La Gazette de GREENWOOD
n°53 (Août 2003)

Tome 2:
 
Tome 1
  • Interview de John Henry : la musique est juste le rythme d'un peuple et la mélodie est son histoire
  • Tomek Dziano en Pologne
  • Jump 4 Joy au Méridien
  • Les Greenwoodiens au Blue Bayou (Lyon, le 14 juin 2003)
  • la Rubriqu'à Blues Kim Wilson, Steve James , Bob Walsh, Joe Callicott, Stincky Lou & The Goon Mat
  • Patton l'Abyssin : comment se faire appeler Arthur
  • Cataloguer sa collection de Blues avec Catraxx
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Tome 3
  • Cahors, cinq jour de Bluessssssssssss
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Marco Fiume Blues passions

date: 2 août 2003
de: Jocelyn Richez <jocelyn.richez@wanadoo.fr>
(photos de l'auteur)

Alex Schultz,
Candye Kane,
Lynwood Slim
© 2003, Jocelyn Richez

Cette année, avant d'aller à Cahors puis à Cognac, j'ai entamé ma saison des festivals par un voyage à Rossano en Calabre pour assister à un festival hors normes et dont c'était la première édition : le festival mémorial "Marco Fiume Blues passions" dont le but est d'honorer la mémoire du guitariste italien qui nous a quitté en 2002 à la veille de son trentième anniversaire.

[NDLR Jocelyn nous en avait parlé à l'époque dans le numéro 42]

Ce festival qui se déroulait sur 3 jours du 11 au 13 juillet a vu le jour grâce à la volonté de Maria Giulia Sorrentino, mère de Marco Fiume avec un superbe plateau comprenant notamment Alex Schultz, Lynwood Slim et Candye Kane. Tous les musiciens présents présentaient comme point commun d'avoir bien connu et joué avec Marco.

Autant le préciser de suite, malgré un échange de mails avec Maria Giulia Sorrentino, c'était un peu un voyage dans l'inconnu. Mais, compte tenu du contexte particulier, de ma volonté d'honorer la mémoire de Marco et de la qualité exceptionnelle du plateau, j'ai foncé tête baissée n'hésitant pas à faire environ 4000 km aller-retour pour me rendre en Calabre et je ne l'ai vraiment pas regretté.

Il faut préciser que Rossano (la ville où Marco Fiume a passé son enfance) est située au fin fond du sud de l'Italie et qu'un déplacement là bas ne s'improvise pas. Il faut prévoir une journée complète pour le voyage. Etant évident dans mon esprit qu'un aller retour en voiture n'était pas envisageable, j'ai donc pris un billet d'avion Paris/Naples et loué une voiture à l'aéroport pour faire les 300 km restants pour atteindre Rossano. Au départ, la chance n'était pas trop de mon côté avec un changement d'aérogare, un avion qui avait 2 heures de retard, ma voiture de location n'était pas une bête de course et n'avait même pas de lecteur CD (c'est la première chose que j'ai regardée !) puis des embouteillages pour sortir de Naples, des travaux d'élargissement de l'autoroute sur une bonne partie du trajet et pour finir un gros orage. Après 4 heures de route, me voilà donc enfin arrivé à Rossano à la tombée du jour où je trouvais facilement mon hôtel. Compte tenu de mon retard, un comité d'accueil m'attendait semble-t-il impatiemment. A peine entré dans le hall de l'hôtel, j'ai eu la surprise de voir une personne venir à ma rencontre et me demander dans un excellent français "bonsoir, vous êtes Jocelyn Richez ?" - je ne pensais pas être connu dans le sud de l'Italie :)) Un deuxième gars que je reconnais immédiatement vint vers moi et me dit : "bonjour, je m'appelle Richard", c'était Lynwood Slim mais surtout, c'était le début du rêve pour moi !

Très vite, j'ai reconnu Candye Kane et Alex Schultz dans le hall de l'hôtel. Autant le dire tout de suite, j'étais le seul représentant de la presse française, j'ai été reçu comme un roi et surtout, j'ai eu la chance de vivre ce festival de l'intérieur, partageant le quotidien des musiciens pendant ces 3 jours avec un mini-bus avec chauffeur pour nos déplacements. un vrai bonheur !

Candye Kane,
Lynwood Slim
© 2003, Jocelyn Richez

Surtout pour moi qui suis un grand fan de "west coast" et de la scène de Los Angeles mais surtout un admirateur d'Alex Schultz, Lynwood slim et Candye Kane. Autant dire que j'ai passé 3 journées aussi exceptionnelles qu'inoubliables dans une ambiance de vacances, dans une région baignée par un soleil de feu et riche en vestiges du passé. De plus, la nourriture y est excellente (c'est vrai, on a dû fréquenter les meilleurs restaurants de la ville), les femmes sont particulièrement jolies. Habituellement, je ne suis pas fan des trajets en bus, surtout quand quelques énergumènes se mettent à chanter pour passer le temps. Mais, quand c'est Candye Kane qui se met à chanter dans le bus, là, je suis aux anges ! Et puis, il faut que je parle un peu de nos festins dans les restaurant de Rossano; Parfois, le service était un peu long, qu'à cela ne tienne, on amenait une guitare acoustique et il s'en suivait un boeuf d'anthologie. Qu'Alex Schultz soit royal à la guitare acoustique, ça n'étonnera personne, mais j'ai découvert que Lynwood slim se défendait aussi très bien à la guitare (dans un registre roots, style Jimmy Reed) à l'image d'autres harmonicistes célèbres comme Lazy Lester ou Charlie Musselwhite.

Russel Scott
© 2003, Jocelyn RichezEt que dire de Russell Scott, le contrebassiste qui est un excellent chanteur mais aussi un musicien multi instrumentiste capable de jouer aussi bien de la guitare, du piano ou de l'harmonica. Le genre de type aussi impressionnant qu'énervant; mais comment fait il ?

Tout cela pour vous préciser que les repas ne manquaient pas d'animation.

Bon, je ne vais quand même pas vous raconter tout le détail de ces 3 journées pour en venir enfin au vif du sujet: le festival proprement dit. D'abord je précise que la recette appliquée ici est la même que celle qui fait le succès des festivals "Blues Qui Roule" en France, à savoir: un site localisé sur un lieu de vacances, de préférence en bord de mer et surtout une entrée gratuite. La recette a parfaitement bien fonctionné, je n'ai aucun chiffre à donner et surtout, je ne me risquerais pas à faire une estimation, la seule chose que je puisse affirmer étant qu'il y avait du monde. Il faut préciser que le site du festival était particulièrement bien choisi, la grande scène étant adossée à la tour San Angelo (un monument datant du 16ème siècle) elle même située à proximité de la plage. Le programme était le même les 3 soirs, mais je précise de suite que les concerts étaient de plus en forts, de plus en plus émouvants chaque soir.

C'est le Marco Pandolfi Blues Band un bon groupe italien originaire de Bologne qui avait l'honneur d'ouvrir les soirées. Le guitariste du groupe Marco Gisfredi était un ami de Marco Fiume à l'époque où celui-ci habitait à Bologne avant son départ pour les USA. En 1996, ils ont joué ensemble dans le groupe Soul Spoiler.

Marco Pandolfi Blues Band
© 2003, Jocelyn Richez

Le Marco Pandolfi Blues Band est un groupe de Chicago blues classique, très inspiré par Little Walter monté autour de son leader, l'harmoniciste chanteur Marco Pandolfi avec une bonne section rythmique (Luca Bernard à la contrebasse et Federico Patarnello à la batterie) et une surtout guitare qui swingue, ce qui fait son originalité. Car, de toutes évidences, Marco Gisfredi a les même influences que Marco Fiume, son jeu de guitare est flamboyant à l'image d'un Pascal Fouquet (pour donner une référence française qui soit parlante). Le dernier soir, ils ont repris l'un des titres majeurs de Marco Fiume Uno Mas. Finalement, le Marco Pandolfi Blues Band, ce sont un peu l'équivalent de nos Hoodoomen pour les italiens où décidément, à l'image de l'explosion à laquelle on assiste en France, il y a une scène blues avec de jeunes groupes plein de qualités qui est en train d'émerger. Si certains se sont déjà fait remarquer en France comme Enrico Crivellaro, Egidio Ingala, Alberto Colombo ou Gio Rossi, d'autres arrivent derrière !

Leurs concerts à Rossano furent de bonne qualité, en faisant pour moi une intéressante découverte.

Mais le clou des soirées était constitué par le concert d'un "All stars band" de rêves comprenant Alex Schultz (guitare), Lynwood slim (harmonica et chant), Candye Kane (chant), Russell Scott (contrebasse et chant), Mark Tortoricci (harmonica et chant) et Evan Caleb (batterie). Carl Sonny Leyland (piano) initialement prévu a annulé au dernier moment : dommage mais le groupe gardait néanmoins très fière allure. Il y a avait en fait plusieurs concerts en un avec cette succession de chanteurs et chanteuse qui donnaient aux soirées un côté théatral.

Mark Tortorricci
© 2003, Jocelyn Richez

C'est généralement Mark Tortoricci, le chanteur harmoniciste des Hollywood Combo (ancien groupe de Marco Fiume à Los Angeles) qui chantait les premiers morceaux, Russell Scott prenant ensuite le chant avant l'entrée de Candye Kane et c'est à Lynwood Slim que revenait l'honneur de clôturer le show avant le boeuf final.

Je vous vois venir, vous allez me demander ce que cette concentration de vedettes a bien pu donner ? Et bien à l'image du concert baptisé "West Coast All stars" auquel j'avais pu assisté un an auparavant en banlieue lilloise (avec Rusty Zinn, Lynwood slim, Johnny Dyer et Tee notamment), le résultat fut formidable, plus qu'enthousiasmant, véritablement enivrant. Si le paradis existe, il doit ressembler à ça ! La complicité et la complémentarité entre les différents membres de ce West Coast All Stars fut impressionnante. Mais pouvait il en être autrement ?

Difficile à imaginer pour ces musiciens d'exception, qui m'ont impressionné par leur professionnalisme et leur implication. Ils avaient tous cette volonté de rendre le plus bel hommage possible à Marco Fiume, de faire plaisir à sa mère Maria Giulia Sorrentino qui est à l'origine du projet et bien sûr au public italien. La conférence de presse était révélatrice, leur émotion était palpable. Lynwood slim avait une larme à l'oeil, il était visiblement très attaché à Marco qu'il considérait un peu comme son fils. Mark Tortoricci était lui aussi visiblement très troublé, il avait du mal à trouver ses mots. "Marco était pour moi comme un frère" disait il. Mais, une fois sur scène, ils ont retrouvé l'intégralité de leurs moyens, donnant le maximum, faisant preuve d'une générosité peu commune. Ils montraient à chaque instant que ce n'était pas des concerts comme les autres, qu'ils ne venaient pas simplement prendre un cacheton, ils ont avant tout joué avec leur coeur et c'est vraiment réconfortant de voir cela dans un monde où le show biz et les intérêts commerciaux ont gangrené le milieu de la musique.

Maintenant, au moment de faire un compte rendu des 3 concerts, il est difficile pour moi de ne pas aligner les superlatifs tellement j'y ai pris du plaisir. Ca n'étonnera personne, Alex Schultz a été monstrueux de finesse et de justesse durant ces 3 concerts, vraiment impérial. Il m'a confié n'avoir joué que 3 fois en France durant sa carrière (d'abord avec Rod Piazza et les Mighty Flyers à Lille, avec Lester Butler au Chesterfield café à Paris puis avec Jimmy Morello à Cognac) je ne comprend vraiment pas pourquoi les organisateurs de concerts et de festivals en France ne pensent pas plus à lui, c'est un vrai mystère !!!

Pour ajouter à l'émotion déjà palpable, il a joué une partie du dernier concert sur la guitare de Marco Fiume, sortie semble t'il pour la première fois depuis son décès. Là, c'est sûr, elle était dans de bonnes mains !

Alex Schultz
avec la guitare de Marco Fiume
Rossano, juillet 2003
© Jocelyn Richez

Alex Schultz est aussi un gars très cultivé qui ne s'intéresse pas qu'à la musique et qui est notamment un passionné de photo. C'est un grand admirateur de Cartier-Bresson. Il m'a montré quelques clichés noir et blanc de Robert Lockwood qu'il avait réalisé lors du festival de Cognac en 2000. Après, j'avais presque honte de lui montrer mes propres photos !

J'ai découvert Mark Tortoricci, le chanteur harmoniciste du Hollywood Combo qui venait pour la première fois en Europe. Il était avec Junior Watson l'un des meilleurs amis de Marco Fiume sur Los Angeles. Si à l'harmonica, il a un jeu relativement basique comparé à la virtuosité de Lynwood Slim, son jeu est néanmoins direct, efficace et dynamique. Et puis, c'est surtout un très bon chanteur assez éclectique typique de la fameuse "west coast" (swing, blues, boogie, jazz, rock & roll) un gars très à l'aise sur scène, possédant un certain charisme qui en fait un vrai leader. Il porte toujours des costumes de scène colorés, des chemises fun et des chaussures bicolores. Le contrebassiste Russell Scott portait lui aussi le même genre de tenues de scène. Je l'avais déjà vu lors de concerts au New Morning où il accompagnait Candye Kane. C'est un bon vivant qui a un gabarit XXL à l'américaine, un très bon chanteur (même si ça voix n'est pas extrêmement puissante). A Los Angeles, il a son propre groupe avec lequel il joue un répertoire rockabilly.

Candye Kane, est il vraiment nécessaire de la présenter ? Je ne pense pas mais je tiens à préciser à quel point j'ai été impressionné par son professionnalisme. Elle ne néglige aucun détail, passant une partie de la journée à apprendre quelques phrases en Italien pour s'adresser au public durant le concert. Elle a chanté là bas quelques uns des grands classiques de son répertoire agrémentés de quelques effets scéniques qui ont fait mouche. La diva du blues est devenue l'espace de 3 jours la "queen of Rossano" (l'expression n'est pas de moi).

Evan Caleb
© 2003 Jocelyn Richez

A la batterie, on trouvait Evan Caleb, le fils ainé de Candye (23 ans) encore un surdoué qui a de qui tenir. Enfin, celui qui clôturait généralement la soirée (sauf le dernier soir où il a dû jouer en premier et partir directement en direction de l'aéroport de Rome) et avait la lourde tâche de succéder à la tornade Candye Kane était Lynwood Slim. Autant ce gars est particulièrement calme durant la journée, autant il est explosif dès qu'il monte sur scène. C'est un bon chanteur mais surtout un formidable harmoniste. Il a su enflammer le public avec des morceaux rapides ponctués de longs solos. De plus, ses textes sont généralement auto-biographiques. Il est évident que ce type ne vie que pour la musique et par la musique. Quand il est sur scène, son implication est totale, il se lâche complètement, oublie tout le reste et se donne à 200%; c'est vraiment un grand artiste. J'ai découvert durant ces 3 jours que c'était un gars simple et abordable à la personnalité attachante, encore un gars qui n'a pas la place qu'il mérite.

J'ajoute que les 12 et 13 juillet, Catherina, chanteuse et cousine de Marco Fiume a chanté un titre en duo avec Mark Tortoricci, une version émouvante du classique Summertime . Je précise aussi que le 11 juillet lors de la première soirée, c'est l'actrice Simona Marchini qui présentait la soirée.

Simona Marchini,
Maria Giulia Sorrentino,
Candye Kane
Rossano, 11 juillet 2003
© Jocelyn Richez

Cette première édition du festival Marco Fiume blues passion fut un indiscutable succès populaire, le public avait du mal à quitter le site à la fin du concert, certains attendant la sortie des musiciens ce qui est bon signe.

Pour finir, je remercie vivement Maria Giulia Sorrentino et l'association Musicale Marco Fiume pour l'organisation de ce festival et surtout pour leur excellent accueil. J'espère pouvoir y retourner l'année prochaine pour la deuxième édition. Longue vie à ce festival.

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Interview

Lynwood Slim
nous parle de Marco Fiume

"Marco Fiume Blues Passions" était l'occasion de retrouvailles entre ceux qui ont bien connu et aimé le grand guitariste italien. Parmi ses amis, Jocelyn a rencontré pour nous l'harmoniciste Lynwood Slim.

date: 31 juillet 2003
de: Jocelyn Richez <jocelyn.richez@wanadoo.fr>
(photos de l'auteur)

LGDG: tout d'abord, j'aimerais que tu me dises comment tu as rencontré Marco Fiume ?

Lynwood Slim (photo Jocelyn Richez) Lynwood Slim : j'ai rencontré Marco en 1996 à Chicago. Je jouais au club de Buddy Guy le Legends. Il est venu me voir à la fin du concert et m'a dit qu'il était de Bologne en Italie, qu'il était fan, qu'il avait tous mes disques, qu'il connaissait tous mes enregistrements, qu'il savait tout de moi; j'étais très surpris ! Je voyais ce jeune gars qui avait tout juste 23 ou 24 ans à l'époque. Nous avons discuté un moment, il m'a dit qu'il était musicien. Je lui ai demandé où il logeait et il m'a répondu qu'il dormait dans sa voiture, dans la rue. Je lui ai alors proposé de l'héberger. Il est resté avec moi un certain temps, nous avons beaucoup parlé de musique. Il connaissait tous les guitaristes californiens comme Junior Watson, Kid Ramos, Charlie Baty etc. Je lui ai dit que je les connaissais tous, que j'avais joué avec chacun d'eux, que j'avais tous leurs coordonnées. Je lui ai donné une liste avec les numéros de téléphone de tous ceux qu'il voulait rencontrer. Il m'a dit qu'il voulait aller en Californie et il est effectivement parti. Je suis resté à Chicago avec ma femme de l'époque. Un an plus tard, je suis retourné vivre à Los Angeles et Marco jouait avec tout le monde ! Il connaissait tout le monde !

LGDG : Que faisait Marco à Chicago ?

LS : Marco est venu aux Etats Unis pour faire progresser son jeu de guitare. Il pensait qu'il ne pouvait pas avoir cet enseignement en Italie. Donc, il est arrivé à Chicago car c'était sur sa route pour aller en Californie.

LGDG : Tu as joué avec Marco dans des groupes réguliers ou juste lors de bœufs ?

LS : On a joué ensemble dans différents groupes. Parfois, il me demandait de venir l'accompagner dans son groupe, parfois, c'était l'inverse. Tu sais, c'est comme ça que ça fonctionne à Los Angeles, tout le monde travaille avec tout le monde !

LGDG : Hier, tu m'as dit que tu avais un cahier avec des listes de musiciens instrument par instrument que tu appelais par ordre de classement quand tu avais une date jusqu'à ce que tu en trouves un de disponible dans chacun des instruments. Marco était il sur ta liste de guitaristes ?

LS : Oui, bien sûr, Marco était sur ma liste !

LGDG : en bonne position ?

LS : Oui, absolument ! Tu sais, j'ai l'habitude de travailler avec Kid Ramos qui est mon meilleur ami. J'appelle toujours Kid en premier, c'est le premier sur ma liste ! Après, j'appelle Junior Watson et Rick Holmstrom. Zach Zunis joue aussi très bien... J'appelais souvent Marco; quand il n'était pas disponible, j'appelais un autre guitariste.

LGDG : Combien de temps tu as joué avec Marco ?

LS : Je ne sais pas, c'est impossible à dire. Ca a duré environ 5 ans, un concert ici, un concert là... C'était uniquement sur la région de Los Angeles. Nous n'avons jamais tourné ensemble.

LGDG : Quand vous étiez ensemble, vous parliez de quoi ? Uniquement de musique ou aussi de l'Italie, de photo, de bouffe ou autre ?

LS : Non, on ne parlais que de musique. La musique est toute notre vie. Nous vivons, mangeons, buvons, dormons qu'à travers la musique. Je suis comme ça et lui aussi était comme ça. Il aimait vraiment la musique !

LGDG : Est ce que tu peux me parler de la vie de Marco à Los Angeles ?

LS : Il avait une vie agréable, il travaillait dans un magasin de guitares, il fabriquait des guitares, il achetait et vendait des guitares sur Internet. Tout ce qu'il faisait était lié à la musique; exactement comme moi, peut importe ce que je fais, tant que c'est dans le monde de la musique: jouer, produire, s'occuper du son, travailler en studio, organiser des concerts...

LGDG : Savais tu que Marco donnait aussi des cours de guitare ?

LS : Non, je ne savais pas. C'est possible, je ne sais pas tout, tu sais, il jouait vraiment bien !

LGDG : J'aimerais maintenant que tu me parles un peu du blues Français. Tu m'as dit hier que tu connaissais les Rosebud Blue Sauce et les Hoodoomen. Où et comment les as tu découvert ?

LS: Rosebud Blue Sauce, je les ai entendu, j'ai joué avec eux il y a quelques semaines en Belgique, dans la région de Bruges, dans un club célèbre, je ne me rappelle plus du nom mais beaucoup de gens jouent là bas. Ce sont des gars super, ils jouent vraiment bien ! Tu sais, c'est vraiment dur d'avoir des dates pour jouer en France. Mais ça commence à devenir moins difficile maintenant que ça ne l'était il y a 10 ans. Il n'y a pas beaucoup d'endroits où jouer. Tu sais, je viens de jouer dans la région de Liège un festival qui s'appelle "nuit du blues"...

LGDG : Tu as dû rencontrer Little Victor ?

LS : Oui. C'est un super gars lui aussi ! J'ai croisé aussi un autre musicien Français qui joue de la contrebasse...

LGDG : Vincent Talpaert alias Sleepy Vince ?

LS : Peut être ? Je ne sais plus. Il faudrait que je trouve un agent en France qui puisse me trouver des dates. J'aimerais beaucoup travailler avec des musiciens Français.

LGDG : Peux tu me parler de cette tournée, tu as joué avec Paul Orta et Hook Herrera. Comment ça s'est passé ?

LS : C'était fun, c'était sympa. Nous avons joué en Belgique et Hollande mais aussi quelques dates en France, on devait jouer à Bordeaux mais le concert fut annulé. Pourquoi ? je n'en sais rien...Après, je suis allé en Autriche où j'ai joué avec un groupe local, le "Austria blues unit", un bon groupe, bon bassiste, bon pianiste... nous avons joué en Autriche et en Tchécoslovaquie. Après j'ai pris le train pour Rome puis le bus vers Rossano.

LGDG : C'est un loin voyage. Cela a dû être pénible, non ?

LS : Non, ça s'est bien passé. J'ai joué de la musique, fumé quelques cigarettes. Pas de problème ! Rossano, me voilà !!!

Propos recueillis par Jocelyn Richez le 12/07/2003 à Rossano

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Presqu'île In Blues
L'association "Blues Qui Roule" installe le Blues en presqu'île guérandaise

  
date: 9 juillet 2003
de: Aurélie Roquet <aurelie.roquet@tiscali.fr>
(photos Alain Leclerc)

La 2ème édition du festival "Presqu'île in Blues" a eu lieu le 29 juin dernier, au Pouliguen (Loire-Atlantique). Un moment riche en frayeurs, en joies, en rencontres...Vivement la 3ème édition!!! En attendant, un aperçu des coulisses du festival, où il s'est passé au moins autant de choses que sur scène!!

N'étant ni musicienne, ni technicienne, je ne me livrerai pas à une critique technique des concerts, d'autres savent le faire mieux que moi. La programmation avait été faite de façon à alterner, sur la grande scène, du blues "soft" en acoustique et des morceaux plus "pêchus". A en croire les applaudissements des 2000 personnes présentes (au plus fort de la journée), tous les groupes, chacun dans un style différent, ont su montrer leur immense talent et ont remporté un succès franc et mérité...

Chapitre 1: ça y est, c'est parti!!

Cadi Jo, Michel Foizon (photo Alain Leclerc) Cette longue journée dominicale a commencé vers 5 heures du mat', quand Cadijo, Michel Foizon (de Blues and Trouble), Anthony et Fabio (des Flyin' Saucers) sont arrivés à l'hôtel Le Mondès, après une longue route...Les malheureux arrivaient d'une soirée de concert, et devaient enchaîner dès 10h30, dans les rues du Pouliguen. Ils n'ont pu dormir que deux heures, avant d'être réveillés par une descente de police dans l'hôtel!!
Mais que s'est-il donc passé, me direz-vous??

Chapitre 2: Devine qui vient coucher ce soir?

Djamel Deblouze (photo Alain Leclerc) Hé, bien, notre ami Djamel Deblouze, arrivé la veille, a eu la (mauvaise) surprise de se voir délogé de sa chambre par un pêcheur du coin qui avait fort besoin de se reposer après une nuit mouvementée!! Le gaillard s'était déshabillé sur le palier, puis est rentré dans la première chambre qui n'était pas fermée à clef, et s'est littéralement écroulé dans le lit du belouze man, qui profitait des bras de Morphée (Non, Djam, il n'a pas confondu chambre 6 et chambre 9!!). Un réveil comme on n'aimerait pas en avoir tous les jours! Il a fallu l'intervention de deux shérifs à képi pour faire comprendre au "moussaillon" qu'il n'était pas vraiment dans SON pieu...

Dans le genre journée qui démarre très fort...

Stéphane Lebot, notre BQRien-technicien, est arrivé vers 8 heures pour installer tout le matos sur la scène principale. Lui aussi sortait d'un autre festival et n'avait pas eu le temps de dormir...ce qui ne l'a pas empêché d'assurer, comme d'habitude...

Pour commémorer dignement le centenaire du Blues et la création de l'association "Presqu'île in Blues", nous voulions que Le Pouliguen soit littéralement envahi par la musique blues, du réveil jusqu'au coucher. Le programme du festival était donc divisé en deux parties: une partie OFF en matinée et une partie IN dès le milieu de l'après-midi.

chapitre 3: le OFF, ou comment Le Pouliguen est plongé dans le blues dès potron-minet (pour un dimanche!!)

Fabio/Anthony (photo Alain Leclerc) Dans la partie OFF, deux duos acoustique (Cadijo/Foizon et Fabio/Anthony) ont tourné dans le centre ville et joué à trois reprises pendant environ trois quarts d'heure, à partir de 10h30. Quel bonheur de voir des gens qui allaient juste chercher leur baguette, s'arrêter, écouter et manifestement apprécier un bon vieux Robert Johnson. A ce moment-là, pour nous, le pari était déjà (presque) gagné...

Au même moment, Julien Brunetaud (de l'excellente formation JB.Boogie, nouvelle recrue de BQR) et Kevin "aujourd'hui, j'ai la patate" Doublé (des Scratch My Back, qu'on ne présente plus) ont investi la place du marché bourrée de monde, en ce dimanche matin, pour un duo boogie endiablé...les deux jeunes BQRiens, qui devaient se produire pendant environ 3/4 d'heure, ont joué les prolongations devant l'enthousiasme des spectateurs et se sont finalement arrêtés, à bout de souffle, vers 13 heures. Chapeau, les mecs! Même une poissonnière qui s'était plainte de ne pas pouvoir vendre sa marchandise en raison du concert a fini par applaudir.

Philippe Menard (photo Alain Leclerc) Le temps d'une pause repas, des dernières balances de la grande scène, et c'était au tour de Philippe Ménard de s'installer tout au bout de la promenade du port, quasiment les pieds dans l'eau, pour une heure de concert spécial. A cette occasion, il nous a présenté les morceaux de son dernier album (que je vous recommande vivement d'ailleurs!). Ce grand bonhomme est un bluesband à lui tout seul : batterie, guitare, harmo et chant, réunis en une seule personne, s'il vous plaît! Il nous a tout de même fallu discuter avec un restaurateur dont les clients étaient (soi-disant) importunés par le bruit (non, monsieur, la musique!!).

Chapitre 4: Le IN, ou comment Le Pouliguen découvre le blues dans toutes ses variantes...

Bluetones (photo Alain Leclerc)A 15 heures, débutait la partie IN du festival, sur la grand scène. Les Rag Mama Rag ont immédiatement donné le ton, suivis par les Bluetones (qui ont vendu autant de CDs que Conie Lush, c'est dire!) et Djamel Deblouze, avec ses deux bouloulou's. A la question qui vous brûle à tous les lèvres, je réponds : oui, il nous a sorti son fameux Tirer un coup, que le public a beaucoup apprécié (j'avais la chance, à ce moment-là, d'avoir pu disparaître du champ de vision d'Alain (Harmo, pour les intimes) pour profiter un peu du spectacle, héhéhé!).

Connie Lush et les Blues Shouters, arrivés dans l'après-midi, sont alors montés sur scène pour leur balance. Alors qu'il était l'heure de dîner, on a eu la surprise de voir pas mal de personnes s'attarder sur la promenade. La plupart attendaient simplement la suite du show, mais beaucoup ont montré une vraie curiosité quant au déroulement des réglages. Et c'est vrai qu'il n'est pas donné à tout le monde d'assister aux balances d'une vedette internationale. Comment transformer une contrainte technique en moment de pédagogie!! Jean-Marc Edet, notre BQRien-présentateur, s'en est donné à cœur joie!!

Une belle prestation d'Arnaud et Manu, respectivement guitariste et harmoniciste des Malted Milk, a permis de faire sortir le public des restos après 20 heures et d'enchaîner, tout en douceur et en élégance, sur la deuxième partie de la soirée...beaucoup plus mouvementée!

Little Big Band (photo Alain Leclerc) Le Little Big Band a pris place sur la scène après le duo nantais...pendant une bonne demi-heure, ils ont mis le feu à la promenade. De mémoire de pouliguenais, on n'avait jamais vu ça! Et puis, là, patatras!!! Les quelques gouttes de pluie tombées en début de soirée (on avait craint une désertion du public - même pas !) ont fini par avoir raison d'un spot, ce qui a fait sauter les plombs... En vrais pros, les membres du LBB, malgré leur frustration, ont fait participer le public en improvisant, entre autres, sur Lousiana. Heureusement, notre BQRien-électricien, Guy Seguin, a pu détecter et résoudre le problème rapidement, après plusieurs tentatives infructueuses de redémarrage. Il est vrai qu'une simple goutte d'eau dans un spot un peu vieillot, ça pardonne rarement. Toutefois, c'est assez rassurant car cette mésaventure atteste que le sytème de sécurité a parfaitement fonctionné et c'est le plus important.

Juste à temps pour l'entrée en scène de Connie Lush. Et là, un vrai grand moment!! Non seulement cette chanteuse est fabuleuse sur scène, mais c'est une femme extraordinaire, toujours de bonne humeur, facile à vivre, et sachant apprécier les petits riens qui rendent la vie agréable, comme par exemple la "loge" avec vue sur le port, devant lequel elle est restée littéralement en extase. Et voir une grande dame comme elle, qui reçoit des récompenses à la pelle, touchée par le bouquet de fleurs qu'Alain lui a offert à la fin de son show, c'est vraiment inoubliable!

Il était alors temps de boucler la soirée avec un bon vieux BQRien-boeuf!!Quelques difficultés pour faire prendre la sauce, cependant, car le batteur de Connie Lush ne voulait pas laisser son matériel sur la scène, mais bon...

Nos jeunes zicos ont fait preuve d'une bonne volonté remarquable, pour le seul plaisir du public qui n'avait décidément pas envie que le concert se termine!! Arnaud, Julien, Kevin, Malek (des LBB), Ashley (des Rag Mama Rag), le batteur du LBB et même l'ancien bassiste des Magma, "exilé" aujourd'hui au Pouliguen, se sont lancé dans un long set, très swing, qui a permis de terminer la soirée en beauté (bien après l'heure autorisée)!!

Une belle édition du festival "Presqu'île in Blues", donc, qui laisse présager une suite encore plus grandiose!!!

Epilogue: vivement la suite!!

Pendant le OFF, Fabio (ou Anthony, j'ai la mémoire qui flanche...) disait aux spectateurs qu'ils auraient l'occasion d'apprécier la musique blues pendant toute la journée, et qu'à la fin de la journée, ils maudiraient le blues!! Désolée de devoir le contredire, mais personne ne nous a maudits, bien au contraire, pour les habitants du Pouliguen, comme pour nous, cette journée fut excellente, et tout le monde est prêt à recommencer et à nous accueillir de nouveau!!

Allez, un scoop, pour conclure (mais seulement parce qu'on est entre nous!): la 3ème édition devrait se dérouler sur trois journées pleines!!! Hé, promis, vous le répétez pas, hein ?!! En attendant, un grand merci aux partenaires de "Blues qui Roule" qui ont aidé à la réalisation de cette seconde édition, en particulier : le Conseil Général de Loire Atlantique, le Comité Interprofessionnel des vins nantais sans oublier l'association "Presqu'île In Blues".. :

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Festival de Tullins
Bernard Allison et Rosebud Blue Sauce

date: 19 juillet 2003
de: Véro <pchelius@club-internet.fr> et Aliocha <al.blues2000@magic.fr>
(photo Cédric Vernet)

Bernard Allison (photo Cédric Vernet) Bernard Allison... Je vous parle de quoi ? De son chapeau (2 gueules de serpents ouvertes) de ses guitares, dont certaines étaient à Luther ? Du super show au Bottleneck dans la foule... (Y'a aliocha qui m'embête) Bref, c'était génial, une ambiance d'enfer, une foule très nombreuse, un feeling énorme.
Bernard est un sacré Showman (on se demande de qui il tient ça) qui nous a balancé de bons rocks musclés en blues parfois un peu funky (mais moi j'aime bien) et en reprise de Papa dont une belle version de Bad Love.
Un très bon concert, où le courant passait sans problème entre les musiciens et le public. Et après l'achat du dernier album de rigueur, j'ai fait du charme au vendeur en lui sortant mon meilleur américain et j'ai récupéré un médiator "Bernard Allison". Je ne sais pas si Bernard a joué avec mais ça fait rien, ça fait un sacré souvenir.
C'est tout pour moi. Maintenant je laisse la place à plus doué que moi (si-si, je l'ai vu jouer encore ce matin)
Véro

Bernard Allison (photo Cédric Vernet) Moi, j'ai pas eu de médiator et son chapeau me faisait peur, mais sinon c'était bien. j'avais un peu lâché le Bernard après Funkifino, mais là, c'est a nouveau plus bluesy, pas toujours subtil mais énergique. Et puis bon sur scène, ça passe bien, c'est un sacré showman ! Et puis, voir Bernard descendre dans le public avec la guitare de son père, ça m'a ramené il y a 7 ans quand j'ai eu ma révélation blues avec Allison père. .... Pincement au cœur ...
Aliocha

Rosebud Blue Sauce... Changement de décor, une petite balade dans Tullins et nous atterrissons chez les Rosebuds, juste pour la reprise. Là, pas de clavier, pas de guitare saturée. Une contrebasse, une batterie, une guitare et un chanteur harmoniciste.
Ahhh ! Quelle voix ! Je devrais l'écrire au pluriel parce que le guitariste... (Nico... il m'a dédicacé le disque) n'est pas muet non plus.
Là, ambiance Boogie, blues à la Little Walter (c'est ce qu'ils disaient, moi, j'en n'ai jamais entendu du Little Walter) avec des réminiscence des T-Birds époque du grand Jimmie.
Bref ça bouge, y'a un feeling monstre, de l'énergie à revendre et une bande de mecs ultra-sympas. C'est vraiment agréable d'entendre des frenchies jouer ce genre de répertoire. Moi, je peux vous dire que j'ai vraiment voyagé, assise sur mon bout de muret... et à un moment je ne savais plus trop si j'étais dans l'Est Side ou à Tullins...
On est partis (lever tôt des petits oblige) Rosebud jouait encore. Bernard remettait la sauce à une heure du mat' tant le public en redemandait et malgré la fatigue visible...
Merci Tullins...
Véro

AAAAHHH !!!! du West Coast ! ! ! 'tain c'est bon après la débauche sonique du Band Allison ... et puis ils ne sont pas si nombreux que ça, les groupe de West Coast en France. Et puis, quand ils sont bons, c'est encore mieux. Entendre du Pee Wee Crayton, ça fait toujours plaisir. Idem pour du Al Blake, du Little Walter ... beau son de guitare, beaux phrasés d'harmonica, rythmique contrebasse-batterie solide et swinguante ... Jocelyn a vraiment bon goût ... On va écouter le disque pour voir ce qu'ils valent sur la longueur en studio ... Un bien bon moment au final ....
Aliocha

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Paul Orta, Hook Herrera, Lynwood Slim
Le concert du siècle au Spirit of 66
Verviers - 23/6/2003

date: 29 juin 2003
de: Didier Dirix <dirix.d@skynet.be>

Grande, très grande soirée de blues au Spirit. C'est presque devenu banal mais il faut le répéter inlassablement : les concerts bleus ont toujours, à Verviers, un parfum, une magie et une qualité hors normes.

Ici, en l'occurrence, nous avons eu droit à trois gigs pour le prix d'un seul, et même quatre si l'on pense au final collectif fabuleux que nous ont servi ces pointures US pur jus. Certes, le batteur Henk Punkter est un peu Hollandais et le soliste Alex "TNT" Alvarez un peu Espagnol mais Clay Windham, à la basse, vient du Texas, Orta (qui vit occasionnellement à Bordeaux) aussi et Herrera, au look Navajo ravageur est, lui, natif de San José (CA) comme Tommy Castro, son ami d'enfance !

Bref, tout ce joli monde nous a fait voyager de Bâton Rouge à Chicago, en passant par Nashville et Saint-Louis. Le grand trip parfait vers le bonheur intégral.

Le start sera donné en douceur par Paul Orta, le plus grand bourlingueur des trois. Ce brave homme de Port Arthur apprit l'harmonica en trois mois, vers l'âge de 20 ans. Il participa au BBB (Bayou Boogie Band) avant de fonder les Backdoormen avec Arthur Jones et les Kingpins auxquels s'ajouta le bassiste Eddie Stout. Il a côtoyé les meilleurs au gré des festivals ou lors de passages chez Antone's, de Pinetop Perkins à Jimmy Rodgers en passant par Snooky Prior, Hubert Sumlin (guitariste de Howlin' Wolf) et Tornado U.P. Wilson avec lequel il enregistra d'ailleurs.

Douze albums au moins, plus de 40 compilations et des dizaines de collaborations représentent à ce jour son apport discographique. Ses appoints pour Tommy Shannon, Chris Layton (SRV) et Nuno Mindelis constituent de véritables sommets.

Il a également compté dans son propre groupe de très grands musiciens comme Uncle John Turner (Johnny Winter), Keith Ferguson (Fabulous Thunderbirds), Mike Kindred (SRV), Wesley Star (Delbert McClinton) et Freddie Walden (Anson Funderburg).

Consacré "Texas Harmonica Tornado" en 1987, il est l'ambassadeur attitré de Hohner. Il crée également, en 1994, le Texas Crude, un ampli spécial pour les Amplificateurs Kendrick et un "slide harp" qui permet de jouer dans plusieurs clefs et plusieurs positions à partir du même instrument. On attend impatiemment son album live promis pour cette année.

Deuxième apparition de la soirée, Hook Herrera et sa stature immense et superbe qui laissent rêveur (ah ! celui-là, t'as pas intérêt à lui présenter ta copine, hein !)... Quand on pense que ce gars a fréquenté John Lee Hooker de près (d'où son prénom), qu'il a joué avec le groupe de Muddy Waters, Joe Ely et Gregg Allman (ouh ! là !), clâââsse !

Petit, en Californie, c'est l'accordéon qu'il pratiqua en premier lieu. Il apprit les rythmes de la polka et les célèbres "one, four, five" de Jimmy Reed avant de se mettre à la guitare en imitant les musiques de Santana et de War.

Il faut noter aussi qu'il fréquentait assidûment le Fillmore (comme nous on va au Spirit of 66, quoi !) et qu'il y a vu tout le gratin sudiste du blues, des gens comme Jr Watson, Gary Smith ou Rick Estrin, pour ne citer que ceux-là.

Il achète, un jour, un " Marine Band "C" Harp " à deux dollars cinquante et c'est le déclic. Cet instrument va servir de lien entre tous les autres, et convertir le dilettante qu'il paraît être à la maîtrise parfaite et élégante d'un instrument bien plus exigeant qu'on ne croit.

Troisième icône de ce set sublime : Lynwood Slim. Sans doute le plus musicien du trio. Il commence à apprendre la trompette à l'âge de 12 ans, puis se met à l'harmonica après avoir entendu Little Walter et Jimmy Reed (décidément...).

Son apparence filiforme lui vaudra le surnom de Lynwood Slim.

Il approche Walter Horton et Charlie Musselwhite avant de remplacer Kim Wilson dans les "Fab T Birds". Une session superbe de son travail "live" paraît dans Soul Feet en 1996. Ses participations ne se comptent plus : de Junior Watson à Kid Ramos, Candye Kane ou Dave Specter. Il crée son propre label "Pacific Blue Recording" avec Jerry Hall en 1998, enchaîne les contributions multiples et fait paraître un merveilleux album World Wide Wood en 1999 avec le Belge Marc Thijs (entre autres) à la guitare. Il tournera, encore, en 2002, pour les West Coast All Stars (Rusty Zinn et Johnny Dyer) avant d'intégrer la formule "Rumble of The Harmonicas" en compagnie de Orta et Herrera.

La salle honnêtement remplie attendait impatiemment cette (nouvelle) découverte proposée par Francis Géron. La présence de Lynwood Slim étant un peu la cerise sur le gâteau puisqu'il ne fait pas toutes les dates de la tournée (étant occupé lui-même par un set solo). Il devait d'ailleurs repartir le lendemain pour l'Autriche.

C'est donc l'ami Orta qui ouvre le ban avec une superbe compo perso Don't Worry Baby qui propage déjà du bonheur dans tous les cœurs. C'est très latino tout en restant proche des racines blues et ça met immédiatement le public en poche. Sa façon de tenir l'harmonica de biais avec la paume de la main gauche en oblique est un peu la " marque de fabrique " du bonhomme. Cela ménage sans doute un effet de résonance plus "chaud".

Rock a little woman (si j'ai bien tout compris) donne déjà dans le tex-mex pur sang et garantit le label roots a donf !!! Mais le fun de cette chanson n'est rien à côté du sublime Teardrops qui suit et dans lequel notre Polo texan va montrer l'étendue immense de son talent : technique, chaleur, lyrisme et jaillissements sidéraux de sons beaux à pleurer... forcément vu le titre ! (Oui, je sais, c'est facile mais faudra s'en contenter). Clay Windham me sidère par son jeu en accords à la basse. Fantastique de souplesse, il nous a déconcertés et régalés durant tout le concert par cette multiple et atypique façon de faire. Il fera même du finger picking, à la basse, dis donc !!! Paul Orta, au chant, est parfait, le tempo reste fluide et ferme jusqu'à ce solo géant d'harmo mélangé à sa voix brûlante qui nous ébahissent.

Just keep alone permet à Henk Punkter de cadrer le beat à 100% sur une rythmique à toute épreuve et sans faire de cinéma, il montre des capacités rassurantes et léchées qui feront merveille dans toutes les configurations. La fin de cette partie animée jusqu'à l'os par un shuffle d'enfer élève déjà le show après cinq morceaux, à peine, au rang d'événement incontestable.

Puis voici qu'apparaît his majesty Mr Herrera himself du haut de ses deux mètres en balançant sa crinière noire et noble derrière le mystère de lunettes sombres du plus bel effet. Le son devient immédiatement plus lourd et plus fort et le rythme déborde de nonchalance bercé par ce gros harmonica rageur et un peu métallique.

J'attendais l'instant et il survient : Honey (Tonite 1998) démarre. C'est le bonheur !!! Et cette voix, cette voix, carrée, chaude, rauque dans les basses et colorée dans les aiguës qui domine tout le beat. C'est sublime. Retour aux harp's signatures tendre et divines. Ca respire la Louisiane ce truc, c'est pas possible on va voir les crocos, j'te l' dis moi !

Je ne sais pas si c'est le titre mais Twenty dollars, Bill (on va l'appeler ainsi) fait déjanter le bon public fidèle et connaisseur dont nous sommes et je vois mon camarade Domy de MIB déguster avec saveur ces instants de grande intensité. Aucune concurrence entre nous, chroniqueurs (qui a dit "gros niqueurs", hein ? Qui ?) de tous horizons, seule la zique compte, qu'on se le dise. On est heureux d'être là, point ! Lui, moi, nous quoi...

Petit moment acoustique de toute beauté inspiré de l'album 2003, pure musique "dépleggée" (j'aime mieux comme cela) qui permet à Alex Alvarez d'étaler un talent fou. Je n'ai pas beaucoup évoqué les qualités immenses et la perfection de son style mais il sait tout faire ce gaillard. L'est pas vieux pourtant... quelle maîtrise dis donc (hizdidon)! Que ce soit les longs soli texmex ou les approches slide discrètes, le jeu en picking ou les grands " rentre dedans ", Alvarez répond invariablement présent. Sérieux guitariste, je le dis et je le répète. Dans ce morceau (Bringin' home to you?), le petit harmonica, tenu pratiquement à deux doigts par Hook Herrera, laisse filtrer des notes sublimes.

On termine gentiment le passage de l'ami Hook par ce que j'appellerais un gentil reggae texmex du plus bel effet qui met l'audience sur le cul et prépare dignement la suite.

La suite, c'est bien évidemment Lynwood Slim (look un peu Nicolas Cage) et son blues très club allumé par une espèce de swing rentré pas déplaisant. Rétro mais pas trop... Il attaque directement à la chromatique Not Your Clown qui est, m'a-t-il dit, après le show, une compo de Marc Thijs (bien, bien...) un petit gars de chez nous. Les sorties d'Alvarez sont sublimes.

Lynwood enchaînera successivement Show me the way , Choose Tosing (Ray Charles), Porcupine ? et One sweet letter (Roy Milton). Ce set chaleureux, très appuyé sur l'instrumentation (que ce soit à l'harmonica ou à la flûte traversière) est d'une crédibilité étonnante. La voix du bonhomme colle admirablement aux reflets bleus, denses et enfumés de la nuit qui enveloppe progressivement nos émois de son enveloppe charnelle. On se retrouve dans le lyrisme des big bands avec un combo réduit à sa plus simple expression. C'est séduisant, magique et envoûtant.

La suite vaut de l'or. Retour de Paul Orta au chant pour Fine sweet thing. Fabuleux ! (c'est une compo à lui ça non ?). Hook Herrera a pris la slide et Alex Alvarez distille dans tous les sens des sons délicieux. Lynwood, à l'arrière, pousse le band dans le dos avec une terrible efficacité. Merveilleux moment vraiment.

Mais ce n'était qu'un début. Après avoir déjà beaucoup donné individuellement, nos trois compères vont collectivement déclencher l'hystérie à l'entame de The Sky's crying d'Elmore James. Quand on pense que c'est cette chanson qui inspira à Jimi Hendrix Red House, c'est encore plus fort. Deux harmos chauffés à blanc (Orta et Slim), un miel de soli divins et la rythmique incandescente donnent à la vie, en cet instant, une véritable touche d'éternité. P... que c'est beau ! Herrera reprend alors le chant et garde la slide pour un deuxième final délirant. Le son est monté de trois crans, les premières notes du sublime You can't judge a book by looking at his cover de Willie Dixon allument un feu d'artifice géant qui va faire exploser la salle pour de bon. Yeah Yeah, you can't judge a girl by looking at her brother... Mon Dieu le bazar ! Crénom l'affaire ! Terrific ! Impossible à décrire, je meeeeeûûûûûûurrrrrrrrrs de bonheeeeûûûûrrrrrrrrrrrr, aaaaaaaaaaaaaarghhhhhhhh !!!!!!!!! C'est Lynwood Slim qui cloture ce bingtz au chant, mon dju donc !

Le dernier rappel (I was a fool ?) révèle ce qu'on savait déjà de la magnificence du jeu d'Alex Alvarez mais aussi (et c'est nouveau) des grandes capacités guitaristiques de Hook Herrera qui ira même jusqu'à péter les cordes de la belle gratte de réserve (content Alex !). La voix de Lynwood Slim est énorme et nous on est devenus dingues. Mais que c'est beau, que c'est chaud, que c'est haut : le TOP ! Oui je répète : le TOP. Le concert du siècle, quoi, non des deux siècles à venir, il n'y en aura plus jamais de pareils.

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The Duo et Ken Emerson
à l'Espace Blues(5 juillet 2003)

date: 6 juillet 2003
de: René "Renard" Malines <renemalin@aol.com>

C'est vrai ça, où étiez-vous donc hier soir ? Bon, Philippe écoutait la radio, mais il a raté le début, il est arrivé en plein mitan sur France Inter. Nous n'en parlerons pas, mais il paraît qu'en ce moment, France Inter-mitan...... ;)

Moi je suis allé voir the Duo en quartet sans Baco Mikaëlian mais avec Claude Langlois - qui a changé de coupe de cheveux ;) - à la National et aux Weissenborns (il en a plusieurs), Thibaut Chopin à l'harmo et à la basse, Fabrice Millérioux à la batterie et l'invité : Ken Emerson (non, y'avait ni Lake, ni Palmer, mon frangin m'a déjà posé la question ;). Ken, c'est un guitariste Américain qui vit à Hawaï et qui joue avec Charlie Musselwhite.

Il a commencé tout seul avec sa Martin à plat sur les genoux. Déjà, là, je commence à me caler dans ma chaise en me disant : "mmmmmmmh" quand il nous annonce qu'il va jouer un morceau hawaïen. J'ai failli lui crier "HS !" quand je me suis souvenu qu'il est pas sur la liste LGDG et qu'il ne comprend pas le français, surtout en condensé comme ça. Et puis le vendredi soir, pour voir des condensés, c'est pas à l'Espace Blues qu'il faut aller, y'a pas la boule.

Bref le Ken, superbe avec ses tiags en écailles de Chépakoi (pas du tout en voie de disparition, ça, le Chépakoi ;) et sa chemise qu'on dirait qu'elle vient de chez Daddy O's (http://www.daddyos.com/) mais que pas du tout, il se l'est fait faire en Thaïlande où on est très fort pour les chemisettes noires avec plastron léopard, le Ken, donc, annonce le titre du morceau : Political Blues (sic). Là j'ai vraiment failli crier "HS ! T'as pas le droit !" et toute cette sorte de choses mais je n'ai pu le faire à cause d'un grand éclat de rire qui m'est tombé dessus sans prévenir. Et puis y'avait "blues" dans le titre, ça change tout ;)

Le bonhomme se met donc à jouer, tout seul là-haut sur son tabouret de bar, et alors là, je vous raconte pas... Si ? Quand même ?

Bon alors je vous raconte : imaginez l'Espace Blues avec tout juste une vingtaine de fadas qui au lieu d'aller se choper les boules de l'année dans les bouchons du 1er lâcher de juilletistes (parce qu'homéopatie; non, je le dis, des fois qu'y en ait qui soient pas au courant ;), au lieu donc, on préféré payer qui son écot, qui son obole, mais chacun sa place (pour que les vaches soient bien gardées; non, c'est vrai, sinon y vont chercher Buffalo Bill qui les dézingue comme à la fête foraine "Y'en a une qu'a ricané ! Si, si, je vous jure !", enfin bref le boxon et on est pas là pour ça), et tout ça pourquoi, je vous le demande ? Ben pour écouter du blues, pardi ! Non, merde, suivez quand même, faites un effort, quoi ! Sinon moi j'arrête, hein !

Bon, je préfère ça. Donc, l'Espace Blues aux 3/4 vides, à ma table : 2 musiciens en chômage technique (j'ai cru comprendre qu'ils étaient à l'Inter Milan mais je suis pas sûr): Thibaut et Fabrice. Et tous les trois (y'avait moi aussi à ma table, remember ? ;) d'hésiter entre un "jaw-dropping" de belle facture et un sourire béat mais qui coule pas (on allait pas baver, non plus, faut quand même pas déconner).

La guitare hawaïenne, je m'étais jamais vraiment intéressé avant. Même le nom, que pourtant Claude nous a répété dans le micro, j'ai pas vraiment retenu. Mais alors qu'est-ce que c'est beau ! Je sais pas, moi, t'arrives là, après une semaine un peu plus merdique que d'habitude au boulot, tu commences à te détendre en buvant un coup avec les copains (si, y'en avait quand même : c'est eux qui jouaient hier ;), tu poses ton popotin en t'attendant à un petit échantillon de shuffles, blues lents, et affiliés qui vont te décongestionner la chetron, et paf !

Un mec tout seul, qui sait même pas tenir sa guitare correctement (sur les genoux, non mais, tu t'demandes, des fois ;) et qui au lieu d'en jouer, au lieu de se la jouer.... la caresse ! Comme ça, devant tout tout l'monde ! Et toi, au lieu de hurler à l'indécence, tu fonds. Carrément. Tous tes petits diables bleues que ça se multiplie pire que les rats ces saletés, barrés ! Disparus ! Et t'es là, et t'es bien. Mais alors bien bien. Et comme si c'était pas assez, il en fait un autre. Pas blues, celui-là.

Mais là t'as plus du tout envie de crier "HS". C'est ta connerie qu'est HS pour le coup. Non seulement hors sujet, mais totalement hors service. Emportée par les diablotins, schtroumpfs noirs partis "gnaper" ailleurs. Pour un peu, je me serais endormi, non d'ennui, mais comme un bébé dans les bras de sa mère qui lui chante une berceuse avec tout cet amour qu'elles ont, des fois, les mamans, quand elles sont pas occupées à t'en retourner une parce que ton frère a fait une connerie et que t'as encore eu la mauvaise idée de te trouver là quand il fallait pas.

Et puis Ken a appelé Claude pour continuer à deux en acoustique. Ken pose son slide, redresse sa Martin pour en jouer "normalement" (pour le second morceau hawaïen, il avait emprunté sa National à Claude) et le père Langlois s'attrape un de ses weissenborns et allez, changement de registre, c'est parti pour un festival de guitares, slide, picking (faux picking, en fait, Ken joue "à la Texane, avec tous les doigts de la main droite; j'ai vu de près l'ongle de son pouce : pas besoin d'onglet, c'est du costaud ! ;).

Deux ou trois titres comme ça, et notre Américain de s'aganter sa Strat Squier ("130 $ sur ebay" me dira-t-il avec un grand sourire) pendant que Fabrice les rejoint suivi de Thibaut, d'abord à l'harmonica, puis à la basse. Parfois les morceaux s'enchaînent, d'autres fois, le plus souvent, ils décident ensemble ce qu'ils vont jouer ensuite, Ken ira même jusqu'à demander au public ce qu'il veut entendre. Ce dernier, comblé, répondra systématiquement : "C'que tu veux" ou "As you like". Jouez ce que vous voulez, de toutes façons, désormais, on sait que ce sera bien !

Une chose amusante, c'était de voir la décontraction qui régnait entre les musiciens, et avec le public, alors que la musique partait parfois dans des envolées frisant parfois l'acrobatie sur des titres jump ou des shuffles bien soutenus. Et je vous parle pas des quatre mains au weissenborn, des "tu fais la main droite, je fais le slide" ou mieux encore, "tu fais la main droite, et je slide avec le manche de ma Strat sur ton weissenborn. "ça valait le coup d'essayer" dira le bougre. Mais en anglais. Ah ben chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.

Je suis parti quand ceux qui étaient venus faire le boeuf l'ont fait. Non que ce fut mauvais, mais petit à petit, la magie tendait à disparaître, malgré le talent du french band et de son invité. C'était plus le même truc. Des fois, le boeuf à la fin, ça transcende, mais des fois, ça fait retomber le soufflé. Et comme souffler n'est pas jouer.... (ouais bon, d'accord ;)

Du coup je ne sais pas si Ken Emerson avait un CD à vendre que j'aurais pu amener à la maison. Ce que je sais, par contre, c'est qu'ils ont encore quelques dates ensemble en Ile de France cette semaine et qu'après, pfuit ! Terminé. A pus Ken Emerson.

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Fête de la Musique
Auriol

date: 24 juin 2003
de: Djam Deblouze <djameldeblouze@yahoo.fr>

le 21 j'ai décliné toutes mes invites au seul profit de la fête à Auriol, où ce que le groupe Blues Time de mon ami Pilogue il jouait. Nuit blues sur le mail [1] de ce patelin de 9 000 âmes, c'est plutôt bath, surtout que les musiciens étaient payés et profitaient d'un vrai podium et d'une vraie sono, sauf que les sièges disposés en large cercle autour d'une piste de danse aussi virtuelle que déserte c'était moins bath, on était loin - moi je m'en fous, je dis à Cherry : on prend nos chaises et on se met devant. Un joli show plein d'idées : Pilogue et son harmoniciste au début tout seuls pour du acoustique pur, et puis rentre la contrebasse sur deux nouveaux morceaux, et puis le batteur aux balais avec son engin simpliste que je sais plus le nom, et puis un sax, et puis Pilogue il prend une électrique, et puis le batteur se met aux drums, puis entre une trompette, et à la fin c'est pleine puissance et les gens se remuent un peu. Du doux picking au shuffle endiablé, j'ai admiré cette gestion astucieuse de la montée en puissance. (Réflexion personnelle qu'elle est cependant pas tombée dans l'oreille d'un manchot : si un jour je fais dans les conditions comme, je prends un micro HF parce que je suis sûr que le Conseil municipal il veut que les administrés transpirent alors il faut pouvoir descendre de l'estrade et aller les chercher.)
Le demain, 11h, Deblouze & deux Bouloulou's à la garden-party de l'association des commerçants du Pays d'Aix au château de Tournon (ambiance "je-me-la-pète" dans de l'imitation soie), entre une expo de Ferrari, un défilé de lingerie et une exhib de judo que je me fais engueuler parce que je mets un pied sur le tatami de leur Jigodagno Kano, là, qu'ils le saluent comme si c'était la vierge de Kazan [2]. La dame au micro elle fait : "Et maintenant, les Doublouzoublouzoulou's qui vont nous faire du... heu... du blues ; on les applaudit bien fort parce que je sais qu'ils ont le trac", et, comme toi mon frère, l'espace d'un instant, je m'imagine poussant la porte de la boulangerie qui distribue les slips ficelle ou à n'importe quelle course de garçons de café, ou même à chanter du Fugain sur It Hurts Me Too en Si bémol et 9 mesures plutôt que là, qu'ici-bas. Après on fait notre métier : on rame [3].

[1] Promenade publique où, antan, on jouait au "mail", au "criquet", ou si tu préfères, au cricket provençal.
[2] Clin d'oeil à messire Berton.
[3] Comme c'est public familles, je sors un répertoire expurgé de toute profanature, mais "Tout c'que j'veux, c'est make love to you", tu comprends que ça sonne pas pareil...

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Jesus Volt
au House of Live (Paris)

date: 15 juillet 2003
de: Christophe "Ridin On" Godel <christophe.godel@noos.fr>

"Jesus revient" indiquait l'affiche du concert présentant un nouveau-né! Jesus est de retour. Leur dernier passage parisien avait eu lieu au New Morning, du moins celui où j'étais, en première partie de Deborah Coleman. Le concert du House of Live en ce mois de juin surchauffé n'avait pas grand chose à voir avec ce dernier.

Il faut dire qu'entre temps, Jesus Volt a donné naissance à un second album plein de promesses, d'énergies et de culot. J'avais hâte de voir ce que cela pouvait donner sur scène. J'avais bon espoir, je n'ai pas été déçu, bien au contraire.

Le groupe parisien a essentiellement joué les titres du second opus avec passion et entrain. Ca faisait plaisir à voir. Que dire si ce n'est que ce quatuor est vraiment à part dans la planète rock et blues, et c'est sur scène qu'il prend toute sa dimension. Les plus sceptiques et les moins réfractaires au rock, notamment au vu du deuxième album, devraient faire l'effort d'aller les voir, ne serait-ce que parce que cela sonne bien plus blues que sur l'album, parce qu'on a à faire ici à certainement l'une des meilleures sections rythmiques basse/batterie de l'hexagone, parce qu'il serait temps qu'on se rende compte du talent fabuleux du guitariste et du chant de Lenny.

Oui, que voulez-vous, ce groupe n'arrête pas de me surprendre depuis la première fois où je les ai vus, en 2001. Et je n'étais pas le seul au House of Live, où l'ambiance était vraiment chaude et beaucoup de gens découvraient leur musique. J'entendais plusieurs anglo-saxons derrière moi exprimer leur étonnement et leur surprise devant la qualité de la prestation du groupe.

Les Jesus Volt arrivent à reproduire l'ambiance de leurs deux albums sur scène, notamment du dernier. Les nouvelles compositions accrochent de suite le public, ça applaudit, ça crie, ça danse, ça siffle pour saluer le groupe !

Il faut noter le bon accueil reçu par la reprise controversée de Mannish Boy, les samples électro étant déclenchés par le batteur au pied. La version est transcendée sur scène et l'ambiance était à son comble! En fait, je pourrais quasiment dire la même chose pour tous les titres joués ce soir-là. Excellente prestation des Jesus Volt! J'aimerais souligner une nouvelle fois la qualité du jeu de guitare, Mister Clit Tao, ce type est vraiment saisissant, possède une attaque terrible, une précision et une inventivité assez rares et un travail sur le son dément.

Deux petits regrets tout de même. Dommage qu'ils n'aient pas joué leur excellent titre en français, La Foudre et leur cover de A Forest de The Cure, pour moi déjà culte, se trouvant sur leur premier opus. J'aimerais un jour avoir l'avis de Robert Smith là-dessus ! :)

Allez voir les Jesus en concert, vous y entendrez du blues, du rock, les deux en même temps triturés dans tous les sens possibles, vous hocherez la tête sans cesse, frapperez des pieds, des mains, jamais lassé... surtout si vous avez une culture rock plus que blues ou si vous faites partie de ceux qui pensent que le blues peut pactiser avec d'autres formes musicales :) Après tout, que l'on appelle ça du blues ou non, peu importe, oubliez les étiquettes, du moment qu'on en retire du plaisir.

chronique du dernier CD:
Jesus Volt : pour les fans de rock, point allergiques au blues, et vice versa (LGDG n°51)

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