La Gazette de GREENWOOD
n°50 (avril 2003)

Tome 3:

MEMORIES

Numéro spécial John Mayall:

 
Tome 1:
  • Andy Cohen et l'héritage de Gary Davis
  • Bo & The Reapers : Blues Memories
    • Tous les CDs ... et Blues Memories
    • Supplément détachable: la genèse du CD !
    • Supplément auditif: Greenwood Gazette Blues!
  • Marc Loison : 20 ans de radios, 20 ans de passion
  • e-interview: le Loup Blanc
  • Un albums d'inédits de Skip James
  • B.B. King : Blues boys tune (Blues on the bayou)
  • La sérieClassic Blues de Document Records
  • la Rubriqu'à Blues: Mighty Sam McClain, Tribute To Fleetwood Mac, Blues Devils, Flyin' Saucers, Jeffrey P. Ross, Claude Bourbon


Tome 2
  • Dawn Tyler Watson & Mudzilla à Aubergenville (78)
  • Ana Popovic & Connie Lush au Bolegason (Castres 81): le Charme et La Sensualité!!
  • Marvelous Pig Noise au New Morning
  • Amor au New Morning et à Tullins
  • Rory Gallagher: Irish Tour 1974
  • Band of Friends: hommage à Rory Gallagher, chez Paulette
  • Solomon Burke à Bagnolet
  • 2003, année du Blues
lire le Tome 2

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Par Alain Poillot < poills@wanadoo.fr>

Pourquoi Memories ? ... disons que c’est parce que c’est le titre d’un album assez peu connu de John Mayall, qui explique pas mal de choses concernant ses choix musicaux, sa carrière, et une partie de ses influences.

Quelques unes des influences majeures de John Mayall, 
de G à D et de H en B :
Pete Johnson, Albert Ammons & Meade Lux Lewis, Sonny Boy Williamson
Jimmy Yancey, Cripple Clarence Lofton, Big Maceo Meriweather

Je vais donc maintenant vous parler du Vieux. Tout petit déjà, on l’appelait comme ça, d’ailleurs... Enfin, j’exagère à peine. Ce surnom, il se le trimballe depuis les sixties, c’est vrai, à l’époque où aux yeux des jeunes loups de la musique, tous ces Jagger, Richard, Clapton, Burdon et autres Daltrey, il faisait figure d’ancêtre, même si ce qualificatif aurait mieux convenu à Cyril Davies et Alexis Korner. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ces deux messieurs ont énormément fait pour le Blues en particulier, et la musique Rock anglaise en général... Mayall en parle d’ailleurs un peu dans la dernière interview que LGDG [mâtin, quelle gazette !] a su se procurer pour votre plus grand plaisir

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Discographie officielle

(mais partielle et partiale)

Tout le monde, fan ou pas, a entendu parler de Mayall, dans les milieux Rock et Blues, surtout ceux qui, comme moi, sortent tout juste de l’adolescence (si, si, j’ai même encore parfois de l’acné...). Ne serait-ce que parce qu’il a eu Eric Clapton comme guitariste, et qu’il l’a viré... [le fameux you’re socked ! par téléphone]. Bon, lui dit que ça ne s’est pas passé comme ça. De toutes manières, on n’est pas ici dans les colonnes de Rance Dimanche, donc on s’en moque éperdument... Sautons la préhistoire du Blues Boom, que tout le monde connaît, et qui a fait l’objet de nombreuses études, sans omettre toutefois de citer le disque Crusade, qui contient une très bonne version de Oh Pretty Woman, [rien à voir avec le film !-)]. Toujours est-il que le bonhomme a derrière lui une carrière impressionnante, une discographie énorme, dont lui même ne connaît pas le compte exact, si l’on tient compte des compilations, sans parler des boots, dont vous avez un (petit) aperçu ici même. En tout cas ; il commence dans les années cinquante, lorsqu’il est à l’armée... Eh oui, l’homme n’est pas tout jeune, 69 ans, puisqu’il est né le 29 novembre 1933... Un Grand Ancien, donc. Si l’on ne tient pas compte de CDs édités en petit nombre (malheureusement épuisés, vieux enregistrements datant d’avant son premier opus officiel), la première galette date de 1965, avec John Mayall plays John Mayall, et son dernier album, Stories, est sorti cette année... 49 albums officiels, peu de gens peuvent en revendiquer autant. Je ne vais pas vous parler de tous, mais de ceux qui, à mon sens, représentent des étapes intéressantes de sa carrière, même s’ils ne sont pas les plus connus. Je ne m’étendrai donc pas sur le Mayall with Eric Clapton, ni même sur The Turning Point, tout ou presque a déjà été dit à leur sujet... Les disques dont je vais donc vous parler, sans être des disques maudits, ont souvent été négligés par la critique, voire même décriés, parfois avec raison, mais bien souvent à tort.

Procédons par ordre, et commençons par The Blues Alone, dont le titre parle de lui-même. J’ai découvert avec cet album qu’il existait des guitares autres que des six cordes, et qu’on pouvait grâce à la technique s’enregistrer jouant de plusieurs instruments en même temps. Ce disque, dont le son a vieilli, contient de vraies perles, tel ce Sonny Boy Blow, avec une super partie de 'Jangle Piano'. Faut dire qu’à l’époque, j’étais très branché piano boogie-woogie, m’usant les phalanges à tenter de faire la pompe.

Ce disque réalisé quasi-seul (une brève apparition de Keef Hartley à la batterie ) m’a fortement impressionné, alors que mes goûts en matière de blues blanc me portaient plus à l’époque vers Canned Heat (avec qui il joua aussi du piano, d’ailleurs, dans Living The Blues). D’ailleurs, il y avait les pro Mayall et les pro Canned Heat, comme quelques années auparavant, les pro Johnny et les pro Antoine, en quelque sorte. Puis Bare Wires. Ce disque m’a fait découvrir la wah-wah utilisée autrement que de manière criarde avec suramplification (suivez mon regard dirigé sur la planète Mars). No Reply, un modèle du genre, dentelle de notes, tout en finesse... On avait déjà eu un aperçu de ce type de morceau avec Sittin’ In The Rain, et c’est peut-être le côté de Mayall que je préfère, cette sophistication, quand il sait rester simple sans être lourd, tout dans la délicatesse (ce qui est il est vrai de moins en moins le cas dans ses dernières productions...). Mais s’il faut en passer par là, citons aussi le remarquable Alabama Blues, créé par un Peter Green en grande veine d’écriture, je parle de celui qui deviendra gardien de cimetière après avoir co-fondé Fleetwood Mac avec d’autres transfuges des Bluesbreakers, et surtout celui qui écrira le fameux Black Magic Woman, immortalisé par Carlos Santana, dont le premier groupe s’appelait d’ailleurs le Carlos Santana Blues Band, pour ceux qui ne le sauraient pas encore J ... Bon, dans Bare Wires, j’aime moins le sax, Dick Heckstall-Smith n’étant pas à proprement parler un musicien au feeling Blues, même si son dernier CD en est fortement teinté... Par contre, si tout le monde connaît le suivant, Laurel Canyon, commis avec le même guitariste soliste, Mick Taylor, très grand disque, ainsi que Turning Point, on connaît nettement moins bien la période qui suivit, alors que des bijoux furent créés à cette époque. Abordons donc le cycle que je qualifierai de doux, car majoritairement sans batterie ni percussions, à part des bruits de bouche, de tambourins et de stylos sur les pieds de micros.

Entamé avec Turning Point, la suite logique avec des musiciens un peu différents, on sent que le vieux se cherche, c’est Empty Rooms, avec plein de piano, des morceaux esthétiquement très réussis, To A Princess, Jenny, et une sophistication qui n’apparaissait guère dans les albums précédents. On s’éloigne de la formation classique avec basse/batterie, d’ailleurs la batterie fait plutôt figure de hallebardier dans l’histoire, et toute la finesse de l’auteur apparaît. Certains, vers la même époque, qualifiaient Bowie de Dandy du Rock, Mayall, lui, devient le Gentleman du Blues, avec un travail tout en finesse, en délicatesse et en sentiments...

Larry Taylor commence à apparaître dans les sessions, et ce transfuge de Canned Heat, après avoir quitté ce groupe peu après la mort d’Alan Wilson, et très certainement aussi suite à ses conflits avec Henry Vestine, le lead-guitar, deviendra un fidèle d’entre les fidèles. Bassiste très prolixe, plutôt surdoué dans son genre, il saura se faire encore plus efficace aux côtés de l’Anglais, tout en calmant ses ardeurs de soliste.

Et là, patatras ! le père du Blues Anglais émigre, et surtout prépare un album avec uniquement des musiciens U.S. Cela donnera U.S.A. Union, vraisemblablement le plus sophistiqué de toute sa production discographique. Le plus gênant, je suppose, pour nombre de gens qui découvraient le Blues à travers les blancs, Anglais ou Américains, fut de s’apercevoir que ces histoires limites, et un univers plutôt marginal et macho décrit par les grands anciens copieusement repris par les djeunes, pouvait aussi s’intellectualiser. Ces gens ne connaissaient pas la sophistication d’un Duke Ellington, par exemple, et donc comprirent mal la démarche un peu snob de Mayall.

Non content de dévoyer Larry Taylor, il va s’assurer les services d’un autre musicien du fameux groupe de Boogie/Blues californien, le guitariste soliste de l’époque, Harvey Mandel, qui apparaissait dans Future Blues et 70 Concert. Celui-ci, abandonnant le son hyper saturé qu’il utilisait avec Canned Heat, va broder avec le vieux des rythmiques toutes en finesse, d’une légèreté et d’une fluidité étonnantes. Cerise sur le gâteau, Don Sugarcane Harris va apporter ses énormes talents de requin de studio (il a notamment joué des claviers chez Frank Zappa), et le son très classique d’un violon pour le moins surprenant. Rien à voir avec le fiddle d’un Papa John Creach, qui lui aussi joue avec des blancs sensiblement au même moment (Hot Tuna, l’album Burgers, entre autres, avec Jack Cassady et Jorma Kaukonen), ni avec celui de Clarence Gatemouth Brown. L’album, un véritable bijou, se vendra bien, dans la foulée de Turning Point, qui a fait un carton, mais n’aura pas vraiment bonne presse.

Nombre de fans vont commencer à se détourner de Mayall, lui reprochant principalement de s’éloigner trop ouvertement du Blues pur et dur. Et les textes changent. Nous avons ici affaire à une sorte de manifeste écologiste avant la lettre, ce que beaucoup lui reprocheront. Ceci dit, Mayall est en pleine adéquation avec les mouvements de jeunes de la côte ouest lorsqu’il nous chante Nature’s Disappearing, ainsi qu’à la lecture du livret, mais aussi fidèle à ses convictions et ses amours de jeunesse, comme il nous l’expliquera dans l’album suivant, Memories. Paradoxalement, la dentelle d’Harvey Mandel sera impossible à reproduire sur scène, Mayall le dit lui-même à propos d’un double live ressorti récemment, Rockin’ The Blues Tonight, car ce son très particulier nécessitait de véritables murs d’amplis, et donc représentait une gêne quand il s'agissait de jouer dans de petites salles. Mais le travail en studio est impeccable, les compositions évidentes de clarté, même si les grilles ont parfois tendance à s’éloigner du schéma traditionnel de base, je pense par exemple à Crying, dont la très longue intro au violon reste un modèle du genre. D’ailleurs Don Harris reviendra jouer sur plusieurs albums et dans plusieurs tournées... Par rapport à Turning Point, la formule sans batterie reste efficace, mais beaucoup plus précise et élaborée que dans les essais de Empty Rooms. Larry Taylor est époustouflant à la basse. On le connaissait dans ses soli à rallonge avec Canned Heat, mais là, sa virtuosité est mise à l’épreuve, car Mayall, intelligemment, ne le confine pas dans le rôle de soutient rythmique. Certains titres, et plus particulièrement Off The Road et My Pretty Girl sont presque construits autour de la partie de basse. Taylor y place son jeu en accord et ses changements d’octaves favoris, en jouant dur, mais pas agressif. Le tour de force de ce disque consiste essentiellement, à mon sens, à faire passer en douceur des tas de sentiments qui sont très souvent abordés en Blues d’une manière plutôt speed. Pas de boogie teigneux, on est sous le soleil californien (où Mayall vit désormais), et ça se sent dans les textes comme dans les ambiances. Ce disque est chaleureux. Est-ce une coïncidence ? A l’époque, je vivais mon premier grand amour, et la chanson My Pretty Girl reste pour moi l’archétype du Blues amoureux et positif... Et puis, la cuite racontée dans Where Did My Legs Go ? , question que l’on se pose parfois au réveil dans un environnement inconnu ! Possessive Emotions et You Must Be Crazy, assez significatives de la conception des relations amoureuses de l’époque (repensez à It Must Be Three de David Crosby, par exemple). Took The Car, Deep Blue Sea [que j’associe toujours à Octopus’ Garden des Beatles, allez savoir pourquoi], c’est le Fun de la côte Ouest... Pour moi, ce disque est un chef d’œuvre, c’est un icône de bonheur tranquille, même si l’avertissement à la pollution reste toujours valable. Et voilà, pas de guitar-hero dans ces enregistrements, tout fait plus appel à l’intelligence et au sens de l’esthétisme de l’auditeur plutôt qu’à l’énergie et la violence. Ce qui n’enlève rien à la puissance des morceaux. Simplement, Mayall nous dit à tous "Eh ! les mecs, calmos, asseyez vous, réfléchissez, profitez de la vie..." Remarquez, je pense peut-être ça parce qu’à l’époque, il y avait un petit air d’An 01 un peu partout J . Mais voilà, faire appel à l’intellect est souvent incompatible dans la logique commerciale avec les goûts du public.

Mais le Vieux persiste et signe. Dans la foulée, il va nous pondre Memories, encore un opus sans batterie, mais avec quelques petits changements de personnel. Exit Harvey Mandel, exit Don Harris, c’est maintenant Jerry McGee qui s’y colle. Cela fait déjà plusieurs disques que l’on ne parle plus des Bluesbreakers, bien que ce nom reste inscrit dans toutes les mémoires. Beaucoup de travail studio, pas mal de re-re, Mayall assurant le chant, la guitare rythmique, la douze cordes, l’harmonica, le piano, McGee la lead-guitar, le dobro, la steel et le sitar (oui, question de mode, je suppose).

Autant U.S.A. Union était ouvert sur le monde, autant Memories est un disque introspectif. Il nous raconte sa vie, je ne dirai pas par le menu, mais presque. La pochette est moins chaleureuse (bleue, couleur froide, alors que le précédent était plutôt dans les mauve/rouge), un agrandissement d’une photo de jeunesse avec beaucoup de grain, un lettrage assez baroque avec au dos trois photos d’identité et un album de famille, photos de pique-nique, du grand-père de l’armée... Eh oui, l’ancien a fait l’armée, je suppose même en tant qu’engagé, puisque citoyen britannique, et a fait la guerre de Corée, vraisemblablement dans le cadre de l’intervention de l’O.N.U. Cette période va le marquer (ainsi que toutes les guerres). Mayall n’est pas à proprement parler antimilitariste, mais il n’aime pas la guerre, et le clame haut et fort. Mais il est vrai qu’il côtoiera en Corée un Bluesman engagé politiquement, qui le marquera beaucoup : J. B. Lenoir, dont il reparlera à plusieurs reprises dans ses disques (The Death Of J.B. Lenoir, I’m Gonna Fight Fo You J.B.). Une rencontre déterminante, qui l’aura peut-être conforté dans son utilisation des aigus dans le chant. La voix de Mayall. C’est souvent ce que lui reprochent les amateurs de Bleu. Pourquoi ? Pas assez virile ? Pas assez chaleureuse ? Pas assez marquée par le tabac, la dope et l’alcool ? En tout cas, il chante juste, et dégage pas mal d’émotion...

En tout cas, l’homme se dévoile, non sans humour d’ailleurs, avec tout de même un côté aigre-doux non négligeable. Dans Memories, la chanson titre, il nous parle de son enfance, du divorce de ses parents qui l’a laissé perplexe, n’ayant pas connu son père à l’âge de 11 ans, des vacances obligatoires à la mer, des clowns qui le font pleurer, en fait tous les souvenirs marquants de son enfance. En gros, c’est du "Ah, vous me traitez de vieux, et bien, j’assume. These are the things I still remember from so long ago." N’oublions pas qu’il est Anglais, et non Américain. L’humour diffère quelque peu... D’ailleurs, le morceau suivant, lui, est un petit chef d’œuvre d’auto-dérision. Wish I Knew A Woman, ou les affres de l’adolescence, c’est pas drôle, j’ai pas de bol, je suis toujours vierge, j’ai que ma main pour partenaire, on dirait que les filles regardent tous les autres et pas moi, j’ai pourtant des super posters de nanas dans ma chambre, en rêve, je suis leur mec, mais en vrai, ça ne va jamais plus loin que la bise sur la joue, c’est pas marrant de se retrouver avec sa paluche tous les jours ! De toutes manières, il a d’autres préoccupations, car son mode de vie est un peu particulier... Il va à l’école à la ville en vélo, mais il préfère regarder le paysage plutôt que d’étudier. Il dessine, entre dans un Art college (le fourre-tout du système éducatif anglais), mais se retrouver face à la vie citadine ne lui va pas du tout, il doit faire face...(The City) Bon chorus de guitare, simple mais efficace, comme le dobro du précédent, d’ailleurs. Il se sent agressé par la fumée, la pollution, les gens stressés, prisonnier d’une machine implacable. "The countryside is pretty but I got to face the city and the world". Suite logique de celle ci, la suivante, Home In A Tree, nous conte la maison qu’il s’est construite dans un arbre, avec l’eau courante, l’électricité, une cuisine, de la musique...

Rien de vraiment nostalgique là dedans, pas d’autosatisfaction, il se raconte, c’est tout. Par contre, le morceau suivant, Separate Ways, est nettement moins neutre... Que deviennent tous ces gens dont on croise la route au cours de sa vie ? Beaucoup de déterminisme dans ce titre, circumstances make it so. Et si rupture il y a, eh bien, faisons fort, le départ pour la Corée en est une, et de taille. Il ne parle pas de ses motivations, mais relate, toujours avec humour. "Il a fallu que ça tombe sur moi... On m’envoie sur le front... J’espère que l’armée n’a pas besoin de moi sous forme de cadavre... Hey, filez-moi un stylo, je vais faire les écritures, je suis le roi de la machine à écrire, je ferais un super secrétaire... Mais ne m’envoyez pas au front ! Je ne vous donnerai pas ma vie pour que vous la balanciez à la poubelle..." Un blues médium, franchement en mineur (Mayall est souvent en mineur, c’est vrai), peut-être le plus électrique du disque. Ca commence à bien faire d’être dans l’incertitude, pendant qu’ils négocient, des potes à moi se font tuer, je vais me sauver de la ligne de front, vous ne m’empêcherez pas d’en sortir vivant. Une parenthèse, Grandad, dans laquelle il nous parle du rôle important joué par son grand-père, qu’il vénère, que tout le monde pleure quand il meurt alors qu’il est loin...Et quel regard aurait-il posé sur notre monde (rappelons que c’est écrit au début des 70’s), lui qui a vu tant de changements dans sa vie. J’avoue m’être posé le même genre de questions par rapport au mien, qui avait connu les premières voitures, les premiers films jusque l’homme qui marche sur la lune... Mais celui de Mayall a écrit un journal sur le tard, et quand il est parti, il était serein, certainement... Et on enchaîne sur un titre nettement plus gai, Back From Korea, le soulagement, la fin de l’étouffement dans la vie militaire, le long voyage en bateau, la tempête, "...donnez-moi les papiers, ou est-ce que je signe ? Trois ans à vous voir, j’ai ma dose... Paraît que c’est bien de servir son pays, on te file un flingue et tu vas tuer, mais quand tu reviens à la vie civile, désolé, mais votre boulot est pris... On te parle du prestige de l’uniforme, on te sourit, on te serre la main, mais dès que tu es libéré, tu n’existes plus... Qu’est-ce que ça représente d’être un ancien combattant pour ceux qui sont restés chez eux ?" Encore ce sentiment d’inadaptation, le fil rouge de l’album, en fait. Puis vient Nobody Cares, tout le monde s’en fout, la solitude, l’envie d’en finir... Et on termine par une note plus gaie, tout de même, Play The Harp, qui fait furieusement penser à Room To Move, mais bon, est-ce délibéré, ou bien un bœuf en studio ? Peut-être que Polydor voulait refaire le coup du tube, mais les paroles vont à l’encontre de ça, on pense plutôt à du remplissage, de qualité, certes, mais pas un vrai morceau, même si la grille sort un peu de l’ordinaire. Plein d’harmonica, des percus à la Turning Point (stylo sur le pied de micro, tambourin), les claquements de mains, applaudissements dans le studio, les paroles insignifiantes (par rapport au reste, s’entend), on aime bien jouer, écoutez-nous... Un chute pour l’album ? Tout est possible, Mayall est perfectionniste, et ne laisse rien de côté, d’ordinaire...

De la même période (les sessions se recoupent, en fait), un double de grande qualité, Back To The Roots, un retour aux racines après les égarements esthétiques des deux précédents albums ? En tout cas, une superbe brochette de musiciens, Clapton, Mick Taylor, Don Harris, Keef Hartley, Johnny Almond, Joe Yuele (déjà ?), j’en oublie. Disons la quasi-totalité des Bluesbreakers depuis leurs origines (une exception de taille, Peter Green), les équipes de Turning Point, U.S.A. Union et Memories, et tout un tas de compos superbes. Je m’étendrai moins sur les textes que dans le précédent, pour une raison toute bête, la musique de ces deux disques m’embarque tellement que contrairement à mon habitude, je n’ai pas essayé de tout déchiffrer.

Non, c’est trop la baffe musicalement. Tout le monde est en grande forme, à commencer par Clapton qui nous sort peut-être dans Prisons On The Road son meilleur chorus rapide du début des 70’s... Rock ? Blues ? Difficile à dire, c’est un morceau à la High Heel Sneakers, donc bien entre les deux... Enfin, le John qui nous parlait de l’évasion en voiture dans U.S.A. Union nous en donne le pendant, les gens enfermés dans les embouteillages monstrueux des mégalopoles de la côte ouest...

Comme je l’ai dit, super chorus de Clapton, ici en son clair, et que l’on va retrouver, humour grand-breton oblige, dans Accidental Suicide, un titre dont le sujet est la mort d’Hendrix par overdose. Pas vraiment la leçon de morale, plutôt un conseil :

Drugs may bring you joy
But the danger is that they destroy
So watch what you do or you may be the next to go !

On ne peut pas parler de franche condamnation, disons une mise en garde, les mecs, ne perdez pas le contrôle. Le fait que Clapton joue dans ce morceau à cette période précise de sa vie m’a toujours paru bizarre, car enfin, il est en plein dans la dope à ce moment là... En tout cas, le chorus qu’il nous sort là est aussi magnifique. Je me rappelle qu’à la première écoute, quand il est sorti sous forme de double en vinyle, j’étais persuadé que c’était Harvey Mandel à la wah-wah. Eh non, c’est le grand Eric, tout en finesse, un morceau qui n’aurait pas déparé dans U.S.A. Union, surtout qu’en plus, il y a aussi le violon de Don Harris.

Je vous donne les morceaux en vrac, car la réédition en CD n’est pas du tout semblable au double original, pas tout à fait les mêmes titres, et surtout un remix complet... Là où ça s’entend bien, par rapport à mes lointains souvenirs, c’est dans Force Of Nature. Une superbe démonstration de guitare électrique Blues, avec trois solistes qui, ô miracle, ne se marchent pas dessus ! Mick Taylor impérial à la slide, Mandel égal à lui-même, c’est à dire excellent en chorus moitié arpèges et Clapton toujours en grande forme. A mon humble avis, tous les guitaristes de Blues électrique devraient écouter et s’inspirer de l’équilibre des guitares dans ce morceau. Malheureusement, la fin est shuntée... Ensuite, Mayall nous refait le coup de Marsha’s Mood dans The Blues Alone, un morceau piano/batterie, Boogie Albert , avec Joe Yuele, qui joue toujours avec lui plus de trente ans plus tard ! Je n’aime pas trop cette formule, ça manque de basse. Bon, là, tous les plans Johnson, Hammond, Davenport y passent, accommodées à la sauce jangle du vieux, le son est bon, mais je me passerais volontiers de la batterie, qui d’ailleurs ne figurait pas dans l’original en vinyle. [enfin, je crois - incroyable ce qu’on a pu me voler comme disques au fil des ans, et les salauds n’ont pris que les bons !] Passons à Television Eye, une complainte dans laquelle il se plaint de ne plus pouvoir dormir à cause de la petite fenêtre maudite et ses Round The Clock Commercials, entre autres.

Complainte. C’est le mot que je cherchais depuis le début. Je trouve qu’il colle bien aux compos de Mayall, qu’il anglicise le blues, en plus du côté dandy. Dans ce morceau, nous retrouvons le Harvey Mandel version son bien gras comme dans Future Blues de Canned Heat, mais ça alourdit juste ce qu’il faut l’ambiance. Par contre, le son de l’harmonica me fait plus penser aux harmonicas normaux, voire chromatiques qu’aux Blues Harps...

Allez, on passe à Home Again, shuffle médium de toute beauté, un petit côté jazzy qui n’est pas pour me déplaire, Larry Taylor et Joe Yuele font tourner la machine et Clapton et Mayall s’amusent comme des petits fous à se répondre sur cet instrumental ma foi fort sympathique, même si pas tellement original. Bon, Larry Taylor fait un peu son malin derrière ça par moments, mais il excelle à ce petit jeu, alors pourquoi s’en priver ? C’est le deuxième instrumental de l’album qui en comporte trois, le dernier étant Blue Fox avec Jerry McGee, moins juteux, moins jubilatoire... Retour de Mick Taylor sur Mr. Censor Man, on retrouve le son de Laurel Canyon. Bon Mayall n’aime pas les censeurs, il le dit, un point c’est tout. Faut dire que le bonhomme est plutôt branché hard, question sexe, How can you be calling sex obscene ?, comme il le dit [sans parler de Larry Taylor, grand collectionneur de films X devant l’éternel]. On passe ensuite à une chanson d’amour pour calmer le jeu dans lequel le dialogue se passe entre Clapton et Don Harris. Pas mal, mais pas ce que je préfère, je trouve qu’il y a trop de réverb. Mais ça doit venir du synthé, qui est encore à l’époque un instrument nouveau, pas trop au point [mais même maintenant, je n’aime pas ça]. Je préfère le vrai piano ou le Hammond, voire le Fender... En tout cas, ce qu’on peut dire, c’est que le son change avec chaque morceau depuis le début. Il y a les signatures des instrumentistes, mais aussi le groove et le mix, différents à chaque fois. Contrairement aux deux albums précédents, remarquables d’unité, là, le dénominateur commun est bien Mayall, l’homme, plus chanteur et compositeur qu’instrumentiste. Quoi qu’on puisse penser et dire de lui, le bougre sait très bien mettre en valeur ses coéquipiers, leur faire produire le meilleur d’eux-mêmes. Devil’s Tricks, une sombre histoire de diable qui se termine par "That’s The Blues", comme de bien entendu, suivi de Marriage Madness, Why sign a contract ?. Musicalement, ce n’est pas ce que je préfère, ça tient plus du slow que du Blues, mais bon, il en faut... Et le CD se termine avec mes deux préférés, Dream With Me et Me And My Children, enregistrés tous deux avec la même équipe, Keef Hartley à la batteuse, Johnny Almond aux instruments à vent, Harvey Mandel à la guitare et Larry Taylor à la basse. J’adore ces deux morceaux, et m’en suis même inspiré pour écrire un titre de mon CD. La flûte traversière de Dream, le tempo ternaire de My Children, ça me fait quelque chose, c’est trop fort. Dream With Me surtout est un modèle d’élégance. Il faut dire qu’à l’époque, dans ce milieu musical, la flûte traversière est essentiellement représentée par Ian Anderson, de Jethro Tull, que j’aime beaucoup par ailleurs, mais dont la délicatesse n’est vraiment pas la caractéristique principale, du moins à ce moment. En tout cas, un très bon album, qui se vendra tout de même un peu mieux que Memories, certainement grâce à la présence de Mick Taylor et de Clapton, ce qui n’enlève rien à la qualité de cette production.

Et comme Mayall est très fécond, bien qu’il tourne en permanence, on attend la suite avec impatience. Et là, Patatras, il nous refait le coup de Turning Point, du moins dans la démarche, puisqu’il remet (pratiquement) tout en question ! Ce sera la période de son déclin, pour cause d’incompréhension totale du public, peut-être trop habitué à un travail léché, surprenant, souvent, mais très professionnel, et très construit. Arrive le temps de Jazz Blues Fusion, une période qui m’a beaucoup plu, mais qui fut franchement décriée par la critique. Pourquoi ? C’est simple, Mayall improvise tout ou presque sur scène...

Il le dira lui-même dans une interview de l’époque, à un journaliste qui lui reprochait l’à-peu-près scénique de sa nouvelle formule [je cite de mémoire] : "Ces gars sont excellents, on n’a pas besoin de répéter, leur talent et leur expérience suffisent, j’adore cette formule, ça me change agréablement" ...

Mayall a fait pour Jazz Blues Fusion un truc très intéressant au dos de la pochette. Une grille de travail de studio, avec les interventions de chacun grille par grille, idée que reprendront d'ailleurs les Stones dans Black & Blue. Utile, quand on se demande comment noter ses structures de morceaux, et les noms des intervenants. Il faut dire que le père Mayall a toujours soigné ses pochettes, aussi bien au point de vue graphique que musical. En fait, il mentionne presque toujours les tonalités, souvent les textes et les répartitions de choruses. Ça aide aussi, quand on débute…

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EST-CE QUE VOUS AIMEÏZ LE BLUES CE SOIR ?

(discographie pas du tout officielle)

Horny Toad

Horny Toad (bootleg)
pochette Alain Poillot
(paraphrase de celle de Jazz Blues Fusion)

Je m’étais mis en quête, voici plusieurs années déjà (avant de découvrir Internet, c’est vous dire), d’albums de John Mayall de son époque Jazz-Blues, et plus particulièrement de Moving On et Ten Years Are Gone, qui malheureusement n’ont jamais réédités en CD. L’histoire habituelle, je les avais, on me les a chouravés, etc, etc... Et je découvre le monde merveilleux des Bootlegs !

Je lance donc un appel sur toutes les trade-lists que je fréquente, avis de recherche de ces deux enregistrements originaux (et officiels)...A ma grande surprise, je constate que ces deux disques sont introuvables, que nous sommes quelques rares internautes à les rechercher, et que personne n’a la moindre idée de la manière de se les procurer !

Mais quelle surprise l’autre jour : un Bootleg traverse sans regarder ni encore moins prévenir devant ma boîte aux lettres, et s'y abrite de l'averse tropicale (avec un petit mot dans l’enveloppe " je l’ai eu par hasard au moment où j’allais poster mon enveloppe, alors je me suis dit que ça te ferait plaisir ", cool, isn’t it ?). Rogntudjûû ! Moving On ET un boot du Vieux, période Jazz-Blues Fusion ! Je ne savais même pas qu'il en existait ! Et bien enregistré, qui plus est !

A mi-chemin entre Jazz Blues Fusion et Moving On, cet enregistrement restitue l'esprit de mélanges raciaux qui, quoi qu'on en dise, avait encore une longue route à parcourir. Et c'est aussi la grande période de la collaboration de Mayall et du fabuleux bassiste Larry Taylor, transfuge de Canned Heat, et l'entente entre ces deux-là était palpable sur n'importe quel morceau ! Le personnel est le même que pour Moving On, donc avec Victor Gaskin à la contrebasse en plus de la basse de Taylor. Assez strange, en effet, mais on s 'y fait vite...

Une ‘tite setlist ? Une ‘tite setlist !

Driving Dangerously (13'14)
Mess Around (7'02)
Good Time Boogie (9'02)
Drum Solo (1'33)
That's Allright With You (2'30)
Things Are Getting Tougher (4'24)
I Wish I Would Understand (11'52)
Dry Throat (19'38)

Les fans du Vieux auront repéré d’eux-même les reprises, mais attention, il y a un piège ! Si Mess Around correspond bien au titre de Jazz-Blues Fusion, ainsi que Dry Throat, par contre, le Good Time Boogie, lui, est totalement différent. En tout cas, même son, même ambiance que dans Jazz Blues Fusion et dans Moving On. Une musique riche, chaleureuse, manifestement, tout le monde s’éclate... Il faut dire que la brochette de musiciens présents, effectivement, est impressionnante ! Blue Mitchell, tout d’abord, trompettiste de Jazz de renom, ex-chef d’orchestre de Ray Charles, ce qui est une bonne référence. A la guitare, Freddie Robinson, grand sideman trop peu connu (entre autres, mais j’en oublie, un album assez remarquable avec Louis Myers), Clifford Solomon, Ernie Watts, Charles Owen, Fred Jackson aux saxes, Keef Hartley à la batterie.

Le CD démarre d’ailleurs par la batterie, qui nous embarque immédiatement dans une valse-jazz, tempo que j’affectionne particulièrement, mais très difficile à maîtriser sans tomber dans la lourdeur. Et pourtant Keef Hartley n’a jamais été ce qu’on fait de plus délicat en matière de batterie, mais là, ça swingue. Driving Dangerously. Dès le départ, l’entente Mayall/Taylor , le Vieux aux claviers, fait des miracles... D’aucuns trouveront que dès le début, ça sent le pas fini. Bah, peut-être, si l’on tient absolument à édulcorer le Blues. Mais je préfère nettement quand les musiciens trouvent leurs marques sur un morceau qui swingue aux musiciens qui se cachent derrière la perfection du 'comme en studio'. Et puis se caler sur le premier morceau permet aussi d’adapter la musique à la salle, ce qui ne peut pas faire de mal. Quand les musicos sont bons, même prendre ses marques ne donne pas de la musique de mauvaise qualité. Et puis, c’est du Blues mâtiné de Jazz, que diantre ! Et si ces deux musiques ne sont pas, pour la plus grande partie, basées sur le plaisir de jouer ensemble, je vois mal quel style s’y prête ! A part peut-être le Free-Jazz, mais là, pardon, ça m’insupporte, ne serait-ce que parce qu’il n’y a ni histoire, ni mélodie chantable en sortant de la salle... Mais je m’égare ! Improvisations, donc, dans la grande tradition, chacun mon tour, et tout le monde cause... C’est sûr que les musiciens de Jazz sont très souvent très bavards, mais là, ils savent se tenir. Bon, maintenant qu’ils sont chauds, on passe à  Mess Around qui figurait sur Jazz-Blues Fusion. Un peu plus dur mais ça vient probablement du mixage. La guitare rythmique est nettement plus en avant que dans les albums officiels, mais pas trop, heureusement. Encore que le père Mayall pratique une très bonne rythmique, même si je le préfère aux claviers, et surtout au vrai piano. Bon, c’est vrai que pour ce deuxième morceau, le chant est beaucoup plus juste que dans le précédent, mais il a toujours aimé les acrobaties limites dans les aigus... Un vieux complexe par rapport à J.B. Lenoir ? Je regrette un peu que les deux basses soient sous mixées, dans ce CD, elles font à elles deux le même boulot que Bill Wyman, à savoir que mises en retrait comme ça, on entendrait si elles n’étaient pas là, mais on n’entend pas vraiment qu’elles sont là ! Pour les trois morceaux suivants, en fait, l’indexation a été faite un peu au hasard, et ils forment en fait un seul et même morceau de plus de treize minutes. Qu’en dire, c’est du boogie cool, Mayall nous fait son numéro d’unisson harmonica/guitare, mais avec un petit coup de main harmonique pas négligeable de Freddie Robinson et de Blue Mitchell. Ce disque, c’est vraiment un clône de JMF et MO (vous permettez que je les appelle JMF et MO, merci...). Et là, eh bien Mayall laisse le chant à Freddie, pour ce qui est, si je ne me trompe, une de ses compositions, Things Are Getting Tougher. Bonne voix, sacré contraste avec Mayall, un bon shuffle bien ficelé. En plus, pas trop chargé, même Blue Mitchell ne fait pas son pitre derrière dans les aigus. Enfin, pas trop. Et nous voilà arrivés au Blues lent de l’enregistrement. La voix du vieux passe nettement mieux au niveau des aigus sur ce type de tempo, il peut s’y exprimer avec plus de latitude, et peut aussi se permettre de ne pas accrocher immédiatement la note juste, mais de la rattraper en douceur. Bon, j’avoue que les choruses des différents saxes ne m’ont qu’à moitié convaincu, trop au milieu entre le cool et l’agressif. Par contre la guitare lead, chapeau ! Il est en avant et assure aussi la rythmique, puisque le chef est aux claviers, qui nappe tranquillement de l’orgue derrière tout le monde. Donc la guitare ne fait pas que du remplissage de riffs compliqués comme trop souvent les guitaristes de Jazz, mais au contraire dose très bien les moments ultra simples et les accélérations. Du vrai chorus. Et on termine en beauté sur Dry Throat. D’ailleurs, on voit mal Mayall faire un concert sans parler d’alcool. Ca me rappelle un peu l’esprit (pour le texte) de Where Did My Legs Go ? dans U.S.A. Union. D’ailleurs, un autre thème cher à l’Angliche avait ouvert le bal - rouler en voiture, ça semble l’obséder, le cher : pour mémoire Traffic On The Road et Night Tripper, par exemple. Mais revenons à la gorge sèche. Presque vingt minutes de bonheur avec, entre autres, une entrée de chorus de Blue Mitchell pas piquée des vers, qui relaie le chorus de narmonica. Et un chorus de contrebasse avec archet, s’il vous plaît ! Bon, pour les connaisseurs, Blue Mitchell a commis un album intitulé Blue’s Blues, avec à peu près la même équipe, mais ça le fait pas. Du moins, il n’y a pas le swing et la chaleur apportés par ce bon vieux John et son complice Larry... [on le trouve aussi sur un grand album, Triumvirate, aux côtés de John Hammond, Dr John et Mike Bloomfield.

En tout cas, pour ceux qui aiment le Mayall de cette période, c’est un excellent disque. Pour ceux qui préfèrent un son plus proche du Rock ou les sections de cuivres R ‘n’ B, c’est raté, c’est certain. Moi, j’aime...

Live in Stockholm

Personnellement, j’aime assez le boulot de Buddy Whittington à la guitare. Un peu bavard, parfois, certes, mais super carré, bon son, et surtout bon feeling. Et la voix n’est pas mal non plus, sauf que pour la voix, je ne suis pas certain que c’est lui, ça peut tout aussi bien être le clavier (dont je n’ai pas les coordonnées, mesdames, désolé). Là, il attaque, bille en tête, avec un morceau que je ne connais pas (encore une fois, sorry, je n’avais ni line-up, ni setlist pour celui-ci), une histoire de type qui voudrait bien être une mouche pour suivre sa copine partout dans le monde. Ca démarre fort, gros son, bonne mise en place, trop bonne, peut-être, on croirait du studio. Ce qui prouve au moins que ce bootleg provient d’une source drôlement bien placée. Mix impeccable, pas de bruits de fond, ça a du être piqué sur l’une des consoles...

On enchaîne sur Stevie Rave On. J’avoue avoir mis un bout de temps à comprendre que le titre, c’était ça et non pas Stevie Ray Vaughan, comme je l’avais cru au premier ras-bord. Et puis une brève intro :

"Are you ready for the Boss ? The Boss of the Blues ? Mr Joooohn Mayall ! "

Et tout ce monde d’attaquer joyeusement sur She Don’t Play By The Rules, (Edgar, Flet, Cate) morceau qui clôture l’avant dernier album du Vieux, Along For The Ride, ce qui nous permet de situer le boot dans le temps, au plus tôt 2001, allez... D’emblée, on se rend compte que les morceaux ont été super-travaillés en studio, mais n’ont pas encore mûri. Un enchaînement infernal sur Testify (Bowe, Starke), autre morceau tiré d’Along, enchaînement que je soupçonne fort d’avoir reçu un petit coup de pouce au mix, mais bon, je suis mauvaise langue... Et le chef présente les musiciens : Whittington à la guitare, le gamin, puisque né seulement en 56 ! Tom Canning aux claviers, le quasi-incontournable Joe Yuele aux drums (9 albums avec le father), et Hank Van Sickle à la basse. D’ailleurs, pour les curieux, ce dernier a ouvert un petit site Web dans lequel il expose des photos de tournée avec Mayall. Bizarre... Et en ce qui concerne Canning, ce n’est pas un inconnu pour les Français (enfin certains, quoi que ce style de public ne s’intéresse guère aux musiciens sur scène), puisqu’il a travaillé trois ans avec notre Jojo national et a même fait les concerts aqueu gratuits de la tour Eiffel... Dans la foulée, Mayall nous annonce que la plus grande partie des morceaux du show sera extraite du dernier album déjà cité plus haut, et enchaîne sur World War Blues, (E. Bibb) toujours ces thèmes récurrents chez l’homme (repensez à Trenches, par exemple). Suivi de Put It Right Back, de Walter Trout, au riff de guitare bien lourd, et qui ma foi passe très bien la rampe. Something About My Baby, des Delgado Brothers, bien plus funky que le reste, avec un rythme à la Congo Square, pas mal, pas mal...

Et on termine ce premier disque par That’s Why I Love You So, gros riff, qui correspond bien à l’invité qui le jouait dans Along, Johnny Lang, que je n’aime pas beaucoup, (le bonhomme, pas le riff ) mais bon... Ah oui, c’est vrai, j’ai oublié de vous dire... C’est un double. Donc depuis le départ, gros son, une machine à swing encore plus efficace que les Blues Brothers, c’est tout dire...

Et on passe au second :

Ca démarre rudement bien, avec un morceau d’un de mes performers préférés, Louis Jordan, dont je sais que beaucoup pensent qu’il n’est pas un Bluesman, mais tant pis. D’ailleurs, le titre qui nous est proposé ici, Early In The Morning, est un Bleu pur jus, alors, camembert !

Mais après, ça se gâte rudement ! J’aime beaucoup Mayall, mais là, ça ne passe vraiment pas, je me demande d’ailleurs comment ça a pu se produire. Nous avons là une équipe de musicos plus que chevronnés, disposant de tous les moyens possibles, et ces mecs RALENTISSENT !

Et pas dans n’importe quoi, dans le medley Freddie King cher au cœur du Vieux. Même The Stumble est quasi méconnaissable en raison de sa lenteur... Inadmissible ! Bon, c’est un Bootleg, mais tout de même. Si j’avais été dans le public, si j’avais encore de vraies dents et si je savais siffler, je l’aurais fait. De rage. Un tel morceau fait presque oublier les qualités d’ensemble du disque... Enfin, le vieux John se rattrape sans problème dans le suivant, So Many Roads, dans lequel sa voix supporte presque tout, mais c’est un de ses exercices favoris : il nous fait son J.B. Lenoir, et c’est très réussi. Et pourtant, Machin Truc, là-haut, sait que si j’ai un truc (musical) à reprocher à ce type, c’est bien cette drôle de voix de " côchâtré ", comme on dit en vieux patois champenois... Donc, une très bonne version de ce standard, et on replonge dans Along For The Ride, avec le titre éponyme du CD, suivi de A World Of Hurt superbes tous deux, la machine s’est recalée (les a-t-il engueulés et menacés de les lourder ?). Bon, comme souvent, Mayall n’a que peu joué de compos personnelles, mais bon, ça fait aussi du bien de tomber sur un boot de lui qui ne se termine pas par Room To Move, même si je trouve toujours ce morceau extra. J’aurais bien vu Play The Harp, de Memories, mais bon, celui ou celle qui a enregistré ce Boot a préféré terminer ainsi.

Conclusion : Ce double n’est pas génial, mais c’est du bon matos (à part bien sûr le long faux pas Freddie King, qui dure tout de même plus de 9 mn). Bonne musique, bons musiciens, bon son. J’ai déjà entendu mieux de sa part, mais j’ai aussi souvent entendu pire comme bootlegs... Si vous vous trouvez face à lui, ne faites rien pour l’éviter, mais ne remuez pas ciel et terre non plus pour l’avoir...

D’ailleurs, à ce sujet, si certains lecteurs sont intéressés par les boots que je chronique, eh bien, contactez-moi directement, apoillot@wanado.fr, et pour les règles, reportez vous au site du Docteur Blues, svp...

Newport Jazz Festival

1991, bonne année pour le vieux John. Alors que tous les musiciens de Blues blancs anglo-saxons s’enlisent dans la non-création, jeunes comme moins jeunes, lui nous revient avec un album magistral, touffu, riche autant en émotions que musicalement : A Sense Of Place, histoire de remettre les pendules à l’heure, et de rappeler qu’il n’est pas mort pendant son passage plutôt contestable vers les rivages funk, ni pendant ses nombreuses tournées européennes, à l’Est comme à l’Ouest...

Ce boot m’arrive tout droit de Finlande... Faut-il vous rappeler (ou vous faire découvrir) que la Finlande et la Suède sont restées très 60/70’s dans leurs goûts musicaux, pis que les allemands, c’est quelque chose ! Ce boot est enregistré pendant la tournée qui a suivi " A Sense... ", avec un groupe minimum, John Mayall, claviers, guitares, harmonicas, chant, Joe Yuele, batterie (avec moi depuis plus de sept ans, dixit le father), Rick Cortes, basse, et Coco Montoya à la guitare. Le studio comportait comme presque toujours des invités, mais là, le quatuor suffit largement. [Ah oui : un truc sur les boots que je n’avais pas dit jusque là... Souvent, on reçoit le CD " brut de décoffrage ", sans aucune indication, line-up, setlist ou autres... La plupart du temps, ça se résume au lieu et à la date, et encore, pas toujours, d’où un certain plaisir inhabituel à découvrir les morceaux en quasi-blind test... Enfin, pour ceux qui comme moi lisent (presque) toujours les notes de pochette avant d’acheter et d’écouter...] Donc là, je découvre ces morceaux que j’ai adorés en studio...

Congo Square. Honnêtement, je dois vous dire que le swing de ce morceau m’avait séduit d’emblée, et que dès les premières notes, j’ai craint le pire, parce que mettre en place une rythmique comme celle-là, c’est coton, sans mauvais jeu de mots ! Ils sont tous à l’envers l’un de l’autre, si vous voyez ce que je veux dire... Et d’ailleurs, les premières mesures sont consacrées à la mise en place, pratiquement un instrument après l’autre, et ça vaut vraiment le coup. J’avoue qu’à la première écoute, je ne voyais pas où ils voulaient en venir, mais dès que j’ai compris, j’ai remis au début, histoire de bien situer les instruments les uns par rapport aux autres. Et de découvrir que c’est en fait le piano qui mène les riffs, et non la guitare, comme je le croyais... Une grille de mise en place, et la bête est lâchée... Bon, c’est un hymne à la Nouvelle Orléans, tout le folklore y passe, superstitions, mojos, vaudou, etc... Un excellent chorus guitare/batterie, tout est funkysant, et le vieux nous gratifie d’un chorus de synthé avec son de flûte traversière très convaincant... C’est magique, l’échantillonnage ! Et comme il a souvent joué avec des flûtistes, il sait respecter le souffle, qualité que n’ont pas assez souvent les claviers qui veulent "faire leurs cuivres".

Excellent départ, donc, et ça continue avec un second morceau de A Sense Of Place, I Can’t Complain avec un enchaînement sur Chicago Line, surprenant, mais vraiment bien vu... Mayall adore ce genre de plans, en studio comme sur scène, et quand c’est bien en place, comme ici, c’est superbe et très efficace. Ceci dit, les morceaux auraient pu tout aussi bien être séparés après enregistrement, mais bon, c’est du boot. J’aime bien le premier, qui raconte qu’après tout, "j’ai pas à me plaindre", un peu comme dans Further On Up The Road, j’ai cherché, j’ai trouvé... déboires avec le fisc, tout ça... Chicago Line, c’est un morceau méconnu, qui avait donné son titre à l’album studio précédent, un tempo rapide, un peu Willie & The Hand-Jive en plus lourd, dans le style Bo Diddley sans la jungle...Malheureux que l’album du même nom n’ait pas eu le même succès que "A Sense ...", car il l’aurait largement mérité.

Et on continue avec Sensitive Kind. Du J.J. Cale pur jus, comme toujours. D’abord hyper minimaliste, mais je peux vous dire pour l’avoir interprété de nombreuses fois sur scène que ce morceau est extrêmement difficile à rendre correctement, sans tomber d’un côté dans le slow banal, ni de l’autre dans des extrapolations Santanesques. Très belle chanson d’amour et de respect de la femme, qui plus est...

Last Time, aussi tiré de Chicago Line, bon boogie medium, du classique d’entre les classiques...

All My Life, qui suit , nous permet de retrouver le vocaliste dans les aigus, et les Blues lents ont toujours été un des points forts de John... Très bon, lui aussi.

Enfin, pour terminer, l’incontournable Room To Move, morceau dont je persiste à croire, même si les nombreuses versions que j’en possède sont toutes de très bonne qualité, que la meilleure reste l’originale, acoustique, sophistiquée et puissante à la fois. Mais celle-ci, c’est du bon, pa ni pwoblem...

Donc, résumons-nous. Voilà un boot d’excellente facture, bon son, bon choix de morceaux, très bonnes interprétations, qui permet d’entendre en live certains morceaux de A Sense Of Place qui méritaient vraiment d’être diffusés sous cette forme. Si vous devez croiser la route de boots du vieux, je vous le conseille fortement, au même niveau que Horny Toad... Le quatuor des Bluesbreakers est au mieux de sa forme, Coco Montoya n’est pas trop disert, la rythmique en béton, que du bon, que du bon J .

New Jersey

Vous, personnellement, je ne sais pas, mais des fois, moi, je me sens un peu comme le loup de Tex Avery, grand Bluesman bien connu, devant certaines affiches. Et c’est le cas de la line-up de ce boot. Jugez en par vous mêmes :

Etta James / Buddy Guy / Junior Wells / Sippie Wallace / Albert King / John Mayall / Mick Taylor / Collin Allen / John Mc Vie

De quoi en faire saliver plus d’un, isn’t it ? Bon, tout ça sur un seul album, c’est pas mal reconnaissez-le. C’est enregistré en 1983 à New Jersey, pas l’état, la ville de Californie, ça s’intitule Blues Alive, et ce sera pour cette fois le dernier boot du Vieux dont je vous parlerai avant un bout de temps. Allez, on s’y colle ? On s’y colle :

Un petit tour de chauffe avec An Eye For An Eye, un des chevaux de bataille de cette tournée mondiale de 83, qui passa d’ailleurs par la France, si j’ai bonne mémoire. Bon, de cette tournée a été tiré un album officiel, The 1982 Reunion Concert, CD de bonne qualité, mais sans plus. Je ne sais pas pourquoi, mais cette formule des Bluesbreakers me paraît un peu fade, même si John McVie est un très bon bassiste qui vaut largement le Steve Thompson de Laurel Canyon, avec donc ici les autres musiciens de cet album marquant du Vieux.

An Eye For An Eye, qui ne figurait pas sur Reunion, ouvre donc le bal. Le band tourne bien, bonne machine sans surprises, mais ce n’est que le début du show. Et on enchaîne avec Baby What You Want Me To Do, "Jimmy Reed cover", comme précisé dans les descriptifs trouvés sur le Net, avec la grande Etta James... Ben là, je m’attendais à mieux, je l’avoue... La version démarre bien, mais se traîne bizarrement, comme si c’était là la caractéristique du jeu de Jimmy Reed. Je ne suis pas d’accord, ce derner joue cool, nonchalant même, mais puissant tout de même. Là c’est lent, c’est tout... et Etta ne chante pas, alors qu’elle a une voix magnifique, elle a plutôt tendance à éructer, c’en est presque gênant... Bon, j’exagère un peu, c’est vrai, mais disons qu’elle nous a habitués à des chants plus mélodieux. Ceci dit, le duo qu’elle fait avec Mick Taylor à la slide vaut son pesant de double-croches. Mick Taylor en grande forme ce jour là, d’ailleurs, avec un son plus proche d’Exile On Main Street que de Laurel Canyon, il faut bien le dire. Allez, je suis mauvaise gueule, c’est un très bon morceau. Et voilà qu’on nous annonce Buddy Guy et Junior Wells, qui débutent par... Messin’ With The Kid, comme par hasard, qui surprend, car le riff d’intro si reconnaissable, qui en général est joué puissamment, semble tout petit riquiqui, car il est fait par Mayall au piano seul. Drôle d’impression de manque de pêche, immédiatement rattrappée par tout le monde, et c’est parti. Nettement plus enthousiasmants que le précédent, ces deux morceaux, car Messin’est immédiatementsuivi de Don’t Start Me To Talkin’ donnent une énergie remarquable au show. De bon, ça devient très bon, sans problèmes. Dans le premier, Buddy Guy est un peu froid, mais ça va vite s’arranger. Les deux compères se repassent le chant, Mayall y va de son chorus de piano, un peu trop allégé à mon goût, il nous a habitués à mieux, mais bon, ce n’est pas lui qui est en avant, là... Sympa de pouvoir comparer les deux jeux d’harmonica, beaucoup plus retenu chez Junior Wells, moins lyrique, un son plus grave aussi... Mais tout ça se complète parfaitement, même si Buddy Guy s’énerve un peu vers la fin, avec ce son si particulier qui fait qu’on croirait presque qu’il fait des encoches dans ses médiators pour que les notes accrochent un peu. Sacré contraste avec la fluidité de Mick Taylor ! Que l’on retrouve aussitôt, alors que Mayall revient au chant, avec My Time After A While, belle performance vocale, malgré le son un peu en retrait dû au (manque de) mixage.

Dernière invitée de ce premier disque, Sippie Wallace, comme quoi il n’y a pas d’âge pour chanter le Blues. La dame, à ce moment, est agée de 85 ans. Elle sera nominée pour un Grammy cette même année, poussée par Bonnie Raitt, et recevra l’année suivante un W.C. Handy award. Eh bien la voici sur scène avec ce jeunot de Mayall, tout juste 50 ans à l’époque, et des gamins à peine sevrés comme Mick Taylor ou John McVie. Et qu’est-ce qu’elle assure ! Enterrée, la grande Etta, enterrée, écrasé, le Buddy. Shorty George, Mayall s’en tire vraiment très bien au piano, les Bluesbreakers assurent comme des bêtes - mais discrètement - et c’est un siècle de Blues qui monte vers le ciel, dans toute sa simplicité et sa démesure émotionnelle. Chapeau, Sippie, chapeau bas, même ! Et puis, quand un dame de cet âge chante "Shorty George, mon mec, c’est pas un pédé", ben excusez moi, mais ça me fait quelque chose... Et les applaudissements du public sont à la mesure de son talent et de sa présence. Enterrée, la maternelle, va falloir faire fort pour rattrapper le coup. Mais le vieux a de la bouteille, il enchaîne avec Dark Side Of Midnight, un clône de High Heeled Sneakers, et tout le monde s’y retrouve. Enfin, quand je dis tout le monde, je parle des Bluesbreakers, les guests sont partis faire un tour. Décidément, cette formule piano guitare est excellente, ça s’équilibre tout seul. Et nous voici arrivés à la fin du premier CD

Vite, vite, le suivant...

"We’re gonna now... er ... continue now with a veritable giant of the Blues, in a short second gig, we gonna bring up Mr Albert King himself" ! "One, two, three" et c’est parti, la guitare du célèbre patte gauche attaque bille en tête sur le quatrième temps, accrochez vous les mecs. Et là encore, les Bluesbreakers sont tout à fait à la hauteur, Mayall a pris l’harmo, Why Are You So Mean To Me embarque tout le monde, l’Albert fait hurler le public, et d’un seul coup tout le monde a l’âge du gamin qui passe en faisant hululer son scooter. Pas de pitié pour les endormis !

Là je vais me permettre une petite remarque personnelle, en fait une question en même temps  : j’ai comme l’impression que le brave Albert est accordé un mini poil plus aigu que les autres. Je sais que cette pratique est courante chez les guitaristes solistes, mais l’avait-il faite sienne ? [Vous pouvez répondre, soit à la Gazette (mazette), soit direct chez moi.]

Revenons à nos blueseux. On frôle le Rythm'n'Blues avec le suivant, Born Under A Bad Sign, mais qu’est-ce que c’est bon. Et de quoi il se plaint, il a eu de la malchance toute sa vie, il n’a connu que des femmes et du vin qui l’emmèneront au cimetière (c’est déjà pas mal, comme destin, j’en connais beaucoup qui s’en satisferaient...). C’est musclé, paillard, joyeux même, bourré d’énergie, en totale contradiction avec l’image de père-tranquille-qui-tire-sur-sa-pipe du bonhomme. Et sans transition aucune, on passe à Stormy Monday, donc je craque encore plus, si c’est possible. Et j’ai parlé de la guitare, mais il y a bien sûr cette voix, avec un vibrato bien rouillé, moins crooner que T-Bone, mais tout aussi enjôleur. Après le premier couplet, c’est Mick Taylor qui s’y colle, qui prouve là qu’il sait aussi jouer 'rough', encouragé par les cris d’Albert, qui prend le relais, étonnamment plus en souplesse, comme si chacun avait essayé de jouer comme l’autre, finalement. Et le Vieux dans tout ça ? Il reste sagement et efficacement au piano, juste ce qu’il faut, là aussi. Basse/batterie impeccables, c’est du grand, grand art. Je ne voudrais pas dire, mais des cinq invités, ce sont les plus vieux qui ont le plus la pêche !

Pour finir, une Final Jam Session où tout le monde remonte sur scène, pour entonner un C.C.Rider un peu trop lent à mon goût, mais peut-être par respect pour Sippie Wallace qui ouvre le bal ? Et tout le monde y va joyeusement, Buddy Guy beaucoup plus frimeur que les autres, Mick Taylor qui ne laisse pas sa part au chien, toujours avec ce son 'Exile' et qui construit son chorus, contrairement à ce chien fou de Buddy. L’Albert salue Mayall et les Bluesbreakers, d’abord, puis improvise un historique de chacun sur une espèce de Talkin’ Blues qui se termine en une sorte de scat de la basse-cour ponctué d’éclats de rire... Superbe.

Bon, c’est un double de Mayall, alors, comme il le dit lui-même : "What show would be complete without Room To Move ?". Et c’est reparti pour plus d’un quart de heure de musique à cent à l’heure, justement. Je l’ai déjà dit, j’ai toujours préféré la toute première version, mais ici, après la prestation d’Albert King, et énergique comme il faut, la batterie est utile ! Et le Vieux qui nous gratifie d’un chorus de piano...

Ce n’est pas le meilleur boot de Mayall que je connaisse, du fait de l’inégalité des morceaux, mais c’est un morceau d’anthologie, ne serait-ce que pour les prestations de Sippie et d’Albert. S’il croise le chemin de votre boîte à lettres, n’hésitez pas, ce n’est pas du produit pour collector ni pour fan de Mayall, c’est de l’Anthologie.

 

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ALLO... ALLO ? ... JOHN ?

John Mayall est vraiment un cas, qui a su se faire haïr d’au moins autant de gens qu’il y en a qui l’aiment, et ce à l’échelle de la planète, ce qui n’est pas vraiment donné à tout le monde. Sa réputation est d'être dur au boulot, égocentrique, doté d’un caractère de cochon. Malgré ça il fait partie de la petite liste de gens que je veux rencontrer une fois dans ma vie. Je fais donc le maximum pour, parfois par des chemins plutôt tortueux...

Un jour pas fait comme un autre, je reçois d’un DJ ricain un mail plutôt inhabituel, jugez en par vous même : "John Mayall va faire un concert dans ma ville sous peu, je suis DJ et l’ai rencontré. Il va me donner une interview téléphonique. Quelqu’un aurait-il des questions qu’il aimerait que je lui pose ?"

Inutile de dire que je saute sur l’occasion, autant pour mon propre plaisir que pour le vôtre, bande de veinards, car je suis altruiste dans l’âme... faut trouver une question originale à poser au Vieux, donc je poste : "J’ai bien peur que la réponse soit "jamais", mais peux tu s’il te plaît lui demander quand il viendra jouer dans la Caraïbe (je vis en Guadeloupe, beau pays, mais trop peu de concerts). Et je lui ai fait parvenir mon propre CD de Blues grâce au patron de Blue Storm Records... Peut-être l’a-t-il écouté ?"

Même si finalement ma question n'a pas été posée, voici de très larges extraits de cette interview, réalisée par Greg Lewis dans son émission "Rock it Science" sur WNTI (http://www.wnti.org, la radio du Centenary College de Hackettstown, New Jersey, tous les jeudis, 6 - 8 pm, Eastern Standard Time).

Patrice Champarou a bien voulu avoir l’obligeance de la traduire, et je l’ai en partie rewritée pour simplifier ou faciliter la compréhension chez ceux qui n’ont pas suivi de près la carrière du " Vieux ".


 

Présentation radio de l’interviewer, Greg Lewis.

GL :Eh bien, tout d’abord, excellent spectacle l’autre soir au centre culturel PNC, et d’entrée de jeu, je voudrais dire que vous avez un sacré sens de l’humour, votre groupe est apparu comme très sympa parce que... (il s’adresse aux auditeurs) figurez vous que John Mayall a dû se présenter lui-même !

JM : Ah oui, c’est vrai ! Avant de commencer, je leur ai demandé " Y en a d’autres à présenter ? " et ils m’ont répondu " Non "... Et donc, dans l’intérêt de ceux qui n’avaient jamais entendu parler de moi ou qui étaient juste venus voir B.B. King, il m’a semblé utile de faire une présentation...

GL : Votre passage a été très court, on en parlait tout à l’heure, ça commençait à bien chauffer quand... Enfin bref, vous avez surtout joué des morceaux de votre nouveau CD, Stories.

JM : Exact, c’est ce que l’on cherche à faire avant tout quand on passe sur scène, il nous arrive de jouer pendant une heure et demie, mais là on avait un chrono vissé sur le clavier qui serinait " Vous ne jouez pas une minute de plus ", donc on a dû s’en tenir à une demi-heure et jouer les morceaux les plus percutants...

GL : C’était merveilleux... Vous avez commencé par un titre de Little Walter, non, pardon, un titre en hommage à Little Walter...

JM : Oui, South Side Story, qui a été écrit par Fontaine Brown, on avait déjà joué un de ses morceaux sur l’album Spinning Coin, Ain’t No Breakman qui était assez connu...

GL : Excellent titre...

JM : L’idée de cet album, c’est que ce sont les Bluesbreakers sans invité d’honneur [contrairement à l’album précédent, Along For The Ride, par exemple]. Si Untel écrivait une chanson, elle devait avoir un lien avec le passé, dans ce cas, avant que Fontaine Brown ne se manifeste dans ce genre d’expression.

GL : Ca commence par un truc de Ric Vito ?

JM : Oui, Eric a été un de mes tout premiers sidemen dans les années 70, c’est un type formidable.

GL : On vous a posé la question sur votre très beau site, http://johnmayall.com : Qui sont les trois guitaristes slide que vous préférez parmi ceux avec lesquels vous avez joué, et vous avez cité Mick Taylor, Buddy Whittington avec qui vous jouez actuellement, et Ric Vito. Venant de vous, John, cela représente un bel hommage...

JM : Mouais, il y en a pas mal que j’apprécie vraiment, mais je crois que ces trois-là, parmi de nombreux autres, ont quelque chose de différent à exprimer.

GL : Ric Vito, parlant de vous, m’a dit qu’il a reçu un tonnerre d’applaudissements au festival de Jazz de Franklin, Tennessee, lorsqu’il a annoncé que vous aviez repris Feels Just Like Going Home.

JM : Ah oui ?

GL : Il y a aussi quelque chose de Walter Trout ?

JM : Oui, il n’était pas au courant, je ne le lui ai dit qu’après... Mais c’est marrant, il m’a dit que sur plusieurs centaines de chansons qu’il a enregistrées, toutes de lui, je suis le seul qui ait repris quelque chose, Life In The Jungle du LP Chicago Line, et Along For The Ride, ce qui ne nous rajeunit pas !

GL : Votre femme, Maggie, a également écrit une chanson sur celui-ci que l’on a entendue samedi soir ?

JM : Oui, elle a écrit Witching Hour. Elle est sympa à jouer, on se sent chez soi, elle fait la deuxième voix. Au départ, on a enregistré cette chanson parce que Joe Yuele, le batteur, aimait bien ce rythme. On a pensé qu’on pouvait en faire quelque chose, et il a dit que du point de vue thématique, comme Maggie et moi vivons ensemble depuis plus de vingt ans, il voulait en faire une chanson d’amour et que Maggie soit dedans. L’album, dans son ensemble, ce sont des récits, et il voulait qu’il s’en dégage une atmosphère familiale. Si vous voulez, tous les musiciens et le producteur de l’album précédent étaient partants, et ça ne s’est pas mal goupillé...

GL : Il y en a aussi quelques unes de Buddy Whittington, comme Romance Classified, très marrante...

JM : Oui, normalement, on la joue en live, comme au concert qu’on a donné l’autre jour à Jersey, on a dû se magner pour la caser avant South Side Story. Oui, c’est une bonne chanson, je la dois à Buddy qui faisait ça avant de se joindre à mon groupe. C’est l’une de celles que je lui ai demandé d’enregistrer cette fois.

GL : Vous avez un flair pour dénicher les guitaristes, John. Depuis Eric Clapton jusqu’à Mick Taylor... Oh, on les a tous en mémoire... Buddy Whittington vient de faire un album solo. Y a-t-il une rumeur ?

JM : Oh, je n’ai pas entendu la rumeur. Evidemment, il a envie d’enregistrer, mais ... On attend. Bien sûr, il le mérite, mais le marché est très serré, alors si une maison de disque se pointe et accepte d’en faire un, il est évidemment prêt...

GL : Dirty Water, c’est un morceau de Buddy et Judy Miller ? C’est une sacrée chanson.

JM : Oui, ils sont très bons !

GL : La manière dont vous êtes entré dedans, c’est quelque chose ! C’est vrai, vous valez de l’or, John, je me demande où vous puisez votre énergie, vous tenez une sacrée forme ! Un spectacle plus que réjouissant ! Vous avez plus ou moins bousculé les intros pour enchaîner tout de suite sur cette formidable chanson.

JM : Oui, c’était une idée de dernière minute, on savait plus ou moins quelles chansons on allait jouer et, au dernier moment, on a décidé de faire celle-là, probablement quelques jours avant d’entrer dans le studio...

GL : Vous avez mis combien de temps pour enregistrer ?

JM : Toutes les pistes ont été enregistrées dans les quatre ou cinq premiers jours.

GL : Remarquable !

JM : J’ai fait les vocaux en un ou deux jours, ça fait à peu près une dizaine de jours pour l’ensemble de l’album, et ensuite une semaine pour le mixage... A peu près...

GL : Autre chose à propos de samedi, c’est quoi, cette guitare que vous avez ? C’est quoi, ce truc ? [Mayall a toujours retaillé et sculpté ses instruments]

JM : C’est une copie de Stratocaster, un truc indonésien, neuf, ça doit coûter à peine cent dollars... Juste une guitare bon marché, mais elle est juste. J’enlève les pièces, j’ouvre la caisse et je les bricole. C’est à peu près tout, je change le contrôle graves/aigus, j’ajoute un potentiomètre pour le volume, j’ai pas la place pour en faire davantage.

GL : Pas beaucoup de place sur cette guitare, effectivement.

JM : Non, mais je joue avec du chorus la plupart du temps et sur Dirty Water, j’utilise le vibrato, c’est un superbe ampli et la guitare me convient parfaitement.

GL : Pas lourde, en plus !

JM : Effectivement, c’est du contre-plaqué !

On était toujours sur la route, si on faisait des enregistrements, on les faisait dans l’après-midi, et on reprenait la camionnette pour assurer les concerts dans la soirée...

GL : J’ai lu sur votre site tout votre itinéraire, et c’est extraordinaire, on rencontre pas mal de musiciens d’une trentaine d’années qui ont un emploi et font de la scène le week-end, pas mal avec beaucoup de talent. Vous personnellement, vous étiez graphiste, vous faisiez ça occasionnellement avant qu’Alexis Koerner vous suggère de passer à plein temps ? [Alexis Koerner fut avec Cyril Davies le pôle d’attraction des musiciens de Blues en Angleterre après la deuxième guerre mondiale. Il vit défiler tous les grands, à commencer par Jagger, Richard et Jones...]

JM : Oui, c’est lui qui m’a mis en relation avec des gens à Londres, tout ça... C’est comme ça que ça a commencé pour moi. J’avais l’orchestre The Blues Syndicate qui faisait sa première partie quand il jouait à Manchester, et à partir de ça, il a estimé que je devais pousser plus loin. Bien sûr, c’est ce que je voulais faire, mais il m’a donné un sacré coup de main en me présentant à ceux qui pouvaient m’aider à Londres.

GL : Remercions Alexis Koerner !

JM : Oui ! Oh, je l’aurais fait de toutes façons, mais il m’a ménagé des raccourcis ! J

GL : Un de ses autres protégés était Steve Marriott . Vous étiez en relation avec lui dans les années soixante ?

JM : En fait, tout le monde se connaissait, on jouait tous dans les mêmes circuits, mais je n’ai jamais joué avec Steve, on ne s’est pas trop rencontrés parce qu’il évoluait dans un cercle différent, vous voyez ? Il était plus orienté vers la pop, avec davantage de succès à son actif par rapport au Hit-parade.

GL : Quand Eric Clapton a rejoint votre orchestre, c’est lui qui est venu vous trouver ou est-ce que vous êtes allé le chercher quand vous avez su qu’il était disponible ?

JM : Bien évidemment, on a pensé à lui dès qu’il a quitté les Yardbirds, je lui ai fait une offre, et... Il ne savait pas vraiment ce qu'il allait faire à ce stade, mais il savait qu’il devait faire quelque chose, donc il s’était tellement investi dans le Blues qu’il a pensé que ce serait une meilleure décision, ça s’est arrangé très vite pour lui.

GL : Bien joué ! Est-il exact que Peter Green éprouvait une sorte de... timidité à l’idée de vous rejoindre ? Comment ça s’est passé ?

JM : Et bien, quand il [E.C.] est allé en Grèce, ... Euh, ça n’a pas été facile de lui trouver un remplaçant, je ne savais pas s’il allait revenir ou non. Il est finalement revenu, mais Peter était un de ceux que l’on envisageait pour auditionner, jouer en live avec le groupe. Il avait une grande confiance en lui, il était meilleur que tous ceux que j’envisageais à l’époque, donc je lui ai donné sa chance. Il était sur le point de devenir le nouveau du groupe mais Eric est revenu au bout d’une semaine, et ça a mis un terme à tout ça. [Mayall finira par virer Clapton pour cause d’inconstance mais a toujours habilement évité les réponses franches dans ce domaine.]

GL : Enfin, vous saviez quoi faire lorsqu’Eric Clapton...

JM : C’est sûr, Peter ne pouvait pas oublier qu’il avait été lésé dans cette histoire, et ça n’a pas été difficile de le convaincre. Et on l’a fait !

GL : Mais Peter Green, quand il jouait avec vous vers 66-67, on a l’impression que vous viviez dans les studios, que vous y passiez un temps incroyable, c’est vrai ?

JM : Vraiment ? Je crois que c’est le contraire, on n’était jamais en studio plus d’un ou deux jours, aucun de mes albums - je veux dire l’album Crusade a été enregistré en dix heures, Hardroad probablement pareil... Non, on était toujours sur la route, si on faisait des enregistrements, on les faisait dans l’après-midi, et on reprenait la camionnette pour assurer les concerts dans la soirée... Rien de ce que j’ai fait n’a pris beaucoup de temps pour l’enregistrement.

GL : Donc, ne jamais croire ce qu’on lit ?

JM : J’ai toujours été pour les premières prises, c’est ce qui capte le maximum d’énergie et de fraîcheur, qui recueille le mieux l’idée de départ.

GL : Vous aviez - c’est encore une histoire qui concerne Peter Green - vous lui aviez offert des heures de studio pour son anniversaire, il a fait quelques prises avec...

JM : Pas avec Mick. Mick était dans l’orchestre à cette époque.

GL : La période Peter Green n’a pas duré longtemps, mais les enregistrements ont fait un tabac...

JM : Eric est parti un an, Peter est resté un an, ils sont à peu près à égalité.

Boogie Woogie Man est le seul exemple de la manière dont pouvait sonner
The Blues Syndicate

GL : Il y a beaucoup de concerts publics de Peter Green...

JM : Lui jouant avec moi ?

GL : Oui

JM : Oui, il y a eu des gens dans le public qui ont mis ça sur bande, mais jusqu’à présent, ils ne les ont pas cédées. Faudrait que je m’occupe de ça un de ces jours ... [Mayall a horreur des bootlegs, pour des raisons qu’il n’a jamais expliquées, vraisemblablement de qualité musicale, car ses concerts comprennent peu de compositions de lui, en général. C’est un perfectionniste dans l’âme.]

GL : Ce serait bien. En même temps, vous avez un remarquable CD, Grande Bretagne 2000.

JM : Oui, et puis il y a Boogie Woogie Man . Beaucoup de piano boogie woogie, quelques solos d’harmonica pris dans différents concerts, c’est pas mal non plus. Boogie Woogie Man est le seul exemple de la manière dont pouvait sonner The Blues Syndicate. La qualité de l’enregistrement est bien évidemment inférieure à l’intérêt historique, mais ça montre ce que je faisais de 1954 à 1962 ! C’est vraiment pour les collectionneurs, mais ces trois-là, on les a en réserve. Allez voir sur le site johnmayall.com

GL : Vous avez aussi mis sur votre site les dix morceaux que vous écoutez le plus ou qui vous ont influencé ?

JM : Ce sont davantage des exemples des différentes sortes de musique qui m’ont attiré. Faire un Top Ten, on ne s’en sort jamais, vous savez ce que c’est, on n’est jamais satisfait... J’ai pensé que c’était une bonne sélection assez variée pour orienter les gens dans des directions différentes.

GL : Big Maceo, Chicago

J. M. : C’est formidable, une de mes influences décisives au piano.

GL : 1952, vous dites... Vous étiez à l’armée ?

JM : Exact

GL : J. B. Lenoir, "Alabama March"

JM : Il est dans beaucoup de Crusade, en 1967, je crois. Et J.B. Lenoir est décédé

GL : La mort de J.B. Lenoir [composition de Mayall] Vous êtes resté sur lui et sur l’influence majeure qu’il a exercée dans le Blues. Ca vous a vraiment touché, perturbé ?

JM : Oui.

John Mayall cherche guitariste

GL : Comment avez-vous trouvé Mick Taylor ?

JM : Je l’avais entendu dans un groupe qui faisait la première partie d’un orchestre qui s'appelait The Guards, je l’avais gardé en mémoire et quand Peter Green est parti, il a répondu à une annonce que j’avais passée dans le Melody Maker, et ça m’a épargné la mission impossible de le retrouver. C’est lui qui m’a retrouvé !

GL : J’aurais bien voulu voir ça, une annonce dans le Melody Maker " John Mayall cherche guitariste " !

JM : Le moment est venu de maintenir la tradition. (au sujet des changements de musiciens dans le staff)

GL : (aux auditeurs) Comme je le disais, Buddy (Whittington) est resté avec lui jusqu’en 95

JM : Oui, je crois que c’est aux alentours de 94-95

GL : Chicago Breakdown (line), c'était lui ? John Lee Hooker était dessus...

JM : Oui, une bonne surprise, pouvoir l’avoir, parce qu’il n’a jamais laissé personne le prendre comme guest star sur un album, c’était plutôt l’inverse ! Il avait suffisamment d’invités sur ses propres albums !

GL : Vous avez connu les Groundhogs ?

JM : Oui, comme je vous l’ai dit, tout le monde se connaissait. On a fait le début avec John Lee, ensuite il a adopté les Groundhogs parce qu’ils étaient plus disponibles à l’époque [Mayall fait ici allusion aux tournées de JLH dans les 60’s en Angleterre], bien plus disponibles...

GL : Vous avez dissous les Bluesbreakers en 79, et connu une horrible tragédie lorsque votre maison a brûlé, mais il en est ressorti quelque chose de positif, puisque vous avez rencontré votre femme...

JM : On était ensemble depuis un an déjà, mais ça a compté, oui...

GL : Et vous avez reformé les Bluesbreakers...

JM : On a fait ça avec la tournée " Reunion ", avec John McVie et Mick Taylor. Ca a rétabli les choses, en tout cas le nom

GL : Ca a aussi été l’occasion d’un grand concert, Blues Alive ...

JM : Oui, c’est une belle vidéo [et un bootleg dont je vous parle dans ce même numéro]

GL : Avec Albert King, Buddy Guy, Junior Wells

JM : Etta James, Hubert Sumlin, à peu près tout le monde !

GL : Oui... Je parlais de.. des questions que les gens (sur Internet) avaient posées, je disais à quelques uns que j’allais avoir la chance de vous parler, à l’occasion du nouveau CD, Stories, et il y a eu quelques questions. Entre autres au sujet de ce que vous ressentez vis à vis des jeunes guitaristes....

JM : Vous voulez parler de l’album Along For The Ride ? En fait, le jeune gars sur cet album, c’est Shannon Curfman [Une jeune guitariste issue de la même ville que Johnny Lang]. Elle avait 14 ans quand elle a fait son album, la production l’a remarquée, et elle n’avait que 15 ans sur l’album Along For The Ride...

GL : Wow !

JM : Elle est fantastique, une grande chanteuse et guitariste !

GL : Toujours dans Along...pour Yo-yo Man, vous avez Mick Fleetwood, Peter Green...

JM : Oui, et Steve Miller voulait y être, donc il s’y est mis. Il prend un très bon solo sur ce titre...

GL : Buddy est dessus aussi ?

JM : Non, mais il est sur tous les autres titres de l’album.

GL : En tout cas, tout était merveilleux, quel déchirement de vous laisser repartir. Quand vous reviendrez du Royaume Uni...

JM : Oui ?

GL : Vous n’auriez pas une date de libre entre le 27 octobre et le 4 décembre ?

JM : Non, c’est 39 concerts en 39 jours, mais c’est comme ça qu’on aime travailler, on n’aime pas les jours de relâche...

GL : Et c’est avec le Splinter Group [le groupe actuel de Peter Green] ?

JM : Oui, ils font la première partie, ça va probablement mettre le feu, ces types, c’est de la dynamite...

GL : Il y a deux ans, vous l’avez déjà fait dans le club de B.B. King, à New-York...

JM : Oui, c’est une histoire de taille de la salle...

(Suit une énumération des dates à venir, dont une à Denver avec Buddy Guy)

JM : Bon, faut que j’y aille, maintenant...

GL : Eh bien, John, un grand merci. Vous voulez choisir un titre du nouveau CD que vous aimeriez entendre ?

JM : Dirty Water, je l’adore, mais c’est vous qui choisissez, disons à pile ou face, entre celui-ci et Kokomo...

Fin de l’interview, enchaînement sur Dirty Water puis Kokomo

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Bon, cette interview part un peu dans tous les sens, c’est vrai, mais comment faire autrement face à un homme dont la carrière est si pleine de rebondissements, et qui surtout a été en toile de fond de la majorité du Rock anglais des 60’s et des 70’s... Pour ceux d’entre vous qui aimeraient un peu plus de précisions quant à certains musiciens, n’hésitez pas à nous contacter, car il est vrai que pour des commodités de traduction et de compréhension, nous n’avons pas traduit l’interview in extenso, nous vous prions de bien vouloir nous le pardonner... Mayall nous fait donc ici une assez bonne promotion de ses deux derniers albums, Along For The Ride et Stories. Je ne vous cacherai pas que ces albums, même s’ils sont très bons, de haut niveau, sont à peu près dans la veine de Blues For The Lost Days et Padlock On The Blues. On n’est pas aussi haut que dans A Sense Of Place et Wake Up Call, qui marquèrent son grand retour sur le devant de la scène mondiale pendant les 90’s, mais ce sont de bonnes galettes, qui comportent quelques perles, dont le fameux Yo-yo Man, Dirty Water et Kokomo.

Toujours est-il que le Vieux, qui continue à tourner inlassablement (encore un tournée mondiale prévue cette année), n’a vraisemblablement pas fini de nous étonner par sa présence. Et quand on sait qu’il a tenté (tâche quasi impossible) de collecter tout ce qu’il a enregistré depuis ses tout débuts, on peut s’attendre à de nouvelles galettes dans les années à venir. Sans compter ses innombrables participation à d’autres enregistrements que les siens, citons le dernier Dick Heckstall-Smith, une vidéo dans laquelle il est aux claviers et à l’harmonica derrière Bo Diddley.

Il y a un disque que je vous conseille fortement, s’il est encore en vente : Sonny & Brownie de Sonny Terry & Brownie McGhee, dans lequel Mayall joue de la guitare électrique 12 cordes sur deux titres, Sonny’s Thing et The Battle Is Over, et du piano dans Walkin’ My Blues Away et l’excellent White Boy Lost In The Blues, dont le titre se passe de commentaires...

Parler du Blues sans connaître un minimum de la carrière de ce pilier de la musique de la deuxième moitié du siècle dernier relèverait de l’hérésie...

Bluesingly Yours,
Poill’s


Liens :

http://www.johnmayall.net
http://www.johnmayall.com
Il existe aussi une liste Yahoo! qui lui est consacrée, ainsi qu’une autre consacrée aux Bluesbreakers, mais ce deux listes ne sont guère animées, et si vous cherchez des enregistrements inédits de Mayall, il vaut mieux chercher directement sur les trade-lists personnelles proposées sur la toile...

Discographie récente :

John Mayall & Friends :

Along For The Ride
Eagle Records GAS 000150 EAG
John Mayall & The Bluesbreakers :

Stories
Eagle Records WK 59669
John Mayall :

Boogie Woogie Man
Private Stash Records #StashCD03 (*)
John Mayall & The Bluesbreakers :

UK Tour 2K
Private Stash Records #StashCD02 (*)

(*) uniquement sur le site officiel, interdits de vente dans le commerce.

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