs fois dans l'émission que Patrick Verbecque faisait sur Europe.
Ma fille Suzy fait quelques choeurs aussi...Elle a du talent la minette, si elle voulait bien se donner la peine...De temps en temps elle monte avec nous balancer un "Turtle Blues" (de Janis Joplin) qui me donne des frissons à chaque fois!
Pour "let the good time roll" on a fait croire sur le livret qu'on était enregistré live au Tipitina de New Orleans, avec ambiance club et les Neville qui faisaient les choeurs derrière...Quelques types de Clermont un peu naïfs l'ont cru à un moment...
On a aussi passé pas mal de temps sur " Mistery train ", qu'on voulait rendre avec le son Sun d'origine. Je te dis pas les heures pour faire le son de la caisse claire... Le cd s'est plutôt bien vendu, essentiellement au cours de nos concerts. Avec le recul, on voit les défauts bien sur, les fautes de mixage et de production ,mais ça reste un disque dont on n'a pas honte! Et puis il y avait l'énergie !


Le 2°, "live at the Chicago Blues Festival" a été enregistré depuis la console de la sono, à la Maison du Peuple de Clermont, au cours du Chicago Blues Festival de 1999 (Avec Larry Garner, James Wheeler et Zora Young). Nous sommes des habitués des premières parties de ces concerts et on aime bien ça car c'est stimulant! Et on peut toujours jammer avec les vedettes à la fin! On enregistre en général ces prestations, car on connaît bien le type de la sono. Cette année là, en écoutant la cassette digitale le lendemain, on s'est rendu compte qu'elle n'était pas mal du tout. Nous jouons notre répertoire habituel de scène et nous sommes avec notre section rythmique actuelle (Professeur Stéphane au piano, Jean Yves à la basse et Stéphane aux drums). Ils sonnent bien, très soudés, sans fioritures...Et Professeur Stéphane prend des solos époustouflants! C'est dommage que le son de l'harmonica de Mo ne sorte pas très bien. J'ai un peu édité la bande sur mon ordinateur, avec Sound Forge, coupant quelques longueurs ici ou là. Et puis j'ai mis tout ça sur des Cd que j'ai copié à la maison. On se sert de cet enregistrement pour donner aux bars qui veulent savoir ce qu'on donne en scène. On n'a pas trop cherché à le vendre, seulement aux gens qui nous le demande.
Mo' Al Jaz' et Jean-Michel Borello

Pour le 3° et dernier cd (Hot'N'Spicy), le plus " ambitieux " on a décidé de n'y mettre que des compositions à peu près originales (Je dis bien à peu près, car dans le blues, bon, bien malin celui qui crée vraiment)...Je m'y suis attelé quelques mois avant l'enregistrement (qui a eu lieu, toujours à Beaumont et toujours en une semaine en Avril 2000 et avec la même méthode que celle décrite plus haut) et c'est venu plus facilement que je ne le pensais...Le plus difficile, c'était de trouver idée un peu nouvelle pour chaque blues. Une fois ceci trouvé, ça allait presque tout seul . Comme j'avais encore en tête le festival de New Orleans, plusieurs thèmes ont tourné autour de la Louisiane: le vaudoo, les cajuns, le Festival lui même et un bar de Lafayette où nous nous sommes véritablement éclatés une nuit en jouant avec l'orchestre de Big Daddy, un excellent chanteur à la Bobby Blue Bland , excités que nous étions par des danseuses étonnamment sensuelles avec les petits frenchies...
Je me suis aussi servi de mon expérience new yorkaise pour parler du mythique Dan Lynch Café et de tous les copains que j'ai laissé la bas!
Pendant les quatre ans que j'ai vécu aux USA,il n'y a pas une semaine où je n'ai pas joué au Dan Lynch, surtout au cours des jams du dimanche après midi. Aujourd'hui, c'est une boite techno pour yuppies...Tout ceci est bien triste! New York n'est décidément plus ce qu'il était…
J'ai aussi eu l'idée d'écrire le "Free mason blues" en hommage à T Bone Walker (qui était maître maçon) J'avais écrit un long article sur le blues et la franc maçonnerie dans Soul Bag l'année dernière et le sujet m'avait passionné .Ceci avait été l'occasion pour moi d'entreprendre de longues et ténébreuses recherches, car ils n'en parlent pas trop les bougres!. En fait, beaucoup de bluesmen étaient maçons, j'ai été très surpris de l'apprendre: T Bone, Memphis Slim, Jack Dupree, Howlin Wolf, Son House, Fred Mc Dowell (on voit sa pierre tombale avec le compas et l'équerre au musée de Clarksdale) Sammy Price, sans parler des plus grands jazzmen: Armstrong, Duke, Count Basie.. Et d'autres encore!
Un autre morceau "Pension Funds blues " a été écrit sur un coup de colère contre la frénésie capitalistique qui s'est emparé de notre monde. Ras le bol, on dirait qu'il n'y plus que l'actionnaire qui compte! Je bosse dans une grande verrerie industrielle et il me semble que le travail, difficile mais passionnant qui s'y pratique mérite un peu mieux que d'être traité comme un mal nécessaire! L'ensemble du personnel est regardé avec soupçon comme étant du sureffectif potentiel et non pas comme la plus belle richesse de l'entreprise! J'espère bien que cette absurdité va cesser un jour, et c'est ce que je dis dans ce blues traité un peu à la manière de Johnnie Basset!
Enfin, j'ai inclus deux pochades qui m'ont bien amusé. Le premier est "They call me Mo", un morceau très Muddy Waters, avec slide et harmonica baveux ,dans lequel je fais dire des choses résolument machistes à Mo, qui n'est en fait pas du tout comme ça! J'ai d'ailleurs du changer le dernier couplet car il s'est énergiquement refusé de le chanter quand je le lui ai montré, hilare!
Et puis enfin notre modeste hit , le fameux "my computer aint workin any more" traité à la manière d'un 78t,avec craquements inclus, interprété par le grand Blind Joe CastleBridge et enregistré de façon prémonitoire vers 1936,à la manière de Bo Carter/Big Bill Broonzy. C'est l'histoire d'un type qui a des problèmes avec son ordinateur, et en particulier son hardware qui devient mou...Et tous les double sens paillards qui vont avec ça...
Les paroles ont été corrigées dans leur anglais parfois approximatif par mon vieux copain Yasha, californien de la montagne bourbonnaise et guitariste de vieux blues émérite. Il joue d'ailleurs sur "Computer blues" et "j'conduis un truck Nicolas" (le morceau cajun qui fait un malheur dans la région, car Michel Nicolas est un un transporteur important du coin et un bon copain. Il a été content que je parle de lui, même si Mo interprète cette chanson avec un accent cajun à couper au couteau).
On a eu pas mal de musiciens clermontois qui nous ont aidé sur ce cd en plus de Yasha et de sa délicieuse épouse Carrie (elle fait les choeurs sur Voodoo in my head, My computer aint workin et truck Nicolas) On a eu aussi les cuivres du Mojo Brass band, Pierre Guicquéro au trombone et Roger Latellerie au sax. Ce que fait Pierre sur l'intro de "Pension funds" m'a laissé pantois...La grande classe!
Les solos de violon de Voodoo et de Truck Nicolas sont joués par Jean François Mijeon qui lui aussi m'a impressionné, malgré le trac qu'il avait! C'était la première fois qu'il entrait dans un studio d'enregistrement!
Sur les morceaux plutôt acoustiques on a remplacé la basse de Jean Yves par la contrebasse légendaire de Jeff Tronelle, une grande figure vichyssoise, avec qui j'avais beaucoup joué à l'époque de Back Door Man, le premier groupe de blues auvergnat; entre 81 et 85. Mo jouait déjà dedans. Sur "Goin to Clarksdale" on a invité Jérome Piétri, une vraie légende de la guitare clermontoise. Je trouvais intéressant de dialoguer avec son style beaucoup plus moderne et technique que le mien... J'ai douté un moment au mixage que ça ne jure un peu trop avec le reste du cd mais en fin de compte ça s'intègre bien, un peu de Poppa Chubby dans notre style plutôt roots, pourquoi pas?
Un vrai duo qui a vraiment fonctionné, ça a été celui de HarpAïssa (un harmoniciste lyonnais avec qui j'ai joué pendant deux ans à l'époque où j'habitais cette ville) et de Mo, sur "Dan Lynch Café". Bon Dieu, ça a fait des étincelles! Ils ne se connaissaient pas mais ils se sont vite mesuré et apprécié, chacun dans un style bien différent, ce qui fait que ça a marché encore mieux que je ne l'espérais! Je sautais de joie derrière la vitre !
Les percussions ont été faites par Jean Guy Belli, quelqu'un avec qui je partage entre autres ma passion du Brésil (où j'ai vécu six ans, il y a longtemps, mais ceci une autre histoire !) Il apparaît surtout sur "Voodoo in my head" où on commence par une ambiance très bayou, avec des cris d'oiseau et de crapaud buffle (piqué sur un disque Occora, merci les mecs!) et sur la partie Professor Longhair du "New Orleans Memories" (qui est en fait un collage de plusieurs musiques louisianaises, Longhair, Brass band, Fats Domino, et Zydeco. On a coupé "Workin in the coal mine " au mixage, il aurait fallu plus de temps pour mieux le travailler. Dommage.)
A travers cet interview, je ne voudrais surtout pas laisser croire que j'ai été la pièce maîtresse de ce cd! Bon, d'accord, j'ai écrit les morceaux et j'ai eu de vagues idées d'arrangements, mais ça ne faisait pas tout, loin de là. Le principal, ce qui se joue et se chante à l'intérieur du cd, est le travail de tous les membres du groupe et ils s'en sont sorti magnifiquement, tant dans les rythmiques, à la fois souples et puissantes quand il le fallait ,que dans les solos.Ecoutez ce que fait Professeur Stéphane dans " Free Maçon Blues " et ce que joue Mo un peu partout ailleurs! Etincelant! Franchement, je ne les avait jamais entendu mieux jouer !
Bon voilà, à peu près tout ce que j'avais à dire sur nos productions ! Excuse moi si j'ai été un peu long, mais quand on est passionné, on a du mal à s'arrêter!
Je terminerai en précisant que tout ça est à vendre au prix de 120f le cd (envoi compris) en m'adressant un mail jeanmichel63@wanadoo.fr. Les paroles du 3° cd et des extraits en MP3 des 3 cd apparaissent sur le site: http://www.moandthereapers.fr.fm.

LGDG: Merci pour toutes ces révélations! Et alors, maintenant quels sont les projets de Mo and The Reapers?

JMB: Nos projets...Tu sais, dans le groupe, à part un ou deux, nous avons tous largement dépassé l'âge où nous rêvions de faire une grande carrière musicale ! Et vivre décemment du Blues aujourd'hui en France (et même aux USA) me parait un pari extrêmement difficile à tenir. Je sais que certains le font et je leur tire mon chapeau, mais franchement ça n'est pas une vie que j'aimerai bien mener...Si on n'est pas BB King, bien sur!

Non, plus sérieusement, ce qu'on aimerait bien, c'est pouvoir continuer à s'amuser en faisant ce qui nous plaît, sans compromissions...Ca aide à garder les neurones un peu frais...Et puis avoir le minimum de respect du public par rapport à ce qu'on fait, et qui est un travail que nous considérons comme honnête. Pour ça, on aimerait bien pouvoir sortir de temps en temps du circuit pas toujours très gratifiant des bars à bière. Et c'est vrai que lorsqu'on n'est pas un peu connu des quelques organisateurs qui comptent en France, on a du mal à rentrer dans le circuit des festivals...Surtout quand on habite Clermont Ferrand et qu'on a pas jusque là eu vraiment eu le temps ni l'envie de beaucoup rayonner en France! On espère que "Hot'n'Spicy" nous aidera pour ça!

Et puis, on aimerait bien que notre cd se vende suffisamment pour qu'on puisse vite en refaire un autre, on a encore tout plein d'idées, de compositions à enregistrer ,d'invités à faire venir et de blues à faire rouler! Help us to keep the Blues alive, folks!

LGDG: We'll help you! Merci Jean-Michel pour cette interview, et merci pour la musique de Mo & The Reapers!

Propos recueillis par Olivier de Lataillade, par e-mail du 18 au 22 août 2000

Contacts "Mo & The Reapers":
Site internet : http://www.moandthereapers.fr.fm/
e-mail : jeanmichel63@wanadoo.fr
tél: 0473835498 ou 0473697147

retour haut de page


Interview de Lenny Lafargue à Cahors

Réalisé le 27 juillet à l'occasion du festival de Cahors par Didier Taberlet, voici un bout de l'interview de Lenny Lafargue. le reste et l'intégralité de cette entrevue dans le numéro de septembre de Blues&Co, l'excellent journal "blues" auquel collabore Didier!! (mais le "bout" que nous offre Didier est mieux qu'une bande-annonce!)

Date: 4 août 2000
De: Didier Taberlet <didlus@club-internet.fr>
photos 1 et 2 de Didier Taberlet, photo 3 de Jocelyn Richez



B&C : salut Lenny, en écoutant ton dernier CD « l'Estuaire », on s'aperçoit qu'il y a une sacré évolution par rapport au dernier « les Clés du paradis », tu expliques ça uniquement par la présence de Benoît Blue Boy dans la réalisation du disque ou par d'autres raisons ?
Lenny Lafargue (photo  Didier Taberlet, Cahors 2000) Lenny Lafargue : en fait, dans ce disque je suis revenu vraiment à ce que j'aimais, et à ce dont je m'étais écarté, parce que j'ai fait 2 autres albums, dont le 2ème qui avait une certaine optique plus rock, simplement parce que je l'avais fait avec un batteur qui voulait cette démarche, et aussi par un mix qui était dirigé comme ça et que je n'ai pas trop controlé, mais surtout parce que je pense que je m'étais un peu écarté à mon insu de ce que j' aimais. Mais ce que j'aime profondément dans le blues, ce avec quoi j'ai commencé, ce sont des gens comme Jimmy Reed, Freddie King, Slim Harpo, c' étaient mes disques de chevet gamin, et c'est vrai que j'avais dévié un peu de ça, et en finissant le 2ème album, j'étais un peu frustré du résultat parce que ce n'était pas vraiment le son et l'optique que je voulais. Donc Benoît, qui est un ami, je peux dire aussi un mentor qui m'a appris beaucoup de choses, m'a remis un peu dans le droit chemin de ce que j'aimais. De lui-même il m'a dit un jour, alors que je passais chez lui et que j'avais ces nouveaux morceaux de « l'Estuaire », il m'a dit « ça c'est toi, c'est ça qu'il faut que tu fasses ». Il savait que je connaissais vraiment le roots, il m'a aidé à revenir à moi-même et à ce que j'aimais en amenant sa griffe, et tout en me laissant ma personnalité. C'est pour ça que « l'estuaire » est un disque qui me ressemble, et à partir de ce disque j'ai envie de continuer dans cette voie.

B&C : tes prestations scéniques sont assez puissantes, comment à partir de bases solides arrives-tu à improviser avec d'autres musiciens ?
LF :
sur scène j'essaie à partir des bases du disque d'oublier le support matériel du disque et de capter l'instant présent. Il y a des moments ou je garde les trames du solo, la voix je m'en tiens souvent à qu'il y a, mais si j'improvise, j'essaie à partir des trames d'improviser, d'aller chercher l' instant présent.

B&C : Cahors, c'est la première fois que tu viens ?
LF :
oui, on a été vraiment bien reçus, même c'est étonnant car c'est pas tous les jours que je fais des festivals, pour moi c'est la citrouille qui se transforme en carrosse là, et là on a été très bien accueillis, on joue dans de très bonnes conditions, très bonne sono, c'est la paradis. Demain on va peut-être retourner dans un bouge un peu miteux, mais c'est pas grave, on aura vécu un bon moment.

B&C : tu chantes en français, tu composes tes textes en français, pourtant il y a pas mal de puristes qui ne jurent que par le blues chanté en anglais, tu dois sans doutes avoir un avis sur la question ?
Lenny Lafargue et Benoit Blue Boy (photo  Didier Taberlet, Cahors 2000) LF :
je ne veux pas dire qu'il faut faire en anglais ou qu'il faut faire en français. Je veux juste dire qu'il faut faire ce qu'on a envie. Il y a des supers groupes comme Swampini que je viens d'écouter, quand j'écoute ça je me dis qu'il font vraiment un super blues en anglais. Par contre j'avais vraiment envie de chanter en français, même si au début, quand j'ai démarré dans les années 90, il n'y avait pas trop de nouveaux artistes qui faisaient ça, à part Amar Sundy. J'ai sorti un disque en même temps que lui et on était en 90-92 deux français qui refaisions du blues en français, et c'est vrai qu'on s'est fait quand même un peu flinguer. Ca avait disparu puisqu' avant il y avait eu quand même Bill Deraîme, Verbeke, Benoït Blue Boy qui sont les pilliers et qui ont tout amené, c'est vrai aussi qu'il faut apprendre à le faire, on fait toujours des erreurs au début, heureusement qu'il y a les pilliers qui peuvent nous donner des conseils. Mais au début ça a été dur, beaucoup de gens n'ont pas compris, ils se sont dis « il va faire de la variété », alors que dans le dernier album que j'ai fait je pense avoir prouvé qu'on peux faire du blues en français, que ça peux très bien passer et que les gens peuvent être très contents avec ça. Il faut simplement garder une certaine identité rythmique sur le support, parce qu' après si on dévie trop sur des trucs variété, ça ne branchera pas les gens dans le blues. Il faut garder le rythme du shuffle, le swamp, tout ces trucs là. et trouver les bonnes paroles qui vont sonner, parce que le problème du blues en français c'est de trouver les mots qui vont bien sonner.

B&C : le côté louisianais, tu nous a dis que ça faisait partie de tes premières amours, tu peux nous citer des gens qui ont grâce à tes oreilles?
LF :
côté louisianais, mon idole favorite c'était Slim Harpo, très jeune j' ai acheté tous ses disques, pour moi c'était une perle, après des gens comme Hopkins, Lil Son Jackson, et beaucoup d'autres, beaucoup de guitaristes louisianais. et Benoît m'a complété énormément toute cette culture. Mais j' avais déjà les bases. Là je pense que je suis revenu aux choses que j' aimais, je les ai redécouvertes et j'ai re-appris des trucs dedans, parce que je n'avais pas été assez à fond dedans, je pense que cet album que je viens de faire m'a fait revenir à quelque chose qui est au fond de moi.

B&C : on constate en ce moment un regain d'intérêt pour le swamp blues, et plus généralement le blues des années 50 aux Etats-Unis. Tu te sens proche de toute cette branche de musiciens ?
LF :
ouais, je ne suis pas un technicien, je ne suis pas très lettré, et pour moi c'est un blues. « on branche une guitare et on cherche une expression basique », on cherche surtout un groove et on colle un chant dessus. Ce qui m'intéresse dans le côté 50's c'est pas la mode, mais c'est une simplicité d'expression qui en fait n'est pas dépassée et anti-mode et qui intéresse toujours les gens.

B&C : au niveau de tes musiciens on t'a vu ce soir avec Stan Noubard Pacha, qui n'est pas sur l'album, ça s'est passé comment ?
Lenny Lafargue et Stan Noubard Pacha (photo  Didier Taberlet, Cahors 2000) LF :
quand il s'est agit de jouer l'album, comme Benoît avait fait de rythmiques de guitare, chose assez extraordinaire, puisque au début il m' avait fait des guitares témoins et je lui ai dit « tes guitares elles sont vraiment bien il faut les faire », et donc je l'ai poussé à faire les guitares et on les a gardées. Donc après, pour tourner, je me suis heurté au problème de trouver un guitariste qui avait une envergure, une étoffe. Stan c'est vraiment une perle, il amène tout ce dont j'ai besoin, en plus c'est le guitariste de Benoît, c'est vraiment un sacré guitariste.

B&C : tu comptes rester longtemps sur le succès de cet album. ?
LF :
je vais continuer, parce qu'il faut que je contente mon producteur Jean-Philippe Kaufmann avant tout, car il a pris des risques, il m'a donné plus qu'un sacré coup de main, dans les mois l'année qui viennent, j'aimerai bien refaire un disque avec l'acquis que j'ai pu avoir, l'expérience, peut-être que j'arriverai à faire mieux et à vous satisfaire encore plus !! (rires) mais ça va être vachement dur, mais enfin je vais essayer !!

B&C : merci Lenny !

Un grand merci à Etienne Lemaire <etiennelemaire@hotmail.com> de Radio Béton à Tours pour sa collaboration, ainsi qu'à JP Kaufmann directeur du festival de Cahors et à son équipe pour leur grande générosité et leurs compétences.

retour haut de page


Jazz à Vannes :
Nico Wayne Toussaint
et Calvin Russel

Date: 20 août 2000
De: Uncle Lee <latailla@club-internet.fr>
photos: Pierre Mississippi Mercier <pj_mercier@yahoo.fr>

Pour sa 21ème édition (du 1 au 5 août 2000), le festival Jazz à Vannes nous réservait une bonne surprise pour sa soirée de clôture, avec une affiche bien blues : Nico Wayne Toussaint en première partie, suivi de Calvin Russel.
 
Nico Wayne Toussaint, Vannes 2000 (photo Pierre Mercier) Ce fut pour moi l’occasion de découvrir Nico Wayne Toussaint et je dois dire que, comme tout le public du Parc de Limur, j’ai été subjugué par cet harmoniciste et chanteur. Il faut dire qu’il maîtrise parfaitement (c’est le moins qu’on puisse dire) le ruine-babines et que les musiciens qui l’accompagnent (guitare, piano, basse, batterie) ont un niveau exceptionnel. Jouant un blues très énergique, teinté d’une touche jazzy, chaque instrument a pu s’exprimer pleinement, le leader Nico leur laissant largement leur part du gâteau.
Nico Wayne Toussaint, Vannes 2000 (photo Pierre Mercier) Mais Nico Wayne Toussaint ne se contente pas d’une technique irréprochable : il a su exprimer sa joie de jouer devant 1500 personnes, avec une modestie et une spontanéité qui lui ont assuré la sympathie du public. Dans son costume impeccable, sans jamais se départir de son large sourire, Nico Wayne Toussaint a dialogué avec le public, nous racontant entre chaque morceau (pendant que ses musiciens jouaient) des anecdotes de sa vie, ou expliquant l’origine du titre qu’il allait nous jouer. Il n’a pas hésité à quitter la scène pour monter tout en haut des gradins, tout en continuant à jouer de l’ harmonica sans micro au milieu des spectateurs : succès garanti !
Les musiciens eurent un instant d’hésitation quand ils s’aperçurent que leur leader ne semblait pas vouloir les rejoindre sur scène, mais ils assurèrent sans faiblir, notamment quand Nico, assis sur les marches, cria au guitariste (Henri "Rax" Lacour) de se lâcher ! Il y eut aussi de magnifiques solos de piano (Julien Brunetaud ) et une démonstration époustouflante du batteur (Brett Forberg).
Cette première partie s’est terminée sous un tonnerre d’applaudissements et de rappels, et on peut dire que Nico Wayne Toussaint a littéralement enthousiasmé le public de Vannes.


Calvin Russel, Vannes 2000 (photo Pierre Mercier) Franchement, après un tel set, on pouvait se demander comment allait être accueilli le cow-boy Calvin Russel. Deux guitares folk, un piano (élecrique), une bouteille de Jack Daniel’s : la scène sembla soudain bien dépouillée… Quand le trio monta sur les planches et que le premier titre fut entamé, il y eut en effet une sorte de flottement dans le public tant le contraste avec le groupe précédant était important. La formule guitares acoustiques + piano est en effet moins " flamboyante ", mais l’expérience et le talent de Calvin Russel, alternant ballades folk et rocks ou blues plus rugueux, harangant le public en franco-américain, ont fait remonter la pression et le vieux briscard a très vite réussi à faire passer le courant.
Van Wilks, Vannes 2000 (photo Pierre Mercier) Aux côtés de Calvin Russel, le guitariste était Van Wilks… L’accompagnant à la perfection en sachant rester discret quand il le fallait, il s’est complètement éclaté lors de ses chorus en nous faisant une démonstration d’à peu près tous les sons qu’il est possible d’obtenir d’une guitare folk ! Slides ravageurs d’un bout à l’autre du manche, bends puissants amenant la corde de Mi aiguë au niveau de la corde de Mi grave, bottleneck à 0,2 centimètres du chevalet, arpèges d’harmoniques, raclage de cordes, etc etc ! Une prestation qui avait de quoi enchanter tous les amoureux de la 6-cordes acoustique, mais peut-être un peu trop " hard " pour les néophytes qui auront trouvé le son trop métallique, voire brouillon par moments (ce qui bien sûr n’était pas le cas !).
Calvin Russel termina sa prestation par son " Crossroad " (que lui réclamait depuis le début un spectateur têtu), visiblement heureux de ce concert. Il revint sur scène pour deux rappels, motivé en cela par les applaudissements nouris du public, et par la bouteille de Jack Daniel’s qui n’était pas encore tout à fait vide…
 

retour haut de page


Rag Mama Rag :
Struttin' & Strollin'

Rag Mama Rag (Salaise 2000, photo Didier Taberlet)

Rag Mama Rag (Salaise 2000, photo Didier Taberlet)

Date: 26 août 2000
De: Roland "loup Blanc" Malines

Avez-vous entendu le dernier Rag Mama Rag : " Struttin' & Strollin' " ? Non ? ! Alors courez, courez vite l'acheter, le copier si vous n'avez pas les sous, le voler si vous n'avez pas de graveur, il faut être fou pour laisser passer ça ! Vous en voulez, des maîtres du blues, vous en voulez ? Alors arrêtez de mouiller les pages de Soul Bag - ou des magazines relatant les gloires posthumes - avec vos pleurs, vous avez rendez-vous avec l'actualité. Ce n'est pas parce que les vieux ont bouffé de la vache enragée qu'il faut l'imposer aux jeunes, il ne suffit pas de prendre, il faut donner aussi !
Debbie et Ashley Dow ont la fibre, ils ne copient pas, ils créent, ils sont vivants ! Comment ignorer ce couple magnifique ? Le jeu en slide d'Ashley est insupportable pour les jaloux, le background de Debbie frise la perfection, je ne ferai pas le connaisseur en décrivant leur jeu : écoutez, achetez, ça vous plaira. Ou alors orientez-vous plutôt vers le rap.
Sans dec' le degré de perfection de leur musique est ahurissant, ils méritent le plus grand respect. Fendez-vous de 100 et quelques francs si vous pouvez, vous serez récompensés au centuple. Alleluhia, Rag Mama est là, ne laissez pas passer la chance.

De: Docteur Blues <jtravers@europost.org>

J'ai eu la chance d'assister à un concert de Rag Mama Rag cet été. De la chance oui... Car le lieu de ce concert n'était pas banal puisqu'il s'agissait de la piscine municipale de Lisieux. Un "miracle" de retrouver ce duo blues dans un endroit qui au premier abord n'a rien d'un Juke Joint. Ashley Dow et Deborah Dow, couple britannique, jouent un blues acoustique traditionnel.
Côté guitare, c'est le mari qui domine le sujet : guitare du luthier Wayne Henderson, National, Dobro, Weissenborn, ukulele, mandoline, banjo etc... Virtuose du picking et du slide, le comparer à Bob Brozman n'aurait rien d'exagéré. Ashley chante également tous les titres de leur dernier album, sa voix bien placée colle parfaitement au style.
Côté percussions, c'est madame qui assure, bien que la lessive ne soit pas une affaire exclusivement féminine, je dois avouer que la miss, sans en avoir l'air, nous fait un vrai numéro. Deborah ne se contente pas des dés à coudre et de la planche à laver car de sa cuisine elle a également emprunté les petites cuillères, sans oublier son harmonica et d'ajuster les choeurs.
Le disque renferme une majorité de compositions originales et des titres de Koko Arnold, Leroy Carr, Skip James (le noir "Hard time killin floor" est vraiment mortel), on retrouve également le traditionnel "Make me a pallet on your floor" dont l'arrangement m'a vraiment séduit et reste pour moi le sommet de l'album.
Je ne pense pas que ce disque soit distribué un jour, alors, si vous avez l'occasion de voir et d'écouter ce duo sympathique n'hésitez pas une seconde et l'acquisition de ce disque vous semblera évident.
Ashley me confia après le set qu'il n'avait jamais joué dans un endroit aussi chaud mais il n'imaginait pas que, tous les deux, ils nous firent "frissonner" les oreilles !

Pour se procurer le disque : 02 99 48 46 57
site internet (extraits du CD):http://www.bluesberk.freeserve.co.uk

retour haut de page


"Grattes & Rabots" :
3ème pansement, signé Furax

De: Jacques Filhol (fanzine TamTam de l'association Blues Qui Roule)

Excusez-moi, mais une sainte ire m'a pris en lisant l'article "La passion des électriques" (Guide d'Achat été 2000 p.9, de Total Guitar 28FF remboursables).
On nous dit sans rire, mais avec faute d'orthographe, que l'essence employée pour la construction d'une guitare n'a pratiquement aucun effet sur le son produit. Jerniguenne ! Il y a une réalité physique pourtant non négligeable : la corde transmet le son avec toutes ses caractéristiques ondulatoires d'un côté au sillet ou à la frette et de l'autre au chevalet, via un vibrato ou non, et que l'énergie émise prend ainsi deux chemins avant de se rejoindre au sein du corps. Après s'être embrassées au passage, en créant un premier lot d'interférences, ces ondes, toujours via le duo chevalet/sillet, remontent vers la corde, comme le ressac, pour la renforcer ou la freiner dans son propre élan, deuxième interférence. C'est aussi là que se fait la complexité du son d'un instrument à corde. Mais ce n'est pas tout :
· D'une part le matériau influe sur la quantité d'énergie transmise. Un sillet d'os trop gras ou trop neuf amortit le message sonore, et c'est la même chose pour le bois (cf. Grattes & Rabots N°1). Certains plastiques durs transmettent bien le son, d'autres en amortissent son élan. Le bronze est préférable au plomb, le noyer fait mieux que le châtaignier, c'est comme çà. On doit donc reconnaître au matériau sa fonction d'amortissement, de filtre quantitatif.
· Autre chose : toute planche possède des points sourds, des points nodaux autour desquels le son passe, sans qu'on puisse bien définir à l'avance où ils se situeront. Cela ne correspond pas forcément à des différences d'aspect du grain du bois. On nage ici en eau trouble : tout arbre avec branches à hauteurs et grosseurs diverses, se tasse sous lui-même de façon improbable en créant localement des variations de densité. Le résultat n'est ni prévisible ni homogène.
· Certaines essences laissent mieux passer certaines fréquences, il suffit de lire les phonogrammes caractéristiques relevés en laboratoire. Les tables en composites au carbone n'arrivent toujours pas, après moulage à l'identique, à restituer fidèlement le spectre sonore plus complexe d'une table d'épicéa. Cela prouve bien la réalité d'un filtrage qualitatif du matériau employé.
· Qualités et quantités de son variables en chaque point des bois : à part çà, tous se valent !
Alors comment chez Total Guitar justifie-t-on tant d'écarts de prix, et puis tant qu'à faire, pourquoi diable utiliser un bois si cher au lieu d'un bon vieux plastique moulé ?

© Jacques Filhol

retour haut de page


My Computer Ain't Workin' Any Mo'

(Blind Joe Castlebridge
& His Famous Hokum Boys, Vocalion 1936)

Suite à l'incroyable révélation que La Gazette de Greenwood vous a faite le mois dernier (LGDG n°22), nous avons l'honneur de retranscrire ci-dessous l'intégralité de ce texte:

My woman told me
just the other night
She said I gotta tell you baby
Your computer aint workin right!

You know this stuff aint good no mo'
No, this stuff aint good no mo'
You know this stuff aint good
And your hardware is gettin soft

You know my printer is gettin slow
and my mouse needs a rug,
my memory is very low
and my drivers are full of bugs
You know my stuff aint good no mo'
No, my stuff aint good no mo'
You know my stuff aint good
And my hardware is gettin soft

you know,I went to see the dealer
he said let me check your mother board
he looked inside and shook his head
sayin,you'd better ask the Lord!

You know this stuff aint good no mo'
No, this stuff aint good no mo'
You know this stuff aint good
And your hardware is gettin soft

Well I bought a brand new IBM,
Gave the dealer two thousand bucks
I ran home to show it to my woman
She said, oh,daddy,we're in luck!

Your ware aint soft any more
No,your ware aint soft any more
No your ware aint soft
And your computer is ready to go !

DERNIERE MINUTE:
Nous apprenons que JM63 vient de rentrer en contact avec Blind Joe Castlebridge lui-même!
Voici l' e-mail de Blind Joe:

"From: bj_castelbridge@aol.com

Dear Jean Michel,
You can tell all my french fans that I 'm comin back on business again! I heard that I'm hittin hard in your area with "My computer aint workin' any mo" and I wanna get some money out of dat stuff! I'm damn' tired of dem cotton fields and I wanna get my big black ass out here! As soon as you tell me I'll fly over to France just to show dem young guys what the real thing is all about!"


Quoi qu'il en soit, en attendant la venue en France de Blind Joe Castlebridge et pour satisfaire votre légitime esprit de curiosité, sachez que vous pouvez retrouvez l'intégralité de "My Computer Ain't Workin' Any Mo'" sur le CD de Mo & The Reapers: http://www.moandthereapers.fr.fm/

retour haut de page


N° précédent | Accueil Gazette | N° suivant