Le blues dans tous ses états
Numéro 43

EDITO

Comme vous le savez, Travel in Blues n'est plus. Le n° 42 d'avril 2001 fut le dernier à voir le jour. Pourtant, certains articles, interview, et chroniques ont été écrits pour un numéro qui ne devait jamais paraître.

Un an juste après, La Gazette de Greenwood, arrivée elle aussi au numéro 43, veut rendre hommage à toute l'équipe de Travel et rappeler le formidable travail qu'elle a accompli pendant 5 ans.

L'aventure continuera sous d'autres formes. La Gazette de Greenwood espère y contribuer en publiant aujourd'hui ces textes de René Malines et Philippe Sauret accompagnés par les photos de Guy Benech.


Philip Walker au Méridien
le 8/5/2001,
photo Guy Benech

 

Portrait
Phillip Walker
ou le blues joyeux

Accompagné de 4 cuivres et d'une rythmique à faire pâmer les plus exigeants, Philip Walker est venu illuminer la scène du Jazz Club Lionel Hampton de son blues flamboyant les 2 premières semaines de mai. Nous n'avons pu résister à la furieuse envie de rencontrer ce pimpant sexagénaire dont le CV est un véritable Who's who du blues...et plus encore ! Retour sur une carrière impressionnante.

Ce 11 février 1937, une famille de fermiers de Welsh, en Louisiane, se voit augmentée d'un 7ème enfant. Papa et Maman Walker s'étant mariés très jeunes -respectivement 14 et 13 ans ! " Des enfants eux-mêmes ", dira Phillip - ils auront tout le temps d'en faire 12 en tout. Il faut dire que Maman Viola a de qui tenir, elle est la fille d'une amérindienne 100% Cherokee. Un peuple plutôt costaud. Le petit Phillip deviendra d'ailleurs un grand gaillard lui-même bien avant l'âge, ce qui, plus tard, lui sera bien utile. En attendant, ça le condamnerait plutôt aux travaux les plus durs de cette vie campagnarde dès l'âge de 12 ans, après que la ''petite'' famille se soit installée à Port Arthur, au Texas. La musique faisant partie intégrante de la vie familiale, c'est très tôt que le jeune Phillip s'y adonne après s'être confectionné l'habituelle guitare de fortune dans une non moins traditionnelle boîte de cigares. A peine âgé de 15 ans, il commence à boeuffer avec les bluesmen dans les clubs, et c'est tout naturellement qu'il enregistre aux côtés de Roscoe Gordon 2 ans plus tard. C'est le début d'une longue carrière qu'il poursuit encore aujourd'hui, à 64 ans, après avoir côtoyé les plus illustres artistes de blues sur plusieurs décennies, tant lors de revues que de séances d'enregistrements et autres tournées.

La fidélité étant l'un des traits de l'excellent caractère du monsieur, c'est justement ses amitiés vieilles de près d'un demi-siècle qui seront à l'origine de l'excellent album Lone Star Shootout paru chez Alligator, enregistré avec Lonnie Brooks et Long John Hunter. Et comme un fil d'Ariane déroulé sur ces 5 décennies, c'est la même logique qui pousse les 3 gaillards à tourner encore, puisqu'ils seront encore en Europe cet été.

En attendant ce retour, c'est dans une ambiance très décontractée, et pour tout dire de franche rigolade, que Phillip Walker reçoit vos serviteurs dans sa chambre d'hôtel. Morceaux choisis.

 Lone Star Shootout…

- Ce n'était qu'une réunion de copains, rien d'autre. On a tous suivi nos propres chemins pendant longtemps, mais on est tous du même coin, Port Arthur. Lonnie Brooks, qui se faisait appeler Guitar Jr, est parti pour Chicago, moi je jouais avec Clifton Chenier, Long John Hunter est parti jouer le blues au Mexique, ce qui est plutôt rare. Je l'ai rejoint à El Paso vers le milieu des années 50, après avoir quitté le groupe de Clifton. On a joué ensemble au festival d'Utrecht il y a 3 ou 4 ans et je me suis dit qu'il faudrait qu'on enregistre. Pourquoi pas ? Voilà 3 gaillards toujours en vie et même plutôt bons, du même coin, alors pourquoi ne pas faire un disque ensemble ? Et ça s'est tellement bien passé ! Beaucoup avaient des doutes, mais j'étais sûr de moi, c'était obligé de marcher.

- On revient en France très bientôt, en Juillet. On s'éclate bien ensemble, on se connaît depuis si longtemps. On s'est beaucoup amusé à faire cet album. On se connaît si bien, on est un peu comme les 3 Stooges du blues !

- Au départ on était 5, avec Lonesome Sundown et Ervin Charles. On était un peu comme Louis Jordan et ses Timpany Five. Comme j'étais le plus jeune, je les traitait de vieux. On s'amusait bien.

- Ervin Charles n'a jamais voyagé comme les 4 autres. Il n'a jamais quitté la région de Beaumont, Port Arthur. Il n'avait jamais fait de disque. A une époque, j'étais trop jeune pour en faire partie, mais ils jouaient tous les 4 dans le même groupe. C'était quelque chose ! Tous les clubs étaient dans le même quartier, alors ils jouaient ici, puis là, et moi je regardais par la fenêtre en faisant mes fausses moustaches pour aller les voir. Ce devait être en 52, 53.

- On a chacun 2 carrières maintenant Et ça fonctionne. Bon, il a fallu amener nos agents respectifs à mettre un frein à leurs petits jeux, mais ça marche. Quand on se retrouve tous les 3 sans tournée pour un temps, c'est le moment de monter une tournée Lone Star Shootout. Et ça fait beaucoup pour nos carrières respectives.

- Bruce Iglauer est un malin, mais c'est aussi un type bien. Au début, ça a été un peu dur de lui vendre l'idée, mais c'est un bon businessman. Avec des artistes de la trempe de Shemekia Copeland, je ne vois pas comment il pourrait perdre. Et il y a Koko, et Lonnie Brooks. C'est super de travailler avec lui. Je l'aime beaucoup.

Clifton Chenier

- Quand je tournais avec Clifton dans ces revues R&B, les gens étaient passablement surpris de le voir débarquer avec son accordéon et son zydeco ! Je veux qu'ils étaient étonnés ! C'était comme une gifle en pleine poire ! Ils n'avaient jamais entendu ça à New York ! Alors on s'est fait un répertoire avec beaucoup de blues, et l'accordéon en avant. Mais je peux te dire que ça a fait chier plus d'un harmoniciste à Chicago !

- Il chantait en français bien sûr, mais surtout en Louisiane. Dès qu'on abordait ne serait-ce que le Texas, c'était : " Mais qu'est-ce qu'il raconte ? " Alors il chantait en anglais. Mais tu sais, sans lui, le zydeco n'aurait jamais dépassé les bayous de Louisiane. Il fut un pionnier. Si le zydeco commence à traverser l'océan aujourd'hui, vraiment, c'est grâce à lui.

Le Blues..et plus

- Me voici de retour en France, mon second foyer. J'y suis venu au début des années 80 avec le grand Lowell Fulson. Je ne suis pas un étranger ici. La dernière fois, c'était en 88, avec Joe Houston.

- Je suis ici depuis mardi, et je dois dire que jusqu'à présent, on a eu une assez bonne réponse du public. On ne m'a pas encore jeté de fruits pourris, c'est que je dois encore m'en sortir à peu près.

- Je fais de la musique de danse, un blues joyeux, le Texas Blues jump. Toutes les filles au bar dansent, c'est que je dois faire quelque chose de pas mal.

- Ça fait 40 ans que je vis en Californie, comment ne pas être influencé par le jazz ? Je combine ça avec un peu de Texas blues, un parfum de country de Louisiane. On entend de tout dans ma musique.

(Le rap)…- c'est le truc des jeunes d'aujourd'hui. Moi je reviens vers un son différent. Vous entendrez chez moi plus de cuivres que jamais auparavant. Je suppose que plus on vieillit, plus on va vers ce genre de choses.

(A propos de Texas Blues moderne, SRV, Anson Funderburgh) - Tout ça est venu bien après. T-Bone était un vrai Texas bluesman. Quand on parle de vrai Texas Blues, on parle de gens comme T-Bone, Clarence Gatemouth Brown… Il est incroyable.

- Maintenant, je cherche un nouveau label. J'ai commencé à discuter avec un vieil ami qui s'occupe de Stony Plain. Ils ont travaillé avec Duke Robillard, Roscoe Gordon, Jay McShann…

- Lonesome Sundown avait eu un très mauvais deal avec une maison de disques. Ça l'avait passablement refroidi, il ne voulait plus enregistrer. Mais je l'ai convaincu d'essayer encore, comme je l'ai fait avec Long John Hunter. Been Gone Too Long, c'est un bon album qu'on a fait là avec Lonesome.

- J'ai vécu au Mexique, où j'ai joué avec Long John, et j'ai toujours aimé cette musique, comme le zydeco d'ailleurs. Je me souviens, quand on se pendait aux poutres. On se marrait bien. Vous avez raté quelque chose ! C'était une sacrée époque ! Il y avait tellement d'énergie dans les fifties que ça recharge encore mes accus aujourd'hui.

- J'ai joué avec Little Richard, avec Etta James, et tout ces gens, quand j'étais dans le groupe de Clifton. Entre tous ceux avec qui j'ai joué et tout ceux que j'ai écouté, comment ne pas être influencé par tout ça ? Alors quand on m'écoute, on retrouve un peu de T-Bone, un peu de Chuck Berry, Lowell Fulson, Fats Domino, c'était mon école ! Et Clifton était mon héros. C'est lui qui m'a emmené dans ce business, lui qui m'a acheté ma 1ère guitare. C'était une Black Rose.

- Tous les nouveaux trucs que j'entends aujourd'hui, ça me fait pas tellement vibrer. Parce que je me souviens de cette époque, et c'était vraiment le vrai truc (the real deal). Et c'est toujours l'esprit qui m'anime aujourd'hui.

- Long John, je le connaissais déjà quand je n'avais pas encore l'âge d'entrer dans les clubs. Comme j'étais grand pour mon âge, et plutôt costaud, je me pointais avec une fausse moustache dessinée au maquillage. Qu'est-ce que j'ai pu m'éclater à l'époque ! Mais cette musique, j'entrais, et elle m'absorbait complètement. C'était en moi, vraiment. Il fallait bien que ça sorte un jour.

- Bon, à mon tour de vous interviewer maintenant : alors, qu'est-ce que c'est que cette association de blues à Paris ? Je me suis toujours demandé pourquoi il n'y avait pas d'association de blues dans une ville comme Paris…

(Nous lui racontons l'histoire de Travel in Blues)

PW : Voilà qui fait plaisir à entendre ! Je veux devenir membre à vie !

Propos recueillis le 2 mai 2001
à l'hôtel Méridien de la Porte Maillot à Paris
par Philippe Sauret et René Malines


 Chicago blues :
John Primer
Le Gardien de la flamme

"Jouer avec Muddy Waters a été une des meilleures périodes de ma vie. Toute ma vie, j'ai voulu jouer avec lui. Me retrouver avec Muddy, c'était un aboutissement."

Tour à tour sideman de Muddy Waters puis de Magic Slim, John Primer continue à porter bien haut l'étendard du Chicago blues, celui de la tradition. Mais loin d'une quelconque poussiéreuse pièce de musée, c'est toute l'essence de ce style majeur que Primer se propose de faire perdurer par delà les générations, pour notre plus grand plaisir.

John Primer au Famous Dave's (Chicago)
le 24/4/2000, 
photo Guy Benech

Travel in Blues : Bien que ce ne soit pas votre premier passage en France, vous n'êtes pas venu très souvent chez nous ?

John Primer : Non, c'est vrai. Je suis venu il y a deux ans avec la tournée Chicago Blues Festival, avec Vance Kelly.

TiB : Oui, avec un arrêt à la Bagneux Blues Night où nous, public parisien, avons pu vous applaudir…

JP : Oh, tu y étais ? Super !

TiB : Alors, vous commencez à vous plaire ici ?

JP : Oh oui, j'aime bien Paris. Et son public. Les gens apprécient quand tu joues le blues, ici. Tu joues un morceau, ils t'applaudissent chaleureusement. Tu te sens accueilli, bienvenu. Ça fait du bien. On vient à peine de commencer, mais ça démarre bien.

TiB : Nous avons déjà eu des échos, des amis qui ont dit le plus grand bien des premiers shows…

JP : Super ! .

TiB : Parlons de votre carrière…Vous avez un CV impressionnant, vous avez joué avec de véritables légendes, à commencer par Muddy Waters ?

JP : C'est exact…

TiB : Une chaîne de télévision française a récemment passé un document dans lequel on vous voit l'accompagner lors du Festival de Chicago en 1983…C'était son tout dernier concert, je crois ?

JP : En effet, c'était le dernier. Ce fut un super concert. Johnny Winter est venu jammer, Buddy Miles aussi. Et Big Twist, de Big Twist & The Mellow Fellows. Bien sûr, personne ne se doutait que ce serait son dernier concert. Mais il est tombé malade peu après.

TiB : Mais comment vous êtes-vous retrouvé engagé dans le groupe de Muddy Waters ? Comment l'avez-vous rencontré ?

JP : Eh bien, quand j'étais enfant, j'adorais déjà la musique. J'ai grandi en écoutant Muddy, Jimmy Reed, Howlin' Wolf, B.B.King, Bobby Bland, Lightnin' Hopkins, aussi loin que je me souvienne. Mais quand j'écoutais Muddy Waters, il y avait toujours dans sa musique quelque chose de particulier qui me faisait du bien. Je me disais "mais quel mec ! J'aimerais bien jouer avec lui un jour". Le temps a passé, et vers l'âge de dix-huit ans, je suis venu à Chicago. J'ai formé un petit groupe et on jouait à droite à gauche, de 1963 à 1974. Et puis j'ai découvert Theresa's Lounge, où j'ai joué jusqu'en 1980. C'est Junior Wells qui dirigeait le groupe maison, dont j'ai fait partie pendant 7 ans. Après je suis parti jouer avec Willie Dixon, qui m'a amené à Mexico City pour un show où il y avait aussi Muddy Waters et Koko Taylor. C'est là que je l'ai rencontré. Quand son groupe s'est séparé en 1980, il avait besoin d'un guitariste. Il a alors appelé Willie Dixon pour lui demander : " C'était qui, ton guitariste à mexico City ? - Il s'appelle John Primer " Il lui a donné mon numéro, et Muddy l'a donné à Mojo Buford, son harmoniciste, et son meilleur ami depuis des années. Mojo est venu me voir au Theresa's Lounge et il m'a dit :
" Muddy cherche un guitariste. Je vais te recommander. Tu veux jouer avec Muddy ?- YEAH! Toute ma vie j'ai voulu jouer avec lui ! " Il m'a invité à répéter avec eux le lendemain, et le surlendemain, on était chez Muddy, qui m'a dit avoir apprécié mon jeu. C'est comme ça que j'ai commencé à jouer avec Muddy Waters. Ça a été une des meilleures périodes de ma vie. J'ai beaucoup aimé jouer avec Willie Dixon, mais me retrouver avec Muddy, c'était un aboutissement.

TiB : Beaucoup de gens de ma génération vous ont découvert alors que vous jouiez avec Magic Slim, plus particulièrement grâce aux enregistrements de chez Wolf, la fameuse Zoo Collection. Vous êtes resté longtemps avec lui, avant de démarrer votre propre groupe ?

JP : Disons que j'ai pris mon temps. En arrivant à Chicago, j'avais déjà eu mon propre groupe qui s'appelait The Maintainers. Après la séparation, j'ai joué avec un groupe qui s'appelait Brotherhood. Et tout ce temps-là, j'étais le leader. Après j'ai joué dans un club tenu par la femme de Junior Wells. Je ne me souviens plus du nom du club, mais le groupe s'appelait Hot Coke. Et quand John Wacker a quitté Theresa, il m'a donné son job là-bas.

 TiB : Vous avez toujours joué typiquement Chicago Blues. Aujourd'hui que le blues s'est répandu dans le monde entier, c'est ce style qui est le plus représenté, parce qu'au sein du blues en général, le Chicago blues est une véritable tradition en soi. Vous sentez-vous comme une espèce de porteur de la flamme ?

JP : Oh oui, absolument. Je ne change pas ma ligne. Je me souviens du blues que j'écoutais en grandissant, et je le joue toujours de la même façon, à l'ancienne. J'essaie de rester le plus proche possible du Chicago Blues originel. Je ne veux pas changer. Si je le faisais, il n'y aurait plus de blues original. Il n'y a lus grand monde qui joue le blues comme ça, tu sais. Aujourd'hui, beaucoup ajoute des pédales, des effets, pour jouer le blues.

Du coup, ce n'en est plus vraiment. Tout ce dont tu as besoin pour jouer le blues, c'est une guitare, un jack, un ampli, et toi. Pas besoin de tous ces trucs. C'est pourquoi je sens que je joue aussi pour les plus jeunes, pour le futur. Parce que si je ne le fais pas, ils ne connaîtront pas le blues originel. C'est pour ça que je continue.

TiB : Parmi tous ces gens qui ont choisi de jouer Chicago Blues, certains ont tendance à user un peu ce filon. Ce qui est notable avec vous, c'est que le vôtre, bien que traditionnel, reste très vivant. C'est la foi ?

JP : (il rit) Oui, en quelque sorte. En fait, la différence, c'est que mon blues reste droit, original. C'est le vrai blues, c'est comme ça qu'il faut le jouer. Avec un gros feeling. Il m'arrive de me faire pleurer moi-même en jouant. J'ai des frissons partout ! C'est ça le blues.

TiB : J'ai eu la chance de pouvoir parler avec Little Milton quand il est passé ici, et il me disait qu'il avait beau aimer le blues, il ne pourrait pas jouer les douze mesures toute la soirée, tous les soirs. Sinon, disait-il, il finirait par s'en lasser. Ce qu'il fait est superbe, mais c'est super aussi d'avoir quelqu'un comme vous, avec une position radicalement différente…

JP : J'aime beaucoup Little Milton, c'est vrai que ce qu'il fait est super. Il reste une de mes idoles.

TiB : On a parlé de vos albums sur Wolf, mais vous enregistrez aujourd'hui pour Telarc. Vous avez un contrat pour plusieurs disques, ou vous ne signez que pour un CD à la fois, comme Magic Slim ?

JP: Un album à la fois. Comme je l'ai fait avec Mike Vernon pour Atlantic. C'est lui qui m'a présenté à Telarc. C'est une bonne compagnie, et je vais en faire un autre avec eux.

TiB : Magic Slim nous expliquait que s'il ne signait des contrats que pour un album, c'est parce qu'il ne voulait pas se retrouver obligé de faire des disques qu'il n'aimerait pas, juste pour assurer le contrat. C'est aussi votre philosophie ?

JP : Exactement. Quand ils signent un contrat avec une compagnie, beaucoup d'artistes sont tout excités, ils ne pensent pas aux éventuelles conséquences. Moi, je laisse une chance, j'accepte de signer pour deux albums. Un par an. Ça me laisse libre de jouer la musique que je veux. Magic Slim a été mon professeur. Il m'a toujours dit : " Fais attention avec ton stylo. Sois prudent ". Je l'adore.

TiB : On a parlé de votre passé, voyons un peu le futur. Vous n'êtes venu que pour cette série de concerts au Méridien ou vous êtes en pleine tournée ?

JP : J'ai fait deux concerts avant de venir à Paris. Un à Bordeaux, l'autre dans une ville dont j'ai oublié le nom. J'ai encore quelques dates dans le Sud de la France, et après je rentre aux Etats Unis. J'espère revenir cet été pour quelques festivals.

TiB :Vous avez des projets en cours, comme un nouvel album, ou jouer dans des endroits où vous n'êtes jamais allé ?

JP : Des lieux où je ne serais jamais allé, tu sais, il n'en reste pas beaucoup Sinon, comme je le disais, je vais faire un album pour Telarc. Et j'en ai fini un en janvier pour Wolf Records. Ce sera un album de slide, un hommage à Elmore James. Il devrait sortir à l'automne. On a un peu tendance à oublier Elmore James, alors qu'il était un artiste de blues majeur, très différent de n'importe qui. Il avait son propre style, et je voudrais garder ça vivant.

TiB : Aussi sauvage qu'il l'était ?

JP : Oh oui, absolument !

TiB : Pas d'album live en vue ? Vous n'en avez pas d'autre depuis le Wolf enregistré au Zoo Bar…

JP : J'y travaille justement en ce moment. Un album live qui devrait sortir sur mon propre label.

TiB : Plutôt des reprises ou des compositions originales ?

JP : Surtout des originaux.

TiB : Quelque chose à ajouter ?

JP : Oui, c'était sympa de parler de blues, et j'essaie de garder ça vivant. J'aimerais dire aux plus jeunes de se concentrer sur ce qu'est réellement le blues. C'est une musique merveilleuse, qu'il faut apprendre. Le blues ne mourra jamais, il ne vieillira jamais. C'est une musique ancienne, mais qui sonne toujours aussi jeune. Continuez à jouer le blues des origines. Suivez les diverses écoles, ayez votre propre style, mais n'oubliez pas les origines. C'est la plus ancienne des musiques d'aujourd'hui, la mère de toutes les musiques actuelles. Et un jour, vous deviendrez célèbre en jouant le blues. Comme moi (il rit).

Propos recueillis par René Malines
le 25 avril 2001
à l'hôtel Méridien de la Porte Maillot (Paris)


Boozoo Chavis :
You’re Gonna Look Like a Monkey When You’re Get Old.

Le royaume du zydeco est aujourd’hui en deuil. Il vient de perdre son roi. Boozoo Chavis est mort des suites d’une attaque cardiaque au matin du 5 mai. Il avait du être rapatrié d’urgence dans un hôpital d’Austin, interrompant une tournée qui devait passer par le New Orleans Jazz & Heritage Festival. Alors que son fils Poncho prenait la tête de son groupe, les Majics Sounds, et honorait le reste des dates de la tournée, Boozoo luttait contre la mort au Texas. On s’était mis à espérer lorsque les médecins avaient annoncé que son état s’était stabilisé et se déclaraient optimistes. Le roi a finalement succombé.

Boozoo était un cow-boy, un gars de la campagne. Cela transpirait de sa musique. Une musique frustre, simple et directe, archaïque diraient certains, mais d’une terrible efficacité sur les pistes de danse. Une musique qui puisait au plus profond de la tradition créole, mêlant également blues et country. Des chansons qui parlaient de la campagne, de boucs, de volailles, de singes et bien sur de chevaux, la passion de Boozoo. Une musique apprise avant guerre dans les bals de maison et qui disparaît aujourd’hui avec son créateur.

Né en 1930 à Church Point Boozoo avait appris l’accordéon en écoutant les musiciens locaux Joe Jackson,, Henry Martin, Potato Sam et Sidney Babineaux, un grand oncle auteur de quelques faces sur le label Arhoolie au début des années 60. Juste après la guerre il rencontrait Clifton Chenier, de cinq ans son aîné, venu joué avec son frère Cleveland dans les clubs de son père et de sa tante. A ceux qui par la suite lui ont reproché de prendre la couronne de Clifton, Boozoo leur répondaient : " A l’époque je le battais. Et s’il était encore en vie je recommencerai ! ". Une phrase qui en dit long sur la force de caractère du black cow-boy. Eddie Shuller, directeur du label Goldband / Folkstar, garde un souvenir très précis de ce drôle de petit bonhomme que lui amena dans son studio l’accordéoniste Sidney Brown un jour de 1954 : " un type au caractère un peu soupe au lait et un clown né s’exprimant en phrases brèves, hachées, et qui jouait sur son accordéon allemand une musique que je n’avais jamais entendue nulle part ". La première séance d’enregistrement de Boozoo Chavis, accompagné pour l’occasion par le bluesman Classie Ballou, est restée gravée dans l’histoire : " Classie n’avait aucune idée de ce que Boozoo allait faire dans le studio, si bien qu’après trois jours, rien ne s’était passé. Je me suis finalement dit que si j’achetais une bouteille pour Boozoo , ça allait le stimuler. Après qu’ils aient eu terminé le whisky, ils ont commencé à jouer vraiment " raconte Shuller. Classie Ballou poursuit : " Avec Boozoo nous avons enregistré cette chanson , Paper In My Shoe (…). il n’avait aucun sens du timing et ce fut une séance d’enregistrement très difficile. Je pense que j’étais aussi en partie responsable car à cette époque je ne comprenait pas le zydeco. Nous avions beaucoup bu et Boozoo était tellement sou qu’il tomba de sa chaise". Selon Shuller la chute se passa pendant que la bande tournait. Mais malgré cela l’accordéoniste continua à jouer, terminant l’enregistrement par terre. Le producteur ne croyait pas en la réussite de cette chanson. Trop primaire, trop frustre, trop primitive jugeait-il. Et puis on ne comprenait pas ce que Boozoo chantait. Aussi quelle ne fut pas sa surprise de voir le morceau faire un carton dés sa sortie dans tout le Sud des Etats-Unis. Fin 1955 Paper In My Shoe s’était vendu à 138 000 exemplaires, devenant ainsi le tout premier succès de l’histoire du zydeco. Fort de cette réussite Boozoo continua à enregistré pour Shuller jusqu’en 1964, mais les relations entre les deux hommes se dégradant, le musicien finit par raccrocher définitivement son accordéon, dégoûté par le business et persuadé, non sans raisons, de s’être fait arnaquer.

L’histoire du petit homme aurait pu s’arrêter là. Il serait resté un artiste obscur de l’histoire de la musique louisianaise avec ses quatorze faces enregistrées pour Shuller. Boozoo se satisfaisait pleinement de son travail de jockey et n’envisageait nullement de revenir sur scène, se contentant de jouer pour son plaisir et celui de sa famille. Mais le destin en décida autrement, cela grâce à Rockin’ Sidney. En 1983 Ce haut personnage de la culture créole, chanteur, parolier, animateur radio, auteur de l’immortel " My Toot Toot ", seule chanson zydeco à s’être vendue à plus d’un million d’exemplaires, réussi non sans mal a persuader Leona Chavis de laisser son mari faire quelques titres pour son label ZBC. Le succès auprès des Noirs de Louisiane fut foudroyant. Une des chansons, Dog Hill, du nom du quartier de Lake Charles où Boozoo habitait, fut reprise par des dizaines de groupes, donnant lieu à de multiples adaptations basées sur des aboiements de chiens. Un autre morceau, Deacon Jones, au contenu particulièrement salace et pour cela interdit de diffusion sur les radios, devint lui aussi une des meilleurs ventes du cow-boy. Boozoo signa alors sur Maison de Soul, le label de Floyd Soileau, et continua d’enchaîner les succès : Johnnie Billy Goat, Uncle Bud, Suzy Q, Make It To Me… En peu de temps il devint un des personnages centraux de la communauté créole, remettant notamment au goût du jour les trail rides, ces parcours à cheval dans la campagne et sur les routes, qui se terminent par un bal et permettent aux familles de se retrouver après le travail de la semaine. Mais surtout, par son charisme, son énergie, sa joie de vivre, son jeu de scène extraordinaire, l’homme incita de nombreux jeunes à faire une carrière musicale dans le zydeco. En fait, son importance sur l’évolution de cette musique à partir du milieu des années 80 peut être comparée à celle de Clifton Chenier dans les années 70. La plupart des jeunes musiciens d’aujourd’hui revendiquent ouvertement son influence : Keith Frank, Rosie Ledet, Jo Jo Reed, J Paul Jr, Chris Ardoin, Step Rideau… Son élève le plus doué fut sans aucun doute Beau Jocque qui repris son jeu d’accordéon, le mélangeant aux sonorités rap , funk et rock. Les deux hommes s’appréciaient et se respectaient, au point d’organiser ensemble des zydeco battles qui faisaient la joie du public. Tels deux catcheurs les deux musiciens se jaugeaient, se défiaient puis s’affrontaient. Dans ces combats Boozoo avait toujours le dernier mot, Beau Jocque le laissant gagner par respect et par amitié. Après la mort du zydeco giant en 1999, Boozoo aurait sans doute pu trouver d’autres partenaires pour ces zydeco battles. Mais son amitié pour Beau Jocque était telle qu’il n’en fit rien.

A partir des années 90 la carrière de Boozoo prit une nouvelle direction. Pris en main par le label Rounder, il allait connaître enfin une reconnaissance nationale et internationale grâce au producteur Scott Billington. Une reconnaissance qui lui permit de recevoir en 1994 des mains de Rockin’ Dopsie Jr, le fils du précédent roi, la couronne et le titre de King of Zydeco.

Boozoo fut un bon roi. Nous avons pu en juger lors de sa fantastique prestation au New Orleans Jazz Festival de 1999. Vêtu de son célèbre tablier qui évitait à la transpiration de salir ses vêtements le petit homme fut fidèle à sa réputation. Bien épaulé par ses Majics Sounds Boozoo enchaîna ses grands succès. Et lorsqu’il attaqua Who Stole My Monkey ? le morceau phare de son dernier CD, de toutes part dans le public surgirent des marionnettes de singe en réponse à sa question.

Boozoo n’était jamais venu en Europe. Il n’en avait pas besoin car il tournait intensément aux Etats Unis. En fait son agenda était déjà bouclé pour les deux ans à venir. Il venait de terminer l’enregistrement d’un nouveau disque pour Rounder, accompagné pour l’occasion par le guitariste Sonny Landreth, membre durant plusieurs années de l’orchestre de Clifton Chenier. Ce disque sera son testament discographique. Aujourd’hui le crawfish circuit est en deuil et pleure l’homme de Lake Charles. Au paradis Boozoo a retrouvé Beau Jocque. Sur que le ciel tremble maintenant qu’ils peuvent se défier à nouveau.

Philippe Sauret

Selection discographique :

  • The Lake Charles Atomic Bomb(Original Goldband Recordings), Rounder, 1990.

  • Zydeco Trail Ride, Maison de Soul, 1989.

  • Boozoo Chavis, Elektra / Nonesuch, 1991.

  • Live ! At The Habibi Temple, Lake Charles, Louisiana, 1994.

  • Johnnie Billy Goat, Rounder Heritage, 2000.

Benoît Blue Boy
Benoît Blue Boy En Amérique
La Lichère/Frémeaux & Associés - 2001

Ça fait un moment qu'il nous en parlait, de ce projet d'album à Austin. Et pour tout dire, le CD a été enregistré il y a déjà 10 mois. Alors pensez si on est content de le voir enfin arriver, ce 1er disque américain de notre Benoît Blue Boy ! Quand on pense que les principales maisons de disques n'en ont pas voulu sous prétexte que ce ne serait "pas un disque de blues" ! Nous on l'a écouté, et on peut vous dire qu'on n'a pas entendu autre chose ! Enfin si, car si on a bel et bien entendu 13 blues - le 14ème titre étant un 'remix' du 1er - ils sont agrémentés de divers parfums pas franchement estampillés Chicago. Et c'est tout à son honneur, à une époque où le style Chicago moderne se dispute le marché avec un blues-rock qui a de plus en plus tendance à oublier l'essentiel -à tous les sens du terme ! Benoît, lui, a préféré retrouver les musiques qu'il écoutait quand il était gamin, dans les années 50-60. C'est à dire la Louisiane de Fats Domino, le R&B des chicanos texans, ce genre de choses.

Pour ce faire, il s'est adjoint les services de quelques vieux briscards, à commencer par l'Oncle John Turner, ex-batteur de Johnny Winter, Pierre Pelegrin, bassiste de Paul Orta, un temps avec Doo The Doo, un français habitué de la scène texane, plus une section de cuivre à tomber par terre menée de main de maître par l'excellent Rocky Morales au ténor, Hector 'Araña' Watt, sublime à la guitare, sans oublier le désormais célèbre Randy Garibay pour un duo d'anthologie sur Blues En La Noche, un standard revu et corrigé multilingue, un vrai bonheur ! Difficile d'extraire un titre parmi toutes les perles qui constituent cet album. C'est du Benoît Blue Boy, avec son style, ses textes, son feeling, sa décontraction, et en même temps, c'est quelque chose de tout à fait nouveau, mélange d'influences, hommage à une époque, à une région- le Golfe du Mexique. Benoît Blue Boy nous fait du neuf avec du vieux. Le résultat y gagne à repasser plusieurs fois sur la platine : plus on écoute et plus on aime. Normal, c'est que du bonheur, on en redemande !

Johnny Ferreira & The Swing Machine
King Of The Mood Swings
Pair-A-Dice Records - 1998

Les Américains avaient déjà Sax Gordon, en France, nous avons Gulliver Allwood - un Anglais, certes, mais il joue avec Fred Clayton & The International Rhythm Connection, groupe basé en France. Eh bien il faudra désormais compter avec le Canadien Johnny Ferreira. Dès Dig That Crazy Chick, le 1er titre, on sait qu'on n'a pas affaire à un rigolo. Enfin, si, dans un sens, puisque le groupe se situe quelque part entre Louis Jordan et Louis Prima pour le swing et l'humour, avec quelque chose de Mitch Woods ou Roomful Of Blues pour la modernité du son et la place laissée aux chorus. Il faut dire qu'à les entendre, la quinzaine de musiciens présents sur le CD ne doivent pas être tombés de la dernière promo de conservatoire. On sent qu'il y a de la bouteille. Et si tous ont l'air de bien s'amuser, vous pouvez être sûrs que ce n'est jamais au détriment de la mise en place ou de la musicalité. De toutes façons, ce type de musique, en grand orchestre, ne souffre pas la médiocrité. Johnny Ferreira est le 1er à en donner la preuve quand, à l'instar des 2 grands saxophonistes cités plus haut, il prend un solo pour faire tour à tour gémir, hurler ou phraser comme un vrai jazzman son instrument. Derrière, la rythmique s'en donne à cœur joie, propulsant une section de cuivres à faire péter les carreaux sur laquelle s'envolent les solistes, comme dans Lost In The Sauce. Le blues n'est bien sûr pas négligé dans ce très bel album, mais il s'agit là d'un blues assez sophistiqué, comme par exemple le très swingant Do Wah Daddy sur lequel on ne peut s'empêcher de claquer des doigts ou taper des mains. On a même droit à un mambo façon zydeco avec accordéon sur Man you're The Greatest. Après Crazy Bout A Saxophone, leur 1er disque, et plusieurs participations à diverses compils, Johnny Ferreira et sa Swing Machine se sont vus couvrir de récompenses et autres superlatifs par plusieurs revues et blues societies américaines et canadiennes. On n'est pas vraiment étonnés.

Contacts européen : Andy Lösche, Concertbüro, Schlafweg 28, D-96173 Oberhaid, Allemagne
Tel : 49 9 503 502 690 Fax : 49 9 503 502 691
e-mail : andy@concertburoloesche.de

The Blues-O-Matics
Rockillero
Deep Blue Something/Culture Records - 2000

On vous a déjà parlé de ce groupe (voir chronique de leur album That's All dans Travel n° 37) qui mélange les styles avec une bonne humeur communicative. D'ailleurs, les titres parlent d'eux-mêmes : '56 Rock & Roll Special, le rockab' Roll !, Delta Devil et sa slide qui s'insinue entre les frappes appuyées de la batterie, quelque part entre John Mooney et Alain Berkès, on peut constater que nos 4 gaillards ne s'embarassent pas de chapelles et autres clochers ! Car si Monkey Rumble ne peut que rappeler ce bon vieux Bo Diddley, Rockillero, lui, nous rapproche dangereusement d'une frontière qui sent bon le chili con carne et le pistolero de western italien. Ensuite, ils profitent lâchement de l'envoûtement opéré sur l'auditeur pour inventer ce qu'on pourrait appeler le zyderockabilly, bien qu'ils le nomment cajun boogie, avec Babaloo Selena. Et n'espérez surtout pas retrouver vos repères avec Shake That Blues, ils l'ont " countrysé " au maximum, avec banjo et tout ! Enfin, comme ils le disent eux-mêmes, ils sont restés raisonnables en évitant d'y ajouter du yodel. Bref, vous l'aurez compris, les Blues-O-Matics sont une bande de joyeux drilles, espèces de Flyin' Saucers belges qui n'ont de cesse d'appliquer les recettes de la world music à toutes les musiques du Sud des Etats Unis en les mélangeant à qui mieux mieux. Et le pire, c'est qu'il le font avec beaucoup de talent ! C'est que nous avons là affaire à d'excellents musiciens aidés de non moins émérites invités aux chœurs, à la mandoline, la contrebasse ou au jug. Ce n'est donc pas un disque de blues à proprement parler que nous vous invitons à découvrir ici, mais un album bon enfant qui n'a d'autre but que de vous offrir un bon moment de musique jouée avec énormément de bonne humeur. Alors, pourquoi bouder son plaisir ? Si toutefois vous aviez quelque difficulté à trouver ce CD chez votre disquaire habituel, essayez le téléphone du label : +32 (0) 9 365 40 60, ou son Fax 32 (0) 9365 40 65.

Debbie Davies
Love The Game
Sanachie Records/Socadisc - 2001

Avant même la première écoute, ce CD provoque la convoitise. Pensez donc, un album de Debbie Davies, et produit par Duke Robillard de surcroît ! On est d'ailleurs surpris que Love The Game qui ouvre l'album ne soit pas de sa plume, tant ce titre sonne comme les rocks qu'affectionne le Duke. Lequel apparaît sur 2 titres, Can't Live Like This No More, un funky blues que n'aurait pas renié Albert Collins, l'ancien patron de Debbie, et Fired Up, shuffle up-tempo où les rejoint son ex-mari Coco Montoya pour une bataille de solos des plus réjouissantes. Impossible de départager les 3 musiciens tant chacun fait des merveilles. Un festival de guitare blues. Autre atout de ce CD, il met en valeur les qualités vocales de la jeune femme, talent qu'on a parfois tendance à oublier tant elle étonne son monde par son jeu de guitare étincelant. Un bon exemple, le slow blues dramatique Down In The Trenches, qui va directement à l'essentiel avec un texte qui prouve, si besoin était, que Debbie sait vous trousser une chanson à vous coller le frisson. La blueswoman sait aussi se faire coquine comme dans Worst Kinda Man dont les paroles renouent avec une certaine tradition de chanteuses à textes… chauds. Un peu de guitare acoustique du meilleur effet avec Was Ya Blue qui peut rappeler le standard Am I Blue, ici interprété dans un style assez Barrelhouse, avec un Bruce Katz tout à fait dans l'esprit au piano. Davies s'essaie aussi au R&B avec I'm Just Your Fool - rien à voir avec le standard bien connu - mais il faut bien avouer que ce n'est pas là le meilleur titre de l'album, malgré un solo de guitare bien tourné. Mais qu'importe, les 12 autres morceaux, tous des originaux, sont autant de pépites qui, comme le dit Duke Robillard dans les notes du livret, devraient faire transpirer un peu plus tous les guitaristes mâles ! A noter la présence aux saxes de Doug James et "sax " Gordon sur la plupart des titres, ces deux-là sont toujours bienvenus. Un bon album qui devrait trôner en bonne place, juste entre son tout premier et son CD précédent, sans doute ses meilleurs jusqu'à présent.

Doc Zydeco
Wash Machine
Démo, 2001

Ceux qui ont eu la chance d'assister à un concert de Stompin' Crawfish, ou les heureux possesseurs de leur unique album, Cajun Rock, Rural Fusion & Outer Space Zydeco, se souviennent sûrement de la pyrotechnie musicale de ce groupe mythique. David Rolland, son accordéonniste-violoniste-guitariste-chanteur-auteur-compositeur, par ailleurs leader de la formation, a mis fin à l'aventure, mais rassurez-vous, on n'y perd pas au change. En effet, le jeune surdoué s'est trouvé dans le Sud-Ouest une nouvelle famille qui s'est donné, avec un humour certain, le nom de Doc Zydeco (exceptionnellement, prononcer zideco, sinon, ça l'fait pas). La ferveur de Stompin' Crawfish est ici absolument intacte, bien qu'il y ait quelques différences. Car si les Crawfish étaient plus zydeco que cajun, cette dernière influence est beaucoup présente chez Doc Zydeco. Mais attention, ne croyez pas trouver ici un groupe de cajuns comme il y en a des milliers en Louisiane. Non, comme le band défunt, celui-ci fait preuve d'une vraie personnalité. Car si les créoles de Louisiane se sont démarqués de la musique cajun au point de créer leur propre musique, radicalement différente, Doc Zydeco privilégie un rapprochement des deux communautés par un style qui, tout en étant plein de références, sait en tirer l'essence même pour en faire un mode original. Du cajun, on a gardé le répertoire - 8 traditionnels pour 2 compos de David Rolland, le 'tit fer (triangle) et l'accent. Du zydeco, on a pris le frottoir, bien assuré par la jolie Lydie Dandrau qui chante aussi très bien, les lignes de basse sautillantes et le fameux double clutching à la batterie, style de jeu cher aux batteurs de Chris Ardoin ou Beau Jocque - ces deux intruments étant tenus par les très dynamiques frères Marabuto, et le jeu de guitare flamboyant - excellent J.J. Arguello. Et que dire de l'accordéon de David Rolland ? Une telle assimilation du jeu des plus grands, ce n'est plus de la maîtrise, c'est… le talent, tout simplement ! Le résultat ? 38'46 de fête à se passer en boucle. Pour les amateurs de zydeco, un album indispensable, assurément. Stompin' Crawfish est mort, vive Doc Zydeco !

Contacts : Maurice Marabuto, 47, av. de la Mongie, 65200 Pouzac
Tel : 05 62 91 05 98 Fax : 05 62 91 13 22 e-mail : doczydeco@fr.st

www.doczydeco.fr.st

Dr Z Oliver
The Little Desert Blues Band
Tulip - 2001

En voilà une surprise qu'elle est bonne ! Et pour plusieurs raisons : d'abord, Dr Z fut un des tous premiers fidèles de Travel In Blues, et ça, on ne l'oublie pas. Ensuite, si ses premiers pas discographiques ne nous avaient pas totalement convaincus à l'époque, il nous livre ici un CD parfaitement maîtrisé qui vaut le détour. Enfin, s'il s'est lancé dans une voie sur laquelle beaucoup se sont perdus, lui a su trouver son chemin jusqu'au cœur de l'auditeur qu'il sait toucher malgré la formule inhabituelle qu'il a choisi.. Dr Z Oliver, avec son Little Desert blues Band, réussit haut la main, à l'instar d'un Taj Mahal ou de l'excellent duo Tao Ravao/Vincent Bucher, le mariage entre l'héritage d'un blues traditionnel et la musique africaine. La voix chaude d'Olivier, son jeu très sûr à la guitare, traditionnelle ou Dobro, dont il joue tantôt comme d'une kora africaine, tantôt comme un vieux bluesman du Mississippi, ses harmos, kazoo, calebasse ou valise, les percussions de Thierry Galand, la flûte de Jean Didier Villetorte, la basse de Pierre Houllier, tout concours à faire de cet album une vraie réussite. 8 des 10 titres sont de la plume de Dr Z, d'où ressort parfois le blues traditionnel accompagné d'instruments qu'on a peu l'habitude d'entendre dans ce style, parfois une tradition africaine qui pourrait bien convaincre les plus réticents. Un traitement original est appliqué aux reprises, Rollin' Man de Peter Green et plus encore au Honey Hush de Jimmy Reed, mais ce n'est pas pour nous déplaire, tant l'entreprise, une fois de plus, est couronnée de succès. Une réserve cependant : Gandafabou Blues, le dernier morceau, est un délire de musiciens dont on se serait volontiers passé. Mais si certains des 9 titres restants ne sont plus des blues à proprement parler, prêtez malgré tout une oreille attentive à cet album, vous risquez fort d'être conquis.

Contacts : tel : 06 61 42 08 58 - fax : 01 30 43 22 38 - e-mail :
konstha@netcourrier.com
Adresse : Konstha Prod, 37 av. du Plan de l'Eglise, 78960 Voisins le Bretonneux

Big Bill Morganfield
Ramblin' Mind
Blind Pig Records/Night & Day - 2001

Tant pis pour le suspens, autant vous le dire tout de suite : le fils de Muddy Waters confirme ici tous les espoirs qu'on avait mis en lui, faisant taire les esprits chagrins qui ne voyaient dans son arrivée sur la scène blues internationale qu'un gigantesque coup de marketing. Big Bill Morganfield, qui a bien retenu les leçons de son illustre géniteur, nous livre ici un blues des plus authentiques, se montrant autant convaincant dans des styles aussi divers que le swing - Mellow Chick - le holler - Strong Man -, le shuffle - Roll With Me - le West Coast - What's The Matter - voire le gospel - People Sure Act Funny - ou le style… Muddy Waters - Ramblin' Mind. Sur Strong Man Holler, on est d'ailleurs étonné par le jeu en slide de Big Bill, tant le mimétisme est grand avec le légendaire bluesman de Chicago. On croirait entendre Muddy lui-même. Sur ce titre, comme sur You're Gonna Miss Me qui termine l'album, Taj Mahal vient prêter son concours, et c'est toujours un plaisir de retrouver la voix et la guitare de ce géant. Sur ces mêmes morceaux, Billy Branch est venu tenir son meilleur rôle, celui d'accompagnateur. Et puisque nous parlons d'invités, la session de Dirty Dealin'Mama a du être mémorable, puisque derrière l'héritier sont réunis Bob Margolin à la guitare, Paul Oscher à l'harmonica - et auteur du morceau, dans le plus pur style Willie Dixon, et donc Muddy Waters - Pinetop Perkins au piano, Bob Stroger à la basse et Willie Smith aux fûts. Autant dire le personnel de Rising Son, le 1er album du grand jeune homme. Malgré la diversité des accompagnateurs et des styles abordés, l'album bénéficie d'une grande unité tout simplement grâce à la voix de Morganfield qui, bien que d'un timbre différent, doit sans doute beaucoup aux gênes de Papa pour ses graves et sa profondeur. Peut-être le fait que Morganfield junior ait écrit 9 des 14 titres présents, parmi lesquels un superbe My Doggy's Got The Blues dans le plus pur style Robert Johnson, y est aussi pour quelque chose. En tous cas, voici un excellent second album que l'on pourrait résumer par ces deux mots : essai transformé.

 

Luther Allison
Hand me Down My Moonshine
Ruf Records/ - 2001

Une bien bonne idée qu'a eue Monsieur Ruf en rééditant ce disque de 'notre' cher et regretté Luther Allison. Car il s'agit là d'un album exceptionnel. Par sa qualité, bien sûr, mais le grand Luther nous y avait habitués, à tel point que ce n'est pas tant cet aspect qui fait la particularité de ce CD. Non, ce qui est tout à fait exceptionnel, c'est que notre bluesman nous avait pondu là un album 100% acoustique. 12 titres dont 10 seulement accompagné de Zox à la guitare basse acoustique, plus Patrick Verbeke à la 12 cordes sur la belle ballade Castle et à la steel sur You're The One de Jimmy Rogers, le fiston Bernard à la slide sur Meet me In My Own Hometown de W.Williams et Thierry Menesclou à l'harmonica sur ce même dernier titre. 11 blues acoustiques donc, plus une ballade, où Luther prouvait, si besoin était, qu'on peut dégager autant de chaleur et d'émotion en acoustique dans l'intimité d'un studio qu'en électrique dans la furie de la scène. En fait, seul You're The One fut enregistré en studio, Meet Me In My Own Hometown ayant fait l'objet d'un enregistrement chez California Music, les 10 autres morceaux, eux, ayant été capturés dans son salon, chez lui à Saint-Cloud. Un coup de chapeau au passage pour la parfaite masterisation, le son est exceptionnel. La voix de Luther ressort très bien, chaque note de sa guitare se détache avec une rare limpidité, même chose pour la basse et les autres instruments. Du travail d'orfèvre. Il faut dire que le producteur de l'œuvre n'est autre que Luther Allison lui-même, ce qui tendrait à confirmer qu'on est jamais si bien servi…. Luther avait d'ailleurs écrit 10 des titres sur les 12, tous de superbes morceaux dont on ne peut que se féliciter qu'à travers cet album, il nous les ait laissés en héritage. Un bonheur qui parvient à peine à compenser la perte d'un tel artiste. Encore merci à Ruf Records de permettre à ceux qui auraient dédaigné cet achat lors de sa 1ère sortie sur Inak en 1992 de réparer cet oubli. Car, vous l'aurez compris, ce CD est un indispensable.

Réédition :
Rockin’ This Joint Tonight,
JSP, 2000.

La réédition de cet album, paru à l’origine il y a plus de vingt ans, vient opportunément nous rappeler à quel point la scène californienne était riche et diversifiée durant les années 60, au moment même où le blues commençait déjà à disparaître des hit parades américains. Le style swinguant et décontracté, caractéristique de cette partie du nouveau continent, est bien sur ici représenté par le pianiste Floyd Dixon, impeccable sur Don’t Leave Me Baby, plus douteux sur Me Quieres, une espagnolade hyper sucrée qui est la seule faute de goût de tout le CD. Car pour le reste on a affaire qu’à du bon ! C’est le cas avec Johnny " Guitar " Watson et son superbe jeu de guitare caractéristique de l’école texane sur Late Freight Twist. C’était du temps où il faisait encore du blues. De même pour Jimmy McCracklin’. Les morceaux du pianiste présentés ici et rajoutés par rapport à l’édition originale sont de la même veine que ce qu’il avait fait précédemment sur Modern et Chess. Du grand art ! Que ce soit dans les reprises (Reconsider Baby, I Got To Know) ou les compositions originales (Copyright On Your Love, Sue & Pat). Jusque là néanmoins on reste en terrain connu. La surprise vient des deux derniers artistes. Ace Bolden d’abord, tout droit venu du Mississippi, et qui nous régale de son style simple avec des compositions originales - son Leave My Woman Alone ne doit pas être confondu le morceau de Ray Charles - et un jeu d’harmonica s’inspirant fortement de celui de Sonny Boy Williamson (Rice Miller). Kid Thomas, enfin, sans conteste l’artiste le plus fou de cette compilation ! Il n’y a qu’à regarder sa coupe de cheveux sur la pochette. Lui aussi excellent harmoniciste, ce type est une sorte de caméléon musical, capable de passer d’un blues poignant (Five Long Years, You Are An Angel), à un superbe instrumental à la Little Walter (Cozy Lounge Blues), puis de se déchaîner sur un rockabilly endiablé. D’ailleurs mieux vaut être bien accroché dès que vous mettez le disque dans la platine. Thomas démarre d’entrée sur les chapeaux de roues avec Rockin’ This Joint Tonight. On vous aura prévenu ! En définitive une très belle compilation.

Muddy Waters
The Blues
Fremeaux & Associés, 2001
.

Après John Lee Hooker c’est au tour de Muddy Waters de se voir consacré un coffret par Frémeaux & Associés. Deux CDs qui retracent les débuts du bluesman et l’évolution de sa musique de 1941 à 1950. On écoute donc d’abord l’artiste seul à la guitare acoustique dans la Stovall plantation au cœur du Mississippi, encore jeune Morganfield, fortement marqué par Robert Johnson et Son House (I Be‘s Troubled, Country Boy) . On le suit ensuite à Clarksdale, jouant cette fois-ci au sein d’un orchestre à la manière des Mississippi Sheiks (Ramblin’ Kid Blues). On le retrouve enfin en 1946 à Chicago dans une autre formation dans un style de musique identique à ce qui se faisait avant guerre dans la windy City (Jitterbug Blues, Gipsy Woman Blues). Mais la musique évolue rapidement et les frères Chess qui enregistrent le jeune noir fin 1947 choisissent de le faire jouer juste avec un bassiste et un batteur. La formule est payante sur le plan commercial car le succès auprès des Noirs est immédiat. Elle l’est aussi sur le plan artistique car le son Muddy Waters naît véritablement à ce moment : une voix profonde, quelques notes jouées au bottleneck sur une guitare amplifiée et tout est dit ! La magie opère et l’auditeur est immédiatement envoûté. De 1947 à 1949 Muddy a sans doute gravé là ses plus grandes faces et écrit une des plus belle page de l’histoire du blues avec les classiques que sont devenus Screamin’ and Crying, Rolling Stone, I Can’t Be Satisfied, Little Geneva… En 1950 Muddy fait entrer pour la première fois Little Walter en studio pour de nouvelles séances historiques (Louisiana Blues, Evans’ Shuffle). C’est à ce moment aussi qu’on assiste à la fixation de la formule orchestrale du Chicago blues basse-batterie-guitare-harmonica, qui sert aujourd’hui de modèle à la plupart des groupes de blues dans le monde. C’est à ce moment aussi que s’arrête ce coffret passionnant tant musicalement qu’historiquement.

Zydeco

Buckwheat Zydeco
Down Home Live !
Tomorrow. 2001.

Pour ses vingt ans de carrière dans le zydeco (en fait il est professionnel depuis l’âge de 14 ans !) Stanley " Buckwheat " Dural se devait de fêter l’anniversaire dignement, et ce par un disque exceptionnel par exemple. De fait il a tout mis en œuvre pour que tout concoure à une réussite parfaite. Le choix d’un enregistrement public d’abord : on sait en effet que les meilleurs disques de zydeco ont été faits dans les clubs, voir le Git It ! de Beau Jocque, le Habibi Temple de Boozoo Chavis ou encore le Rock ‘n’ Ball de Nathan Williams. Le choix des musiciens ensuite, avec la réunion d’un big band magnifique pour l’occasion : les fidèles Lee Allen Zeno et Kevin Menard, respectivement à la basse et à la batterie, quatre cuivres, trois guitaristes, dont le légendaire Paul " Lil Buck " Senegal, et le propre fils de Buckwheat, Sir Reginald Master Dural (sic) au frottoir. Le choix du club enfin : le El Sid’O est un des haut lieux mythiques de Louisiane tenu par les frères Williams Sid et Nathan. C’est avec l’aide de Buckwheat que Sid pu monter ce club. C’est grâce aux leçons du maître que Nathan est devenu un des virtuoses de l’accordéon aujourd’hui. C’est donc dans les meilleurs conditions possibles que Buckwheat a enregistré cet album à l’occasion de Thanks giving. Et dès les premières notes on sait déjà qu’on a affaire à un concert exceptionnel ! Le maître est au sommet de sa forme avec un orchestre qui répond au quart de tour. Tout au long des 72 minutes que dure ce CD une formidable puissance se dégage. Que se soit dans les morceaux hyper rapides comme What You Gonna Do ou Hard To Stop ou la formidable reprise de Fats Domino Walking To New Orleans. Le blues est aussi présent avec Trouble et Out On The Town, de même que le zydeco-funk Put It In The Pocket et dont seul Buckwheat a le secret. C’est bien simple, on a souvent l’impression de se retrouver dans un show soul des années 70, façon Ike et Tina Turner ou James Brown. Un grand moment et un disque a mettre dans sa discothèque aux cotés des autres albums cités plus haut.

Creole Connection
The Masked Band
Red Hot Louisiana, 2001
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Etrange pochette ! Sur un tracteur nous sont présentés cinq musiciens masqués et grimés, certains en mexicains. Le groupe est dirigé par un homme au visage caché par un loup noir, qui se fait appeler Ringo, " the Afro-American Lone Ranger ", et qui entend défendre accordéon en main la bonne vieille musique créole. En fait, lorsqu’on y regarde de plus près on s’aperçoit que cet orchestre ne nous est pas inconnu. Il s’agit de Keith Frank accompagné de son Soileau Zydeco Band, qui entend par ce disque faire prendre une autre direction à sa carrière. Point de rap, de funk et de reggae ici, mais un retour à la tradition avec l’interprétation de chansons composées dans l’esprit de la musique telle que pouvaient la jouer son père et ses oncles dans les années 70 et 80. Le Get On Boy !, comme on le surnomme, reprend d’ailleurs plusieurs morceaux " de ce temps là ", tels Morning Train de Clifton Chenier ou Shake It Down de Papa Frank. Il compose aussi dans le même esprit et on est surpris de l’entendre pour la première fois interpréter un vrai blues dans la forme, Every Dog Has His Day. Bien sur il y a des fois où le naturel revient au galop et où le jeune homme glisse une ou deux phrases de rap (She’s Shaking Her Big Butt), mais ce qui frappe, c’est vraiment la volonté de respecter la tradition. La grande surprise du disque vient d’ailleurs de la participation sur les sept derniers titres du violoniste Carlton Frank, grand oncle de Keith, sur des grands classiques du répertoire cajun (Co-Fe, Jollie Bassette, Chere Ici Chere La Bas…). Le violon de Carlton donne une coloration inattendue à cette musique fort réjouissante. Deux morceaux en particulier sont jouissifs : la belle valse de mon grand père et surtout Oh Mom, répétitif et hypnotique à souhait. Comme quoi, avec ce disque Keith Frank montre qu’il peut être à la fois chef de file du Nouveau Zydeco et farouche défenseur de la musique de ses ancêtres. Un disque fort réussi.

Dans le dernier numéro de Travel in Blues, nous avions initié ce qu'Etienne [NLDR : le rédac'chef] a proposé d'appeler My Favourite Things (petit hommage à John Coltrane, on est pas sectaires).
Il s'agissait de rencontrer des gens importants de la scène blues pour un mini-interview portant généralement sur ce qui les a attiré vers le blues, et plus spécifiquement les albums qui les ont le plus marqués.
Le 1er fut Stan Noubar Pacha, sans doute un des meilleurs "second rôles" de la scène blues française.

My Favourite Things

Patrice " Big Boy " Vilatte

Dans la famille Swampini, je voudrais le batteur.
Patrice " Big Boy " Vilatte, par ailleurs émérite conférencier et porte-parole du groupe, a bien voulu se prêter au jeu de notre Favourite Things. Voici donc les albums qui l'ont marqué.

Johnny Winter :
Nothin' But The Blues (Blue Sky / Sont Music - 1977)

"Pour moi, branché rock, Johnny Winter, c'était du rock & roll. Et je tombe sur un vrai disque de blues, avec Muddy Waters. Evidemment, c'est la grande découverte. C'est mon premier vrai disque de blues."

Howlin' Wolf :
London Sessions (Chess/MCA/Universal - 1971)

"Pas forcément le meilleur disque de Howlin' Wolf, mais c'est l'un de mes préférés. C'est le pont entre le rock qui m'éclatait à l'époque - il y a les Stones, il y a Clapton - et ces bluesmen que je découvre grâce à eux. J'ai une pensée particulière pour Little Red Rooster sur la face B où Howlin' Wolf donne quelques conseils à Eric Clapton, et ça, évidemment, ça tue."

Muddy Waters :
Electric Mud (Chess/MCA/Universal - 1968)

"C'est peut-être le plus mauvais Muddy Waters, mais c'est grâce à ce disque que je le découvre. J'aime tout, et notament la pochette. On le voit habillé en prêtre avec une ficelle autour de la taille, des sandales aux pieds. Il y a un livret qui explique comment il a fait sa banane. Ça, je l'ai fait encadrer. C'est un monument d'humour. Il a sûrement fait beaucoup mieux avant, mais c'est mon disque de Muddy Waters. "

Louisiana Swamp Blues (Fly Right/ Charlie - 1989)

"La compilation qui m'a fait découvrir le Swamp Blues. Ils sont tous là : Slim Harpo, Lightnin' Slim, Lonesome Sundown, Lazy Lester, enfin c'est tout le swamp blues, c'est parfait de A à Z. Ça m'a incité à les découvrir tous ensuite, de Slim Harpo à Silas Hogan en passant par Henry Gray."

Lightnin' Hopkins :
Texas Blues (Arhoolie)

"J'amène ce disque à Pascal Swampini qui m'en amène un aussi, et c'est le même ! C'est ce qu'on a envie de faire. Evidemment, ce n'est pas ce qu'on fera, mais c'est l'origine de Father Of The Waters, le 1er album de Swampini."

Hound Dog Taylor :
Hound Dog Taylor & The Houserockers (Alligator - 1971)

"Je suis tombé sur le cul. Pas de bassiste, des guitares pourries qui jouent roots, c'était tout ce que j'aimais, c'est tout ce que j'aime encore."

DooThe Doo :
Hex (Surfin' Dog/MSI - 2000)

"C'est la 1ère fois qu'un groupe français chantant en anglais fait un disque aussi parfait. Beaucoup de compos, les voix sont extras, la pochette est superbe, j'espère que c'est un disque qui va rester."

La Gazette De Greenwood a parlé à plusieurs reprise de Travel in Blues, notamment à l'occasion des fameux boeufs organisés au BottleNeck, au Saint-Louis Blues, à La Scéne, au Cristal...
relisez les numéros 9, 13, 15, 18, 20, 28, 38

Revivez l'histoire de Travel grace aux sommaires et aux couvertures de tous les numéros parus, conservés par Pierrot Mercier sur son site http://perso.wanadoo.fr/mississippi/travel