La Gazette de GREENWOOD
n°54 (Septembre 2003)

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  • 4ème édition du festival Blues en REtz à Pornic: près de la grande bleue... le Blues!
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  • Blind Boy Fuller : sa vie
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Cognac 2003

Blues Passionnément!

date: 31 août 2003
de: Chris'ToF Godel <christophe.godel@noos.fr>
(photos Christophe Godel, Marc Loison, Jocelyn Richez)

Cognac - Ouverture en Fanfare.

Cognac ouvrait une nouvelle fois ses portes le 24 juillet, et ce pour fêter ses 10 ans, 10 ans au service de la musique noire américaine et notamment au service du blues.

Mais c'est dès le 23 que l'on pouvait se préparer à recevoir sa dose de blues bien méritée. En effet, le Bar Le Globe, fer de lance du festival off, lançait les hostilités en accueillant Bluesin' Machine et son leader Lillois Mathias Dalle. Il était accompagné par l'excellent lineup des Rosebud Blue Sauce, groupe de Cahors. C'était donc parti pour une soirée sous les couleurs de Chicago et du West Coast Sound, jump à souhait ! C'était excellent, ça hochait de la tête, ça tapait du pied, des mains avec un très bon Mathias à la guitare et au chant ! Tous les habitués du festival étaient déjà présents et le petit bar fut vite rempli. Nicolas Duportal, le chanteur guitariste des Rosebud était bien sûr là pour donner de la voix, et Pascal Fouquet, le guitariste normand des Hoodoomen, en fit autant afin de nous distiller quelques phrases de guitare dont lui seul à le secret. L'un des grands moments fut l'arrivée de deux cuivres inconnus au bataillon (trompette et saxophone) qui ont mis le feu par leur talent et leur feeling d'improvisation !!

Le ton était donné ! Les groupes français allaient une nouvelle fois enflammer les rues de Cognac avec brio, à défaut de leur proposer une grande scène.

Harry Manx (photo Christophe Godel) C'est donc dés 11h30, le lendemain matin, que le festival allait officiellement s'ouvrir sur la scène de l'Eden Blues, la deuxième scène du splendide parc de l'hôtel de ville de Cognac ! Cette année, à une dizaine de mètres de la scène, les gentils organisateurs avaient installé du sable, des chaises et des transats, là où se trouvait du gazon les années précédentes. On pouvait donc s'octroyer un peu de détente en écoutant de la bonne musique. Mais c'est bien devant la scène que j'allais commencer la journée. Et quelle journée ! Et quel début ! Inconnu jusque là pour moi, un certain Harry Manx, d'origine canadienne, monte sur scène. C'était sa première venue en France. Ce fut pour moi une véritable révélation et j'ai vite été conquis par la musique de cet homme, seul avec son banjo, sa guitare et sa guitare slide indienne, la mohan veena. Que dire ? Vous êtes sous le charme d'une musique blues toute personnelle, d'un folk song américain qui n'est pas sans rappeler parfois John Mellencamp dans le chant ou bien d'une musique soudainement habitée par une tonalité venue d'Inde. Une sérénité s'empare alors de vous. Vous êtes là, vous êtes bien. Je pense que les festivaliers qui n'ont pas apprécié cet artiste ne doivent pas être bien nombreux ! Au détour d'une composition originale, il vous explique l'origine de sa guitare indienne (20 cordes ! 6 au premier plan en slide, 14 dessous qui permettent de la faire sonner comme un sitar). Puis, il se lève, prend son banjo et entame un Thrill Is Gone excellentissime, hors du temps, qui se marie bien avec des phrasés indiens. Mais ce n'est pas suffisant : il s'assoit de nouveau, prend sa 6 cordes, à plat sur les cuisses, sort le bottleneck, son harmonica et se met à vous jouer une ballade prenante ! Ce type est hors norme, hors du commun par sa sensibilité, hors du temps ! Achetez Roads Sagas, son album live et vous comprendrez ce que nous avons ressenti à Cognac pendant quatre jours !

Vers midi, le Bernic' Jazz Band jouait à l'autre bout de la ville, à quelques kilomètres du site. Autant vous dire que je n'y suis pas allé, préférant me restaurer quelque peu et errer au milieu du stand des CD's, histoire de voir ce qu'il y avait de beau cette année. En même temps, au camping, c'est Alric M. qui divertissait les campeurs. Et oui, à Cognac, du blues, vous en avez au quatre coin de la ville !

Mel Brown et Miss Angel (photo Marc Loison) Vers 14h30, il était temps de se rendre à quelques centaines de mètre de là, au Château de Cognac, où naquit François Premier. Une certaine Miss Angel devait donner de la voix. Je ne connaissais point la dame mais je dois dire que j'étais impatient car chaque année, Cognac a le don de nous sortir une Reine dont les prestations au château sont toujours mémorables et envoûtantes, du moins lors des trois dernières éditions avec Candye Kane, Lisa Otey ou Dawn Tyler Watson.
Pour cette 10ème année, ce ne sera pas le cas. Miss Angel vient du Mississippi et possède une voix certes douce et langoureuse, celle qu'on imagine entendre dans un cabaret de jazz. Mais le charisme n'était pas là, peut-être à cause d'un rhume mal venu. Quoi qu'il en soit, il me semble que l'intérêt majeur du spectacle venait certainement de Mel Brown, de retour à Cognac, qui l'accompagnait au piano et à la guitare. Les deux artistes reprenant des standards du blues et Mel Brown pouvait alors nous gratifier de solos de guitare marqué par le blues !

A 16h00, il fallait se rendre au River Blues. Auparavant, il s'agissait d'une croisière payante sur la Charente pour un spectacle acoustique. Apparemment le bateau n'était plus disponible, et le concert s'est retrouvé assez loin du site central du festival. Par contre, une fois sur place, on pouvait se croire limite au bord du Mississippi !! Assis dans l'herbe, devant la scène, Precious Bryant, vieille dame du blues, à la guitare et au chant, accompagnée d'un bassiste, parcourait l'histoire du blues au travers de standard country blues d'avant guerre bien connus, comme, par exemple CC Rider ou Sweet home Chicago. Quelques rares compositions venaient agrémenter le concert sans grande âme mais pittoresque. Un peu déçu finalement !

Après cette heure passée, il fallait retourner dans le parc de l'hôtel de ville de Cognac où, à 17 heures, les gens s'amassaient près d'une petite scène : Le Tonic Day. Arrivé un peu tard, je n'ai vu que la dernière demi-heure du concert des talentueux anglais des Brasshoppers ! Ce n'est pas compliqué c'est un groupe de cuivres ! Saxos de tout genre, trompette, cor genre Marchin' Band, avec en plus basse/batterie et une violoniste ! Et ça chante bien, et ça vous donne le groove avec leur funky blues endiablé, et le sourire, tellement leur joie de jouer est communicative !!
Mais j'en reconnais deux parmi les musiciens !! Ils étaient la veille au soir avec les Bluesin' Machine ! Et oui, c'est ça le blues et à Cognac notamment, tout le monde ou presque joue avec tout le monde ! Ce groupe est dément et le nombreux public massé autour de la petite scène, assis dans l'herbe ou debout dans le fond en train de déguster un petit Cognac Tonic bien mérité vu la chaleur, a embrassé avec passion la musique vivante du groupe !

Malheureusement, il n'avait droit qu'à une heure de jeu, mais eux aussi, il était possible de les revoir tout le long des quatre jours pour leurs propres prestations et un peu partout ailleurs ! Il fallait maintenant quitter le site de l'hôtel de ville afin d'y entrer de nouveau pour les concerts payants du soir.

Richard Johnston (photo Christophe Godel) Et à 19 heures précises, entra sur la scène de l'Eden Blues, un homme... seul... une nouvelle fois... salopette en jean... il s'assit sur un tabouret... pieds nus... Devant lui, ses bottes sudistes marron... A sa droite, une grosse caisse de batterie... Au pied de celle-ci, une pédale wah-wah... A sa gauche, deux caisses claires... Derrière lui, trois guitares, enfin deux... la troisième étant un instrument fort étrange... A la Philippe Ménard, il est seul pour jouer de tout ça... Un One Man Band, comme on dit... Mais celui-ci n'est pas breton mais américain... Né au Texas... qui a erré au Mississippi... et qui est maintenant à Memphis... Un nom ? Richard Johnston... Un nom à retenir...
Un type qui apporte une nouvelle vie à ce blues du Nord du Mississippi, dont ses héros sont Junior Kimborough, T Model Ford ou R.L. Burnside... Ce blues que l'on étiquette de Garage Blues de nos jours... Ce bluesman blanc-là est un Gros Dieu, un vrai, comme je les aime... :) Deuxième grande claque de la journée et disons le, la claque du festival, la révélation... Cette année, pas de Reine mais un Prince !
Richard Johnston, en plus d'être un guitariste talentueux, rythmiquement notamment, possède une voix démente ! Son jeu est puissant et inspiré, avec un son et un phrasé tout personnel, et ça ne court pas les rues de nos jours ! Son concert est constitué de compositions originales ou de reprises, notamment de Junior Kimborough. En effet, Richard est le seul artiste blanc à avoir joué dans le groupe de Junior et sa musique est très marquée par celui-ci, et il le revendique. Par conséquent, on peut l'entendre chanter Do The Romp, Work Me Baby ou bien encore le génial medley provocant Cat Fish Blues / I Feel Good Little Girl, sur lequel il n'hésite pas à taquiner du regard de jeunes dames :)
Mais ce qu'on entend, ce n'est pas du Junior Kimborough, du Robert Johnson et autres géants du country blues, mais bien du Richard Johnston! Je crie au génie... si vous me le permettez :)
L'un des clous du concert est son pamphlet virulent contre Georges Bush pour une Amérique libre, dans lequel on peut entendre notamment cette phrase qui doit faire grincer certains des dents : "That's the CIA that put the crack down in the hood"... Sur ce morceau, il joue avec sa troisième guitare, enfin avec son Didley Bow fait maison, une boite de cigare, deux manches à balais, des morceaux de canettes de bières pour faire les mécaniques. Il joue au Bottleneck dessus. Sur les deux cordes du bas il joue en slide, et les deux du haut lui permettent de jouer la basse et de slapper avec le bottleneck !! Et je peux vous dire que ça en jette terrible !!
Et la bonne nouvelle, après ce concert magistral, c'est que le Richard joue aussi pendant les quatre jours !! Autant vous dire que comme pour Harry Manx, je n'ai loupé aucun de ses concerts !

Corey Harris, Henry Butler (photo Marc Loison) A partir de 21 heures, direction la grande scène, le Blues Paradise, toujours dans le vaste parc de l'hôtel de ville. Quel cadre tout de même! En première partie, c'est Corey Harris, guitariste américain originellement très imprégné de country blues mais qui se tourne de plus en plus vers les sonorités africaines, et qui parle très bien français ! Il est accompagné par le fabuleux pianiste aveugle de la Nouvelle Orléans, Henry Butler. Chacun des deux artistes passent en solo pour trois titres afin que l'on puisse apprécier leur musique respective, puis les deux ensemble. Autant Henry Butler est très convaincant et impressionnant au piano, autant ce soir-là Corey Harris m'a un peu laissé sur ma faim. Son jeu de guitare ne m'a pas touché, contrairement aux fois précédentes où je l'avais vu sur Paris. Il faut dire que le son n'était pas excellent. Par contre, le duo était plus convaincant, les deux artistes s'appréciant beaucoup ! Henry Butler nous imprégnait du son de la Nouvelle Orléans, et Corey Harris du blues du Mississippi ! Je pense que cela aurait été plus touchant sur une scène plus réduite ! Ce n'était pas évident de chauffer les deux mille personnes présentes.

René Malineset Wilson Pickett (photo Marc Loison) Ce fut plus facile pour l'artiste qui suivit et bon nombre de gens étaient venus voir la légende américaine du R'n'B et de la Soul qu'est Wilson Pickett.
Le charismatique auteur de Mustang Sally ou de Midnight Hour a réussi à mettre le feu, à faire danser les gens, malgré le poids des ans et une voix brisée qui a perdu de son charme d'antan. Ceci dit, à 70 ans, la performance est plus que respectable. On est loin de cette manie qu'ont certains festivals à vouloir faire venir les vieilles légendes qui ne sont plus capables d'assurer du fait de leur âge. Quelques chanceux eurent le privilège d'aller sur scène vaincre leur timidité pour chanter avec lui !
Son groupe est quant à lui impressionnant de justesse ! On peut dire que pour jouer, ça jouait sacrément bien !
Un sacré bon moment de musique en tout cas malgré tout !

Après les concerts sur la grande scène, vous avez le choix du Roi pour continuer à écouter du blues. A 23 heures, sur la scène du Magic Place, située au bout du boulevard principal, on peut écouter un groupe français mis au premier plan par le festival. Sinon bien sûr, plusieurs bars offrent en alternance énormément de concerts d'artistes français ! Ca commence dès 19h et ça s'achève vers 2 heures du matin ! Sur la scène du Magic Place, il y avait, pour ce premier soir, le groupe Mudzilla et leur blues multi-fonctions aux couleurs du Mississippi, de la Nouvelle Orléans et de Chicago, et aux couleurs de Mudzilla aussi :)
Histoire de se remémorer les bons moments du festival de Cahors, je reste un peu. Ensuite, le choix est difficile. Ce soir-là, on pouvait entendre :
- Little BB King (Mr Tchang en solo),
- Wanana Blues Blasters et leur blues rock puissant,
- Lenny Lafargue trio et son swamp blues,
- les incontournables Hoodoomen,
- les cadurciens de Rosebud Blue Sauce et leur jump blues fringuant,
- Philippe Ménard et le one man band à la géniale sauce bretonne,
- Red Benoit et son Zydeco de la Nouvelle Orléans nouvelle génération,
- et enfin les fabuleux Malted Milk !
Et ça ce n'est que pour le festival officiel ! Parce que les bars qui font le festival off programment aussi des groupes. Cette année, il y en avait deux, avec notamment les Scracth My Back et leur Chicago blues si prenant, avec Malted Milk, les maîtres du genre en France !

Malted Milk (photo Christophe Godel) Alors, forcément, on n'est pas loin du Paradis pour qui aime un tant soit peu le blues et notamment le blues français !
Je décidai finalement de m'attarder à la terrasse d'un café et d'écouter les Malted Milk, même si je les avais déjà vus à Cahors ! Je ne les vois pas assez souvent ! Et c'est quand même dans le cadre d'un club que ce groupe s'exprime le mieux ! Cette remarque est d'ailleurs souvent vérifiée pour tout groupe de blues traditionnel de Chicago. Le public est nombreux pour applaudir les Nantais, et c'est bien mérité

A deux heures du matin, un choix s'impose à vous. Aller se coucher ou continuer la nuit Aux Blues des Anges qui, cette année, a encore changé d'endroit ! Sur les quais de la Charente, assez loin, les organisateurs du festival ont trouvé un endroit génial où se mêlent petite salle de concert, grand bar à l'écart avec écran pour suivre le concert autour d'un verre, et parc à l'extérieur où l'on peut s'installer aussi pour boire un verre ou manger un morceau !

Wanana Blues Blasters (photo Christophe Godel) Sur le chemin, je fis une pause pour la fin du concert des Wanana Blues Blasters. Je fus agréablement surpris de voir qu'ils jouaient avec Laetita, guitariste et leader de Tia & the Patient Wolves. Il semblait évident que c'était une des premières fois qu'elle jouait avec eux, ça tournait plutôt bien. Et c'est toujours agréable de voir une talentueuse guitariste, il y en a peu en France. Un peu de grâce dans la musique bleue, c'est toujours bien, surtout dans celle de ce groupe pour lequel je n'ai pas accroché ce soir-là. Quelque chose ne collait pas, un son pas au point, une musique peu inspirée. Mais mon opinion allait changer quelques jours plus tard.

Ce soir-là, c'était les Cuban Heels, découverts à Cahors une semaine auparavant, qui donnaient le bal jusque vers 4 heures du matin, où la nuit se termine ensuite souvent en bœuf endiablé, avec bon nombre d'artistes qui viennent jouer. Il faut dire que cette année, ce sont les Français qui ont mené la danse avec une mention toute spéciale aux groupes de l'association Blues Qui Roule. Ces jeunes passionnés n'arrêtent jamais ! Ils ont faim de blues et ça fait plaisir à voir !

Cuban Heels proposa le même set qu'à Cahors, mais ça passe encore mieux dans une petite salle comme celle du Blues des Anges ! Ce groupe hollandais errant entre le blues sauvage et le rock garage fait vraiment des merveilles ! Le guitariste, Rico Gerfen m'a une nouvelle épaté par son jeu rock et alternatif. On peut aussi lui préférer la puissance et le charisme de l'harmoniciste Ernst Ferkenius.
Je ne suis pas resté pour le bœuf final, préférant aller dormir un brin. Le temps de discuter quelque peu avec les comparses du camping (salut Didier, Régis et Thomas) pour finir correctement la nuit, et il fallait songer à prendre un peu de forces. Et oui ! Dès 10 heures du matin, Harry Manx allait nous éberluer une fois de plus sur la petite scène du Tonic Day !

Cognac - Le Jour du Blues

Harry Manx (photo Christophe Godel) Malgré la courte nuit, la forme était là en ce vendredi. C'est un véritable régal que de commencer une journée de blues avec la musique mystique d'Harry Manx, assis dans l'herbe fraîche de la scène du Tonic Day. Le soleil était au rendez-vous, et le public déjà fort nombreux ! Même si le set de Harry fut le même que la veille, l'enchantement est toujours là. On ne peut qu'apprécier le travail d'adaptation du musicien sur certaines reprises comme I'm Satisfied de Muddy Waters, même s'il dit lui-même que c'est le premier titre blues qu'il a appris et qu'il cherche encore à s'approcher du maître. Un nouveau grand succès pour le Canadien, le public de Cognac est sous le charme.

Guy Davis (photo Jocelyn Richez) Et ce public a la mémoire dure, il se souvient que lors de l'édition 2000, il s'était enflammé pour un autre artiste acoustique, à juste titre. En effet, à 11h30, Guy Davis faisait son retour à Cognac pour la plus grande joie de tous ! Cette fois, Guy Davis n'était pas venu seul. Il était accompagné d'un contrebassiste et d'un guitariste. Pourtant, il était annoncé en solo sur le programme. Quoi qu'il en soit, il y avait foule devant la scène de l'Eden Blues. Guy Davis nous distilla sa musique du Mississippi, celle du delta, avec cette touche personnelle de passion et de gaieté dans son jeu de guitare et d'harmonica et son chant. Son guitariste prenait quant à lui quelques soli à la guitare électrique ou apportait une rythmique solide. On retrouva une partie de la musique de Guy Davis qui nous avait enchantés il y a 3 ans, mais pas totalement. Je fais la fine bouche ! C'était vraiment excellent mais il est vrai que j'attendais la même magie qu'auparavant, et ce n'est qu'en solo qu'il peut proposer une telle performance. La majorité des chansons jouées viennent de son dernier album Chocolate To The Bone, mais quelques unes étaient également tirées de son meilleur album jusque là, à mon avis, Butt Naked Free.
A noter, l'hommage rendu par son guitariste aux légendes de Chicago que sont Bob Stroger (Basse) et Willie Smith (Batterie), venus écouter le concert. Ce dernier, sur un long solo improvisé, est descendu de la scène, a traversé la foule et a joué devant ces deux illustres personnages qui allaient le soir même sur la grande scène.

Richard Johnston (photo Christophe Godel) Après un ravitaillement bien mérité, j'avais le choix entre aller voir Precious Bryant au château ou bien Richard Jonhston une seconde fois à l'Eden Blues... Sans aucune hésitation, je retournai voir le musicien de Beale Street à Memphis, histoire de confirmer ou infirmer l'extraordinaire impression faite la veille. Après plus d'une heure de concert, il n'y a plus de place au doute, nous avons affaire là à un type de grand talent, aux convictions et aux valeurs claires. Au cours de ce concert, il joua d'autres morceaux, notamment afin d'expliquer la différence à ses yeux qu'il y avait entre le blues du Nord du Mississippi et celui du Sud, du Delta. Cela donnait suite à une conversation qu'il avait eue au début du concert avec une personne que je ne connaissais pas mais qui était fan de Junior Kimborough. Etait également présent à cet entretien, Elmore D., grand spécialiste du blues du Delta, qu'il ose mélanger à des textes en Wallon. Richard expliquait également l'influence de la musique indienne, étant lui-même à moitié choctaw. Il précisa aussi qu'il avait des origines françaises et que du coup, cette présence en France était un véritable rêve. Il est aussi intéressant à voir jouer qu'à écouter parler de sa musique ! Il y avait un peu plus de monde la veille encore, et comme Harry Manx, il allait attirer de plus en plus la foule à ses concerts. Comment ne pas s'enthousiasmer devant une telle passion et une telle puissance de jeu ! Le blues du Mississippi n'est pas mort et cet artiste-là lui permet de franchir allégrement un nouveau siècle ! Que cela sonne actuel, c'est indéniable ! A la fin du concert, il donna son Didley Bow au public afin qu'il examine en détail l'instrument ! Sympa !

Corey Harris (photo Christophe Godel) Ayant pris encore du retard, je me rendis vite vers le River Blues en voiture, histoire de louper le moins possible du concert de Corey Harris. Cette fois, il jouait seul et j'ai beaucoup plus apprécié la performance. Je retrouvais le Corey que j'aimais. Le son était meilleur, même sur sa guitare électrique un peu spéciale (elle semble permettre de jouer électrique ou de simuler un son acoustique). S'exprimant dans un français quasi parfait, il expliquait à chaque fois le thème ou une anecdote sur la chanson qu'il allait interpréter. Un régal ! Osant passer du Delta blues à des musiques carrément africaines, j'en garde un excellent souvenir ! Corey Harris est un artiste attachant !

Jon Cleary (photo Marc Loison) Pas le temps de respirer : il fallait retourner vers le parc de l'hôtel de ville afin de louper le moins possible (une vraie course, Cognac, cette année !) le concert d'un inconnu pour moi, John Cleary, en solo ! Quelle frustration de ne pas avoir pu tout écouter ! Il y avait un monde fou alors que le ciel commençait à s'assombrir ! A mon arrivée, les gens semblaient stupéfaits ! J'ai vite compris pourquoi dès les premières mesures jouées par ce pianiste anglais mais complètement adopté par la Nouvelle Orléans ! D'ailleurs, on y était ! Du piano blues comme il est rare d'en entendre, et notamment de New Orleans ! Je pris une grande claque sur une reprise de Professeur Longhair ! Et en plus, le bonhomme chante très bien ! Malheureusement, ce fut trop court !

Ana Popovic (photo Christophe Godel) A 19 heures, sur la scène de l'Eden Blues, je me faisais une joie de revoir Ana Popovic. Cette fois, la pluie était au rendez-vous. Le public était massé devant la scène pour entendre la guitariste. Autant à Cahors, elle avait conquis le public, autant là, la sauce n'a pas pris. Etait-ce dû au temps ou au public peut-être plus connaisseur et qui n'avait pas envie d'entendre du blues rock ? Un peu des deux peut-être. On était en tout cas loin de l'ambiance cadurcienne, une semaine plus tôt. Globalement, le groupe a été moins bon, moins explosif, moins passionné, le concert joué à l'identique. Dommage. Ca manquait un peu de vie, même si ça n'enlève en rien au talent de la Yougoslave.

Hoodoomen (photo Christophe Godel) Ensuite, je devais faire un choix. Rester pour le premier concert du soir sur la grande scène, avec The Extraordinaries ou bien aller faire la tournée des bars et écouter nos chers Français. Au vu de la description des Extraordinaries, groupe de Doo Wop, j'ai décidé de me prendre une rasade du blues des Hoodoomen, dont, décidément, je ne me lasserai jamais je crois ! Pascal Fouquet, Philippe Brière et les frères Marie ont une nouvelle fois mis le feu au Bar du Marché !! Quelle ambiance, les amis !! La pluie avait eu la bonne idée de s'arrêter en plus !

Slawek (photo Christophe Godel) Ensuite, je me précipitai à l'autre bout du Boulevard pour découvrir enfin un artiste dont j'entends dire le plus grand bien, Slawek ! Un franco-polonais qui donne au blues une couleur un peu plus slave, avec des textes majoritairement en français. C'est assez rare pour le souligner. Je comprends l'enthousiasme que l'on peut avoir en écoutant sa musique! Ce fut pour moi ma découverte française du festival. J'aime la fusion des genres, celle-ci est réussie, originale et ne dénature pas vraiment notre belle musique bleue. J'adore sa façon de chanter et son jeu sobre à la guitare. Il était accompagné par un harmoniciste percussionniste, excellent aussi ! Mon seul regret fut que parfois sa musique douce et subtile était couverte par celle de Mudzilla qui jouait dans un bar à 20 mètres de là. Il semble que la synchronisation de ces deux concerts n'ait pas fonctionné. Vraiment dommage ! J'ai hâte de le revoir dans de meilleures conditions ! En tout cas, si vous avez l'occasion de le voir, n'hésitez pas !

Du coup, je me décidai à retourner vers la grande scène pour goûter à la fin du concert du trio vocaliste anglais de Doo Wop ! Quand je suis arrivé dans l'amphithéâtre, je me suis senti en décalage ! Je quittais un monde délicat pour entrer dans une sorte de délire musical à l'ambiance démente ! Ca dansait un peu partout, ça applaudissait, les gens avaient le sourire aux lèvres ! Sur scène, un grand groupe impeccablement professionnel et très jazzy. Devant, 3 jeunes chanteurs danseurs proprement hallucinants ! Difficile à décrire, mais imaginez- vous dans les années 50, et vous entendez une musique rythmée et dansante entre le swing et le rock'n'roll et trois gars qui dansent, font les comiques sur scène avec des chorégraphies terribles, et surtout avec 3 voix différentes mais terriblement parfaites. Il y en un a qui fait le grand écart, un autre qui joue au basket avec la tête des deux autres, ces derniers imitant un ballon rebondissant ! Ca joue de la voix sur différentes octaves ! J'ai mis un peu de temps à apprécier ! Mais finalement, je me suis laissé prendre au jeu. Mais il fallait être là dés le début du concert, je pense, pour apprécier totalement. Au final, les avis furent tout de même très partagés. J'ai entendu des qualificatifs allant de "excellentissime" à "un mélange des Forbans et de Benny Hill" !! C'est dire !

Mel Brown et Snooky Prior (photo Marc Loison) Quoi qu'il en soit, le public était chauffé à blanc ! Prêt à accueillir ce pourquoi bon nombre d'amateurs avaient fait le déplacement ce soir- là. Quatre légendes du Chicago Blues s'apprêtaient à entrer sur scène. Mel Brown, vu la veille au château avec Miss Angel, à la guitare. Bob Stroger à la basse et Willie Smith à la batterie qui ont joué avec les plus grandes légendes de la Windy City, et enfin Snooky Pryor, harmoniciste de haute lignée s'il en est. A l'origine, il devait également y avoir Pinetop Perkins, le géant du piano blues, mais il n'a finalement pas fait le déplacement, à priori pour des raisons de santé. Il faut dire qu'il n'est plus tout jeune. Ceci dit, la moyenne d'âge sur scène ce soir là était également très élevée !
Là encore, il est difficile de décrire ce que la plupart d'entre nous ont ressenti. Disons que si un jour on voulait entendre du vrai Chicago Blues pure souche et toucher du doigt cette ambiance si particulière, c'était à Cognac qu'il fallait être en ce 25 juillet !

Mel Brown (photo Jocelyn Richez) C'était divin. Que des grands standards du blues, certains plus rares comme ce Blue Bird Blues. Mel Brown était impérial à la guitare, Willie Smith incroyable à la batterie avec un jeu unique, Bob Stroger, impressionant de justesse, et Snooky Pryor dont l'âge n'a pas affecté la voix mais plutôt son jeu d'harmonica. A aucun moment, ce ne fut un déluge de notes comme on en a l'habitude aujourd'hui. Non, au contraire, que des notes utiles au service d'une atmosphère unique afin de servir l'histoire d'une chanson on ne peut plus blues dans l'âme. Un grand moment de blues. Certains diront, peut-être avec raison, le seul moment véritablement purement blues du festival.

A la sortie de ce concert, je me demandais bien ce qui allait pouvoir me ravir autant pour finir la nuit. Je ne voyais qu'une solution à mon dilemme. Retourner voir les Hoodoomen ! :) Comme prévu, cela a fonctionné du tonnerre ! A mon arrivée, Francis Marie commençait son petit rituel de batteur vagabond et alla jouer dans le public de la batterie en tapant sur tout ce qui pouvait faire du bruit ! Devant la petite scène du bar du marché, ça dansait et frappait des mains. Il faut se rendre à l'évidence, ce groupe est à part dans la planète bleue du blues français !

Ensuite, je me rendis vers la scène du Magic Place où les Wanana Blues Blaster mettaient l'ambiance ! Laetitia était toujours là et c'est tant mieux. Ca n'avait rien à voir avec la fin de concert que j'avais vu la veille. C'était tellement mieux, le son était nickel, les morceaux plus aérés et on ne restait pas cantonné au même blues rock puissant, bien au contraire !

Enfin, pour finir la soirée, je me dirigeai vers le Blues des Anges car ce soir, le Zydeco était à l'honneur ! Après John Cleary, la Nouvelle Orléans avait la cote ce soir ! Le groupe de Red Benoit est vraiment excellent et parfaitement crédible ! D'ailleurs, ils ne sont pas nés en France, ce n'est pas possible ! Même lorsqu'il chante Cajun, ça le fait! Red Benoit fait des merveilles avec ses accordéons et il est accompagné par un excellent groupe où l'on trouve basse/batterie bien sûr, mais aussi guitare, violon et l'incontournable frottoir ! C'était la fête, ce soir- là, aux Blues des Anges et ça dansait beaucoup. Difficile de rester immobile sur une telle musique !!!

Le bœuf mit énormément de temps à démarrer ensuite. Il faut dire que les Français avaient fait durer leur concert le plus possible dans les bars et que tout le monde jouait avec tout le monde. Ce n'est que très tard qu'ils ont tous débarqué au Blues des Anges. En attendant, c'était l'occasion de discuter plein de gens, parce que contrairement à Cahors, à Cognac, si on veut tout voir, on n'a pas le temps de s'attarder :))

Finalement, je rentrai me coucher. Le prochain concert était à 10 heures, quelque 5 heures plus tard :) Il était donc temps !

Cognac - L'avènement du Roi Solomon

Snooky Prior (photo Jocelyn Richez) Après une courte nuit, nous sommes réveillés très tôt au camping ! La pluie tambourine sur nos toiles de tente ! Cela ne motivera personne pour se lever et aller applaudir dès 10h le Bernic Jazz Band et même les Brasshoppers à 11h30 ! On en profite pour reprendre des forces et on court voir le spectacle prévu au château en début d'après-midi. Et quel concert, puisque dans la superbe salle des gardes du XVème siècle du château étaient programmés Snooky Pryor et Mel Brown (guitare et piano). Pour la majeure partie, c'étaient les même titres que la veille sur la grande scène. C'était vraiment génial de pouvoir approcher de si près ceux qui nous avaient enchantés la veille avec ce "real blues". L'ambiance était bonne et Snooky Pryor avait constamment le sourire. Son jeu à l'harmonica était même meilleur. Et que dire de Mel Brown, aussi convaincant à la guitare qu'au piano, même si c'est sur la 6 cordes qu'il exprime le plus de choses. Un régal !

En même temps que Snooky Pryor, il y avait Guy Davis sur la scène de l'Eden Blues, toujours annoncé en solo, mais il parait que ce ne fut pas le cas. On m'apprit par la suite que ce fut exactement le même concert que la veille alors qu'il y a trois ans, ces concerts étaient plus variés.

Richard Johnston (photo Jocelyn Richez) Après une dose de légende, je me dirigeai vers la scène du River Blues pour contempler la relève blanche avec Richard Jonhston. Que voulez- vous, je suis devenu fan, j'en profite :) Je pense que c'était même le meilleur concert de Richard Johnston au cours de ce festival. Loin du site officiel, sans aucune contrainte de temps, le bluesman explosif des rues qu'est Richard nous a offert un très grand concert sous le soleil revenu. Deux heures de concert au lieu d'une, avec la participation d'un jeune guitariste qui a eu l'audace de demander pour jouer avec Richard Johnston et ce dernier a accepté. Le Français parlant peu anglais a dû improviser avec l'Américain qui lui donna très peu d'indications. C'était assez marrant, surtout quand Richard lui a dit qu'il espérait qu'il n'allait pas jouer du Stevie Ray Vaughan et demandé s'il n'avait pas de médiator car ici on jouait au doigt ! Finalement, sur les trois titres auxquels il a participé, il s'en est très bien sorti. Richard, quant à lui, passa en revue toute l'atmosphère que peut engendrer le blues du Mississippi.

Harry Manx (photo Christophe Godel) Du coup, c'est sur le tard que j'arrivai dans le parc de Cognac pour suivre l'extrême fin du concert d'Harry Manx ! Le Canadien avait attiré par sa musique une foule considérable, notamment beaucoup de familles !! Quel succès ! Ce qui semblait surprendre et réjouir cet artiste discret !

A 19 heures, au lieu de revoir Corey Harris, je suis allé voir un peu les Français qui débutaient leur concert dans les bars, notamment le blues coloré des Mudzilla et du multi-instrumentiste Vincent Pollet- Villard (Piano, orgue, guitare, harmonica). Ce groupe, qui sort un peu du lot par leur musique aux multiples influences, est vraiment génial et frais. Leur plaisir de jouer se transmet allégrement au public pour le bonheur de tous. Ils ont la bonne formule pour, à la fois, être respectueux du blues et amener un son quelque peu neuf.

Odetta (photo Marc Loison) Je retournai ensuite dans le parc pour la fin du concert de Corey Harris, puis je descendis dans l'amphithéâtre pour écouter Odetta, la marraine du festival cette année. Inconnue à mes yeux jusque là, cette dame qui a près de cinquante ans de carrière propose un concert très très intimiste sur la grande scène. Ce n'est pas un exercice facile. Personnellement, je suis entré de suite dans son univers. Accompagnée par un pianiste hors-pair et un contrebassiste, assise sur un tabouret avec un porte documents sur lequel se trouvent les chansons qu'elle va chanter. En effet, à chaque chanson, Odetta explique l'histoire et le thème de la chanson ou l'histoire de son auteur, notamment Leadbelly avec plusieurs de ses titres. Elle est là, en tant que véritable professeur et témoin de ce vieux country blues. C'était saisissant. Véritable humaniste, elle nous a fait vivre un moment merveilleux.

Solomon Burke et Ana Popovic Le concert suivant, sur la grande scène, allait être complètement à l'opposé. J'avais déjà loupé sa majesté Solomon Burke deux fois cette année. Cette fois, ce ne sera pas le cas. King Solomon, comme il se surnomme, est un personnage hallucinant dans le monde de la soul et du rhythm'n' blues. Ce colosse propose un show à l'américaine assez délirant, avec un grand trône sur scène pour l'accueillir. En effet, le personnage a du mal à se déplacer, notamment à cause de son poids. La crainte est que ce spectacle soit là pour cacher une performance musicale sans intérêt. Mais ce n'était pas le cas. Le groupe qui l'accompagne avec notamment son fils et sa fille (il a 21 enfants !) est d'un très haut niveau, basse funky, batterie, saxophones et trompettes, un organiste aveugle, chœurs, tout y est pour donner un concert mêlant le gospel, le rock'n'roll, le rhythm'n'blues et la soul.
Jouant ses propres standards, invectivant le public enjoué par un tel spectacle, le bonhomme partage sa musique et sa foi avec passion. Il distribua des roses aux jeunes femmes du public qui voulaient venir sur scène tel un grand seigneur, tout en chantant. Le public est conquis et la musique est vraiment géniale. Solomon Burke possède en plus une voix extraordinaire. Il aime jouer au prêcheur, peut-être un peu trop, mais ça fait partie du personnage et je le crois sincère dans sa démarche. Le final fut explosif sur un medley de soul rendant hommage aux grands du genre (Wilson Pickett, Otis Redding, Ben E King, etc.) et de rock'n'roll pour lequel il invita le plus de monde possible à venir danser et chanter avec lui sur scène. Au final, il devait y avoir, je ne sais pas, peut-être 100 personnes. Grandiose ! Le dernier titre fut un hymne funéraire irlandais chanté avec beaucoup d'émotion. Le grand frisson ! Je vous salue bien, mon Roi !

Après un concert aussi génial comme seul la Soul peut fournir, le retour vers le Blues est délicat. Il faut trouver un groupe de qualité :) Je me dirigeai donc vers le Magic Place pour la fin du concert des Malted Milk, où Arnaud Fradin et Emmanuel Frangeul faisaient des merveilles. Mais le concert de Solomon ayant duré un peu plus longtemps que prévu, j'allai donc voir juste à côté Xavier Pillac, l'autre auteur de textes en français du festival pour son premier concert. Beaucoup de monde sur la grande terrasse du Cognac Café. Xavier Pillac, avec un groupe de la même structure que celui de Tommy Castro, avec notamment le génial François Ragonneau au saxophone, mais aussi Christophe Beausset à la batterie et le jeune excellent Antoine Escalier à la basse et au phrasé qui sort un peu de l'ordinaire ! Quatre excellents musiciens au service des textes de Xavier Pillac ! Je l'ai déjà dit, j'adore :)

Mathias Dalle (photo Jocelyn Richez) Peu après, j'allai faire un tour au Globe, pour le Off, où jouaient Stincky Lou and The Goon Mat ! C'est en fait le deuxième groupe de Mathias Dalle (Bluesin' Machine) mais cette fois-ci, on met le West Coast de côté pour jouer du Delta Blues. Et ce duo est excellent ! A mon arrivée, c'est Elmore D. qui bœufait avec eux ! L'ambiance de folie qu'il y avait dans le bar !! C'est génial que cette musique qui a un siècle fournisse encore un engouement aussi populaire !

La nuit allait se terminer aux Blues des Anges où jouait John Cleary, cette fois avec tout son groupe. Et là, on change de registre ! Le blues de la Nouvelle Orléans se transforme en jeu délibérément funky ! Un peu surpris, j'ai mis du temps à bien apprécier. La fusion est particulière. En tout cas, le talent de ce pianiste, qui joua avec Taj Mahal, est incontestable, et son groupe est de très haut niveau, bassiste très funky bien évidemment, un tout jeune batteur impeccable et un guitariste fabuleux rythmiquement dont la corpulence ferait rougir Popy Chubby lui- même !

Cognac - Voilà, c'est fini...

Déjà le dernier jour du festival ! Le temps passe vite. Et la pluie était encore présente en ce dimanche matin. Par conséquent, je faisais l'impasse sur le concert de Mel Brown et de Miss Angel à 10 heures sur la scène du Tonic Day. Mais dès 11h30, j'allai prendre une dernière ration de Richard Johnston avec toujours autant de plaisir ! Ce dernier n'en revenait pas d'avoir vendu autant d'albums, alors qu'il disait qu'il n'en était pas très content. Il est vrai qu'on ne retrouve pas complètement sa musique live dessus. Mais son deuxième opus, qui sortira en novembre, devrait être à la hauteur de ses espérances. Il y avait la foule des grands jours pour son dernier concert, pour lequel il effectua deux rappels devant un public acquis à sa cause !

Pour le concert suivant j'allai au château où Henry Butler jouait en solo sur son piano. Ce ne pouvait être qu'un grand moment, pouvoir enfin écouter seul ce pianiste aveugle de la Nouvelle Orléans à la technique impressionnante ! J'aurai aimé voir un duo Henry Butler et John Cleary ! Ce ne fut pas le cas, mais Henry Butler joua quelques standards de l'ancienne cité française (de Professor Longhair ou James Booker par exemple) et beaucoup de ses titres personnels. Ce pianiste mélange le blues, le blues particulier de la Nouvelle Orléans et le Jazz. C'est un artiste complet à la voix magique. Ses instrumentaux sont de véritables bijoux qui m'ont transporté. Et que dire de sa technique ! Etre près de la petite scène de la salle des gardes et voir ses mains errer sur le piano était un moment impressionnant !

Harry Manx (photo Jocelyn Richez) Ensuite, dès 16 heures, je courus vers la scène lointaine du River Blues pour le dernier concert d'Harry Manx où, là encore, la foule avait répondu présent. Le soleil avait décidé d'en faire autant pour saluer l'artiste. Inutile de dire que le succès était une nouvelle fois au rendez-vous.

Le temps d'apprécier le concert d'Harry Manx qui a duré un peu plus longtemps que prévu, j'arrivai pour la fin du concert de Guy Davis, toujours pas en solo, sur la scène du Tonic Day. Là encore, il y avait énormément de monde pour saluer l'artiste du Mississippi. Il a une nouvelle fois conquis son public, d'une manière différente. Là encore, le concert fut à l'identique, mais il reste quand même un artiste acoustique au charisme fort.

Ainsley Lister (photo Christophe Godel) A 19h, voici enfin un artiste qu'on n'avait pas encore vu les jours précédents, sauf pour ceux qui étaient à Cahors :) L'Anglais de 25 ans, Aynsley Lister, faisait son apparition pour la première fois dans ce festival, et en solo ! Encore mieux donc ! Il a joué à peu près le même set qu'à Cahors sur la scène de l'Eden Blues, mais quel talent. Il a plutôt subjugué son monde avec ses reprises toutes personnelles des standards du blues et sa grande technicité. Je n'ai pas quitté le devant de la scène pour m'en prendre plein les yeux et plein les oreilles. D'ailleurs, il jouait tout de même un peu trop fort, certainement dû à sa culture rock.

Le festival britannique allait continuer pour l'avant dernier concert de la grande scène puisque John Cleary and The Absolute Monster Gentlemen étaient de retour, cette fois devant un public bien plus large qu'aux Blues des Anges. Tout comme le public, j'ai adhéré à sa musique, bien plus que la nuit précédente. Ce groupe est innovateur et possède énormément de talent, même si on est loin du blues avec l'accent mis sur la musique funky ! En tout cas, ça dansait sur la pelouse de la grande scène !

Willy Deville (photo Marc Loison) Le concert suivant devait aussi rendre honneur à la Nouvelle Orléans avec Willie Deville. Connaissant déjà bien l'artiste, j'ai fait l'impasse. Même si j'aime le hors sujet, là c'était trop ! Et à en croire les critiques assez unanimes, j'ai bien fait. C'est dommage pour ce final sur la grande scène. Mais le véritable final avait une nouvelle fois lieu dans les bars et les rues de Cognac, mené par tous les groupes français. Ce soir-là, on pouvait entendre, dès 19 heures, Alric M, Mr Tchang & The Easy Money, Brasshoppers (bon, d'accord, ils sont anglais :)), Malted Milk Band, Xavier Pillac, Mudzilla, Hoodoomen ou bien encore les Scratch My Back pour le off.

Scratch My Back (photo Jocelyn Richez) D'ailleurs, c'est entre autres avec eux que je passai la soirée. Ce groupe est de la même veine que les grands groupes de Blues, et en France, nous sommes plutôt riches en la matière. Les Nantais ont mis le feu au bar le Kheops avec des reprises mais aussi avec des compositions originales de haut niveau ! Leur premier album promet ! Kevin Doublé au chant et à l'harmonica puissant retrouvait l'excellent Julien à la guitare, qui était parti à l'aventure aux Etats-Unis. Quelle claque ! Ils n'étaient pas les derniers à inviter leur camarade pour des bœufs impressionnants.

A 23h, j'allai sur la scène du Magic Place, à quelques mètres de là, où jouait le groupe toulousain de Blues Rock, Awek. C'était la première fois que je les voyais. Ce power trio est génial, emmené par son guitariste chanteur charismatique et passionné. Le chant rauque et la guitare électrique puissante, avec un jeu tout personnel, ce qui ne court pas les rues. Et en plus, ils jouent beaucoup de compositions originales également devant un bon public ravi de continuer la fête avec tous ces concerts gratuits !

Mon dernier concert du festival aura lieu avec les Hoodoomen jusqu'à deux heures du matin. Les Normands, après quatre jours, ont toujours la pêche et jouent avec bonheur leurs titres, leurs reprises. Une mise en lumière particulière pour l'instrumental de Pascal Fouquet, Quarantine, qui dans le genre est de tout premier ordre !

La nuit continuait aux Blues des Anges avec Guy Davis et long bœuf final, mais il fallait reprendre la route quelques heures plus tard.

En tout cas, j'ai encore passé une excellente dixième édition du festival de Cognac qui, de plus en plus ouvert à toutes les tendances de la musique dite afro-américaine, est donc de moins en moins 100% blues. Peut-être serait-il bon ton d'enlever le mot Blues du nom du festival pour éviter les confusions, mais cette tendance semble générale pour des grands festivals comme Cahors ou Cognac. Le vrai Blues est, quant à lui, porté par nos groupes français et ils méritent bien un coup de projecteur tout spécial. Bon nombre d'entre eux auraient même leur place dans les concerts payants sur les grandes scènes, mais il semble que les organisateurs n'osent pas encore franchir le pas. Les Hoodoomen viennent de le prouver avec un concert à Montréal devant 20. 000 personnes, ou bien encore les Scratch My Back ou les Malted Milk avec leur tournée aux Etats-Unis l'année dernière. Quoi qu'il en soit, le blues c'est quand même en club qu'il prend toute sa dimension, il a besoin de chaleur, de convivialité ! Bref, à Cognac, il y en a pour tous les goûts ! Et c'est tant mieux !

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Interview:
Stincky Lou & the Goon Mat

Stincky Lou & the Goon Mat (photo Jocelyn Richez)
date: 29 juillet 2003
de: Jocelyn Richez <jrichez@noos.fr>
(photos de l'auteur)

Stincky Lou & the Goon Mat: un des groupes français qui monte et qui a marqué de son empreinte l'édition 2003 du festival Blues passions de Cognac, avec ses concerts au globe et au Keops ainsi que de nombreux bœufs dans divers bars.
J'espère qu'avec cette interview qui a été réalisée le 27 décembre 2002 dans un bistrot Lillois, vous allez en savoir plus sur ce groupe qui marche sur les traces de Bo Weavil.

LGDG: Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours musical ? Les différents groupes auxquels vous avez participé ?

Mathias Dalle (photo Jocelyn Richez) Mathias: J'ai 27 ans, ça fait 8-9 ans que je joue de la guitare, j'ai commencé vers l'âge de 18 ans. Avant, j'étais pianiste dans des groupes où on jouait les Doors ! Toujours en autodidacte. J'ai fait quelques concerts. Puis, j'ai laissé tomber le piano pour la guitare et puis j'ai commencé par des groupes de rock, puis de funk. J'ai joué dans des groupes style James Brown, Maceo Parker, des trucs comme ça et un jour : le blues ! J'ai commencé à jouer le blues et tout de suite, j'ai intégré un groupe qui s'appelait Sugar Mama qui était un peu connu dans le coin, avec Patrick Dallongeville, de Blues Boarder. Ca m'a permis de faire mes armes. Ca a duré 3-4 ans, on a sorti un disque, on a fait une bonne soixantaine de concerts.

LGDG: C'était quel style ?

Mathias: C'était un peu Chicago, c'était assez rock, c'était Chicago-rock :)) C'était un groupe qui jouait dans les bars, qui n'avait pas vraiment de style. C'était pour faire bouger. Et puis moi, j'ai commencé à m'intéresser à T- Bone Walker. Et puis, je voulais vraiment commencer à être sérieux, à ne faire que ça. C'est là que j'ai commencé à monter Bluesin' Machine. Ca a commencé en trio, puis on est passé à quatre. Le chanteur est parti (le chanteur de Sugar Mama), j'ai dû prendre le chant. Le groupe n'est pas vieux, ça fait deux ans, mais c'est dur d'avoir une équipe stable. Tu vois, actuellement, on n'a pas de bassiste et c'est Vince (de Bo Weavil) qui joue avec nous. Le problème, c'est qu'on n'a pas encore sorti de CD et que les gens commencent à le réclamer.
Moi, je voulais faire un truc avec Laurent. Dans un groupe, tu as beau dire, ce qui est vachement important, c'est l'ambiance et quand tu joues dans un groupe où tout le monde s'entend comme nous, c'est plus de la moitié du boulot qui est fait !

Laurent Goossens, alias Stincky Lou (photo Jocelyn Richez) Laurent: Laurent Goossens, alias Stincky Lou, né le 9 mai 1971 à Chicago :)) En fait, Mathias et moi, on se connaît depuis 6-7 ans et ça fait 4-5 ans qu'on est jugé par nos proches comme étant inséparables; il y a pas mal de gens qui ne me connaissent qu'avec Mathias et qui ne connaissent Mathias qu'avec moi aussi. Notre but ultime, suprême, c'était de pouvoir jouer à deux, quels que soient les instruments. Au départ, je m'étais mis à la guitare, Mathias était mon prof, mais c'était trop difficile, j'en ai fait 3 ans et au bout de 3 ans, je n'en étais encore qu'à mon deuxième mois d'apprentissage, je ne progressais pas du tout. Et il s'est rendu compte que quand je jouais, ce n'était ni plus ni moins que des lignes de basse. Donc, il m'a dit : " On va essayer de faire de la basse. " Donc, je me suis mis à la basse, ça allait mieux, je me sentais beaucoup plus à l'aise et Mathias a rencontré Martin Delcourt, le contrebassiniste de Raoul Ficel. Il a trouvé cet instrument franchement original et il a surtout trouvé que dans l'esprit, ça me ressemblait parce que ce n'est pas un instrument technique, il n'y a aucune technique, c'est juste dans la tête, et comme moi, je ne suis absolument pas technique, ça me correspondait bien. Donc, je m'en suis fabriqué une et tout de suite, on a senti qu'il y avait quelque chose à faire à deux.

LGDG: Stincky Lou & the Goon Mat, c'est ton premier groupe ?

Laurent: On a eu un petit groupe avant avec Mathias et un copain où là, j'étais à la guitare rythmique. Mais on a vite laissé tomber car avec le batteur, je ne me suis pas trop entendu. Et après, je me suis mis à la contrebassine et ça tombait bien car je suis un féru du vieux blues bien roots du Delta et la contrebassine se prête très bien à ce style-là parce que c'est un instrument qui n'est jamais vraiment juste, ça donne un côté imparfait mais qui fait le charme de l'instrument. On aime ou on n'aime pas. Moi, je m'éclate à ça, on s'éclate vraiment à deux. LGDG: Ca ne doit pas être facile à amplifier ?

Laurent: Effectivement, il faut un bon ampli et comme actuellement, je suis à la recherche d'une tête, j'avais une bonne tête d'ampli qui a pété et pour en retrouver une, ce n'est pas évident. Donc, je lance un appel : celui qui a une bonne tête d'ampli à me vendre, je suis partant. Ca urge !

LGDG: Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Laurent: J'ai rencontré Mathias sur un concert dans un café pourri où il jouait avec Sugar Mama. C'était mes premiers pas dans l'écoute du blues, donc, je voulais m'intéresser à tout ce qui se passait dans la région. J'ai discuté avec Mathias, on s'est donné rendez-vous la semaine suivante au festival de Bruxelles en 1998 où il y avait Clarence "Gatemouth" Brown en tête d'affiche. A l'époque, je voulais prendre des cours de guitare mais ça coûtait entre 80 et 100 FF la leçon. Il m'a dit, si tu veux jouer de la guitare, moi, je te fais les cours pour 50 FF. En fait, c'était des cours qui me revenaient beaucoup plus cher car on faisait les cours chez moi, on buvait la moitié de mes bières, comme j'ai beaucoup de bières chez moi, ça me revenait très cher la leçon mais je ne regrette rien. Ce n'était pas un rapport de prof à élève, on a tout de suite senti un truc qui passait. En fait, on était passionnés de la même manière, à peu près des même choses. J'ai toujours été plus roots que Mathias.

Pieds de Mathias (photo Jocelyn Richez) Mathias: Moi, j'étais plus Chicago et swing, Laurent m'a fait découvrir tout ce qui était roots, Burnside, Hooker, etc. enfin, je connaissais plus ou moins et comme il a une belle petite discothèque, on a passé des soirées à écouter et on s'est dit : il faut qu'on fasse un truc ensemble. On avait vu les Bo Weavil, on s'entend bien avec eux. On ne fait pas du tout pareil qu'eux mais il y a l'esprit. Tu sais, je me mets des capsules de bière sous le pied et je tape sur une plaque en métal.

LGDG: Comme John Lee Hooker ?

Mathias: Exactement !

LGDG: Et puis, vous jouez aussi avec Elmore D., comme à Bagneux

Laurent: Le groupe s'appelle La Pune, ça veut dire la poisse. On fait le nouvel an au Crossroads Café avec Elmore D. et La Pune, donc Mathias et moi plus Lazy Horse et Big Dave, de l'ancien groupe d'Elmore D. Ca va être une date importante pour nous.

LGDG: Pouvez-vous m'expliquer l'origine du nom du duo Stincky Lou & the Goon Mat ?

Mathias: Au départ, on s'appelait les Pils Drunkers !

Laurent: Les buveurs de bières, quoi ! Mais Mathias trouvait que ça faisait un peu pochetron. Donc, on a cherché un autre nom. Comme moi, quand je joue, je transpire facilement, Mathias m'a appelé Stincky parce que stincky, ça veut dire puant. Enfin, c'était une blague et puis Lou, parce qu'aux Etats-Unis, les gens n'arrivaient pas à dire Laurent, ils disaient Louant. A la fin, ils disaient carrément Lou. Donc, mon nom pendant 2 mois aux Etats-Unis, c'était Lou et j'ai trouvé ça excellent. J'adore ce prénom. Donc, c'est resté : Stincky Lou !

LGDG: Et la signification de Goon Mat ?

Mathias : C'est Mat pour Mathias car mon nom, aux Etats-Unis, c'était Mat et c'est Mike, le gars de Chicago qui m'a dit : " Toi, tu es un goon. " On lui a demandé ce que c'était un goon. Un goon, c'est un grand gars baraqué, qui ne marche pas vite, qui fait la fête, c'est un peu un branleur mais sans le côté péjoratif.

Laurent: Un goon, il a du caractère, il ne faut pas l'emmerder, disons qu'il a un charisme.

Mathias: Comme on a trouvé que Goon Mat, ça sonnait bien, on l'a gardé. Tout le monde nous a dit que ça sonnait plutôt bien.

Stincky Lou & the Goon Mat (photo Jocelyn Richez) LGDG: Les premiers concerts ?

Mathias: Comme je traîne souvent dans les backstages, les gens me demandent souvent des nouvelles de Bluesin' Machine, je disais: "j'ai un autre groupe maintenant" et du coup, on a eu des dates. On a eu des dates alors qu'on avait que 4 morceaux. Donc, on a été obligé de s'y mettre, de travailler.

Laurent: C'est vrai qu'on a eu 4-5 concerts de programmés alors qu'on n'avait jamais joué à 2 sauf dans ma cuisine ! On a eu un premier concert le 18 octobre à la boite à musique où travaille Mathias en première partie des "Harmony Two Tones"

Mathias: On a eu un super retour.

Laurent: Ca nous a bien encouragés. Ca a été unanime. Les gens ont trouvé ça original, authentique et il paraît que notre amitié se voit sur scène et ça, les gens aiment bien. Donc, on s'est lancé là-dedans et comme on ne joue qu'à deux, ça nous permet d'inviter des copains à la batterie, un deuxième guitariste s'il sait jouer ce style-là ou un harmoniciste sans problème. Donc, c'est ouvert.

Mathias: Avant, en septembre, on avait joué avec Marc Thijs, Vince Talpaert et Elmore D. au Juke Joint à Pot en Belgique. C'est un gars qui s'appelle Fred Janus qui organise ça.

LGDG: C'était une jam ?

Mathias: Oui, c'était une jam, mais on a quand même joué 5 heures !
Après, on a eu des concerts à Boulogne, à Dunkerque, etc. On joue pas mal en Belgique et les gars, là-bas, ils sont plus blues et le blues traditionnel, ça, ça leur plaît bien ! Quand on a fait la première partie d'Harmony Two Tones, Renaud Lesire, le chanteur harmoniciste du groupe (et bassiste de Tee) m'a dit qu'il avait adoré et qu'il allait nous trouver des plans en Belgique et le batteur qui est néerlandais nous a déjà programmés aux Pays-Bas.

Laurent: Quand tu vois les Harmony Two Tones qui sont un groupe de très haut niveau, tu es déjà heureux de faire leur première partie et quand ils viennent te voir après pour te dire que ça le fait, ça fait plaisir !

Mathias: Il y a plein de concerts qui arrivent, on va jouer à Orléans, à Cahors. On espère jouer dans les festivals. Mais, en 3 mois, ça va déjà super vite !

LGDG: Il y a une démo 7 titres qui est en préparation. Elle doit sortir quand ?

Mathias: J'espère le mois prochain

Laurent: Disons, dans deux mois maximum.

[NDLR: elle a été enregistrée le 15 janvier 2003, voir chronique dans LGDG n°49 et LGDG n°53 ]

LGDG: Quel est le répertoire ?

Laurent: C'est beaucoup de boogies, quelques shuffles et des morceaux lents parce qu'on aime bien quand c'est lancinant, on aime bien quand ça se traîne. Comme Mathias fait très bien le boogie, donc on fait beaucoup de boogies aussi parce que ça fait plus bouger. Enfin moi, c'est ce que j'aime.

Mathias: Dans le répertoire, on a plusieurs styles, des morceaux lents à la John Lee Hooker comme Sally Mae ou Crawling Kingsnake et des morceaux roots, rapides, à la R.L. Burnside. On fait des boogies à la John Lee Hooker, des morceaux d'Eddy Taylor, plus Chicago. Les principales influences, c'est Hooker et Burnside.

LGDG: Ca te change de Bluesin' Machine .

Mathias: Par rapport à Bluesin' Machine, c'est un truc complètement différent, je peux jouer beaucoup de slide, je ne joue qu'aux doigts, je ne fais pas de solos, je ne chante pas du tout de la même manière, c'est vraiment le pied. et puis, je joue assis, ça c'est franchement cool.

LGDG: Il y aura aussi des compos ?

Mathias: Oui, il y a quelques compos. Sur le CD, il y aura 10 compos et 5 reprises

LGDG: Elles sont déjà écrites ?

Mathias: Oui, on les joue déjà sur scène, comme avant hier, à Anvers..

Stincky Lou & the Goon Mat (photo Jocelyn Richez) LGDG : Vous avez des titres inspirés par votre voyage aux USA ?

Mathias: Oui, plein. Moi, aux Etats-Unis, j'ai dû écrire une dizaine de chansons. Obligatoirement, quand tu es là- bas, tu es beaucoup plus inspiré que par ici. J'ai écrit sur le chemin de fer, sur notre bonne étoile, etc.

LGDG: Quel est l'avenir de Stincky Lou & the Goon Mat ?

Mathias: On a plein d'ambitions. On espère bien enregistrer un CD dans 3 à 6 mois. Ce sera certainement auto-produit. On voudrait faire un CD avec une quinzaine de morceaux, 4 ou 5 rien qu'à deux, peut être un ou deux tout seul et après, inviter des copains.

Laurent: Ces ambitions, elles ne viennent pas de nous, elles viennent de ce que disent les gens quand ils viennent nous voir, on a vraiment des retours très positifs, on en est les premiers surpris !

Mathias: Parfois, j'ai plus d'impact avec Stincky Lou & the Goon Mat qu'avec Bluesin' Machine !

Propos recueillis par Jocelyn Richez le 27 décembre 2002 à Lille.

Dans la Gazette de Greenwood:
Démo & Merveille: Stincky Lou & the goon Mat (LGDG n°49) Stincky Lou & The Goon Mat : Original Demo (LGDG n°53)

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Snooky Pryor & Friends :
Pitch A Boogie Woogie If It Takes Me All Night Long
(Seminal post-war Chicago Blues)



Snooky Pryor reste un immense bluesman et fut, un véritable innovateur de l'harmonica ayant introduit l’amplification et abordé très tôt la troisième position.

Ses premières séances sont considérées comme les toutes premières du Chicago blues électrique de l’après-guerre. Curieusement, alors qu’elles atteignent de véritables sommets artistiques, elles n’ont pas, à l’époque, connu le succès qu’elles méritaient amplement.

West Side a sorti en 2001 l’ensemble de ces faces, exceptées celle réalisées pour Parrot et Vee-Jay. On y trouve tous les enregistrements auxquels Snooky a participé, en tant que chanteur harmoniciste ou en tant que simple accompagnateur de trois de ses amis : Floyd Jones, Moody Jones et Johnny Young.

Une merveille absolue !

date: 15 juin 2003
de: Romain Pelofi <pelofi-romain@wanadoo.fr>

C’est en 1947 que Snooky Pryor fait son entrée dans les studios d’enregistrement pour accompagner Floyd Jones. Mais comme l’a fait West Side sur le disque, nous allons d’abord nous intéresser aux faces que Snooky a enregistrées sous son nom. Il a débuté pour le label Planet. Deux titres sur lesquels il est accompagné de Moody Jones à la guitare, alors considéré comme une des meilleurs bluesmen de Maxwell street et avec qui il fait équipe. Il s’agit de Snooky And Moody’s Boogie et de Telephone Blues. Le premier est, comme son nom l’indique un boogie-woogie ahurissant qui servait de présentation aux deux musiciens lorsqu’ils se produisaient dans la rue. Moody Jones tient une ligne de basses boogie absolument fantastique, tandis que Snooky souffle dans son harmonica et ne place que quelques paroles parlées. Allusion à John Lee Hooker, certainement, puisque Snooky y parle d’Hastings street, la fameuse avenue noire de Detroit maintes fois chantée par John Lee et dont le boogie Chillun faisait fureur (nous sommes en 1948). L’harmonica amplifié lance des riffs pleins d’énergie. On dirait un mélange entre le son de Hooker (pour la guitare et la façon qu’a Snooky de parler), le son de ce qui n’est pas encore Sun Records à Memphis (ce son " brut ") et John Lee " Sonny Boy " Williamson. Le plus surprenant est l’intro du morceau, le tout premier chorus d’harmo : il est en tout point identique à celui de Juke qu’enregistrera Little Walter en 1952 ! Juke était d’ailleurs aussi un morceau de présentation instrumental qui servait à l’origine aux Aces (les frères Myers plus Fred Below) lorsqu’ils accompagnaient Junior Wells. Un morceau à se repasser en boucle, surtout si vous n’avez pas la pêche ! Immédiatement après, Snooky et Moody ont enchaîné sur un shuffle lent : Telephone Blues, que Snooky affirme avoir écrit à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie lors de son service militaire pendant la guerre. L’ambiance est chargée d’électricité, on débute dans une bouillie de guitare et d’harmonica, un peu à l’image des premiers enregistrements d’Howlin’Wolf –quoique la guitare est " un rien " en arrière. Snooky commence à chanter…et tout rentre dans l’ordre car Moody entame des basses marchantes absolument irrésistibles. Du country blues électrifié qui fait un peu penser aux premiers enregistrements de Jimmy Rogers (That’s Alright…). C’est sublime. Ces deux morceaux vaudraient presque à eux seuls l’acquisition de ce disque. Difficile de comprendre l’échec commercial qui a attendu ces faces…qui sont parmi les touts premières du nouveau Chicago blues de l’après guerre. Autre remarque qui pourrait surprendre un auditeur habitué aux disques plus tardifs de Snooky : sa voix et son chant sont difficilement reconnaissables. La voix est en effet jeune, haut perchée et le chant moins puissant et fort en volume que ce que Snooky a pu enregistrer par la suite. Ceci dit, on ressent le même effet de plainte, vecteur d’une intense émotion qui l’a toujours caractérisé.

Une nouvelle session a lieu en 1949 cette fois-ci pour le label J.O.B tenu par deux Noirs : Joe Brown et le bluesman Saint Louis Jimmy (alias Jimmy Oden). Encore deux titres, Boogy Fool et Raisin’Sand sur lequel Pryor est secondé par Baby Face Leroy Foster à la guitare et Moody Jones…à la contrebasse. Boogy Fool est…un boogie plein de swing à l’écoute duquel demeurer immobile tient de l’exploit. Moody abat un boulot considérable à la basse. Quant à Raisin’Sand, c’est un très beau blues lent plein de feeling qui permet à Snooky de chanter ses problèmes avec sa petite amie. C’est la dernière session de Snooky avant 1952.

Le 28 avril 1952, Snooky Pryor se retrouve dans les studios de J.O.B avec ses musiciens et Johnny Shines qui vient enregistrer de son côté. Snooky va graver trois chansons. Moody Jones est à la guitare, Alfred " Fat Man " Wallace à une batterie à peine inaudible et le contrebassiste est inconnu (si on considère la session de Shines qui a lieu le même jour, il pourrait s’agir d’Alfred Elkins ou peut-être d’Al Smith). Et c’est parti pour trois morceaux, le premier étant le formidable Fine Boogie, plein d’entrain, emporté par la guitare rythmique de Moddy solide comme un rock et le jeu d’harmo de Snooky ici particulièrement " williamsonnien " et très inspiré. Cette séance rappelle étrangement celle que Little Walter avait réalisée pour Parkway en 1950. Snooky embraye sur I’m Gettin’ Tired, un blues lent chargé d’une électricité presque orageuse, rythmée par la pulsation sourde de la contrebasse et de la grosse caisse. Snooky y propose un chant déclamatoire de toute beauté et son habituel jeu d’harmonica efficace. Enfin, la session se termine par Goin’Back On The Road. Pour ce morceau, l’orchestre est rejoint par le grand pianiste Sunnyland Slim qui étrangement ne joue pas vraiment dans le ton du morceau…Il plaque dessus le fameux riff de Dust My Broom qu’Elmore James avait su populariser et rendre quasiment obligatoire sur nombre de shuffles. La rythmique joue des basses marchantes et Snooky se déchaîne, tant au chant qu’à l’harmonica sans doute dopé et libéré par cette orchestration qui dégage la puissance d’un trente-huit tonnes. Au milieu puis à la fin de cette chanson, Snooky sur son harmo et Moody sur sa guitare reprennent le fameux air qu’Elmore James jouait à la fin de Dust My Broom. A croire que ce Goin’Down On The Road lui est dédié !

Snooky est une fois de plus devant le micro avec la même équipe quelques mois plus tard toujours pour J.O.B et pour trois morceaux, toujours aussi bons : Hold Me In Your Arms, Real Fine Boogie et Harp Instrumental. Les musiciens sont exactement les mêmes que lors de la séance précédente et cette fois Sunnyland Slim joue sur tous les morceaux. Hold Me In Your Arms est une chanson au tempo médium-lent sur lequel le chant de Pryor est très plaintif. C’est superbe, plein d’émotion. Comme dans la plupart des titres du disque, cela ne l’empêche pas de pousser des cris de plaisir, des " yeah " ou des " Lord, have mercy " dans le micro de son harmonica produisant des effets sonores singuliers. Snooky gravera de nouveau cette chanson pour Vee-Jay le 17 juillet 1956 (trois ans plus tard) sous le titre Someone To Love Me. Real Fine Boogie est le boogie de la séance, Snooky en enregistrant un à chaque session. Il faut bien qu’entre deux chansons " à problèmes ", le public puisse danser ! C’est bien sûr une totale réussite au swing dévastateur. Sunnyland Slim ponctue de quelques riffs judicieux qui accroissent l’envie de danser. C’est une reprise du Fine Boogie enregistré précédemment. Le batteur Alfred Wallace se fait entendre franchement mieux dans cette version où sa grosse caisse joue tout les temps bien fort. Enfin, avant de quitter le studio, Snooky Pryor grave un dernier titre, Harp Instrumental. Un instrumental justement, ça tombe bien ! C’est un shuffle lent entièrement constitué de riffs d’harmonica pas véritablement inventifs ni originaux et dont la base rythmique est assurée par la main gauche de Sunnyland Slim, la contrebasse marquant simplement le tempo.. C’est simple et terriblement agréable à écouter. Ce feeling, bon sang…preuve qu’il n’est pas nécessaire de jouer systématiquement des choses avant-gardistes ou complexe pour transmettre une émotion, une envie de bouger. Mais ça, la plupart des amateurs de blues le savent bien !

En 1953, J.O.B propose à Snooky de réenregistrer. Deux chansons en compagnie de ce que le disque d’alors présentait comme le " Snooky Pryor & his trio " : un batteur inconnu et deux guitaristes : Moody Jones et Eddie Taylor, immense bluesman surtout célèbre pour avoir tenu des années durant la guitare rythmique de son ami d’enfance Jimmy Reed, dont il a certainement élaboré le son, la désormais si célèbre " marque de fabrique " de Reed. Cryin’Shame et Eighty Nine Ten sont deux magnifiques blues lents, de véritables perles. Les deux guitares se mêlent l’une à l’autre, le tout sonne d’une manière grave. L’harmonica pleure et le chant …superbe de sobriété (je ressens en peu la même impression que quand j’écoute le chant de Jazz Gillum, juste ce qu’il faut pour donner de vrais frissons, fabuleux !). Eighty Nine Ten tient son titre de l’adresse du Milgate Club (8910 Mackinaw), dans lequel Snooky Pryor, Floyd et Moody Jones avaient l’habitude de se produire. Une extraordinaire séance, difficile de croire à l’échec commercial !

Le temps de deux séances de deux titres chacune, Snooky enregistre pour le label Parrot, propriété du puissant disc jockey et animateur de radio noir Al Benson. Ces enregistrements ont lieu respectivement en 1953 (Crosstown Blues et I Want You For Myself en compagnie de Lazy Bill Lucas, Moody Jones et de musiciens inconnus) et en 1954 (I’m Goin’Away et Rest A Little While en compagnie toujours de Lazy Bill Lucas, de son vieil ami Homesick James et de musiciens non-déterminés). Je donne ces deux sessions pour Parrot à titre purement informatif pour ceux qui souhaiteraient approfondir : elles ne sont malheureusement pas intégrées au présent CD.

Se plaisant visiblement davantage chez J.O.B, Snooky y retourne pour immortaliser Stop The Train Conductor et Walkin’Boogie. On nous propose ici trois prises de Stop The Train Conductor, la deuxième ne durant que quelques secondes. Il s’agit d’un shuffle très certainement dérivé du Hold That Train Conductor du Doctor Clayton (7 août 1946), repris par à peu près tous les bluesmen, de B.B King à Buddy Guy (Hold That Plane) en passant par Otis Rush. Snooky en donne ici une version lumineuse et très entraînante. Il y chante un peu à la manière de Sunnyland Slim, d’un ton très plaintif. La voix est curieuse, comme s’il chantait à travers le micro de son harmonica. Et ça reste un mystère : à part lui-même, tous les musiciens ayant participé à cette séance sont inconnus ; et Snooky a affirmé avoir tenu la batterie sur quelques morceaux. C’est ainsi que certains discographes pensent que ça pourrait être le cas ici. Ceci-dit la puissance et la technique requise par assurer la partie de batterie rendent, à mon avis, improbable cette hypothèse. En particulier sur Walkin’Boogie où la batterie est très en avant et pulsant un superbe shuffle. Cet instrumental est assez génial, Snooky ne jouant que des riffs extrêmement simples mais mais qui font mouche : difficile de ne pas siffler en même temps. Là encore, superbe.

La session suivante a lieu le 17 juillet 1956. Mais Snooky a décidé de quitter J.O.B pour intégrer un grand label, Vee-Jay, le principal concurrent de Chess à Chicago. Font ou ont fait partie de ce label de nombreux très grands bluesmen tels qu’Elmore James, Billy Boy Arnold, John Lee Hooker, son cousin Earl, Pinetop Perkins, Willie Nix…et surtout le plus gros vendeur de disque de blues de l’époque : Jimmy Reed. Pour Vee-Jay, Pryor va graver trois titres : Someone To Love Me, You Tried To Ruin Me Baby et Judgment Day. On retrouve du beau monde : Johnny Young (l’immense mandoliniste) et Floyd Jones aux guitares, ainsi que Earl Philips aux fûts (Earl est alors le batteur attitré de Jimmy Reed pour Vee-Jay et de Howlin’Wolf chez Chess). Malheureusement, cette séance n’est pas reproduite sur le CD objet de cet article. Nous n’allons donc pas nous y attarder.

En effet, Pryor ne se sent pas bien chez Vee-Jay : pour ne pas entraver l’ascension de leur principale vedette, les dirigeants ne font rien pour le promouvoir. Il décide donc de retourner chez J.O.B, le label de Joe Brown et de Saint Louis Jimmy pour la toute dernière fois. Cette séance non-datée (fin des années cinquante) est particulièrement chargée, pas moins de cinq titres y sont gravés Uncle Sam Don’t Take My Man, Big Guns, I Can’t Feel Good No More, Boogie Twist et Can’t We Get This Straight. Les musiciens présents à cette séances ne sont ni plus ni moins que le guitariste Sylvester Plunkett, le guitariste rythmique J.C Hurds et le batteur Little Joe Harris. Uncle Sam Don’t Take My Manest un blues lent dans lequel la voix actuelle de Snooky se reconnaît très bien. Jusque la, jeune, elle était méconnaissable pour l’auditeur qui n’avait entendu que les enregistrements récents de Pryor. Deux choses frappent lorsqu’on écoute ce morceau après avoir étudié la discographie : on entend deux chanteurs en duo qui chantent en même temps, et clairement deux guitares alors qu’un seul guitariste (Sylvester Plunkett) joue sur cette séance. J.O.B a tout simplement ajouté des overdubs à la chanson : Snooky a rechanté le morceau sur une autre piste (ce sont donc deux Snooky qui chantent !) et Sylvester Plunkett a rejoué une seconde partie de guitare sur la bande. Le morceau proposé ensuite (Big Guns) est une prise alternative de Uncle Sam Don’t Take My Man…en fait l’original sans les overdubs ! Le chant fabuleux d’expressivité de Pryor traduit un immense désespoir. I Can’t Feel Good est un autre blues lent superbe dont West Side nous propose en prime une prise alternative (nommée My Head Is Turning Grey sur certaines discographies et compilations). Le seul défaut notable est la balance très mal faite qui met en avant la section rythmique et noie un peu la voix et l’harmonica de Snooky. Boogie Twist (parfois appelé Twist The Boogie Woogie) est un shuffle rapide véritablement génial qui ferait se lever n’importe qui ! Un vrai bijou. Quant au dernier morceau, Can’t We Get This Straight, c’est un shuffle très dansant, avec une pulsation très lourde. Il se garde longtemps en tête. Mais que c’est bon ! Certaines de ces chansons ont un effet de réverbération très fort qui fait penser aux chambres d’écho souvent utilisées dans le rockabilly. C’est particulièrement flagrant sur Boogie Twist, par exemple. Snooky a fourni des explications à ce sujet : les chansons qui rendent cet effet, bien qu’associées à la même séance ont été enregistrées à un autre moment et ailleurs…chez Snooky lui-même. Ce qui ne change pas grand chose. Que cela ait été enregistré ou non le même jour, ça a été fait à la même période, et les musiciens sont eux aussi tous les mêmes. Il a ainsi raconté à Norman Darwen qui lui parlait du son de Boogie Twist : " Je l’ai enregistré chez moi, à Chicago. J’avais une maison à deux étages et…Joe Brown est arrivé avec une petite machine, et c’est là qu’on a fait Boogie Twist ".

Mais le succès de ces enregistrements, quand ils ont été publiés à l’époque a été quasi-nul. Ce qui est totalement incompréhensible à leur écoute, tant ils sont merveilleux. Après ça, Snooky continuera de se produire jusqu’à ce jour de 1967 où, dégoûté, il décidera de laisser complètement tomber la musique se consacrant à sa famille et devenant charpentier. Il ne ressortira de l’ombre qu’en 1971 suite à une interview accordée à Jim O’Neal, le fondateur de Living Blues. Depuis, il tourne avec le bonheur que l’on sait, n’enregistrant que des albums de très haut niveau.

Cependant, West Side a su compenser l’absence des faces réalisées pour Parrot et Vee-Jay en proposant les séances pour lesquelles Snooky Pryor est simple accompagnateur de ses amis, Moody Jones, Floyd Jones et Johnny Young.

Snooky a mis les pied pour la toute première fois dans un studio d’enregistrement en 1947, en tant qu’accompagnateur de Floyd Jones qui grave ce jour-là deux titres. Le premier est Stockyard Blues, un titre plutôt engagé traitant du chômage. C’est extraordinaire. Floyd s’accompagne à la six cordes, et chante sur un ton désabusé avec une voix nasale. Un pur chef d’œuvre, communiquant un feeling hors-pair très émouvant. L’omniprésent Moody Jones est à la seconde guitare et joue des basses marchantes. Snooky, outre ses encouragements lancés au chanteur –il fait toujours ça avec tout le monde !- fait entrer ce morceau dans l’histoire. Après avoir innové avec l’amplification électrique, il inaugure sur disque la troisième position, technique que reprendront de façon superficielle d’autres harmonicistes comme Little Walter ou George Smith. Son solo, pris dans les aigus est magnifique, vibrant. L’autre titre gravé ce jour-là est Keep What You Got. Un boogie fantastique et endiablé sur lequel Moody lâche une ligne de guitare boogie-woogie effrénée et dansante au possible, ponctuée par l’harmonica se Snooky qui est content d’être là. Floyd Jones apporte son jeu de guitare économe mais expressif et chante d’un phrasé swinguant au possible. Ce qui se fait de mieux ! Floyd Jones passe aujourd’hui pour être le créateur de On The Road Again, le plus grand succès du groupe californien Canned Heat en 1968 (enregistré une première fois en 1951 sous le titre de Dark Road pour JOB, une inspiration de Tommy Johnson qu’il a fréquenté dans sa jeunesse). Floyd sera de nouveau accompagné par Snooky le 3 février 1953 chez J.O.B pour une séance de quatre titres qui n’est pas rééditée sur le présent CD (Schooldays-On My Mind-, Ain’t Times Hard, Floyd’s Blues et Any Old Lonesome Day).

Le deuxième expérience de Snooky Pryor en studio comme accompagnateur est derrière Johnny Young. Cet immense bluesman est l’un des rares mandolinistes du blues a avoir acquis une véritable réputation (avec Yank Rachell). Il s’agit d’une séance de 1948 pour le label Planet durant laquelle sont gravés quatre titres, mais seuls deux seront publiés et sont proposés dans ce CD. Il s’agit de My Baby Walked Out et de Let Me Ride Your Mule. Le premier est un magnifique blues lent qui sonne très " country blues ". Le guitariste Johnny Williams (un cousin de Johnny Young) joue des basses marchantes sur lesquelles Young brode son jeu de mandoline électrique. Son chant est excellent, sa voix chaude terriblement " down home ". L’harmonica de Snooky virevolte autour de tout ça, ajoutant de façon magistrale à la tension qui se crée. L’autre morceau, Let Me Ride Your Mule, est un boogie-wogie tout simplement grandiose qui n’est pas sans annoncer le rockabilly. Les deux morceaux non-publiés sont : Blues And Trouble et One More Time.

Snooky Pryor a aussi bien sûr accompagné celui qui a été son guitariste sur bien des enregistrements, le bien nommé Moody Jones. Il s’agit de la séance du 28 avril 1952, durant laquelle Snooky a aussi enregistré sous son propre nom, ainsi que Johnny Shines de son côté, mais tous deux secondés par Moody Jones à la rythmique ou à la basse. Moody a donc le droit de graver ce jour là trois titres sous son nom : Rough Treatment, Why Should I Worry et Please Somebody. Mais seuls les deux premiers sont réédités. Le batteur reste inconnu (je suspecte fortement Alfred Wallace présent le même jour sur les titres de Johnny Shines), le contrebassiste également mystérieux (là, il ne m’étonnerait pas qu’il s’agisse soit d’Alfred Elkins, soit d’Al Smith qui semblent avoir traîné dans les parages si on en juge par la discographie d’autres bluesmen ayant enregistré le même jour au même endroit !). Le second guitariste est lui-aussi indéterminé –peut-être Johnny Shines lui-même puisqu’il était là ? Rough Treatment est extraordinaire. Ambiance terrienne à souhait, voix de Moody exceptionnellement chaude qui ressemble beaucoup, je trouve, à celle de Sticks McGhee. Les guitares et la contrebasse sont soudées d’une façon singulière et l’harmo de Snooky finit de magnifier l’ensemble…du grand art ! West Side publie également sur le disque une version alternative qui ne diffère pas vraiment mais est intéressante d’un point de vue historique. Why Should I Worry ? est un morceau lent splendide, nostalgique. Le Sud n’est décidément jamais bien loin. Sur troisième titre non-publié ici, Please Somebody, l’équipe gagnante est rejointe par le pianiste Sunnyland Slim.

Voici un disque proposant la plupart des faces auxquelles à participé Snooky Pryor entre 1947 et son abandon de a musique en 1967. A l’exception de quelques tites, notamment ceux enregistrés pour Parrot et Vee-Jay et d’autres où il est simple accompagnateur soit de Floyd Jones, soit de Moody Jones (un cousin de Floyd) soit de Johnny Young. Mais se plaindre serait tout simplement stupide. D’abord, le disque dure tout de même soixante dix-huit minutes (et cinquante-deux secondes !). Il est donc physiquement impossible d’en mettre plus. Ensuite, West Side a retravaillé le son excellemment. Ainsi, les basses ressortent avec puissance, ce qui est par exemple époustouflant sur Snooky’s And Moody’s Blues qui peut s’écouter –en boucle !- sur une chaîne hi-fi, les basses seront rendues de façon surprenante. Ensuite, l’intérêt de ce disque est double. Musicalement, il est tout simplement extraordinaire, exceptionnel. On enchaîne les moments d’émotion pure avec les boogies les plus endiablés. L’autre intérêt est la valeur historique de ces faces, certaines parmi les toutes premières du Chicago blues électrique de l’immédiate après guerre. West Side ne s’est pas moqué des acheteurs. Il est cependant dommage qu’il soit aussi mal distribué et que le livret ne comporte pas de discographie. Il n’est pas facile à trouver, d’autant plus que l’éditeur semble ne plus en avoir en stock… Ce disque est peut-être l’un des tous meilleurs de cette période. Magistral.

Réf : Snooky Pryor & Friends, Pitch A Boogie Woogie If It Takes Me All Night Long / Seminal Post War Chicago Blues(Westside 869, juin 2002)

Liste des titres :

Snooky Pryor :

1 Snooky and Moody’s Boogie
2 Telephone Blues
3 Boogy Fool
4 Raisin’Sand
5 Fine Boogie
6 I’m Getting Tired
7 Going back On The Road
8 Hold Me In Your Arms
9 (Real) Fine Boogie
10 Harp Instrumental11 Cryin’Shame
12 Eighty Nine Ten
 
13 Stop The Train Conductor 
(prise 1)
14 Walking Boogie 
15 Stop The Train Conductor  
(prises 2 et 3)
16 Uncle Sam Don’t Take My Man 
(ajout de secondes pistes de chant et de guitare)
17 Big Guns 
(alternative de Uncle Sam Don’t Take My Man, 
sans overdub) 
18 I Can’t Feel Good No More
19 I Can’t Feel Good No More 
(prise alternative)
20 Boogie Twist

Moody Jones :

21 Can’t Get This Straight
22 Rough Treatment
23 Why Should I Worry?
24 Rough Treatment 
(prise alternative)

Floyd Jones :

25 Stockyard Blues
26 Keep What You Got

Johnny Young :

27 My Baby Walked Out
28 Let Me Ride Your Mule

Cet article est extrait du dossier consacré à Snooky Pryor par notre excellent confrère Trois Rivières Blues dans son dernier numéro. Au sommaire de cette livraison vous trouverez également un dossier sur Johnny Shines, les rubriques habituelles (concerts, chroniques de disques) et ... une BD signée Djamel Deblouze :-))

Renseignements et abonnements :
Trois Rivières Blues
c/o Christian Andrieu
<christian.andrieu@wanadoo.fr>
Résidence Lutécia, apt 11
5 rue Paul Mauleon
40000 Mont de Marsan

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