La Gazette de GREENWOOD
n°53 (Août 2003)

Tome 3:
  • Cahors, cinq jour de Bluessssssssssss
 
Tome 1
  • Interview de John Henry : la musique est juste le rythme d'un peuple et la mélodie est son histoire
  • Tomek Dziano en Pologne
  • Jump 4 Joy au Méridien
  • Les Greenwoodiens au Blue Bayou (Lyon, le 14 juin 2003)
  • la Rubriqu'à Blues Kim Wilson, Steve James , Bob Walsh, Joe Callicott, Stincky Lou & The Goon Mat
  • Patton l'Abyssin : comment se faire appeler Arthur
  • Cataloguer sa collection de Blues avec Catraxx
lire le Tome 1





Tome 2:
  • Marco Fiume Blues passions
  • Interview: Lynwood Slim nous parle de Marco Fiume
  • Presqu'île In Blues : le Blues s'installe dans la presqu'île guérandaise
  • Festival de Tullins : Bernard Allison et Rosebud Blue Sauce
  • Paul Orta, Hook Herrera, Lynwood Slim : le concert du siècle au Spirit of 66
  • The Duo et Ken Emerson à l'Espace Blues
  • Fête de la Musique à Auriol
  • Jesus Volt au House of Live (Paris)
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Cahors
Cinq jour de Bluessssssssssss

date: 21 juillet 2003
de: Christophe "Tof" Godel <christophe.godel@noos.fr>
(photos Christophe Godel et Jocelyn Richez)

Day One - 15/07/03

Le festival débutait cette année par une première soirée à l'affiche fort alléchante. Jugez plutôt : Edigio "Juke" Ingala, l'Italien qui avait fait fureur l'année dernière à Cognac, et Duke Robillard, monstre de la 6 cordes, arborant son chapeau depuis des lustres dans le monde bleu.

Ces deux concerts devaient avoir lieu au Théatre de Verdure, scène en plein air, mais les annonces météos étant véritablement mauvaises, l'organisation a décidé de déplacer le concert à l'Espace Valentré, près du célèbre et majestueux pont moyenageux du même nom. Saluons ici le travail des techniciens et bénévoles pour monter tout cela dans l'urgence. Le seul point noir, c'est que ceux qui avaient des billets "debout", se sont retrouvés en fond de sallle, et ceux qui avaient des billets gradins, tout devant! Et en plus, il n'a pas plu :)

Egidio Ingala (photo Jocelyn Richez) Quoi qu'il en soit, bravant une chaleur insoutenable, Edigio Ingala arriva sur scène, accompagné d'un line-up inhabituel, en effet, mister Rossi, le démentiel batteur italien a été remplacé par un américain, recruté récement. Pour le reste, tout le monde est là, et tout particulièrement le fameux Alberto "blue eyes" Colombo, guitariste hors norme.

Alberto Colombo (photo Jocelyn Richez) Il n'a fallu qu'un titre à Edigio pour mettre le public de Cahors dans sa poche! Son jump blues a dû ravir même les plus sceptiques. Jeu d'harmonica puissant, enlevé, section basse/batterie impeccable, même si la recrue n'est pas au niveau de son prédécesseur, et guitariste survolté, habité par un feeling vraiment dément, qui au delà d'une technique parfaite, est capable de vous sortir de ces phrasés!

Rien à dire de mal sur ce groupe à l'énergie incroyable, Edigio, si on me permet cette utilisation, est certainement le Monsieur 100 000 volts du monde bleu. Sa passion se transmet de spectateur en spectateur et tout le monde est converti, quelque soit le titre joué, une composition originale ou une reprise de Little Walter ou autre grand nom de l'harmonica, que ce soit un blues lent torturé, un chicago blues passionné ou un jump blues effréné.

Le groupe a eu droit a une standing ovation bien méritée, et au rappel, même les spectateurs assis ont fini debout à frapper énergiquement des mains. Chapeau bas Messieurs.

Duke Robillard (photo Jocelyn Richez) Après une ouverture en fanfare, cela n'allait pas être facile pour le suivant, même si on est une légende comme Duke Robillard. Oui, on peut le classer dans les légendaires guitaristes, avec ce jeu parfait, sachant naviguer sur tous les styles, non seulement de blues, mais surtout de guitare. C'est un musicien hors pair.

Néanmoins, l'entrée en matière du groupe fût plus délicate au sens où l'énergie brute d'Edigio laissait place à des compositions propres, bien réglées et ficelées. Le contraste était saisissant. D'autant que Duke n'a pas commencé véritablement par du blues pur jus, tournant autour du sujet. Quand on aime la guitare, on a tout de même le sourire aux lèvres, même quand il donne dans le jazz.

Après quelques morceaux moins blues, mais avec un point d'orgue majestueux avec le morceau dédié à sa fille Lucy Mae, il fit le tour de différent style de blues, laissant exprimé la finesse inoui de son jeu. Tout y passa, Chicago, Texas, un blues lent d'une longueur hallucinante mais jamais ennuyante, sans clichés dans le jeu. Le public était aux anges.

Doug James et Duke Robillard (photo Jocelyn Richez) Il faut aussi noter la qualité du groupe qui l'accompagnait, avec trois membres de son ancien groupe, Roomfull of blues. Quelles sommes de talents sur scène ce soir là. Une mention spéciale au pianiste, et surtout à son fidèle saxophoniste, Doug James, qui en a ravit plus d'un, surtout avec son jeu au Baryton! Dément!

Finalement, Duke a réussit son concert haut la main, mais point de standing ovation pour lui, le public préférant la fougue au classicisme, normal.

Quoi qu'il en soit, c'était une sacré soirée d'ouverture. Ca continuait aux "Docks" d'ailleurs, avec DJ Belouze et les Bandits Manchos, pour jam session quotidienne et nocture pendant le festival. Je n'y ai pas assisté ayant eu ma dose pour ce soir, mais il parait que l'ambiance fut torride jusque vers 4 heures du matin.

Day 2

En ce 16 juillet, la part belle est faite aux artistes, essentiellement français et aux concerts gratuits. En effet, cette année, Cahors arbore une nouvelle formule, avec des concerts dés la fin de la matinée jusqu'à la nuit avec le traditionnel boulevard du Blues. C'est souvent l'occasion de bonnes rencontres, de confirmations ou de découvertes.

Tout commence vers 10h30, avec Fred Chapelier Blues Band et son blues rock endiablé aux accents texans mais aussi français. L'organisation a eu l'excellente idée de les faire jouer au milieu du marché de Cahors, pour le plaisir de bon nombre de curieux, et au grand dam d'autres. En effet, certains commerçants n'ont pas apprécié le principe.

Octave Blues Band (photo Christophe Godel) Puis c'est au tour de la scène dédiée à l'acoustique, en tout cas à des formations qui ne font pas que de l'électrique, d'entrer dans la danse. Première bonne surprise et découverte pour ma part, avec le groupe de Boulogne sur Mer, Octave Blues Band! Un trio efficace et original, basse, batterie et guitare. Le guitariste chanteur possède un timbre de voix bien rauque et blues à souhait. Il a la particularité de jouer essentiellement sur une guitare électro-accoustique 12 cordes, et ce avec talent. Il lui fait parfois défaut pour son dobro. Le répertoire du groupe est composé de reprises, plutôt personnelles et bien senties, allant du blues du delta, en passant par Muddy Waters, BB King, Santana, Fleetwood Mac ou encore Paul Lamb, bref une large palette.

Philippe Menard (photo Christophe Godel) Après la pause de midi, le soleil abandonna sa lutte face aux nuages, et c'est un temps breton qui acceuilla Philippe Ménard sur la scène accoustique. Le "one man band" se sentait un peu plus comme chez lui :) J'avais enfin l'opportunité de voir ce phénomène du blues en France, l'ayant toujours manqué ces dernières années. Lacune comblée, et on ne m'y reprendra plus. Malgré la pluie, quelques dizaines de spectateurs sont venus applaudir le blues rugueux et revisité de Philippe Ménard. On le surnome "One Man Band" parce qu'il a la particularité de jouer seul de la guitare, de l'harmonica et aussi de la batterie (grosse caisse, caisse claire)! Génial! Il reprend des standards du blues à sa sauce, sans jamais trop s'éloigner de l'original, malheureusement dirai-je. On sent là des possibilités énormes qui ne seraient pas pour me déplaire :) D'ailleurs quand il s'aventure un peu hors du blues, on se prend une claque encore plus violente, comme ce All along the watchtower dément ! Il nous propose aussi bon nombre de compositions originales qui font vraiment preuve de créativité. Philippe Ménard est un artiste impressionant! C'est fait, je suis devenu fan!

La suite du parcours du bon festivalier de Cahors vous amène de la scène acoustique à la scène découverte. C'est la même scène que pour les grands concerts payants, mais cette fois, l'accès est gratuit et met en lumière certains groupes et artistes. Vous avez là des gradins, une buvette, un point presse, un point de vente de CD, T-shirts, un restaurant.

La pluie a finalement cessé, la température est fraîche et le premier artiste que l'on nous présente est Red Rivers, un australien inconnu en France. C'est d'ailleurs son premier concert dans notre pays. On nous dit qu'il joue du blues, mais aussi de la country, du hillbilly etc. Ce qui est clair c'est que le blues, je le cherche encore, malgré une ou deux tentatives de s'en rapprocher, et que l'on a là surtout un artiste de country. Mais la sauce n'a jamais prise avec le public et je me demandais même si lui même ne se demandait pas ce qu'il faisait là. J'aime bien le hors-sujet en règle génèrale, mais là, c'était de trop.

C'est donc avec une certaine impatience que j'attendais l'artiste suivant, encore inconnu pour moi. Je n'avais pas acheté son dernier album au vu du peu de crédit qu'on lui accordait dans différentes critiques. Je vous le dis, il ne faut pas toujours se fier aux critiques :)

Ainsley Lister (photo Christophe Godel) Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous présente le nouvel extraterrestre du monde de la guitare blues-rock et des guitar-heroes, il ne vient ni de New York, ni de Chicago, ni du Minnesota, ni de Californie, ni de France ou de Navarre, mais d'Angleterre! Il se nomme Aynsley Lister! Il a 25 ans et son "power trio" a une pêche terrible. La claque ! Bien sûr, il ne faut pas être allergique aux envolées lyriques, au rock puissant, aux riffs percutants ou à la grande technicité et vélocité. Ce jeune guitariste possède une main droite terrible! Il a joué assis à cause d'une jambe cassée, ce qui devait le frustrer énormément, car debout, il doit sauter de partout vu l'énergie qu'il dégage. Une seule reprise au répertoire du groupe... Je vous laisse deviner? Oui, Jimmy Hendrix, l'influence majeure de tous ces guitar-heroes qui viennent du blues.

A noter aussi, le fabulo duo avec Ana Popovic, invitée pour un morceau original de l'anglais.

Ana Popovic et Ainsley Lister (photo Jocelyn Richez) Ce fut un grand moment avec un joli duel de guitaristes surdoués, ce qui a ravi le large public présent, notamment les messieurs avec Ana, et les midinettes avec Aynsley :) Cet anglais, qui a déjà 4 albums à son actif, est plus qu'à suivre. Quelle bonne surprise ! Et je n'avais pas encore tout vu... la suite demain :)

Passée la découverte, il fallait ensuite se rendre sur le Boulevard du blues, où pas moins de 8 groupes français sont programmés à partir de 20h00 à 8 endroits différents sur le boulevard Gambetta, jouant en alternance. Le boulevard est fermé à la circulation, les gens pouvant déambuler d'endroits en endroits, s'installer en terrasse des nombreux cafés où se produisent les artistes.

Au programme, dés 20h, Red Benoît et le Bayou Stomp avec son Zydeco next generation, les Blue Tones, pressés d'en découdre avec Cahors après avoir été estomacqués par la prestation d'Edigio la veille, les Old Bluesters avec leur blues énergique composé de reprises de Chicago Blues, et les Hot Chickens au rockabilly endiablé.

Blue Tones (photo Christophe Godel) Je me suis pour ma part attardé chez les Blue Tones afin de confirmer la bonne impression faite par le groupe normand au tremplin Blues Sur Seine de Mantes la Jolie. Il n'y a pas à dire, c'est un groupe de scène, au swing et au rock'n'roll endiablé, avec plein de fougue et d'énergie, notamment grâce à leur leader, Christophe Becker, au chant et à la guitare. Le jeu original à l'harmonica vient compléter admirablement le jeu du groupe. Succès immédiat auprès d'un public conquis par le swing, le boogie et le rock'n'roll normand! Ce coup de coeur du public se confirmera tout le long du festival, rameutant petit à petit de plus en plus de public.

Hot Chickens (photo Christophe Godel) L'autre coup de coeur du festival sera certainement donné aux Hot Chickens, groupe de Béthune, qui ne jure que par le rockabilly et ce rock'n'roll des 50's. Tout y est, le look, la pêche, l'humour, la joie de jouer, la contrebasse qui a bien vécu, le jeu de la guitare, la batterie réduite au strict minimum. Sans être des musiciens d'exceptions, les Hot Chickens sont terriblement crédibles, complètement délires. Avec eux, non seulement, vous vous avez le sourire le lèvre, mais aussi le pied qui tape, vous faites un bon de 50 ans dans le temps en écoutant Gene Vincent et consorts, et même des compositions originales !

Enfin, les Old Bluesters, groupe de Chicago blues de Bretagne, qui revisitent les standards du genre avec harmonica amplifié et guitare puissante. La surprise de taille vient de la présence Zeb, ancien guitariste fabuleux de Doo The Doo. Ce dernier apporte subtilité et nuance à la fluidité et puissance du jeu de Christophe "Geronimo" Loheac. Et avec deux excellents guitaristes, on a forcément droit à des duels de fou-furieux ! Les Old Bluesters ont le secret pour emballer et faire bouger un public !

A partir de 22h00, entre dans l'arène du Boulevard du Blues, le rock puissant des Double Stone Washed, le Chicago blues de la chanteuse de Blues & Trouble, le blues inspiré de Xavier Pillac et celui bigarré de Mudzilla.

Dans un premier temps, je me suis pris une petite dose de pub rock, car après avoir chroniqué le dernier disque des Double Stone Washed, j'allais enfin pouvoir les voir sur scène. Et ça le fait méchament. On y retrouve la même puissance et maîtrise que sur le disque. Le seul point noir est que la batterie est électronique, rendant un peu le son fade, mais ayant le net avantage de prendre moins de place et de pouvoir gérer son volume. C'est un choix, mais peut-être que sur Cahors, ils auraient pu s'en passer. Quoi qu'il en soit, j'ai passé une heure d'éclate à écouter le groupe ! Ca déménage !

Ensuite, j'avais hâte de revoir Xavier Pillac à l'oeuvre et Francis Ragonneau son saxophoniste génial. La pluie avait malheureusement endommagé quelque peu la sono, et le son "crashait" un peu. De plus, il était souvent couvert par le jeu des Old Bluesters qui jouaient fort dans le bar un peu plus bas. Le contexte n'était pas idéal pour le groupe et le public passait plus qu'il ne restait malheureusement. Il est à noter que Xavier Pillac est le seul artiste blues du festival, avec Fred Chapelier, à proposer des blues en français et fort bien écrit.

Je finissais ma soirée avec Mudzilla qui firent un tabac au bout du Boulevard du Blues. Le groupe Bordelais a ravi le public nombreux de son blues du Mississippi, Chicago ou de la Louisiane, mais aussi avec cette touche toute personnelle sur certaines reprises. Le plaisir de suivre le jeu fin du guitariste ou encore l'incontournable Vincent au chant mais aussi au piano, orgue ou à l'harmonica! Quel somme de talents pour ce groupe qui arrive à sonner différement des autres formations hexagonales.

Day 3

Ce 3ème jour de festival allait être placé sous le signe de la guitare et des guitar heroes. Certains diront qu'ils ont peu entendu de blues ce jour là, d'autres oui, toujours cette même histoire de définition de ce qu'est le blues.

Quoi qu'il en soit, c'est bien avec du blues que la matinée commença, celui de Philippe Ménard, cette fois sous un soleil de plomb. Ce second concert du breton me confirme ma première impression. Cette fois, le répertoire change un peu, mais toujours le même esprit. Les courageux et les curieux s'arrêtent pour voir cet étrange musicien jouer de tous ces instruments en même temps. Il nous gratifiera de deux reprises de Rory Gallagher une de ces principales influences musicales, notamment un Thousand Miles Away fabuleux. C'est en effet un fan inconditionnel de l'Irlandais et cela se sent dans son jeu.

Don Croissant (photo Christophe Godel) En début d'après-midi, un certain Don Croissant prendra sa place sur la scène acoustique. Lui aussi seul sur scène, avec seulement sa guitare au son gras et rugueux, il propose un booggie blues sans grande âme malheureusement.

Ainsley Lister (photo Christophe Godel) Derrière lui, tout le monde attend Aynsley Lister, qui malgré la grosse chaleur, attira bon nombre de spectateurs. En effet, le jeune anglais est proposé en solo sur la scène acoustique! Au vu de la prestation rock de la veille, j'ai hâte de voir ce qu'il va nous proposer. Seul avec sa guitare électrique, il va en surprendre plus d'un en montrant qu'il est aussi capable de jouer du blues plus classique, même s'il y met des accentuations toutes personnelles et terriblement bien senties. Le répertoire de ce set est composé de titres personnels mais aussi des reprises de Jimmy Witherspoon, Robert Johnson (avec un Kindheated Woman d'un modernisme étonnant), Delbert McClinton, Tony Joe White, Buddy Guy ou John Lee Hooker! Ce jeune guitariste est décidément très surprenant et parfaitement crédible là aussi !

Octave Blues Band (photo Christophe Godel) Après cette heure et demie passé avec Aynsley Lister, j'arrive pour la deuxième moitié du concert de l'Octave Blues Band dans la cour du Conseil Général, avec de l'ombre bienvenue. Cette fois, le groupe joue tout électrique et confirme cette fois son étiquette de groupe de pub rock. Néanmoins, je dois dire que je suis moins emballé par cette prestation et qu'ils sont plus intéressants lorsqu'ils jouent en accoustique. Peut-être est-ce dû aussi à la prestation de l'anglais?

Blue Tones (photo Christophe Godel) Quoi qu'il en soit, tout le monde avait hâte d'aller voir le concert des Blue Tones prévu une heure plus tard. Le public venu nombreux pour revoir les normands ont pris leur plein de plaisir! Le quatuor a joué sous un soleil et une chaleur de folie, le soleil en pleine face. Ceci ne les a pas empêché de se donner à fond et de bouger dans tous les sens comme ils en ont l'habitude pour un concert de deux sets! Cette fois, bien assis en face de la scène, j'ai pu prendre la mesure de tout le talent de ce groupe prometteur, plein d'humour. Les Blue Tones ont certainement marqués les esprits des spectateurs de Cahors et des non amateurs de blues. Je ne sais pas encore ce que vaut leur tout premier disque qui est disponible depuis peu, mais sur scène ces titres passent merveilleusement bien. Il est à noter que les Blue Tones ne jouent qu'une reprise sur scène (de T Bone Walker), tout le reste sont des compositions originales inspirées par tous ces maîtres du swing mais aussi de John Lee Hooker pour la partie boogie.

Le temps de manger un petit morceau rapidement et il fallait se rendre au Thêatre de Verdure, pour voir les concerts de deux guitaristes surdoués, à savoir Ana Popovic et surtout Bernard Allison.

Ana Popovic (photo Jocelyn Richez) Si Cognac a pour habitude d'avoir une reine chaque année, Cahors a trouvé la sienne avec Ana. Présente sur la scène découverte en 2001, là voilà maintenant sur la grande, avec son "Comfort to the Soul Tour", titre de son deuxième album. On n'a pas l'habitude de ces dénominations "Tour" dans le blues :) Mais en effet, le show d'Ana Popovic est devenu très pro, bien rodé et a en tout cas plu au public de Cahors. La musicalité de ses chansons a pris en nuance et profondeur. Elle a gardé ce talent pour construire des solis différents. Le concert alterne les titres du premier album 'Hush' (vainqueur d'un grammy award aux US, ce qui est la première fois pour un artiste européen) et du second. La belle Ana nous gratifiera d'une belle reprise de Jimmy Hendrix et d'une sortie dans le public fort sympathique, proposant, comme en 2001, à deux personnes (fort compétentes!) de prendre un morceau du solo à sa place.

Bernard Allison (photo Jocelyn Richez) Ce fut ensuite l'arrivée tant attendue, en tout cas pour moi, de Bernard Allison, que je n'avais pas vu depuis un moment. Ah, Bernard! Merci, merci, merci pour continuer à propager l'héritage et la musique de ton père, Luther, le seul bluesman qui ait su me torturer les tripes et le coeur. Toute la première partie du concert est dédié à Luther et Bernard reprend des titres comme Midnight Creeper, Life is a bitch ou encore le fabuleux Bad Love!

Le concert proposé est là aussi de haute tenue et de haut niveau, le groupe derrière est terrible, avec une mention particulière au bassiste au jeu funky hallucinant. La deuxième partie du concert sera donc orienté sur les morceaux de Bernard et aussi sur un medley rendant hommage à de grands guitaristes. Bien sûr là on sort du registre blues pur, puisque sur un Voodoo Child particulier, il écumera toutes ces références.

Bernard est vraiment un guitariste fameux et après l'avoir vu on relativise la performance d'autres guitar heroes du blues rock actuel. Ceci dit, son talent est tel qu'on peut lui faire le reproche de donner dans la facilité des reprises hendrixiennes & co. Il a plus de choses à dire que cela, notamment comme cet instrumental fabuleux à la slide guitar, qui le conduisit au milieu du public et dans les gradins. Espérons que dans 20 ans cela lui passera :)

Après ce déluge guitaristique, accompagné de bons nombre d'autres Greenwoodiens, direction les Docks, pour la jam session mené ce soir là par les Old Bluesters. Cette jam session ne commencera que bien tard, après une bonne heure de jeu du groupe breton, qui permit de voir de belles passes d'armes entre Zeb et Geronimo. Il y avait foule aux docks et ça dansait beaucoup. Chaude ambiance. Au boeuf, défila Dominique Floch à l'harmo, que l'on avait déjà vu comme invité chez Octave Blues Band ou Philippe Ménard. Ce dernier était là aussi pour un hommage à Rory Gallagher. On m'a dit que Aynsley Lister est passé pour jouer avec Fred Chapelier, ça devait donner, ainsi que le jeune surdoué français, Damien Lopez de passage pour le concert de Bernard Allison.

Day 4

Cisco Herzhaft (photo Christophe Godel) Déjà le quatrième jour ! Décidément, le temps passe vite !
On commence en douceur ce matin, vers 11h30, mais sous la chaleur, avec le blues le plus classique et traditionnel qui soit, celui de Cisco Herzhaft, le frère du célèbre auteur de l'Encyclopédie du Blues. Accompagné de l'excellentissime Bernard Werber à la contrebasse, Cisco nous distille tout le blues d'avant-guerre que l'on aime, le tout jouer en picking, sur dobro ou électro-acoustique. On peut ainsi entendre du boogie, du ragtime, tout le blues des grands auteurs de l'époque. Toujours dans le même registre, il nous propose aussi des compositions personnelles.

Ce qui rend le set encore plus agréable ce sont toutes les anecdoctes que nous fait partager Cisco sur l'histoire d'un morceau, d'un artiste, sur la vie d'alors. Il n'oubliera pas de nous dire qu'il fut le seul artiste français à accompagner John Lee Hooker il y a 30 ans de cela, ou que Mississippi Fred McDowell lui avait appris à tenir un bottleneck quand il avait 18 ans, rendant hommage à chaque fois à ces deux artistes d'exceptions. Il nous a expliqué également, démonstration à l'appui, en quoi les indiens d'amérique avaient influencé le blues, rejoignant ainsi une discussion déjà lancé plusieurs fois la liste de diffusion de la Gazette.

Mathis & the Mathematiks (photo Christophe Godel) Après ce démarrage en douceur, il faut attendre près de 4 heures avant d'entendre un nouveau groupe. C'est long surtout quand on attend avec impatience le groupe en question :) Et oui, Mathis and the Mathematiks sont programmés sur la fin du festival. La bonne surprise vient du fait que le groupe est venu dans sa formation de Blues sur Seine à savoir avec Florent Siclet à l'harmonica et Seamus Taylor à la seconde guitare, celui qui compose bon nombre de morceaux avec Mathis. Programmé sur la scène accoustique, seul le premier morceau le sera, comme au bon vieux temps, avec Mathis et Florent uniquement.

Pour la suite, le groupe attaquera le registre éclectique, enlevé et rythmé qui est le sien. On passe du boogie à une ambiance plus intimiste et alternative, au blues qui devient rock, au rock qui devient blues. On retrouve là tout le talent de compositeurs et d'interprètes du groupe, toujours innovant dans ses reprises de titres et sachant faire monter la mayonnaise comme personne.

Malted Mik (photo Christophe Godel) Plus d'une heure vingt plus tard, il était dorénavant temps de rejoindre la grande scène découverte avec cette fois les Nantais de Malted Milk. Cela faisait un bon moment que je n'avais pas vu le groupe dans sa formation électrique, bien avant leur virée aux US. Que dire? Les Malted Milk, plein de talent et de feeling, font partie de ces gardiens du temple incontournable du Chicago Blues, quelque soit la nationalité du groupe! Ils se sont énormément améliorés depuis la dernière fois, c'est impressionant! On attend avec hâte leur nouvel album!

Beaucoup désespérait d'entendre du vrai blues dans ce festival, ils ont été ravis! Et le public assez nombreux a été époustouflé par la performance du quatuor, avec un net succès pour Emmanuel Frangeul à l'harmonica et bien sûr le talentueux Arnaud Fradin au chant et à la guitare. A noter qu'Emmanuel est certainement le meilleur harmoniciste que j'ai entendu durant tout le festival avec Edigio Ingala et Pierre Lacoque de Mississippi Heat. Plus besoin d'aller à Chicago pour écouter du vrai Chicago Blues, il suffit d'aller à Nantes ou partout où vous voyez le nom Malted Milk écrit. A noter la superbe reprise d'Albert King, blues lent qui vous attrappe les tripes et vous les tord dans tous les sens. Merci Messieurs!

Cuban Heels (photo Christophe Godel) Devait prendre la relève des Malted Milk, le groupe Hollandais de Cuban Heels. Il semble se qualifier eux même de Blues Garage (pour ceux qui ne connaissent pas, je vous expliquerai ça plus tard :) ). Mais n'allant pas aussi loin qu'il le faudrait dans cette démarche, je les qualifierai de groupe de blues au gros son rugueux, rapide et incisif. Bref, ils ne sont pas là pour faire dans la fioriture, même sur un blues lent. Cela contraste nettement avec la pureté du jeu des Malted Milk, avec un style de répertoire pourtant parfois semblable.

Alors, on a vite fait de se faire un avis tranché sur le groupe. Personnellement, j'ai plutôt aimé (ça n'étonne plus personne :) ), malgré quelques répétitions et parfois lourdeurs. En tout cas, ça déménage sec, ça ne vous laisse pas le temps de respirer, le chanteur se donne à fond, le guitariste fait de la haute voltige et l'harmoniciste s'époumonne avec passion! Il faut écouter pour juger, mais les fans de rock puissant et alternatif devraient apprécier. Le public s'est rapidement clairsemé durant le concert. Etait-ce à cause du bruit? de l'heure tardive (c'était l'heure de manger!) ? De la chaleur insoutenable? Quoi qu'il en soit, ceux qui sont restés ont adoré et ont même eu leur rappel!

A la fin du concert des Hollandais, le Boulevard du Blues avait déjà ouvert ses portes, et en effet, le public était bien là, attablé devant les scènes, déambulant un peu partout. Ce sont les mêmes groupes que la fois précédente, sauf pour Fred Chapellier qui remplaçait Red Benoît.

Tant mieux car je n'avais pas pu trop apprécier sa prestation au marché. Mais décidément, j'étais maudit, car pour écouter le concert, il était préférable d'être assis à l'une des innombrables tables du Restaurant de la grande place, la scène étant loin du boulevard. Difficile de rester là debout et apprécier le jeu du guitariste de Reims et de son groupe. Néanmoins, j'ai pu admiré le jeu du jeune pianiste de 19 ans qui joue avec lui et qui apporte beaucoup au jeu puissant et efficace de Fred Chapellier. Et puis toujours ce plaisir d'écouter des blues écrits en Français qui sonne bien et se marie bien au texas blues du quatuor.

Je me suis également attardé cette fois un peu plus longtemps sur le groupe Blues & Trouble pour apprécier surtout le chant de Gladys, teinté de gospel et de soul. C'est à noter car les femmes sont rares dans ce milieu, et les bonnes chanteuses encore plus. Le répertoire est très classique, ça sonne Chicago, il n'y a pas de doutes, et ça plait beaucoup au public curieux de Cahors.

Enfin, je me suis pris une nouvelle dose de Hot Chickens histoire de maintenir la pêche, de Mudzilla regroupant une foule énorme au milieu du boulevard. J'ai ajouté à tout cela une bonne rincée de Xavier Pillac, cette fois avec un large public à l'écoute. Enfin j'ai terminé ma nuit avec les Blue Tones qui mettaient le feu en haut du boulevard jusque très tard avec notamment leur devenu célèbre "Boogie Yahourt", spécialité du Calvados ! En effet, Christophe Becker n'arrivant pas à trouver de paroles, hormis Boogiiiiiiiiiiiiiiiiie, sur cette musique endiablé, crachouille des sons étranges sensés être proche de l'anglais :) Vu le succès d'une telle formule, il ne faut plus y toucher!

Day 5

Mathis & the Mathematics (photo Christophe Godel) Déjà ! Déjà le dernier jour du festival! Que ça passe vite! Mais pas le temps de faire de bilan car dés 10h30, Mathis and the Mathematiks mettaient le feu au marché de Cahors! Vu les plaintes lors du concert de Fred Chapelier le deuxième jour, la scène a été un peu déplacée et finalement a permis d'engranger plus de public, public fort festif et réceptif en ce samedi matin. Pendant une heure et demie, une sacré bonne ambiance régnait dans le groupe et autour du groupe. Le répertoire choisi était plus blues que la veille et plus dansant. L'énergie que dégageait les Nîmois semblait se propager un peu partout dans le public. Gros succès. C'est plutôt une bonne idée de lancer une journée ainsi!

Finalement, je m'octroyais une longue pause par la suite. En effet, Don Croissant jouait sur la scène acoustique mais je ne me suis pas déplacé. En milieu d'après-midi, Philippe Ménard jouait de nouveau sur cette même scène, que j'écoutais de loin, à l'ombre de ma chambre d'hotel. La chaleur était véritablement insoutenable, et ce n'est que vers 17h00 que je repris position devant cette même scène, pour un nouveau concert de Cisco Herzhaft. Le répertoire de la veille a été un peu modifié et de nouvelles anecdoctes nous furent contés, notamment celle sur la carrière particulière de Leadbelly en prison ou bien encore sur l'histoire du Ragtime. Cisco nous précisa que le premier ragtime ne venait pas d'amérique fin 19ème mais bel et bien de France un siècle plus tôt! Il se mit alors à jouer Rouget de Lisles et sa Marseillaise en Ragtime! Jolie idée et ça le fait plutôt bien! L'ambiance était plutôt légère en ce dernier jour.

Xavier Pillac jouait à 18h30, là où les Blue Tones avaient mis le feu sous le soleil ardent de Cahors. Même punition pour Xavier, avec un peu moins de monde dans les rues en ce samedi. Tout ceci n'est pas très logique! En tout cas, le concert fut excellent. Xavier Pillac est vraiment un auteur de blues en Français génial et il tient le haut du pavé dans ce registre. En plus, il est servi par un groupe très efficace. C'est avec joie que j'ai acheté son tout nouvel album, ne reste plus qu'à l'écouter avec attention :)

Little Bob (photo Jocelyn Richez) Pour cette dernière soirée, le festival a invité deux groupes antinomiques. D'un côté le rock de Little Bob et en deuxième partie le Chicago Blues pur jus de Mississippi Heat. Ceux qui sont allés voir Little Bob, qui sont rentrés dans son concert et l'ont pris pour ce que c'était, c'est à dire un excellent concert de rock, ont plutôt été ravis. Tout comme pour Red Rivers, je me demande un peu ce que Little Bob faisait là. Mais je n'y étais. J'ai préféré aller voir le début du premier set de Mathis and The Mathematiks puis enchainé avec un concert off non prévu, celui de Mister Tchang. Hélas, ils avaient du retard et n'avaient pas encore tout monté. Ne voulant pas rater Mississippi Heat, je fis l'impasse.

Pierre Lacoque (photo Jocelyn Richez) Ah Mississippi Heat! Quel beau final pour ce festival! Un final pur blues où se mêlent professionnalisme, pureté, plaisir et passion. Renaud Patigny au piano a fait un malheur, notamment avec ses boogies endiablés! Pierre Lacocque est un harmoniciste plutôt exceptionnel avec une très grande technique de jeu. Tout y est passé, vibrato, tongue blocking, overblows, etc. Mais ce qui est bien c'est que ça ne tourne pas à la démonstration. Tout est là au service de leur musique. Oui de leur musique, car hormis le Hideaway en introduction et le Mojo Working de fin, tout n'est que composition originale. Ineta Visor (photo Jocelyn Richez) Il ne faut pas oublier la présence incontournable de la chanteuse à la voix puissante, Inetta Visor. Quelle chanteuse aux chansons provocantes!

Le public a été littérallement conquis et je crois que ce groupe a fait l'unanimité entre les amateurs ou les novices. Ca frappait des mains et ça dansait de partout! Nous avons même eu droit à deux rappels, dont un après un petit discours de clôture du président du festival.

A noter aussi le magnifique blues lent instrumental dédié à un ami guitariste, Georges Baze. Superbe composition, saisissante. Un des grands moments du concert.

Pour terminer en beauté, beaucoup de personnes se sont données rendez-vous aux Docks pour la dernière jam session du festival. Tant qu'à terminer en beauté, elle était menée par Mudzilla. Et il fallait en effet être présent. Après quelques morceaux du groupe, Vincent, le pianiste bordelais, a invité la totalité du groupe de Xavier Pillac. Nous avons aussi eu droit en fin de jam à la présence de Fred Chapellier.

Renaud Patigny (photo Christophe Godel) Mais le grand moment fut tout de même l'arrivée de Mississippi Heat tout entier, avec notamment Inetta Visor et Pierre Lacocque, accompagné par Vincent au clavier, Francis Ragonneau au saxophone. Génial. Mais (oui ça fait deux Mais de suite), il y a eu encore plus fort, lorsque Renaud Patigny est venu faire un boogie-woogie de folie avec le guitariste des Mudzilla.

Mais :), il y eut encore plus fort !! Un quatre main d'anthologie entre Renaud Patigny et Vincent ! C'était la folie. Ne se contentant pas de jouer tous les deux en même temps, ils alternaient leur place ou Vincent allait errer sur l'orgue juste au dessus de son piano ! Extraordinaire !

Voilà qui met fin à 5 jours plutôt géniaux, avec du blues partout. Pardon, je devrais dire des Bluessssssssssss (avec plein de 's'). En effet, il y en avait de tous les genres, Cahors cherchant apparement à s'ouvrir de plus en plus, déséquilibrant peut-être le poids du blues dit originel (en gros roots et chicago blues) au profit d'une programmation plus rock. Cela peut plaire ou non, mais cela représente tout de même la tendance actuelle du milieu.

Cette année Cahors avait décidé d'augmenter le nombre de concerts avec la scène acoustique ouverte souvent dés la fin de matinée. L'idée est excellente pour des festivaliers passionnés, mais la scène en question n'était pas idéalement placé, trop loin du coeur des événements et trop exposés au soleil. Espérons que le festival décidera de reconduire l'expérience et d'optimiser un peu tout cela. En tout état de causes, Cahors reste un festival sympathique et convivial permettant aussi d'échanger et de rencontrer du monde.

Et à Cahors, cette année, on pouvait trouver nombre de Greenwoodiens, officiels, anciens, affiliés, avec notamment dans le désordre Sylvain, Samuel, Régis, Joël, Francis, Marc, Xavier, Christian, Pascal, Jean-luc et si j'en ai oublié, je m'en excuse!

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