n°52 (Juin 2003)
|
Tome 2:
|
Tome 1
|
date: 4 juin 2003
16 th ECAUSSINNES SPRING BLUES FESTIVAL
- 24 mai 2003 -
de: Philippe Pretet <Philpretet@aol.com>
(photos de l'auteur)
Pourquoi changer ce qui marche si bien ? Qualité et homogénéité du plateau proposé ont une nouvelle fois effectivement marqué cette 16ème édition du Spring Blues Festival à Ecaussinnes (Belgique). Au risque de se répéter, l'équipe de Pierre Degeneffe a réussi un pari audacieux, malgré une météo capricieuse, en proposant à un public nombreux, averti et fidèle, un menu éclectique particulièrement bien inspiré pour un festival qui le vaut bien.
Le guitariste chanteur Roy Roberts en provenance de la Caroline du Nord (Chapel Hill) avait le redoutable privilège de débuter les " hostilités scéniques " en début d'après-midi. Roy Roberts le maître des shuffles et des ballades en mineur est un bon chanteur au registre soul et r'n'blues, à la voix suave et très churchy, au jeu de guitare fluide et aérien. Entre autres, sa version de Sweet Home Chicago avec un groove funky blues du meilleur effet en a laissé scotché plus d'un sous le chapiteau du Spring Blues Festival. Les reprises de Rock Me Baby ou de Burning Love furent tout aussi remarquablement interprétées par le titulaire de plusieurs Living Blues Awards. Un bon set en ouverture de la part d'un grand professionnel.
Line-up : Roy Roberts : guitar, vocals - Mark Van Mourik : guitar, vocals - Jimmy Glasmacher : bass - Juso Whistler : drums - Jan Peter Strater : keyboards.
Mister "Oil Man", Big Jack Johnson, ancien compagnon de route du regretté Frank Frost (ha) et du toujours sémillant Sam Carr (d), qui fut le guitariste des Nighthawks et des Jelly Roll Kings, semble avoir récupéré de son léger incident cardiaque. Toutefois, son état de santé reste précaire (il a risqué l'amputation d'une jambe dernièrement) Dans ces conditions, Big Jack était diminué. Cela s'est ressenti sur sa prestation à Ecaussinnes ainsi que la veille au Paffendall (Luxembourg), dans la mythique salle du " Sang a Klang' " que certains Greenwoodiens fréquentent assidûment. Sa voix fut quelque peu hésitante et fatiguée. Les riffs secs et métalliques du maître incontesté du Delta Blues électrique ont paru bien moins cinglants. (ndlr : BJJ a dû annuler son concert à Anvers). Manifestement marqué, Big Jack, en grand professionnel qu'il est, a néanmoins assuré un set fondé essentiellement sur des reprises : une version de Every Day I Get The Blues, Woke Up This Morning et une bonne surprise : Sweet Home Chicago , à la mandoline. On se serait cru plongé un instant, comme par magie, avec Johnny Young, live à Maxwell Street! Bref, ceux qui ont vu BJJ au Méridien à Paris ne me démentiront pas…
Keith Dunn, harmoniciste originaire de Boston (Massachusetts) est un soliste bourré de talent qui a commis un excellent album en 1998 (Alone With The Blues Deetone Records DCD 5501) Au Spring Blues Fest', aux côtés de Big Jack Johnson, il était bien en place, sans être en avant, avec un diatonique au phrasé fluide et des sonorités denses, très " deep down " sur les tempos lents, et roots à souhait, dans l'ambiance du Delta Blues, A l'évidence, Keith Dunn a su se mettre au diapason de son leader et a parfaitement rempli son rôle de sideman circonstanciel. Tout comme le bassiste Thibaut Chopin, un rien nonchalant on stage, qui a délivré un bon set avec un jeu tout en finesse et en sensibilité, ce qui est d'autant plus louable compte tenu des conditions de jeu délicates au regard d'un BJJ physiquement éprouvé.
Frank Goldwasser, à la rythmique derrière BJJ a montré, si besoin est, qu'il était capable de jouer brillamment dans tous les registres.
Line up : BJJ : lead guitar, vocals - Keith Dunn : harmonica, vocals - Frank Goldwasser: guitar - Thibaut Chopin : bass - Marty Vickers : drums
Big James & The Chicago Playboys, pour une première en Belgique, n'a pas déçu, loin s'en faut. Le jeune et débonnaire Big James Montgomery, tromboniste/chanteur a fourbi ses armes avec les meilleurs : Little Milton, Albert King, Otis Rush, Buddy Guy, excusez du peu. Résultat : une musique cuivrée, funky blues teintée de soul du meilleur effet, mise en exergue par un excellent saxophoniste tenor Charles Kimble, un band soudé à son leader, qui cisèle des morceaux bruts et intenses, aux arrangements et à l'orchestration réglés au millimètre. En prime, le public a eu droit à une séquence inattendue : imaginez Smoke on the Water de Deep Purple, version funky blues décoiffante à la Big James! Un talent qu'il ne fallait assurément pas négliger à Ecaussinnes cette année…
Line-up : Big James Montgomery : vocals, trombone - Charlie " The Fugitive " Kimble : saxophone - Michal " Priest " Wheeler : guitar - Joe "Goldie" Blocker : keyboards- Carl "CC" Copeland : bass - Cleo "Corliette" Cole : drums.
Down Home Super Trio featuring Steve Freund (g; voc ), R.J. Mischo (ha, voc) et Frank Goldwasser (g, voc)
Un trio acoustique " blanc " qui a mis une belle baffe aux idées reçues ! Musicalement, c'est le top tant sur le plan technique individuellement qu'en cohésion et homogénéité collective. Le redoutable harmonica "roots" du californien RJ Mischo, l'accompagnement de luxe d'un Steve Freund, brillant guitariste, qui gagne à être connu de ce côté-ci de l'Atlantique, et la cerise sur le gâteau avec un Frank Goldwasser royal, , incisif et solidement imprégné de l'époque Sun, notamment de Junior Parker. Le public averti d'Ecaussinnes ne s'y est pas trompé faisant une standing ovation à ces trois lascars qui ont joué un urban blues profond, mâtiné de senteurs mississippiennes rappelant le grand Muddy Waters… Un des grands moments de ce qui fut pour votre serviteur le moment frissonnant du festival, a été lorsque RJ Mischo, installé aux fûts, a entamé, au foot stomping et à l'harmo, une reprise de John Lee Hooker… avec un groove digne de One Man Boogie, aka Doctor Ross enregistrant chez Sam Phillips au début des 50's...
Sharrie Williams & The Wiseguys que nous avions découverts au dernier Blues Estafette étaient attendus avec impatience en Belgique après leur succès retentissant en Hollande en novembre 2002 (cf notre compte-rendu dans LGDG). Force est de constater que Sharrie Williams est convaincante dans un registre gospel au tempo lent, ou dans des slow blues qui lui permettent de valoriser son énorme potentiel vocal. Autant dire que c'est une chanteuse énergique et charismatique sur scène, dont la voix puissante et ronde envoie ! En revanche, son répertoire funky-blues et rock à Ecaussinnes fut moins authentique, plus conventionnel, conçu semble-t-il pour mettre en avant les qualités indéniables de son guitar killer, le jeune et bouillant James Owens ainsi que les arrangements soignés du claviériste italien, Pietro Taucher. Après ce show belge très "tendance", la cote de Sharrie Williams devrait grimper rapidement au box-office des grands festivals européens.
Line-up : Sharrie Williams : vocals - James Owens : guitar - Marco Franco : bass - Sterling Lee Brooks : drums - Pietro Taucher : keyboards
James Harman § Tee ont placé la barre très haut pendant leur set. James Harman, sorte de "routard du blues" des temps modernes, dont la barbe fournie fait penser aux sudistes de ZZ Top, a une voix dont l'expressivité exceptionnelle surfe avec une incroyable légèreté dans l'âme du blues, intemporelle et si présente à la fois, accompagnant magistralement des compositions autobiographiques sensibles et hyper réalistes. De son côté, la Gibson affûtée du talentueux guitariste belge Tee a apporté avec ses soli cristallins, une touche de swing superbe au souffleur de blue notes originaire de l'Alabama.
Line-up : James Harman : vocals, harmonica - Marc T : vocals, guitar - Barry Harrison : drums - Ernesto Zvar : organ - Frank Coumans : drums - Jan Boekaerts : baritone/tenor saxophone
Il revenait à Shemekia Copeland, l'honneur de la tête d'affiche qui devait clore cette 16ème édition du Spring Blues Festival. In fine, le concert est propre, bien léché, un peu trop d'ailleurs.. La présence de la valeur montante Sharrie Williams à Ecaussinnes y est peut-être pour quelque chose ? Allez-savoir… Si les amateurs attendaient le blues authentique de son premier album Turn the Heat up, voire de Wicked dans une moindre mesure, ils ont dû ressentir une vague frustration. Non pas que la fille de Johnny Copeland ait démérité, loin de là. Bien entendu, à 23 ans, sa classe naturelle est incontestable, son ton est juste. Musicalement, la présence de son guitariste Arthur Neilson à la flying V, apporte un plus incontestable dans les tonalités blues rock que l'on retrouve sur les charts américains… Il faut donc lui souhaiter bon vent dans ce registre qui permet un retour sur investissement plus rapide. Please, more time, talkin' to the bluesfans !
Line-up : Shemekia Copeland : lead vocals - Arthur Neilson : guitar -Barry Harrison : drums - Jason Langley : bass - Jason Landayne : keyboards
|
Date: 19 mai 2003 Depuis quelque temps déjà, j'attendais la tenue du Festival Harmonicas sur Cher. Intérêt harmonical, ça va de soi, mais aussi affection pour les lieux et surtout pour l'équipe de ce festival avec laquelle nous organisons régulièrement des stages. NDLR: l'affiche d'Harmonicas sur Cher est faite à partir d'une photo de Birdlegg, prise par Jocelyn Richez au 8th annual San Francisco Blues Festival en mai 2002. |
|
|
La chronique qui suit relate ce que j'ai vécu de ce festival qui s'est tenu du 2 au 4 mai, à St Aignan sur Cher. Le festival n'étant pas consacré au blues uniquement, la chronique parlera aussi d'autres choses que de la musique bleue, mais je sais que mes lecteurs ont l'esprit ouvert et ne m'en tiendront donc pas rigueur. Une dernière précision : des impératifs personnels m'ont obligé à quitter St Aignan avant la fin du festival si bien que je n'ai pu assister qu'à une partie des concerts. Je me contenterai de parler de ce que j'ai vu et vécu. Quelques mots avant tout sur le cadre. St Aignan est une ravissante ville faite de vieilles pierres et de rues serpentantes. Le soleil étant de la partie, flâner en ville était un plaisir en soi. Je ne suis pas venu seul puisque Jocelyn et Xavier m'accompagnaient, ou plutôt Xavier et moi-même accompagnions Jocelyn qui conduisait. Malgré le grand vent, un peu plus de deux heures de route depuis Paris et nous étions rendus sur place vendredi soir, non sans avoir pu écouter et échanger diverses perles musicales en chemin (je note que Julien Brunnetaud est vraiment prometteur, Jocelyn constate que le El Fish qu'il a vu n'est pas le El Fish des débuts, et mes deux compères se découvrent un amour commun et immodéré pour le West Coast). |
|
|
|
Une rapide installation au Grand Hôtel de St Aignan (déco un peu vieillotte mais confort et accueil tout à fait sympathiques) et nous tombons sur Pierrot et sa moitié qui viennent eux aussi d'arriver. Nous nous dirigeons tous vers la salle où doivent avoir lieu les concerts du soir, où nous débarquons en pleine répétition des Troublamours, fanfare pyrénéo-méditerranénne où officie l'harmoniciste Eric Chafer... en tant que tuba. Eh oui, ce multi-instrumentaliste, vous n'avez pas fini d'en entendre parler. Bref, nous apprenons qu'ils vont officier un peu plus tard dans le café d'en face où nous allons donc de ce pas. Le repas, bien qu'un peu long, est fort agréable, et nous y retrouvons Oli. C'est aussi l'occasion de découvrir la bouille de Djamel, casquette vissée sur le crâne et, pour ma part, de retrouver quelques autres habitués des festivals et des stages d'harmonica. |
|
|
Nous arrivons finalement dans la salle en ayant renoncé au dessert pourtant inclus dans le menu juste au moment où le Mojo Band prend la scène. Pour ma part, je connais bien le groupe depuis ses débuts en trio acoustique puis sa mutation associée à une des meilleures sections rythmiques qu'il m'ait été donné d'entendre, Stéphane Barral (contrebasse) et Charles Duytchaever (batterie), tout en finesse. Le reste du groupe est constitué de Xavier Laune à l'harmonica et de Julien Biget à la guitare et au chant. Le concert commence et, dès les premières minutes, je retrouve la magie de la démo semi-pro que j'ai dans mes cartons depuis plus d'un an, mais aussi la magie du concert précédent auquel j'ai assisté deux ans plus tôt. Le répertoire du Mojo Band est constitué exclusivement de reprises, essentiellement de blues mais aussi d'un peu de country, de soul avec une touche un peu jazzy. Je crois que les magazines anglo-saxons appellent ça "Americana", un pot-pourri goûtu de musiques américaines. Ce qui sidère avec le Mojo Band, c'est que les arrangements des standards sus-mentionnés en font toujours des morceaux différents, bien à eux. On a pourtant eu droit à des morceaux connus de tous comme Who's been talking, ainsi qu'à d'autres, plus obscurs, mais tous sont touchés par la patte Mojo. Le maître-mot de ce premier concert est la finesse, la subtilité. C'est suffisamment rare dans le blues actuel pour mériter qu'on s'y attarde, même si les fans de rentre-dedans restent un peu sur leur faim. Julien est un guitariste exceptionnel, capable, par quelques accords subtils ou des petites phrases bien placées, de soutenir un soliste ou son propre chant. Et son chant... Lordy, lord, quelle voix ! Si on peut leur faire un reproche, c'est qu'ils sont trop effacés sur scène. Julien prend bien la parole de temps à autre pour introduire tel ou tel morceau mais lors des solos, Xavier et Julien semblent se retirer alors qu'on voudrait qu'ils se mettent en avant. Cette timidité les dessert un peu, à mon avis, mais c'est une bien mince critique pour un groupe vraiment talentueux. Bref, vous aurez compris : j'ai aimé un peu, beaucoup, à la folie. Une musique qui respire, des musiciens de talent, un harmo qui sonne comme il faut sans sonner "comme ils font", un répertoire varié et plaisant. Bref, des gars qu'on aimerait voir plus souvent, qui ne font sans doute pas assez de pub, et qui devraient se trouver quelques relais à l'entregent plus fourni que le mien pour se faire connaître, la bonne nouvelle de l'entracte étant d'ailleurs que la démo sus-mentionnée devient sous peu un véritable album, c'est pas trop tôt ! |
|
|
Mais la soirée n'est pas terminée et tout le génie de la programmation va se faire sentir dès la reprise des hostilités, puisque Nico Wayne Toussaint monte sur scène, accompagné de son groupe tout neuf. Jen Deen Forberg à la batterie, Florian Royo à la guitare, Nicolas Domenech à la basse et Vincent Pollet-Villard à l'orgue le soutiennent pour un set qui commence avec la patate qu'on lui connaît, tellement énergique qu'au troisième morceau, notre Harp Hero national en est tout essoufflé. Il est d'ailleurs rejoint, quelques morceaux plus tard, par le célèbre pianiste américain Dave Maxwell qui fait la tournée avec lui, pour le plus grand plaisir des amateurs de boogie woogie et de piano blues énergique. Bref, un show à l'américaine comme peu d'artistes ici savent les mener. La voix de Nico est toujours au top, son harmo plein d'énergie et de profondeur, et il est fidèle à lui même, diable sauteur exultant d'une joie sauvage sur scène, et le plus gentil des mecs du circuit off-stage. J'ai regretté un peu le line-up trop chargé à mon goût qui n'a laissé que trop peu de place aux solistes (à part Maxwell qui sait se servir amplement !) et confine parfois à une surenchère qui rend difficile un certain contraste. Mais c'est une bien petite déception que celle-là tant la joie de jouer de Nico est évidente. Il en invite même Julien et Xavier du Mojo Band ainsi que Michel Herblin qui traînait par là pour un bœuf final aux airs de règlement de compte amical entre harmonicistes. Bref, cette première soirée est de très bonne qualité, et toute à l'honneur des organisateurs puisqu'elle a proposé deux concerts très différents et contrastés. L'harmonica était bien évidemment en vedette, mais la musique était de grande qualité pour le plus grand plaisir d'un public nombreux. Le temps de discuter le bout de gras avec quelques autres harmonicistes, et je rentre me coucher, un léger sourire flottant aux lèvres. Ca me redonne espoir dans l'harmo tout ça, tiens !
|
|
Le lendemain, en fin de matinée, j'émerge difficilement et nous nous rendons à la salle des expositions où se tient le concours de photos. Il faut vous dire que Djamel et moi-même avons tanné quelques Greenwoodiens pour qu'ils participent. Le thème : l'harmonica. Les clichés de Jocelyn et de Pierrot sont donc exposés, une des photos de Jocelyn ayant même servi pour la conception de l'affiche du festival. La petite salle présente donc les oeuvres d'une petite dizaine de photographes. C'est peu, mais la qualité est au rendez-vous. Certaines photos sont des photos d'artistes, mais il y a aussi des créations prenant l'instrument pour objet, vraiment très réussies. En complément, une exposition d'instruments (dont certains m'appartiennent) et de micros (ce sont ceux de Xavier Lanusse-Cazalé, la plus belle collection de micros d'harmo vintage de Paris !) fait s'esbaudir les amateurs. De là, nous partons pour la place où se tient le marché (normal pour un samedi matin) et où trône surtout "Chez Constant", le nouveau rendez-vous des harmonicistes. S'y produisent les Troublamours, encore eux. Ils sont épaulés par l'harmonica de Michel Herblin qui joue dans un porte-voix pour être entendu par-dessus le tuba, l'accordéon, la guitare manouche, la clarinette et le saxophone de ses acolytes d'un jour. C'est la deuxième fois que Michel joue avec eux, et il est déjà au point sur un répertoire pourtant pas facile et vraiment pas adapté pour l'harmonica. Mais bon, les musiciens de génie, c'est comme ça ! En tous cas, nous passons une petite heure bien plaisante à siroter un verre, manger des tartines de rillettes de truite et écouter ces joyeux trublions chanter et jouer une musique méditerranéenne vraiment faite pour être écoutée en plein air. Le pied. Une repas (un peu longuet, encore une fois...) et nous repartons, cette fois pour le cinéma municipal où doit être projeté un film documentaire sur Toots Thielemans, le célèbre harmoniciste belge de Jazz. Le film est intéressant, alternant entre extraits musicaux et réflexions de l'artiste sur sa vie. Après la projection, nous avons l'occasion de discuter avec Fredéric Van Besien, le réalisateur. Il nous a réservé une surprise qui ravit les amateurs de blues : un film d'une dizaine de minutes diffusé sur la télévision flamande en 1975 avec pour sujet Rice Miller, aka Sonny Boy Williamson II. Ces images tournées au début des années soixante présentent l'artiste jouant quatre morceaux, trois accompagné par un band dans lequel on devine Memphis Slim au piano (la caméra ne quitte presque pas le visage de Sonny Boy en gros plan si bien qu'on ne voit presque pas ses accompagnateurs) et on reconnaît un jeune Matt Murphy à la guitare. J'avais déjà vu ces images sur une bande envoyée par un mec des US, mais la la qualité est sans pareille, et c'est un moment aussi fascinant qu'émouvant. Une fois remis, nous repartons vers le centre ville pour un petit repas du soir avant un concert que j'attends impatiemment, celui d'Eric Chafer, OVNI de la scène harmonicale s'il en est. Eric ne fait pas de blues. Eric ne joue pas d'un harmonica comme les autres. Eric ne joue pas que de l'harmonica, loin s'en faut. Les organisateurs du festival ne l'ont jamais vu en concert, mais sur la base du seul disque où on l'entend, celui des Chats Variés, ils ont décidé de lui donner carte blanche. Il a intitulé son spectacle "Bouquet de Timbres". Ils sont finalement trois sur scène. Francis Ferrier, à la guitare, à l'harmonium et occasionnellement au chant, Michel Herblin à l'harmonica, et Eric Chafer à la basse acoustique, au luth, à la guitare espagnole, au tuba et... à l'harmonica Chafer. Quelques mots de contexte pour les amateurs d'harmonica. L'accordage "classique" des harmonicas diatoniques est dit "Richter" et a été conçu pour jouer essentiellement de la musique folklorique germanique. Par un hasard de l'histoire et un miracle de la théorie musicale, en l'abordant différemment, on peut aussi y faire sonner le blues. Mais il est intrinsèquement limité puisqu'il y manque des notes, et même si quelques harmonicistes d'exception en font ce qu'ils veulent, cela demande un travail énorme et pas toujours couronné de succès. Eric, lui, a choisi une autre approche. Il a conçu un accordage qui lui permette de disposer de toutes les notes de la gamme chromatique en utilisant seulement la technique de l'altération. Ca ne sonne plus blues (du tout) mais il en a une telle maîtrise qu'il joue absolument tout ce qu'il veut dessus. ça tombe bien ! Tous les morceaux de ce concert, très intimiste mais aussi très varié en styles, comportent de l'harmonica, parfois joué par Michel Herblin pendant qu'Eric Chafer est à la basse et parfois joué par Eric pendant que Michel prend un verre ou joue aussi. Ces deux-là sont dans un monde à part et on sent entre eux et avec Francis (généralement à la guitare) une sorte d'osmose qui sublime leur musique. Celle-ci est essentiellement instrumentale même si Francis chante plusieurs de ses textes, incisifs et poétiques, au cours de la soirée. La virtuosité d'Eric sur tous les instruments qu'il pratique est tout bonnement époustouflante. Ce genre de type, c'est à vous dégoûter de faire de la musique. A la basse, il a le son et la fluidité d'un NHOP, à la guitare espagnole on croirait entendre Paco de Lucia, au luth il parvient à sonner comme Rabih Abou-Khalil sur son oud, au tuba on dirait Michel Godard et à l'harmonica... A l'harmonica, il sonne comme Eric Chafer, le seul et l'unique. Magique. Le grand moment de la soirée, pour moi, c'est quand on le convainc de nous interpréter Bach tout seul à l'harmonica. Il ne veut pas, il n'est pas prêt, mais ceux qui le connaissent poussent la foule à scander "Bach" jusqu'à ce qu'il cède. Il joue alors la Première Suite pour Violoncelle de Bach. Hallucinant. Oh, bien sûr, il y a un ou deux pains, mais on sent qu'avec quelques répètes de plus, le truc est parfait. Le public est conquis, standing ovation ! Eric prend la parole pour le dernier morceaux : "Maintenant, on va finir sur un morceau de Chick Corea. Lui, il est encore vivant. Alors, on va essayer de pas le massacrer !". Et modeste avec ça... Malheureusement, le concert terminé, il me faut partir. Le second concert de la soirée, c'est celui de Christophe Dupeu et Why. Le lendemain, il y a Jean Labre et le HiFi Dixons Trio. Ce sera pour une prochaine fois. En tous cas, je repars des notes plein la tête, heureux et rassasié, inspiré aussi, sans doute pour me reposer des grandes questions sur quoi faire de mon instrument. En tous cas, chapeau bas aux organisateurs qui ont trouvé le moyen de créer une évènement à la fois festif et convivial sans sacrifier la qualité. Ils se sont dépensés sans compter et méritent de continuer. J'espère bien les revoir l'an prochain pour la nouvelle édition d'Harmonicas sur Cher ! |
|
Harmonicas-sur-Cher
|
Le festival A Vaulx Jazz a eu lieu au
Centre
Culturel Charlie CHAPLIN,
à Vaulx en Velin,
pour sa seizième année. La traditionnelle nuit du blues
jouait dans la cour des
grands puisqu'elle proposait à l'affiche Henry GRAY And The Cats
(incluant Lil' Buck SINEGAL)
et Lil' ED And The Blues Imperials.
Henry GRAY est un illustre personnage de notre planète blues.
Pianiste de son état,
il a joué avec les plus grands et fut aux côtés de
Howlin' WOLF pendant
plusieurs années (de 1956 à 1968), 10 ans après une
époque où,
Henry originaire de la Louisiane, a suivi l'engouement pour le blues en
allant vers Chicago. Son
compagnon, Lil' Buck SINEGAL, louisianais lui aussi, est moins connu, si
ce n'est en tant que
sideman, mais ne compte pas moins un palmarès
étonnant.
Encore fringant pour son âge (78 ans), Henry GRAY ne joue pas
vite, ne part pas dans des
envolées de notes à n'en plus finir, mais à un
rythme étonnant tout
en jouant des basses très roulantes à la main gauche. Il
est posé, encore
très sûr de lui, et montre un charisme remarquable. Le
public fut aisément
entraîné par ce vétéran. On retrouve dans son
jeu une certaine
nonchalance trahissant sans aucun doute ses sources louisianaises. Parmi
ses influences, le Chicago
blues vit dans sa musique et nous rappelle qu'il a été le
pianiste du Wolf (dont il a
joué "Red Rooster") pendant plusieurs années et
a accompagné Billy
Boy ARNOLD et Muddy WATERS ou encore BB KING. Il est à l'aise
dans des styles
différents et nous l'a montré en interprétant du
blues bien sûr mais
aussi du rock ,du boogie, et qui aurait pu s'attendre à ce qu'il
reprenne "Blueberry
Hill" ou "Let's Do The Twist" ? On eut droit à
"Sweet Home Chicago",
mais pas à la fin du set ce qui constitue en soit une
originalité ;-) Sa diction est
difficile à suivre tant il mâche ses mots. Quel accent ! Il
a cependant fait
l'unanimité auprès du public, jusqu'à attiser
quelques dames collées
devant la scène et en demandant toujours un peu plus.
Ce groupe de choc, The Cats, est composé également d'une
rythmique tenue par Andy
CORNETT à la basse et de Earl CHRISTOPHER à la batterie,
et d'un harmoniciste en la
personne de Brian 'B.B.' BRUCE.
L'harmoniciste montre un flegme déroutant. Malgré un
visage stoïque et
l'impression qu'il joue parallèlement au groupe et communique peu
avec les autres membres,
il bouge et ondule avec la musique ; c'est une vraie pile mais son jeu
n'est pas aussi
spectaculaire.
Andy CORNETT veille sur tout ce petit monde et, aidé par le
gesticulant Earl CHRISTOPHER,
apporte une assise rythmique confortable. Plutôt sérieux
derrière sa basse, il
se lâche parfois sur certains morceaux, notamment celui où
il joue (moyennement), non
pas de la basse, mais de l'harmonica avec BRUCE.
Lil' Buck SINEGAL a réalisé un petit set seul, sans Henry
GRAY, où il a pu se
présenter moins discret et montrer de quoi il est capable. Une
reprise de "The Thrill
Is Gone", qu'il avait joué à la balance et m'avait
scotché, m'a à
nouveau frappé. Lil' Buck SINEGAL est un bluesman très
inspiré,
égrainant des solos de toute beauté. Son jeu est tendu et
sensible. Bien qu'il montre
une décontraction notable dans son jeu, il est plein de feeling
dès qu'il se jette
sur quelques phrases de guitare.
Dès la fin du set, pas de rappel, mais aussitôt la descente
de Henry GRAY dans les
premiers rangs de la foule fut l'occasion de franches accolades avec des
fans venus le
féliciter.
Après le concert de Henry GRAY, c'est sûr, la soirée
sera un bon souvenir. Et
avec Lil' Ed comme deuxième partie, la qualité de cette
édition n'est plus
à discuter, ce sera un bon cru.
Le groupe arrive et se met en place. Lil' Ed n'est pas encore là,
mais l'imposant James
'Pookie' YOUNG, son demi-frère, est présent, tenant la
basse.
Le second guitariste de Lil' ED, Mike WOLANCEVICH, débute le set avec
"The Things That I
Used To Do" après une longue introduction. Il est
très bon guitariste, le
toucher est fin, le jeu à l'aise, et sa voix passe vraiment bien.
C'est également
lui qui, dans le rôle de maître de cérémonie,
présente Lil' Ed
WIILIAMS qui déboule depuis les coulisses en jouant une intro
forcenée de son
premier morceau.
A l'image de toutes les photos que j'ai pu voir de lui, le personnage
est souriant, et joue de
façon énergique. Monté sur ressorts, sautant,
pirouettant, gesticulant, il
enchaîne les titres et son groupe le suit allègrement.
Lil' Ed aime communiquer avec son auditoire, ses mimiques plaisent et le
public en redemande en
l'encourageant. Les ficelles sont parfois grosses mais le public adore.
Durant tout le concert,
cet artiste nous aura prouvé que le Chicao blues, d'une certaine
manière existe
encore et est bien vivant, sous une forme très contemporaine.
Directement inspiré
de "slider" comme Hound Dog TAYLOR ou son oncle JB HUTTO, il a
un jeu furieux et jouissif.
Tout le groupe est là pour s'amuser, tout en faisant tourner une
mécanique pro et
bien rodée, et il y a un petit grain de folie qui, au fil des
titres, atteint un peu chaque
musicien.
La fin de son set sera marqué par une courte descente de Lil'Ed
dans les premiers rangs
du public. Le concert se termine de façon un peu bruyante, on sent que
les musiciens se sont bien
défoulés et n'ont pas ménagés leurs efforts
pour nous donner un show
à la fois de haut niveau et explosif.
Cette soirée a été mémorable et a
répondu à mes
espérances. Cette affiche remarquable dénote une
programmation du Centre Culturel
Charlie CHAPLIN d'un haut niveau de qualité, et permet de classer
assurément ces
concerts parmi les grands moments blues de l'année 2003 dans la
région lyonnaise.
|
Superbes concerts à St Pierre du Perray! Bravo à Pierrot Mercier, l'OMC et l'AMAP pour ce 5ème Blues à St Pierre. Comme l'année dernière avec les Bloosers et The Duo, on peut dire que les 2 parties de la soirée étaient excellentes, d'autant plus que l'ordre de passage était sans doute plus approprié pour faire monter la pression : Little Victor & Sophie K en première partie, pour un blues bien roots et saturé, puis les Hoodoomen pour un set flamboyant et festif. Si c'était pas la fête, ça, à St Pierre du Perray! Little Victor était en pleine forme et n'a pas lésiné sur le show, passant de sa guitare De Harmond à sa Danelectro qui semble faite pour le slide et n'hésitant pas à effectuer son traditionnel numéro de cirque sur une chaise! Il nous a aussi étonné en tenant son harmonica à moitié enfoncé dans la bouche et en réussissant à en tirer des notes! J'ai appris depuis que c'était un "truc" que faisait Sonny Boy Williamson II. Quant à Sophie Kay, l'air de rien, elle est super efficace à la guitare. Elle assure une rythmique bien pleine, et c'est quand Victor s'arrête de jouer qu'on se rend pleinement compte de l'importance de son jeu. Il faut du caractère, et elle en a, quand on joue avec Victor, ou quand il essaye subrepticement de toucher les potars de sa guitare! A mon goût, leurs guitares étaient un peu trop saturées ce soir-là et la batterie de Lulu un peu trop présente (un peu de balais auraient été bienvenus !), mais ça frise le détail! Un très bon moment de blues nous plongeant dans les racines de cette musique. |
![]()
|
Les Hoodoomen... incroyables de cohésion! Outre le fabuleux Pascal Fouquet, certainement un des plus fins guitaristes (électrique) qu'on peut voir en ce moment (mais ça vous le savez, car vous lisez la Gazette de Greenwood et/ou les autres médias du Blues en France!) le groupe est sans faille : chant, harmonica, batterie, piano: rien à dire, ça assure un max. Mais j'ai particulièrement apprécié Bernard Marie à la basse... quelle présence! On ne prête pas toujours attention à cet instrument, pourtant c'est souvent lui qui fait la différence au profit de l'ensemble du groupe, et là le discret Bernard Marie tisse un boulevard pour que ses compères s'expriment! Les Hoodoomen savent mettre l'ambiance: de super pros avec le côté festif , l'air de bien s'amuser et de prendre vraiment plaisir à ce qu'ils jouent. La descente du groupe dans la salle fut un grand moment, notamment avec le batteur Francis Marie qui, de ses baguettes magiques, donnait le rythme en se servant de tout ce qui se présentait à lui : tables, chaises, bouteilles, plancher ! Philippe Brière, excellent chanteur et harmoniciste, laissa une petite fille se servir de son tambourin : sûr que pour elle, ce soir-là restera un grand souvenir plein de bonheur ! Et puis, pour notre plus grand plaisir (et celui des Hoodoomen, visiblement), Zyde Phil en personne est venu se gratter le bidon sur scène, non sans avoir oublié de se revêtir d'un grattoir! Oui, super concert :-) |
|
Notre Renard Malin a également eu un mot élogieux pour la Gazette de Greenwood... Les gens présents qui ne connaissent pas LGDG ont dû se demander quelle était cette start-up au parcours si brillant!! Ah René, si on ne l'avait pas, il faudrait l'inventer :-)) |
|
Un petit blues de Djamel Deblouze: SAINT PIERRE BLUES |
Comme l'an passé, la salle Paul-Doumer de Marcq-en-Baroeul (Nord) proposait une séance de consolation vendredi soir pour les nordistes qui ne pouvaient aller à Ecaussinnes. L'an passé, c'était Rusty Zinn et ses petits camarades, cette année, toujours accompagné par Tee avec son nouveau groupe, c'était au tour du rarissime James Harman.
Première partie locale, avec Stincky Lou and the Goon Matt (avec Matthias Dalle, des Bluesin' Machine et du groupe d'Elmore D, à la guitare et au chant). Au programme : des standards traités à la façon des Bo Weavill (pour résumer)... Je n'ai pas trouvé ça passionnant, mais le public a aimé et rappelé, donc c'est peut-être moi !
Pour la suite, par contre, pas la moindre hésitation ! Après quelques morceaux qui démontrent à nouveau le talent de Tee à la guitare et au chant et l'efficacité de son groupe (quel dommage qu'il ait plus ou moins raté son concert de Cognac l'été dernier, il mérite mieux !), James Harman arrive avec son nouveau look (il m'a confirmé après que c'était bien pour un film, et qu'il était impatient de se débarrasser de - je cite - "ce look stupide qui le fait ressembler à un mec de ZZ top" !). Son concert, uniquement autour de ses morceaux, a été éblouissant. Quel sens du spectacle et quel professionnalisme! Alors que je ne suis pas un fan perdu de sa musique, j'ai été bluffé par sa capacité à mettre le public dans sa poche sans démagogie. Quant au soutien de Tee et de son groupe, eh bien il n'y a pas mieux. Comme l'a dit Harman, pendant le concert, "playing with these guys is like making love to your neighbour : you know that it's wrong but it is so good you can't help it."
Par ailleurs j'ai pu discuter avec lui après le concert pendant un bon quart d'heure (à la grande jalousie des chasseurs d'autographes présents!), ce qui m'a permis d'apprendre qu'aucun de ses disques n'est actuellement disponible car toutes les maisons pour lesquelles il a travaillé ont fait faillite, qu'il a produit récemment trois albums pour son guitariste habituel (il joue dessus aussi), pour Gene Taylor et pour une chanteuse, qui seront en vente sur le net, qu'il n'a pas de projet discographique, mais qu'il enregistre régulièrement dès qu'il a quelques morceaux prêts, qu'il tournerait bien en Europe avec son propre groupe, mais que c'est trop cher (message pour les organisateurs de festivals ???), qu'il a accepté ces trois dates parce que c'est Tee qui le lui a demandé et, enfin, que le Cd Icepick Stories qui regroupe un best of des faces Black Top lui était inconnu... Comme quoi les bonnes vieilles pratiques du marché n'ont pas disparu ...
En tout cas, une excellent soirée, et l'envie de me replonger dans les disques de cet artiste hors norme !
Dans le cadre du Festival des Musiques Du Monde, l’esplanade de Saint-Etienne présentait, le 19 mars, Mouss en première partie de Vincent Bucher et Tao Ravao
.Si je connaissais déjà Mouss pour ces concerts auxquels j’ai pu assister dans la région lyonnaise, la venue de Vincent Bucher est par contre plus rare et je me suis donc rendu à cette soirée.
Mouss a commencé son set par la reprise de So Long à la guitare (oui, Mouss joue aussi de la guitare !), seul. Ensuite ses compères habituels, Stéphane Sarlin et "Titi" Abdelati l’ont rejoint sur scène. "Titi" est au djembé, et Stéphane marie divers instruments de percussion orientale mais se consacre tout de même plus particulièrement à la guitare. Reprenant des morceaux de son dernier album Le Swing Du Marabout, Mouss ayant retrouvé sa contrebasse, le groupe nous a donné un blues métissé, complètement dans le concept du festival avec un esprit "d’ici et d’ailleurs". Un côté jazzy apporté par le son chaleureux et sensuel de la contrebasse, des accents orientaux véhiculés par les résonances du djembé et le chant, la guitare électrique créant le lien entre ces courants. Mouss a fait un show très pro, semblant à l’aise devant un public relativement nombreux et sensible à ces musiques exotiques, il s’est montré également bon instrumentiste. Ses textes en français sont intéressants, parlant de tous les petits riens qui composent notre quotidien (Les Infos, Whisky, L’Habitude Et La Routine), avec un point de vue à la fois réaliste et parfois humoristique comme Le Parasite. L’interprétation de Les Anciens, abordant d’une certaine manière une des difficultés de l’intégration en France, fut un moment émouvant. J’ai toujours un peu de mal à accrocher au jeu de Abdelati, les percussions et la musique maghrébine étant deux domaines que je connais trop peu. Cependant, son implication au sein du groupe ajoute une couleur typique à la musique. Stéphane Sarlin m’a impressionné. Son jeu est très fin, il jongle entre phrasés blues et jazz, aussi à l’aise avec l’un qu’avec l’autre. Rien de flamboyant cependant, mais un sens du rythme et un à propos toujours très juste. C’est un plaisir de l’écouter participer de cette façon à cette formation.
La musique de Tao Ravao et Vincent Bucher est principalement basée sur des chants et des textes malgaches. Bien entendu, comme sans doute la quasi totalité du public, je n’ai donc pas compris un mot des chansons. Par contre la musique, elle, interpelle plus et permet d’écouter quelque chose d’original.
Sur le plan instrumental, Tao a utilisé plusieurs instruments. Le premier fut une sorte de lyre liée à une calebasse (un kabosy ?) et posée à plat sur les genoux. Ensuite une guitare électrique plus "classique" mais rectangulaire et avec une sonorité qui trahissait une construction caractéristique et enfin un Dobro joué au bottleneck. Tao maîtrise avec merveille et avec dynamisme ces instruments. Parmi les morceaux non malgaches, il y eut un hommage à Nelson Mandela, quelques évocations louisianaises, et quelques autres en anglais, les plus blues de leur prestation. Vincent Bucher est à l’harmonica et on a là un formidable musicien. Dommage (à mon goût) qu’il ne joue pas plus souvent sur la région et qu’il n’aborde pas plus un répertoire blues. Il est effectivement doué d’une très bonne technique, et joue lui aussi de façon très dynamique. Sa musique reste très rythmique mais lorsqu’il prend les solos, c’est à chaque fois un petit feu d’artifice. Il s’est montré inspiré et pas du tout répétitif, ce qui donne beaucoup d’attrait à son jeu. Le rappel a donné l’occasion à Tao Ravao de jouer Hé Là Bas sur une lapsteel. Ils étaient accompagnés par Karim Touré aux percussions, et, si j'ai bien compris, par Henri Dorina à la basse.
Tome 1 | Tome 2
Sommaire de Tous les Numéros
| N° suivant
| N° précédent