n°55 (novembre 2003)
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Tome 1:
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Tome 2
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Buddy Guy Blues Singer |
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Après "Sweet Tea", plutôt "décalé", Buddy Guy nous revient avec un album d'austère beauté et de pureté musicale. C'est déjà, sans doute, l'album blues du siècle naissant !
date: 1er septembre 2003
de: Didier Dirix <dirix.d@skynet.be>
Natif de Louisiane, Buddy Guy arrive à Chicago en 1957. Impressionné par le jeu de guitare et le chant de Guitar Slim, il s'inspirera aussi des soli de Jody Williams pour donner à sa musique une atmosphère quasi dramatique et des pics de tension suivis de relâchements expressifs étonnants. A 22 ans, il est guitariste officiel de Chess Records et côtoie pour la circonstance toutes les gloires du blues finissantes et naissantes. C'est ainsi qu'il bâtit sa propre légende. D'où l'idée du "Buddy Guy's Legends", son club de Chicago où il continue à jammer avec le gratin du blues d'aujourd'hui. Il tourne avec les Stones en 1970 puis enregistre aux côtés de Clapton un superbe album (Junior Wells and Buddy Guy play the blues/Atlantic). Il connaît une véritable traversée du désert jusqu'au milieu des eighties où le blues revival le ramène au premier plan. Il devient alors, avec B.B. King et John Lee Hooker, l'un des chefs de file du blues moderne mais se perd malheureusement en conjectures. Sa précision cède la place à du radotage et ses "innovations" déçoivent les puristes. Aujourd'hui pourtant, avec Blues Singer, il retrouve un classicisme de nature à engendrer la grande réconciliation des admirateurs de tous poils.
Buddy Guy a fait partie, avec Willie Dixon, des musiciens qui ont accompagné Muddy Waters, en 1964, pour l'enregistrement du sublime album de ce dernier, intitulé Folk Singer, hommage acoustique aux "grands" du blues. C'est sans doute ce souvenir qui lui a donné l'idée, près de quarante ans plus tard, de présenter Blues Singer un disque de la même teinte, tout empreint de reconnaissance, d'admiration et de respect pour ceux qui, comme John Lee Hooker, Skip James ou Jack Owens, ont bâti la légende bleue.
Les amis de toujours, B.B. King et Eric Clapton sont venus rehausser de quelques nobles empreintes digitales l'entreprise audacieuse.
Enregistré en juin 2002, sous la conduite de Dennis Herring (Counting Crows, Cracker, Jars of Clay) aux Studios Sweet Tea (Oxford/Ms), le disque a été mixé par Ed Cherney (Rolling Stones, Bonnie Raitt, Bob Dylan) et supervisé par Jaquire King, ingénieur du son de Tom Waits.
Les musiciens de base, réunis pour la circonstance, appartiennent à la galaxie du Buddy Guy's Legends World. Il s'agit de Jim Keltner (batterie), James "Jimbo" Mathus (guitare et slide) et Tony Garnier (upright basse).
La première chose qui vient à l'esprit en écoutant ce CD, c'est son immense sobriété. On est ici en présence d'une flamme qui, bien que frêle et tremblante, continue à éclairer le monde du blues de ses reflets graves et à irradier une chaleur diffuse au creux de nos esprits. Il naît de cette apparente fragilité une force et une ampleur peu communes.
Hard Time Killing Floor (Skip James), qui ouvre l'album, a été composé en 1931, en pleine dépression. C'est dire s'il émane de cette chanson interprétée de manière lancinante, quasi a capella, une intensité remarquable. La voix haut perchée de Buddy Guy est sublime.
L'enchaînement sur Crawling Kingsnake, un blues des années vingt au son relevé, a quelque chose de véritablement magique dans l'opposition des styles. La maestria du groupe et la présence de B.B. King et d'Eric Clapton en font probablement le plus beau blues de ces quatre-vingts dernières années. Seul John Lee Hooker aurait pu rehausser ce grand morceau mais la vie en a décidé autrement. C'est lui, en effet, qui le popularisa dans un registre dépassant largement le créneau blues. Le passé et le présent ainsi entremêlés à travers Buddy Guy, dans une justesse de ton et une sobriété sans égales ont quelque chose de fascinant.
On doit la chanson suivante Lucy Mae Blues à Frankie Lee Sims, oncle de Johnny Guitar Watson et lui-même neveu de Texas Alexander. A noter, à l'origine, une structure rythmique en arpèges qui conférait à ce morceau un balancement irrésistible. Il en a gardé le profil. On y retrouve Eric Clapton dans un style de jeu adorable. La voix de Buddy Guy dans ce registre un peu chaloupé est lumineuse !
Can't See Baby de Jack Nilson Owens confirme l'étendue du registre vocal de B.G., l'exergue du website officiel m'amuse un rien dans la mesure où il évoque "la" voix reconnaissable entre toutes, je dirais plutôt "les" voix...
I Love the Life, I Live nous ramène à un son plus orchestral. Le beat qui passe là-dedans est revigorant. C'est du bonheur à l'état pur. Composition de Willie Dixon, ce titre évocateur a de quoi nous mettre en train, à tous moments. C'est plein de clins d'œil et de sourires sous-entendus (si tant est qu'on puisse entendre les sourires).
Il semble, d'après l'histoire, que Louise McGhee fut une "semi-professionnelle" de Jackson (Mississippi). Son House a dû en entendre parler, puisque, comme tant d'autres, il en a repris le thème. Ce grand Monsieur du blues a donné leurs premières leçons de guitare à Muddy Waters et à Robert Johnson. La version que nous offre B.G. est plutôt proche de la texture que n'aurait pas reniée l'ancien pasteur aux sermons musicalement incendiaires.
Moanin' and Groanin', morceau très charpenté de Johnny Shines (1915-1992), contient des lyrics beaucoup plus affinés que la moyenne. Ce poète indiscutable était doublé d'un philosophe de bon sens. La palette vocale de B.G. qui va, ici, de l'aigu au grave mesuré est irrésistible.
Black Cat Blues est, sans conteste, le plus beau des hommages de l'album. Il transpire la grande tradition lyrique et colorée des histoires colportées de chaumières en baraques et données à entendre aux petits comme aux grands, aux jeunes comme aux vieux. La symbolique du diable sous les traits du chat noir (thème récurrent du blues) a dû en faire frémir plus d'un(e). On doit l'une des premières interprétations de ce titre à Ma Rainey, en 1928 mais l'histoire a retenu principalement la version de John Lee Hooker. Elle retiendra aussi, forcément, celle-ci !
Bad Life Blues dépouillé et typique des incantations douloureuses est une chanson de rupture (Andrew Bogg/Joe Joses), genre qui envahit littéralement la longue route du blues. Buddy Guy réussit à garder une octave aiguë sans peiner et avec beaucoup d'à propos vocal. C'est un régal.
Sally Mae de John Lee Hooker dispose aussi d'une intro parlée. A nouveau, la position de la voix de B.G. donne des frissons. Plutôt dans les graves, c'est la référence obligée à John Lee Hooker ! Le jeu de guitare est d'une pureté à chialer.
Anna Lee de Robert Lee McCoy, dit Nighthawk fait partie de la crème des blues du Delta de l'après-guerre. Cet inventeur d'un toucher slide fin et subtil donne évidemment l'occasion à B.G. de démontrer un savoir-faire exceptionnel et d'exprimer une émotion délicate et langoureuse. La voix du bonhomme est divine, à nouveau.
C'est presque dans un soupir que s'achève ce merveilleux album. Lonesome Home Blues (Willie Borum) est une poignante aspiration au bonheur et à l'espérance de paix intérieure. Cette magnifique chanson lance un signe apaisant et produit comme un halo sonore qui nous imprègne longtemps encore après l'écoute.
Voici donc un dernier CD de Buddy Guy magistral. Une voix magnifique, multiple, chaude et colorée en constitue la véritable trame. C'est une vraie réussite qui contient quelques chefs-d'œuvre proprement dits dont on reparlera, c'est certain. Blues Singer appartient à la lignée des grands ouvrages de blues intemporels et replace idéalement le maître de Chicago au cœur de "sa" légende. Il faut bien avouer, n'en déplaise aux inconditionnels têtus, que l'album précédent s'était plutôt perdu en conjectures (et je reste mesuré en disant cela).
Ce dernier album est un tout grand opus servi par un Buddy Guy sobre, humble et mesuré qui mérite un immense respect parce qu'il transcende des échos du passé de manière impressionnante.
ref CD: Buddy Guy " Blues Singer " (Silvertone 82876534682).
Voilà ce qui s'est passé lundi soir, 20 octobre.
Buddy Guy était annoncé en concert à Plaisance du Touch, en banlieue toulousaine, par cette soirée d'octobre. Le bonhomme représente bien entendu énormément pour tout amateur de blues. Si son dernier album constitue une réussite totale, ses prestations scèniques sont souvent très en dessous de sa réputation. Donc, quand on l'a déjà vu deux fois, on opte pour une soirée à réécouter ses anciennes faces. Sauf que quand le concert a lieu à trois kilomètres de chez soi, la donne est différente.
La semaine dernière, en constatant que Buddy Guy traînait les mêmes musicos que l'an dernier et que l'entrée était à 24 euros, j'avais pris la dure décision de ne pas voir Buddy. Après tout, je l'avais déjà vu deux fois. Et puis, cette peur d'être déçu : "On ne m'y reprendra plus".
Hier après midi, les regrets on commencé à pointer le bout de leur nez. Un message à Xavier qui me confirme que même s'il était dispo, il ne viendrait pas. Mais les remords sont toujours là, bien que calmés. "Une légende comme Buddy, comment ai-je pu décider de ne pas y aller?". J'ai commencé à comprendre que je ne dormirais pas, sachant qu'il jouerait à environ trois ou quatre kilomètres de ma chambre. Que voulez-vous, on ne se refait pas.
20 heures : la tension monte. Tourner en rond est le seul moyen de soulager sa frustration. 20 heures et des poussière, le présentateur du journal télévisé parle d'une "légende du blues qui a influencé Eric Clapton et Jimi Hendrix". Je sursaute, je sens qu'ils vont gaffer...Non ! Si !! Il s'agissait bien d'un reportage sur Buddy Guy "en concert en ce moment même", précise le commentaire. Les rares extraits du spectacle montrent....du blues, du vrai comme Buddy sait (savait?) en jouer. Les quelques spectateurs filmés en train de sortir de la salle, frigorifiés en ce mois d'octobre, sont plus que ravis. Emerveillés. Buddy qui a refait du blues? Dites-moi que ce n'est pas vrai?! Ce que nous espérons tous!
Vous n'imaginez pas à quel point l'esprit humain est performant lorsqu'il s'agit de se rassurer et de se trouver des justifications. C'est sûr, les journalistes n'ont montré que le meilleur. De la pub, quoi. Si ça se trouve, leur chaîne a financé la tournée de Buddy. Et ces spectateurs tous contents... Non, mais regardez-moi ça, ils ne connaissent rien au blues. Ils ne savent pas ce que Guy a gravé jusqu'à sa dérive au début des années quatre-vingt. Tiens, 'vais leur foutre du Chess, du Vanguard et du Black and Blue, moi! Parce que l'ami Buddy (désolé pour le pléonasme), je sens qu'il m'aurait déçu. Oui, mais les extraits? Bon, de toute façon, c'est complet, il n'y a rien à regretter, c'est c-o-m-p-l-e-t ! Même que le site Internet le dit. Pfff, déjà neuf heures moins le quart. Le concert va commencer d'ici une demi heure. Là. A quelques malheureux kilomètres de chez moi. Environ trois. Tiens, c'est marrant, je peux prendre le train pour voir un bluesman, et lorsqu'un vélo suffirait, je reste au chaud. Pourtant, Buddy, je l'aime. Pour ce qu'il a fait. Ce qu'il représente. Il en a fréquenté du monde. Et accompagné, aussi. Et créé un style. Oui, c'est un très grand, c'est con de laisser passer ça. Je suis stupide, je m'en voudrai peut-être à vie, même si je l'ai déjà vu. J'aurais dû... Je veux voir Buddy Guyyyyyyyyyyyyyy!!!!!!!!
Ah, la panique, quand on commence à comprendre qu'on a fait un truc qui va rester en travers. Le cœur qui s'emballe, la sueur sur le front et la cervelle qui travaille, tente désespérément de coordonner tous les paramètres pour trouver l'arrangement qui doit soulager, proposer une solution ou rassurer. Que c'est long.
20 heures 50 : mais oui, mais c'est bien sûr! Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt? Il suffit de se placer devant la salle du concert et de tendre l'oreille. Bon, il fait un froid mortel, mais c'est jouable. Et tiens, si ça se trouve, on peut acheter un billet sur place. Meuh non, tu délires, "COMPLET" qu'ils disaient. Au cas où, prendre du fric. Heu, les parents, ça sert aussi à ça, je le leur rendrai!
Hop, dans la voiture et on fonce. Tiens, j'avais jamais fait gaffe à quel point cette petite route est interminable. Bon sang, il est 21 heures et le concert débutera sans doute en retard, ça laisse une marge. Enfin, on arrive...putain, ce monde!!! Il faut trouver une place. Vitre baissée, j'entends le concert débuter. Heureusement, il y a cette femme, là, qui s'en va. il s'agit de courir vers la salle maintenant. Des vigiles qui fouillent à l'entrée. Que faire? Dire que je suis un passionné et qu'ils n'y comprennent rien? Leur casser la gueule? Cette dernière option est vite abandonnée vu leur nombre...et leur gabarit. Quoi qu'il doit bien y avoir une pierre ou une autre arme potentielle à portée de main. Encore une idée. Je m'approche de l'un d'eux. "Bonsoir, vous savez s'il reste des places ?" "Bonsoir, non c'est complet, désolé". Et merde. Je le savais, mais ressens quand même l'impression d'une désagréable surprise. Des fois, un simple espoir file des illusions. Et une illusion ne tient jamais bien longtemps. Jusqu'à une autre. L'un des deux vigile me lance : "Attendez!". Il rentre dans le bâtiment et ressort aussitôt. Il ressort et dit " Non, non, reste des places, vous pouvez y aller." Encore un coup dans la tronche, j'ai dû rêver. Il faudrait le faire répéter, mais ça ne se fait pas. Des jours de doutes trouvent en clin d'œil une solution, c'est incroyable! Arrivé au guichet, tout semble irréel, sauf les 24 euros. Allons, une porte à battants et on se retrouve dans la salle. Le vigile était finalement très sympa. Une crème!
21 heures 16 (ou un truc dans le genre) : le son est vraiment très très fort. Pour ça, il n'a pas changé, le Buddy. Il se trouve juste au milieu de la scène. Il finit son morceau et se lance aussitôt dans une shuffle et commence à chanter. C'est le I'm Ready de Dixon! Obligé de chanter en même temps, ces paroles se savent par cœur. Sauf un type derrière moi qui hurlait des onomatopées supposées se rapprocher phonétiquement du texte de la chanson. Mais le clavier, toujours Tony Z, est parti dans un solo au volume sonore insupportable. Dans cette salle des fêtes, le niveau devait atteindre celui habituellement employé dans les grands festivals. C'est alors que je tombe sur des potes. Eux aussi semblaient déçus. "C'est quand même un grand", dit l'un d'eux. Il a bien raison. Sauf que Buddy est en train de gâcher son immense talent. Pourtant, l'interminable chorus d'orgue, il le ponctuait de sa guitare, de ce jeu si personnel qui avait fait "Buddy Guy". Si on tendait l'oreille, on entendait ses petites phrases derrière Sonny Boy ou Little Walter. Bon sang, quand il le veut, il montre que son jeu de guitare et son chant sont intacts. Il enchaîne sur Feels Like Rain . Et arrive le moment tant redouté : la séquence saucisson..
Buddy prévient qu'il va imiter Eric Clapton sur quelques mesures ("This is Eric Clapton!"), puis Jimi Hendrix, avec ses effets. On se demande où est le blues. Les effets de guitare pleuvent, Buddy empoigne son éternelle baguette de batterie, puis joue avec sa serviette. Et on ressent surtout un profond malaise. Il ne serait défini que par les musiciens qu'il a inspirés? Un peu comme lorsque des pochettes de rééditions de Skip James arboraient la mention "par le créateur du I'm So Glad, succès de Cream". Comme à chaque fois, il reprend son imitation de John Lee Hooker sur un Boom Boom qui a frisé avec les quarante secondes maxi. Au moins, pendant ce court instant, il est revenu à la musique bleue.
This is John Lee Hooker and now...this is Buddy Guy!! Et c'est parti pour une intro incendiaire d'un titre tournant dans sa carrière puisqu'il a confirmé son changement de style : Damn Right, I've Got The Blues. Buddy n'en finit plus avec les grimaces qui décrédibilisent toute tension dramatique. Judicieusement placées, elle font corps avec le texte. Mais il y en a trop. Solo de guitare à finir comme Beethoven, les gens s'éloignant de la scène, puis descente dans le public et même dehors. Il est passé deux fois à quelques centimètres de moi. Ce gars, juste en face, avec tout son passé, ce qu'il a été. L'image se trouble. C'est l'ancien Buddy Guy qui est devant moi. Le vrai, celui que nous révérons tous. Voilà un moment fort (dans mon retour en arrière) aussitôt suivi par un autre.
En effet, un technicien monte sur la scène et tend une guitare acoustique à Buddy. Pas celle à pois, une couleur "bois", classique. Les musiciens derrière jouent alors tout doucement. On entend surtout la batterie, la basse et la guitare rythmique. Le son devient terrien, down home à souhait. Un extrait de Blues Singer : Lucy Mae Blues. Moment extraordinaire. Un bluesman mettant en avant sa voix et sa six cordes dans un contexte dépouillé. L'intensité est superbe. Le chant est presque psalmodié et le public entre totalement dans le canevas rythmique hypnotique. C'est presque aussi bon que la version originale, celle de Frankie Lee Sims. Mais pourquoi ne fait-il pas tout de cette qualité? Maintenant, il se lance dans une intro familière : le Just A little Bit, de Rosco Gordon. L'orchestre le prend en shuffle, alors que la version originale était binaire. C'est super bien parti, Buddy commence à chanter...puis s'arrête soudain se retournant vers les musiciens en disant : "No, I don't like this song!". Et encore un saucisson, un!! Heureusement, c'est I Done Got Old qui suit. Une émotion merveilleuse a étreint la salle. Il n'y a rien à dire Le fabuleux morceau de Junior Kimborough est malheureusement de circonstance "I done got old/Can't do the things I used to do 'cause I'm an old man". Non pas que Buddy soit vieux et ne PEUT plus. Mais il a tellement changé. Et il s'est lancé dans un solo, multipliant les plans "électriques" sur sa guitare sèche, et hors de propos dans cette chanson si simple et peu flamboyante.
Le technicien revient pour lui rendre sa guitare électrique. Riff à la Elmore James, l'orchestre se lance dans un shuffle : oui, Dust My Boom! Mais ne voilà-t-il pas qu'il repose sa guitare et dit au revoir, après n'avoir chanté...que le premier couplet! Il lance ses médiators et ne fera pas de rappel. Le groupe joue quelques minutes. Le guitariste, franchement rock est certes fort, mais pas dans le ton. Ça m'a fait penser à ce groupe de rock inadéquat qui accompagne parfois Phil Guy, le petit frère. Quant à l'excellent saxophoniste, Jason Morynihan, il ne fut mis en avant que lors de duos instrumentaux avec Buddy. Le reste du temps, il est resté franchement discret.
Voilà. Ce qu'il y a à dire? Buddy Guy est un géant. Un bluesman extraordinaire, un musicien, guitariste et surtout chanteur fabuleux. Mais seulement quand il le veut. Et ce n'est pas tout le temps qu'il semble le vouloir. Le blues, ce n'est pas saucissonner des standards, imiter ses disciples, pousser les décibels ou expédier les standards. C'est jouer du blues, avec feeling, avec talent, comme il l'a fait sur I'm Ready, Lucy Mae Blues, Done Got Old ou sur le trop court Dust My Broom. Des moments superbes qui font qu'on ne regrette pas le déplacement. Une requête? Buddy, s'il te plaît, redeviens toi-même!!!
Neal Black, autant vous prévenir, est ce qu'on pourrait appeler un Rebelle des Temps Modernes. J'ai eu l'occasion de passer un week-end entier en sa compagnie, et de bien le connaître avant de lui poser les questions essentielles. La veille (11 octobre), il participait au Festival Crossroads, chez nos amis de l'association FP Musique à Arthés (81). C'est à St Amans Soult (81), le lendemain, juste avant un gig intimiste proposé par l'association 6th Street, que nous avons pris quelques minutes d'isolement pour discuter, sans tabou et sans retenue, de sa vie, de son passé et de son futur.
La tournée promo de Dreams Are For Losers (voir chronique dans Trois Rivières Blues) est pour lui une réussite, même s'il reste encore au jour de l'interview, une dizaine de dates à réaliser. Le public a su répondre présent, sa musique, un habile mixage de Country, de Blues et de Rock aura séduit la majorité d'un public qui, sans le connaître vraiment, sera tombé sous le charme de sa voix rauque et de sa sincérité lorsqu'il chante, et de son feeling lorsqu'il joue. C'est le Son de l'Amérique des Grands Espaces qui se joue sur scène...
GRAND clin d'œil au backing-band qui l'accompagnait sur la tournée :
- Francis Campello - Basse (artiste Dixie Frog)
- Hugues Catalan - Rythm Guitar (Lucky Lounge Blues Band)
- Vincent Deaune - Drums (Big Dez)
Magnéto !!!!!
LGDG: Hi, Neal Black, are you ready ?
Neal Black : Sure….
LGDG : Ok, peux-tu nous expliquer le parcours de ces 4 albums Dixie Frog ?
NB: Well ! En fait, il y a eu plus de quatre albums. Mais certains sont aujourd'hui soit en rupture éditeur ou bien ils n'étaient pas édités justement. Mais il y a eu ce premier album "Officiel" que j'avais enregistré à New York et qui est distribué aux USA. Ensuite, j'ai enregistré deux albums supplémentaires au Texas, et le quatrième, Dreams Are For Losers, au Mexique. Ils sont tous les quatre chez Dixie Frog.
LGDG : Justement, pourquoi le Mexique ??
NB: Ho ! Il y a eu plusieurs raisons à cela. La première, on va dire l'officielle, c'est que j'ai été jouer là- bas quelques concerts pour le gouvernement mexicain qui souhaitait célébrer leurs échanges commerciaux avec les Etats-Unis….
LGDG : Oui, d'accord, mais ce n'est pas cette version qui m'intéresse ….
NB: J'allais y venir. Il y a la raison officieuse. C'est de celle-là dont tu parles. J'ai eu un souci avec la justice du Texas. Ho ! Je n'ai tué personne, je te rassure ! Un soir que je rentrais d'un concert, j'avais bu quelques coups, mais rien de bien méchant, tu sais comme toi hier soir ou ce soir, tu bois un coup avec tes potes, et tu te fais arrêter par les flics en sortant. C'est ce qui s'est passé. Les Texas Rangers (tu sais comme dans le feuilleton TV !) m'ont arrêté et ils ont voulu me soumettre à l'éthylotest. J'ai refusé, et ça c'est mal passé. Ils ont fait le tour de ma voiture et ont remarqué que j'avais un défaut de lumière. Tu rajoutes ça à mon refus de souffler dans leur truc, et j'étais bon. Je suis passé devant un Juge qui s'était endormi pendant mon procès, mon avocat était un jeune commis d'office, qui n'osait pas trop élever la voix. C'était hallucinant comme spectacle. Le Juge dormait, tu t'imagines !!!! Et puis, il y avait ce jury populaire trié sur le volet, bien pensant, à l'image du Gouverneur de l'époque George Bush. T'as vu ma dégaine ? Avec mon look, cheveux longs et boots, ils n'ont même pas réfléchi et m'ont condamné à faire de la prison ou une période de probation !
LGDG : c'est cher payé quand même !!
NB: Oui ! D'autant que la probation (d'une durée de deux ans) ne m'empêchait pas de payer une amende de 3.000$, tu te rends compte ! 3.000$ pour ça ! Ensuite, tous les mois, il fallait que je me soumette à des analyses d'urine et de sang, pour contrôler mon taux d'alcool. Et pour finir, il fallait que j'aille balayer et faire le ménage à l'aéroport pendant toute la durée de la probation. J'ai ressenti tout cela comme une réelle injustice, j'ai refusé la probation et leur condamnation et je me suis tiré au Mexique.
LGDG : Et maintenant, tu en es où ?
NB: C'est simple, si je retourne au Texas ou aux Etats-Unis en général, je risque la taule si je me fais attraper au volant d'un véhicule. Il ne me reste que les déplacements en taxi, mais je ne prendrai pas le risque. De plus, cette justice à deux vitesses me donne envie de gerber. George Bush ne se rend pas compte que sa politique a encore plus divisé l'Amérique. Il y a désormais les gentils friqués, et les méchants pauvres.
LGDG : Cela veut-il dire que tu ne retourneras pas aux Etats-Unis ??
NB: Je ne sais pas de quoi sera fait le futur, mais aujourd'hui, c'est sûr que j'ai pas trop envie d'y traîner. Et puis, je n'aime pas George Bush.
LGDG : Musicalement, on ressent dans Dreams Are For Losers, l'ambiance du Mexique.
NB: C'est sûr que suivant les endroits où tu te produis, où tu vis, où tu te promènes, où tu écris, tu ressens des choses différentes. Tu pourrais enregistrer des albums différents à chaque coin de la planète, ils auront tous un arrière-goût de l'endroit où cela s'est fait.
LGDG : D'entrée d'album, tu craches toute ta rage dans Yeah ! I Lied… On a l'impression d'avoir un groupe de Métal sur un CD d'Americana ?
NB: Yeah, I Lied, je l'aime beaucoup ce titre. Il représente tout ce que je veux et peux exprimer. La musique d'abord, démarrer à la limite du Hard Rock pour enchaîner avec cet harmonica saturé qui recadre le morceau dans les grilles du Blues, ça me plait, ouais. Et puis, à une époque, j'ai joué dans un groupe de Heavy Metal. Si tu veux, il y a pas mal de mes influences et de mes expériences sur ce titre ….
LGDG : Pourtant, tu ne le joues pas sur scène ! C'est dommage non ?
NB: Oui, certainement. Je sais que Francis (Ndlr : Francis Campello - Basse) l'a beaucoup travaillé et que lui aussi aurait bien aimé qu'on le joue. Mais, bon, peut-être ce titre est-il justement trop speed ou trop hard pour un public qui vient écouter une musique un peu plus roots.
LGDG : Trop personnel aussi ?
NB: (sourire de Neal Black…)
LGDG : Tout au long de tes albums, tu as fait quelques reprises. Johnny Cash, par exemple, mais Willie Dixon revient assez souvent. Il fait partie de tes influences majeures ?
NB: Willie Dixon a été l'un des songwriters majeurs de l'histoire du Blues et même de la musique moderne en général. Il reste pour moi l'un des plus grands. Prends l'exemple de It Don't Make Sense, You Can't Make Peace sur mon dernier album Dreams Are For Losers. Ce mec a écrit ce titre il y a plus de quarante ans et c'est exactement ce qu'il se passe aujourd'hui aux Etats-Unis. Il avait exactement cette vision du monde dans lequel vivent les Américains de nos jours. Sans essayer de se comprendre, on ne pourra jamais trouver la Paix. C'est valable également pour le reste du monde, je crois ! On vit dans un monde totalement dépourvu de communication, alors qu'on a les moyens les plus modernes qui puissent exister.
LGDG : En parlant d'influences, dans tes albums, on retrouve aussi bien du blues que du rock ou de la country...
NB: Sûrement parce qu'il s'agit pour moi de trouver une certaine fusion entre le rock et le blues. Cela me permet de pouvoir exprimer des joies, des malheurs et plein de trucs persos. Yeah I Lied est un bon compromis. Je me suis rendu compte que souvent, l'écriture et la musique faisaient difficilement bon ménage.
LGDG : Tu peux m'expliquer ??
NB: Lorsque j'écris, c'est blues, mais ensuite, formaliser tout ça musicalement ne l'est plus vraiment. C'est en ce sens qu'il est difficile de garder l'essence blues des paroles pour la retranscrire en musique.
LGDG : Il y a sur Dreams Are For Losers, quelques titres majeurs. Un de ces titres que tu sembles affectionner est Fallin' Rain. Lorsque tu le joues sur scène, on a l'impression que tu racontes une histoire vraie. C'est la réalité ?
NB: Non, ce titre, je l'ai emprunté au répertoire de Link Wray. Il est l'un de mes musiciens favoris. Il faisait principalement du rockabilly dans les années 50. Quelqu'un que j'aime beaucoup. J'ai trouvé beaucoup d'influences chez ce grand musicien. Je le chante en duo sur l'album avec Jose Fors. C'est lui également qui a pris les photos de l'album…
LGDG : Autre titre majeur de l'album, King Of San Antone ...
NB: Cette chanson me plait énormément. Il y a tellement de gens qui vivent dans un endroit en pensant que c'est l'endroit le plus désolé du monde. Ils voudraient tout faire pour le fuir, en se promettant de ne plus y revenir, juste pour se prouver qu'ils sont les Maîtres de leur destin et les Rois de la situation. C'est l'image forte du Dreams are for losers, (rires de Neal Black)
LGDG : Comment se passent tes relations avec Dixie Frog ?
NB: Dixie Frog est le point le plus important de ma carrière. Cela fait dix ans déjà qu'on bosse ensemble. Depuis 1993. Avec eux, on a l'impression que tout roule, il n'y pas de prises de tête. Philippe (Ndlr : Philippe Langlois) est quelqu'un de tout à fait attachant. Travailler avec lui, c'est comme travailler avec un ami. On se voit peu, c'est vrai, c'est même dommage, mais on a réussi à établir une véritable relation de confiance. Vraiment, avec Dixie Frog, c'est vraiment très bien ce qu'il se passe…
LGDG : Avant cette interview, tu me disais que 2004 serait une année importante pour toi. Tu peux m'en dire un peu plus ?
NB: Oui, il devrait se passer pas mal de choses en 2004. J'aimerais revenir en tournée en France, et essayer de tourner dans quelques pays d'Europe tels que la Belgique ou l'Allemagne. Je garde d'ailleurs un excellent souvenir du Chesterfield à Paris. J'aimerais également enregistrer avec mes musiciens français qui m'accompagnent sur la tournée. On s'entend bien, il y a un bon feeling entre nous. En fait, ce serait super d'enregistrer au Mexique avec eux en rajoutant les cuivres des musiciens Tex-Mex ! Et puis, il y a une compilation qui va sortir en janvier ou février au Mexique. En fait, ce sera un mix de mes quatre albums chez Dixie Frog.
LGDG : Le public semble bien réagir sur cette tournée Française ?
NB: Oui, vraiment c'est un plaisir de tourner dans ton pays. Le public est là et il réagit. Ici, on sent que les gens viennent au concert pour la musique ou pour le musicien. C'est très valorisant pour le mec qui est sur scène. Aux Etats-Unis, c'est différent. Les gens qui sortent le soir, c'est pour venir boire un coup entre amis, discuter, passer un moment entre eux. Ils ne prêtent pas vraiment attention au musicien qui joue. Ils mettraient une pièce dans un juke-box, ce serait pareil.
LGDG : C'est un message sympa pour le public français ?
NB: Oui, merci à tous d'être venus à mes concerts et d'avoir acheté mes albums. C'est bon de savoir que mes disques vont passer chez les gens. L'autre jour, en voiture, on a entendu un de mes titres à la radio. Je ne sais plus où on était ! Whaou ! Cela fait vraiment chaud au cœur de s'entendre dans une radio française. Même si ce n'était pas une radio nationale, ce n'est pas grave. Il y a au moins un mec qui a fait l'effort de me programmer. Et ça, c'est la plus belle des récompenses pour un artiste.
LGDG : Le mot de la fin ??
NB: Don't Be Afraid To Ask Questions In Your Life ! Ne pas se poser les bonnes questions, c'est se rendre stupide de ne pas se donner les moyens de vivre les bons moments. C'est ma philosophie.
LGDG : Merci Neal Black, ce fut un plaisir …
NB: Il a été partagé, merci à vous, la presse blues française. Et merci au public !
Propos recueillis par Xavier "Delta Blues" le 12 Octobre 2003 à Saint Amans Soult (81)
Web site : http://members.tripod.com/neal_black/
Dixie Frog : www.bluesweb.com
Une prodigieuse piqûre de rappel en direct du fumant hamoniciste-maestro de Maxwell Street, le débonnaire géant au bras unique, John Wrencher. Du blues ici et du plus ténébreux, du boogie aussi et du funky agile, gaillard et virevoltant à l'énergie. Sans détours ni apprêt ; l'artifice est étranger à une pratique artistique qu'on sent affinée par des années d'épreuve, de doute et de persévérance.
Douze titres qui se suivent comme de purs joyaux, une franche proximité du musicien servi par une remarquable qualité de restitution sonore sans défaut. Un accompagnement de premier ordre. Une tension sans lourdeur, qui coule telle le métal en fusion, chauffant les corps et les cœurs, transpirant une ardeur à vivre coûte que coûte. Le climat parfois dramatique, l'insistance et la bonhomie avec lesquelles le conteur caresse à distance l'élue de son désir sur le lancinant Now Darling, augurent bien des agapes et de l'exultation des sens à venir, tout cela finalement sur un mode relax, le souffle demeurant l'essentiel.
Et il n'en manque pas, notre Big John ! Même si le son est moins âpre que sur les prises du précédent Maxwell Street Alley Blues (1969) (Parsifal/Blue Sting 028, avec en jaquette un dessin célèbre de Robert Crumb) ou encore quand il assurait en prise directe, aux côtés de Robert Nighthawk, cinq années plus tôt sur le marché aux puces du célèbre lieu précité, par exemple sur le trépidant Lucille (P-Vine PCD 5527 & 5528) - il est encore ici alerte, inspiré, habité par l'émotion intacte et un tantinet gouailleur, parsemant ses riches solos et la profondeur de son chant de rires enfantins, quel bonheur! Et quelle tristesse que cet homme disparu à l'âge de 54 ans ne nous ait laissé une œuvre plus consistante! Mais elle l'est, consistante! Et sa valeur, de premier plan!
Les conditions d'enregistrement de cette session britannique lui ont offert un groupe performant où, autour d'Eddie Taylor, chacun excelle et intervient avec justesse et même brio, que ce soit Bob Hall aux claviers, Bob Brunning à la basse et Peter York aux fûts. Soutien rythmique au millimètre, grande cohésion orchestrale, variété de la palette qui décline, l'un après l'autre, les 7 compos de Wrencher, les 3 traditionnels et les deux reprises. Honeydrippeer (J Liggins) pour commencer avec attaque à l'harmonica, échauffement de la voix, mise en place avec fausse fin et une interprétation presque "jump", harmo-jump ! Third degree avec la guitare en intro, la grande finesse des relances, la fusion piano-harmo, ce dernier graisseux, gourmand, passionné, un régal ! Where Did You Stay Last Night ? est plus rapide, un rockin' rhythm' blues étourdissant, furieux, endiablé, yeaaah! La tension retombe à peine d'un cran pour l'une de ses plus belles compositions, Trouble Makin' Woman, la tristesse tremblotante dans la voix, les éclairs de la six-cordes, l'orgue à bouche qui pleure… Poignant!
Lonesome In My Cabin débute au piano et développe, sur un rythme de croisière, un voyage qu'on devine aventureux, sans trêve, angoissant de fait, du Blaise Cendrars descendant l'Amazonie, avec périmètre de sécurité non assuré, climat lourd, humide, oppressant. Les questions amènent des réponses, les réponses de John sont lumineuses : maltraitance, misère, malheur sont notre lot, low down, blues! Et ça continue avec un How Many More Years (L Hopkins) de fort bonne tenue c'est dire ici qu'on est envoûté, pris, bluffé. Un rock percutant pour enchaîner Come On Over, reculez les tables! Bob Hall se libère, hache littéralement les ivoires, Taylor est concis, incisif, peut-être effectivement encore plus présent qu'à l'époque Vee Jay, derrière Jimmy Reed, Wrencher grogne, glousse, vocalise et module, c'est la pleine lune!
Telephone Blues brode de longues échappées piano-guitare autour de l'exil volontaire londonien, l'harmonica ponctue les soupirs dans la voix, la progression angoissante et décontractée en même temps dégage un espace d'impressions retenues, puis les instruments occupent cet espace, libèrent la tension et apaisent le bluesman expatrié. Sans répit, I Call My Baby … , dit-il et des images, des fulgurances de Thin Red Line, le film métaphysique et guerrier de Terrence Malick resurgissent, comme pour corroborer le propos et illustrer cette musique. Runnin' Wild, autre traditionnel adopte un tempo médian, shuffle réjouissant et décontracté, les arabesques de l'harmonica s'enroulent en phrasé continu et tissent avec le jeu cinglant de Taylor des duos au cordeau même si batterie et piano ne sont jamais loin.
Big John's Boogie qui donne son titre à l'album est un moment de boogie-blues furieux avec des accents compulsifs de jazz débridé, clin d'œil de Hall puis plongée en apnée dans le tourbillon des roulements de piano, des élancements plaintifs, écorchés de la Gibson, un balancement qui ne laisse plus un poil de sec et une fin abrupte, féroce!
Dernier titre de cette réédition, I'm A Root Man, autre version de Root Man Blues sur le disque de 1969. On peut mesurer ce qu'apportent les claviers ici, écouter en parallèle les deux prises à 5 ans d'intervalle et conclure avec Big John : " Open the door and let me in ! " Let him in…and " open your door ! " c'est vous l'invité d'honneur de cette chaleureuse session, du blues total comme il se fait rare aujourd'hui !
ref CD: Big John Wrencher, BIG JOHN'S BOOGIE plus, Castle Music (Sanctuary Records), recorded 1974 - CMRCD 649 - 2003 47'41
On trouve parfois dans les bacs des merveilles insoupçonnées parce qu'inhabituelles ou imprévisibles.
C'est le cas avec ce dernier opus de "Jon" Lord, né d'un hasard qui fait souvent bien les choses. Alors qu'il était en tournée en Australie pour la promo de Pictured Within (EMI), blessé à la jambe, ne pouvant plus valablement presser la pédale d'un piano, Jon Lord s'est acoquiné avec Jimmy Barnes (qui fit des rappels on stage avec Deep Purple un an plus tôt) pour trouver un band où il pourrait jouer de l'orgue. C'est ainsi qu'a démarré le projet Hoochie Coochie Men.
Ce brave Jon qui n'a vraisemblablement plus besoin d'économies, accomplit, en fait, à l'instar de toutes les pointures du rock, l'inévitable retour aux sources du blues... " Back where it all begins" dirait Dickey Betts.
Pourquoi, dès lors, faire figurer le label "Deep Purple" sur la pochette ?
Le plus célèbre claviériste du rock britannique (je sens que je vais me faire des ennemis) est, en effet, suffisamment connu pour se passer de subterfuges mais peut-être le band a-t-il besoin d'un coup de pouce? Répondant au mythique nom Hoochie Coochie Men (rien que cela...), on y trouve une pointure énorme comme Bob Daisley à la basse (Mungo Jerry, Chicken Shack, Rainbow, Ozzy, Sabbath, Gary Moore, Bill Ward, Alice Cooper et plus récemment maître d'œuvre de Mother's Army, ouf...). A la batterie : Rob Grosser (Aliens, Jeff St-John, Wayne Gillespie, Blues Doctors, e.a...) et à la guitare : Tim Gaze (Ariel, Tamam Shud, Kahvas Jute, Rose Tattoo, Pete Wells Band, producteur à ses heures et chanteur réellement convaincant).
C'est Jim Conway qui se charge de l'harmonica avec énormément de conviction et un sens de l'à-propos jamais pris en défaut.
L'album a été enregistré live à Sidney (Australie), en février 2003, " At The Basement ", petite salle underground, (comme son nom l'indique) qui laisse filtrer une atmosphère bon enfant toute de simplicité et de proximité.
La présence de Jimmy Barnes, comme guest, est logique puisque ce dernier réside là-bas et qu'il collabore depuis peu avec Bob Daisley dans un super-groupe où l'on retrouve Steve Morse et Don Airey. On se souviendra qu'il a remplacé Bon Scott au sein de Fraternity, au début des seventies. On lui doit encore deux chansons pour INXS et la cover de "Simply The Best" de Tina Turner. Plus récemment, il ouvrit aussi pour Bon Jovi.
Tout ce joli monde nous donne à vivre un show superbe, pur et intense qui fera date.
Non contents de reprendre les standards du blues, nos gaillards y vont de compositions originales torrides totalement en rapport avec le sujet et, cerise sur le gâteau, nous offrent un When a blindman cries sublime (single edit compris : J. Barnes au chant). Rien que pour cela, l'achat de ce CD se justifie amplement.
On peut aisément affirmer que le premier volume est un rien en dessous du second. Sans doute, comme souvent, le tour de chauffe est-il nécessaire pour éclater vraiment. Faut dire que l'entame du volume 2, avec Hoochie Coochie Man, a de quoi décaper. Il s'y trouve également une composition collective phénoménale : 12 Bar Blow Jam qui rappelle les grandes heures du hard et qui me fait littéralement pleurer de bonheur... Enorme...
Mais revenons à l'ordre chronologique.
Après quelques mots tout " choses " de Jon Lord, manifestement heureux d'être là, l'instrumental Hideaway qui servit d'entame aux shows de Houn Dog Taylor donne immédiatement le ton. On est dans le blues, le vrai, le beau, le pur et on y restera. Sans transition (que c'est beau ce mixing !), on passe à une composition merveilleuse du groupe. Ca a de la gueule, je vous l'dis, moi ! Autant que le gigantesque Blues With A Feeling de Little Walter avec son rythme chaloupé qui donne des envies de vivre ! On entre alors dans un registre plus hot encore avec la reprise de Curtis Jones You Got Good Business et le classique Green Onions (popularisé par Booker T & The MG's) dans lequel Jon Lord donne une mesure parfaite à son talent en sachant jusqu'où ne pas en faire trop.
Je note l'étonnant 24/7 Blues un peu jazzy de Daisley et Gaze qui prouve à suffisance que ces gars-là savent y faire dans toutes les configurations et voici que démarre Baby Please Don't Go juste comme il faut dans ce genre de gig. Chaud, carré, pas trop criard, amené magistralement par la basse de Bob Daisley et supporté magnifiquement par les accents d'un harmo divin (Jim Conway bien sûr). Et Jon Lord dans tout cela, me direz-vous, où est-il? Que fait-il? Ben, il fait tout, c'est lui qui dirige, qui cadre la matière, remplit délicieusement tous les espaces disponibles et ramène la meute à ses accents tempétueux ruisselant de beauté, divins comme une pluie fine de jewels sur le monde!
The Money Doesn't Matter, de Don Hillman, allonge encore le beat d'accents revigorants et musclés ainsi que de longs et superbes nappages de claviers. Un peu de répit avec le pré-post-Cream Strange Brew, boosté par la basse de Bob Daisley et nous voici repartis à la conquête des classiques sérieusement transcendés par le son du dobro impérial de Tim Gaze. Dallas, de Johnny Winter, est une véritable réussite, d'autant qu'il prépare deux superbes Willie Dixon rendus de manière plus moderne mais tout aussi convaincants : I Just Wanna Make Love To You (emblématique du British Blues Boom) et You Need Love, sérieusement gonflé par des vibrations de basse majeures.
Le second set (enfin je veux dire le deuxième CD) débute par l'arrivée de Jimmy Barnes pour l'incandescent Hoochie Coochie Man dont je vous recommande absolument l'écoute. Rien à dire, c'est parfait, formidablement bien cadré et divinement blues! La suite eût pu être bien fade après un baston pareil mais ce n'est pas le cas. New Old Lady Blues, composé par Bob Daisley, est fantastique. Les coups d'harmo et l'apparition sonore de Jon Lord confinent au sublime. Pas à dire, du grand art. Petite intro rumba pour le Who's Been Talking de Chester Burnett, disposant d'un fun caractéristique et de belles tirades de claviers, ce titre est tout sauf ennuyeux. Retour aux souvenirs : Six Strings Down rappelle immanquablement Coverdale à Jon Lord. Evidemment, ça balance comme quarante boogies allumés et ça donne du bonheur! Et puis, c'est du SRV quand même!
Suit Dust My Broom, sans doute le plus emblématique des titres de l'histoire du blues qui est, à lui tout seul, une véritable histoire. Conçu par Leroy Carr en 1934 (I Believe I'll Make A Change), structuré immédiatement par Kokomo Arnold (Sagefield Woman Blues), c'est Robert Johnson qui lui donne son titre définitif et Elmore James qui s'en appropriera les droits. Tu parles d'une lignée! Je ne vous dis pas l'ambiance que cet hymne déclenche dans la cave australienne! Allez écouter...
Intro claviers, c'est du Jimmy Smith pur jus qui entame les rappels, titre grandiose s'il en est : Back At The Chicken Shack. Qui n'aimerait pas cela? Lord dans toute sa splendeur et ce son Hammond à nul autre pareil. Qui n'aimerait pas cela, hein, dites-moi!? Ah! que la vie est belle avec cette musique roborative! Que le son de l'orgue est merveilleux!
Evidemment, le meilleur du meilleur est encore à venir. Deux titres carabinés pour finir vont donner à cet opus un caractère de référence sacrée que tous les puristes, amateurs de blues et du Purple, ne pourront ignorer longtemps. Mazette, quel régal, cet emballage de notes répandues magistralement par Jon Lord qui n'aura jamais si bien porté son nom. Sage d'entre les sages et sobres dans sa perfection, le "vieux" connaît tout sur le bout des doigts. Il règne en maître dans ce trip de toute beauté, directement en première ligne ou mieux, subtilement, discrètement omniprésent, dans chaque respiration des notes bleues. Retour de Jimmy Barnes pour l'apothéose. D'abord le When A Blindman Cries, redoutable pour tous ses prédécesseurs vocalistes. Ensuite, un 12 Bar Blow Jam, compo originale du groupe que tu croirais issue du fond de la conscience collective du rock and roll tellement c'est beau, fort et grand. (Entre nous, c'est Jimmy Barnes qu'ils auraient dû choisir pour AC/DC plutôt que Screamin' Johnson Cap, mais j'dis cela, j'dis rien).
Cet album est une merveille, je le répète !
Cadeau pour les radio, le single edit de When A Blind Man Cries clôture une rondelle de feu à mettre en heavy rotation dans la bagnole ou le salon. Ne plus la quitter pendant vingt mois au moins ! J'ai dit (Didi).
Ca fait un moment que Cisco Herzhaft joue de sa guitare aux quatre coins de la France, et même bien au-delà. Faisant partie de ces musiciens qui, vaille que vaille, continuent à perpétuer le country-blues, il n'avait encore jamais enregistré de disque sous son nom. On l'a déjà entendu avec Herzhaft Blues, bien sûr, le groupe familial qui a sorti trois Cds [voir chronique de Herzhaft Special, LGDG n°21 ], mais voici Ghost Cities, son premier disque personnel où il nous offre une partie des compositions et reprises qu'il joue en concert.
En live, on le rencontre en solo, duo, trio ou quartet et dans ce disque, il est la plupart du temps accompagné de sa fidèle section rythmique : Patrick Cassoti à la batterie et Bernard Brimeur à la contrebasse. Accompagnateurs de rêve, tantôt discrets, tantôt sachant appuyer là où il faut quand il le faut, ils sont souvent rejoints par David Herzhaft à l'harmonica, impérial et très en verve!
Cisco Herzhaft joue un finger-picking impeccable qui nous fait voyager dans tout le Sud des Etats-Unis, des Appalaches au Texas en passant bien sûr par le Mississippi. Du blues du Delta au Piedmont Blues, du boogie au blues-jazz, ce sont quatorze titres qui s 'enchaînent sur des rythmes variés. Oui, Cisco connaît son country blues sur le bout des doigts!
A1 Motorway nous parle d'une autoroute qui mène sûrement au Mississippi (non ?), tandis que Debo' Rag, instrumental sans doute écrit en hommage à une certaine Deborah, ne rend pas moins un hommage subliminal au Reverend Gary Davis. Mon Road Movie peut s'écouter en conduisant sur n'importe quelle route, fenêtre grande ouverte pour humer l'air des grands espaces du Texas ou des Landes de Gascogne (par exemple), car, et c'est là une bonne surprise, Cisco chante en français des textes qui s'écoutent avec un réel plaisir. Dans Baille Baille, Cisco met dans le mille avec une chanson humoristique sur une musique que n'auraient pas reniée les plus grands guitaristes le la Côte Est des USA. Par contre, c'est en anglais et avec un bottleneck que Cisco retourne dans le Delta avec Canned Heat Memories, à la manière de Tommy Johnson.
Sur Paris Spleen, le guitariste laisse la voix à Chloé Sarah Herzhaft pour un titre poignant interprété avec conviction et sincérité, et il faudra bien le rythme hookérien du An Am Minor Boogie With A G qui suit pour s'en remettre! A propos de boogie, il faut aussi écouter Bouge-z-y Boogie, instrumental co-signé par Cisco et Patrick Cassoti, où les quatre musiciens montrent chacun à leur tour la maîtrise de leur instrument.
Moon Without You, morceau au tempo plus lent et lancinant, et Ghost Cities, plus jazzy, sont des titres passionnants, tout comme les trois reprises de l'album : Someday Baby (Sleepy John Estes), Can I Do It For You (Joe Mc Coy) et Boom Boom (John Lee Hooker).
Enfin, le dernier morceau du disque est un clin d'œil amusant (mais néanmoins fascinant musicalement !) avec le titre bien connu de Claude Joseph Rouget de l'Isle, La Marseillaise, qui aurait été revu par Blind Boy Fuller, Doc Watson, Marcel Dadi ou Blind Willie Walker… Mais là, c'est Cisco Herzhaft qui a écrit New Marseillaise Rag, prouvant, s'il en était besoin qu'il est un des plus grands joueurs de guitare picking. Chapeau!
Pas de doute, ce disque est indispensable à tout amateur de blues acoustique qui sait que "the country blues is alive!". La preuve.
Un disque à écouter et à réécouter, en attendant de retrouver Cisco Herzhaft en concert.
ref CD: Cisco Herzhaft, Ghost Cities, Blues n'Trad, BT05, 2002
autre CD chroniqué dans la Gazette de Greenwood:
Edition Spéciale Herzhaft: demandez le Dernier Herzhaft Blues! (LGDG n°21 )
Trop c'est trop… Encore un disque de Doo The Doo…
Encore un disque qu'on écoute et ré-écoute plusieurs fois avant d'oser se rendre à l'évidence : ce groupe est génial ! Rien, pas la moindre critique négative à formuler… alors oui, ça fait pas sérieux ça !
Bon, Zeb, le guitariste qui avait rejoint le groupe et jouait dans le précédant CD (Hex, 2000, voir LGDG n°26) n'est plus dans la bande. Alors, on aurait pu s'attendre à une baisse d'intensité au moins… Et bien non ! On retrouve ici les Doo The Doo d'avant Zeb (et donc d'après Zeb), avec un son et une ambiance plus bruts, plus "roots". D'autant plus que s'il y a une guitare de moins, les Doo The Doo ont accueilli Jacques Moreau aux percussions, congas et bongos. Et (l'ai-je déjà dit ?) trop génial, c'est trop génial ! A la guitare, Jimmy Jazz est donc le seul à officier et ça fait mouche à tous les coups : riffs qui prennent aux tripes, soli qui tuent par la justesse des coups portés…
Elmor Jazz et ses traits d'harmonica qu'on boit comme du petit lait (malté), Jimmy Jazz et sa magic guitar qui nous tirebouchonne les neurones, Philippe "Sad" Carnot et ses rythmiques vieillies en fûts de chêne, Mig Toquereau et sa basse servie à température de la cave, Jacques Moreau et ses congas qui font du bien par où ça passe, Vincent Pollet-Villard venu en invité nous distiller quelques notes bien placées à l'orgue Hammond ou au piano… voilà les Doo The Doo qui déboulent avec ce nouveau CD en nous clamant bien fort : Re Zo Re ! (" Trop, c'est Trop ", en breton). Un grand cru.
Pas une minute d'ennui, pas une minute de répit : les titres s'enchaînent sur différents tempos, différents styles qu'il est toujours un peu embêtant de vouloir énumérer. Parce que, oui, on peut dire qu'il y a un style Doo The Doo ! Alors, chercher ce qui est plutôt swamp ou texan, rock ou country, n'a pas beaucoup d'intérêt et ne peut qu'être résumé par le cri du cœur : c'est du Doo The Doo !
Les 12 titres qui composent ce CD, mêlant compositions et reprises, forment un tout incroyablement homogène, de l'énergique This House Ain't Your Home Any More qui ouvre les festivités, et qui est un concentré de Doo The Doo, à One Of These Days, blues lent comme sait si bien les composer Jimmy Jazz, en passant par A Lonely Richman Song où Mig nous prouve encore qu'il est un chanteur d'exception, ou les très dansants Two Little Women et Hipshakin' Woman, comme ce qui pourrait bien être le hit du disque : When You Dance. Les reprises sont My Backscratcher (Frank Frost), I Wish You Would (Billy Boy Arnold) et I'm a King Bee (James Moore, aka Slim Harpo).
Avec ce disque, les Doo The Doo confirment qu'ils sont un des meilleurs groupes de blues en France et même en Bretagne (ou vice-versa). Re Zo Re, j'en vois qui n'ont pas encore commandé ce disque : ils ont tort ! Indispensable.
ref CD: Doo The Doo, Re Zo Re, CD AV003 - DB 5X2, Avel Ouest, 2003
Doo The Doo dans La Gazette de Greenwood:
interview: Doo The Doo à l'émission America (RTBF)( LGDG n°35)
Doo The Doo au Boob (Doo Bee Doo Wap) (LGDG n°34)
Doo The Doo: sortilège!(LGDG n°26)
E-interview de Doo The Doo: de ce sort tu ne pourras te défaire !!(LGDG n°26)
Concert de Doo The Doo: ça a chauffé chez Mickey! (LGDG n°19)
Doo The Doo en concert: chronique d'une réussite annoncée (LGDG n°12)
Doo The Doo sur internet:
le site officiel: www.doothedoo.com
le site non officiel: http://perso.club-internet.fr/latailla/DooDoo/
Enfin ! Je n'y croyais plus ! Quatre ans après Hard Work, le nouveau disque de l'unique Boney Fields est enfin sorti, et une fois n'est pas coutume, très bien distribué. Je l'ai vu au Virgin et à la Fnac !
Sortir avec un disque de Boney Fields d'un magasin, c'est comme lorsqu'un gamin sort d'une boutique de jouets avec un cadeau de ses parents! On est impatient!! Impatient de l'ouvrir, de l'écouter et de prendre son pied, parce que c'est toujours garanti avec ce groupe. Seule appréhension : ne pas retrouver le tonus et l'explosion que l'on ressent en concert.
Autant le dire tout de suite, il n'y a pas d'inquiétude à avoir ! En plus, cet album est superbement produit. Ca sonne terriblement bien. "Do you like the funky stuff ?", aime scander Boney Fields en concert. Je réponds : Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Surtout quand ça sonne si blues et Chicago à mes oreilles !
Dés le premier morceau, on sait que l'on est sur la bonne voie. Red Wolf est un instrumental qui déménage et on sait que l'on est parti pour un sacré voyage musical où le groove est roi.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Boney Fields, il s'agit d'un trompettiste de Chicago qui a joué avec les plus grands (Jimmy Johnson, Junior Wells, Lucky Peterson, Luther Allison, etc.) et qui a construit son groupe à la mort de Luther Allison, en 1998. C'est ce dernier qui l'a fait venir en Europe. Cela a donné naissance à The Bone's Project dont la part belle est faite à la section cuivres avec Nadège Dumas au saxophone et Pierre Chabrèle au trombone! Au clavier, le groupe possède ce qui se fait de mieux dans le genre avec le Danois Johan Dalgaard, impérial! On retrouve aussi à la basse Mike Armoogun, Hervé Samb, toujours impeccable à la guitare et Melvin Carlisle à la batterie.
Cet album sonne bien sûr très funky, celui des JB's, et c'est tant mieux quand c'est joué aussi génialement. Mais c'est avant tout un album de blues, celui de Chicago, celui qu'on aime, servi par des musiciens hors pair et avec Boney Fields au chant, c'est un régal!
Il n'y a qu'à écouter des titres groovy comme Another Place In The Blues, Jump To The Blues ou le blues lent I Gave The Blues To Myself.
Seule reprise de l'album, celle de James Cotton, The Boogie Thing, titre joué depuis longtemps en concert par le groupe, et qui est phénoménal !
Sur cet opus, le groupe se permet quelques incursions intelligentes dans d'autres univers musicaux comme sur le titre Live In Peace, légèrement reggae. Et une petite surprise vous attend, sur la piste cachée 14, qui ne déplaira pas aux fans de la musique de la Nouvelle Orléans !
Cet album est un régal musical prouvant, si ce n'était pas encore fait, que Boney Fields fait partie des très grand bluesmen et musiciens. Tout est superbement orchestré et joué à merveille. L'album est de haute tenue et cela fait du bien à entendre ! Il ne reste plus qu'à goûter à tout cela encore et encore sur scène !
Site internet: www.boneyfields.com
Boney Fields dans la Gazette :
interview: Boney Fields: le souffle du blues ! (LGDG n°16)
Boney Fields au Lionel Hampton Jazz Club (LGDG n°31)
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Carl Wyatt est un chanteur-guitariste irlandais apparemment installé au
Luxembourg dont je sais peu de chose si ce n'est qu'il a accompagné Big Bo
Mac Ghee et Little Whitt Wells lors de leur tournée européenne de 1998. Il
se révèle ici être un très bon guitariste, auteur également de 4 titres dont
trois instrumentaux. |
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Un disque live de Paul
LAMB, ça ne se refuse pas !
En effet, ce groupe a une excellente réputation en tant que
groupe "live" et c'est ce qu'il
nous est proposé de constater avec cet album. |
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Petite précision dès le départ, le Mojo Band est un groupe lillois à ne pas
confondre avec les Autrichiens du Mojo Blues Band. Le Mojo Band est composé
de quatre musiciens: Julien Biget (guitare et chant), Xavier Laune
(harmonica), Stéphane Barral (contrebasse) et Charles Duytschaever
(batterie), tous des musiciens de bon niveau, notamment les deux solistes. |
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Les Renovators
ont sorti, en 1999, cet album appelé "Rythm And Blue
Prints" et
enregistré au Loft Recording Studio
qui a vu passer des stars telles que John HAMMOND, Debbie
DAVIES, Sue FOLEY. |
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Un groupe de Suédois nous propose de passer un bon moment. Pour
cela, un CD sorti en 2002,
intitulé "Love Patrol" et composé d'une
majorité de morceaux de la
plume de Ulf SANDSTROM, le leader pianiste et chanteur. Et attention,
l'expérience est
là ; Ils n'en sont pas moins à leur cinquième
album. |
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Loin des feux de la rampe, Slim Paddy et ses Wildcats basés à Rennes, nous livrent, après un combat acharné contre les aléas propres à la vie des bluesmen funambules de l'ombre, l'album Fences enregistré au Caribou, et mixé in the UK s'il vous plait! |
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Vibrante, compulsive, parfois à la limite de la rupture ou de l'éclatement que l'expérience - car c'en est une - d'écouter cette production de Topcat qui fait le grand écart avec celle apaisée et toute acoustique d'un Jim Suhler (cf Dirt Road). On est ici toujours au Texas mais dans l'esprit et la manière, à des années-lumière de ces chantres et troubadours qui ont tant œuvré pour la réputation du blues de cette région des Etats-Unis. D'abord, du fait de l'électrification suramplifiée bien sûr, d'une approche tendue et exacerbée dans les riffs rageurs, sans vraiment de pause ni de demi-mesure dans l'art difficile d'accorder les notes qui tissent les variations mélodiques ; époustouflant parfois de maîtrise certes mais aussi, il faut bien l'avouer, frisant le ridicule souvent ou la parodie tant c'est lourdement exposé. Puis, de la multiplication des effets et bruitages qui, mixés, étirés ou saturés, déformés par une ingénierie technique trop pesante ne laissent plus qu'une place infime pour le feeling et la sensation de bien-être du plaisir musical partagé. En fin de compte, de la sauvagerie (la pochette annonce la couleur : "A Walk On The Wild Side!"), un déluge de distorsions dans les cordes instrumentales comme vocales, une coulée de lave en fusion, une machine à bousculer les impressions, un melting pot sonore capharnaümesque propulsé aux tripes et au gaz liquide (propane). |
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For A Few Sugar More...
Spoonfull, avec deux 'l', à ne pas confondre avec Spoonful, avec un 'l', le talentueux groupe normand. De toute façon, dès les premières notes, il est difficile de confondre les deux groupes, leur blues étant bien différent. |
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A San Francisco, on joue du zydeco ! Tom Rigney s'y emploie depuis
plusieurs années et nous propose Happy To Be Here, sorti cet été.
Consacré principalement au zydeco, style de prédilection de Tom,
quelques reprises de standards composent cet album, assorti par ailleurs
d'oeuvres de Tom. |
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Dans la famille blues-rock, il y en a un qui tourne déjà depuis quelques
temps et en est à son quatrième album ; c'est DBT avec Blues De Vache qui est sorti en 2002. voir autre chronique dans LGDG n°48 et l'interview de DBT dans LGDG n°41 |
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L'amérique actuelle du blues "low down" recèle encore quelques véritables petites perles qu'il est urgent de découvrir de ce côté-ci de l'atlantique! C'est le cas de l'harmoniciste Wallace Coleman originaire du Tennessee qui vit à Cleveland (Ohio) depuis 1956. Travailleur infatigable, rompu aux dures réalités de la ségrégation, cet ancien doker aujourd'hui en retraite, distille un blues " sweety " du meilleur effet. Son phrasé aérien, notamment au chromatique, rappelle celui de son mentor, Sonny Boy Williamson (Rice Miller) et dans une moindre mesure celui de Little Walter, avec en filigrane un clin d'œil marqué aux anciens et mythiques Howlin' Wolf et Muddy Waters. Excusez du peu ! Dans ces conditions, il n'est pas surprenant de le retrouver au début des années 60, pendant une décennie, le sideman attitré de la légende vivante Robert Lockwood Junior himself.. A l'écoute de son troisième opus sur son propre label, Pinto Blues Music, ce qui saute aux oreilles, immédiatement, c'est un son fabuleusement riche et subtil, plein de nuances, dont l'atmosphère swingante et langoureuse transporte au firmament du blues low down.. |
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Allons-y franchement : autant leurs débuts sur le même label britannique avait été excitant, prometteur - Coming Your Way (2002, Armd 00011), autant ce second opus, exclusivement acoustique, ne décolle pas, nous apparaît insipide et mièvre. On attend vainement du rythme, de la pulsation, du sanguin, ça ressemble plus à de la scotland-pop éthérée, même pas vraiment des ballades bluesy et en termes d'émotion : nada, malgré les efforts au chant de l'un ou l'autre frère (Stevie et Alan), ça reste lisse, poli, froid, sans relief ni fond bien qu'instrumentalement sans défaut. |
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