La Gazette de GREENWOOD
n°56 (Décembre 2003)

Tome 1:
 
Tome 2
  • le Tremplin Blues Sur Seine 2003 : une Grande Cuvée!
  • Blues Estafette 2003 (Utrecht): beaucoup de Bon Temps!
  • Nuit du Blues au Havre
  • Spencer Bohren : après cela, il n’y a plus rien à dire
  • Sweet Home Chicago : Spéciale Greenwood! (comme si vous y étiez)
  • Bouillon de Bluesicuture:
    • La ballade de John Henry
    • Le Blues Dau Galop' Chenaux





Tome 3
  • L'AMERICAN FOLK BLUES FESTIVAL :

    PREMIERE PARTIE (1962-64)

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interview:

Stillife
la vérité enfin dévoilée sur le prof de math de New Orléans

date: 12 novembre 2003
de: Docteur Blues <jerome.travers@free.fr>
(photos Pierrot Mercier)

Il semble que leur apparition au Festival de Montereau en Juillet dernier ait mis ce duo plein de talent en lumière (pour nous, chez docteur blues [NDLR: et à Greenwood!], ce n'est pas une découverte !). Alors, peut-on encore s'interroger sur ce duo atypique ? Toutes les réponses ci-dessous.

Stillife (photo Pierre Mercier, Blues à Saint-Germain,  mai 2000) LGDG : Stillife ? D'où vient ce petit personnage sur la pochette de votre démo ?

Lionel : c'est une figurine en Fimo (genre de pâte à modeler) que ma compagne a faite il y a déjà quelques années. Ca date de ma période "Lazybones". Il y avait trois petits personnages. Le personnage représentant la chanteuse de Lazybones ne ressemblait pas trop à Chris. Alors, j'ai recentré l'image sur le petit bonhomme à la guitare.

Chris : Quel tact. En vérité, on m'a dit que j'étais trop gros, qu'il n'y avait pas assez de pâte à modeler pour me figurer.

LGDG : Tu as vraiment été prof de math à New Orleans, Qu'as-tu ramené de Louisiane...

L : Ben voila... Quand les délires de Chris me retombent dessus... Tu as lu ça dans la bio sur le site ? Ben, en fait, dans cette bio, il y a du vrai et du moins vrai... Que cela soit clair, je n'ai jamais été prof de math, ni a New Orleans, ni ailleurs... Dans le civil, je suis prof .. d'électronique... en banlieue parisienne.

C : Il va falloir te trouver une autre couverture, maintenant. Tu viens de manger le secret le mieux gardé de France. En tous les cas, moi, j'ai croisé un cajun qui ne jurait que par le Lion. Il parlait de tête au carré. J'ai pensé que tu lui avais enseigné les maths.

LGDG: Bon alors la voix, c'est Chris, ce rôle de chanteur est vraiment arrivé par accident ?... T'as lâchement abandonné l'instrument ?...

C : Rien ne me prédestinait à devenir chanteur, c'est vrai. Il y a quelque chose de spontanée avec la voix, d'un peu magique. Un jour, tu chantes, et tu te rends compte qu'il y a ça qui sort . Aussi surprenant qu'une première éjaculation ! C'est après qu'il faut apprendre à se servir de son organe .

LGDG: Mais tu appuies Lionel au racloir, comme tu dis ?

C : On s'appuie en fait l'un sur l'autre. On s'entraîne à être vieux en pleine canicule. Plus sérieusement, on a développé un système symbiotique tout à fait unique dans la nature : il avait besoin d'être râclé, moi gratté. On s'entreparasite, et le frottement de nos petites antennes produit ce blues si caractéristiques des anthropodes palmipedus.

Stillife (photo Pierre Mercier, Blues à Saint-Germain,  mai 2000) LGDG: La guitare acoustique, les ambiances qui sentent le bois, d'où te vient ce jeu de guitare ?

L : je suis arrivé à l'acoustique par hasard. Lorsque j'étais dans ma Lorraine natale, je tournais avec un groupe électrique qui pratiquait un bon gros blues-rock baveux (il y a quelques extraits en fouillant bien sur le site), où je tenais une bonne vieille strato branchée sur un twin. J'avais bien une folk qui traînait mais elle prenait la poussière.
Lorsque je suis arrivé sur Paris, je connaissais un bassiste et une chanteuse. On a monté le groupe et comme on n'avait pas de batteur sous la main, on a tenté la formule acoustique et j'y ai pris goût. On a eu une petite période de retour à l'électrique avec Bastien, le batteur qui officiait avec Daran (une des chaises) en mal de roots, puis cette parenthèse s'est vite effacée, pour retourner à trois, puis finalement à deux.

LGDG: Certaines harmonies et ta façon de faire sonner les accords me rappellent ce bon vieux Rory Gallagher (quand il jouait en acoustique)...

L : Je connais très mal ce qu'a fait Gallagher. Un mec m'a dit aussi que je sonnais un peu comme Monte Montgomery que je ne connaissait carrément pas du tout.
En fait, je n'écoute que très rarement des bands acoustique (sauf Big Brazos, bien sur ! ;o). Toutes mes influences sont électriques. J'ai été élevé au Stevie Ray, T-bird, Winter, Van Halen et Franck Marino. J'ai adapté ce que je savais faire en électrique sur une guitare acoustique. D'ailleurs, je ne sais pas si nous sommes vraiment un groupe "unplugged" . Dernièrement, on bricolait un set pour la première partie des Golden Gate Quartet, et on s'est dit : "Il faut qu'on joue les morceaux en version acoustique", et ça a sonné vraiment différemment de comment on sonne habituellement.

LGDG : La tessiture de ta voix me rappelle celle de Sting sur certains Titres. Te sens-tu toujours proche de la scène anglaise ? Tu as passé quelque temps Outre-Manche...

C : Vu d'ici, la scène anglaise me paraît représenter l'antithèse de Stillife. On ne cherche à copier personne, pas plus qu'à innover. Ce qui me plaît davantage chez nos cousins british, c'est l'approche naturelle qu'ils ont de la musique populaire. On est moins flegmatique chez nous, mais beaucoup plus cul-serré quand il s'agit de faire jouer un band dans un bar, ou quand il s'agit de pousser la chansonnette avec les musiciens. On se prend trop au sérieux ( Lionel le dit souvent de moi, qui n'ai qu'un huitième de sang gaulois dans les veines !). Peut-être qu'il faudrait qu'on traverse le Channel ?
Quant à ma voix, il faut savoir que Lionel retouche systématiquement ma voix à l'enregistrement. En vérité, j'ai plutôt la voix d'un Barry White, mais Lionel me trouve déjà assez viril comme ça au naturel, alors il m'ôte trois ou quatre testicules au mixage. Tant que ça n'effarouche pas notre public féminin.

LGDG: Tu as eu la révélation pour le blues lors d'un concert de BB King ?

C : En fait, un peu avant. D'où ma présence en face du King. Ce jour-là, j'ai su que je serais guitar-hero. Je ne désespère pas. Je me laisse pousser le ventre et, si je suis bien sage, je serai black dans ma prochaine vie.

LGDG: La gloire, la route, les expériences, quelle force vous pousse à avancer ?

L : Je ne sais pas trop. Qu'est ce qui fait qu'on aime passer des heures à travailler l'instrument et à présenter le résultat ? C'est étrange, quand on réfléchit un peu... Les expériences, sûrement. La simple envie de passer de bons moments et d'en faire passer au public, sans doute.

C : Je cocherais bien la case Dollar, mais tu ne la présentes pas, et de toute façon, on gagne pas un rond ! La vraie motivation, c'est le public (s'il est féminin, c'est un plus). De toute façon, quand on joue d'un instrument, et qu'on aime s'exprimer avec, c'est dur de s'en passer. La question ne se pose plus : ça fait partie de notre vie. Par là-dessus, une relation de complicité s'est instaurée avec Lionel pour produire Stillife, et quand le résultat est bon, c'est assez jouissif. C'est une espèce de cercle vicieux : plus on y goûte, plus on est gourmand. Et si d'aventure, la réaction du public est super-positive, on est tenté de se dire qu'on est né pour ça.

LGDG : La formule duo semble te convenir entre My Planet et Still Life, tu te sens à l'aise en duo ?

L : Comme je te le disais plus tôt, j'y suis venu par hasard. Mais aujourd'hui, j'aurais du mal de m'en passer. Puis, il y avait, à l'époque où j'ai commencé à travailler en acoustique, une sorte de défi envers moi-même. Faire sonner quelque chose sans basse/batterie, et essayer de faire autant de bordel qu'un band électrique à deux, c'est une bonne école. En fait, ce que j'adorerais faire, c'est présenter un truc avec disons 1/3 de morceaux avec une basse/batterie. Mais, bon, t'imagine avec nous un bassiste et un batteur qui seraient spectateurs plus de la moitié du show ? Ca n'intéresserait personne.

LGDG : Et toi Chris, que penses-tu de la formule duo ?

C : c'est stimulant pour la complicité. C'est une partie de ping-pong permanente. Même s'il est vrai que j'imagine parfois l'impact que certains de nos morceaux pourraient avoir avec l'électricité, une basse, une batterie, un pianiste, une section cuivres, une section cordes et un arrangeur Américain. A deux, je pense que c'est vraiment plus facile de bosser.

LGDG : Pourtant, Lionel, tu connais la solitude. Affronter seul un public sur scène est une vraie expérience intérieure : un homme, une guitare, l'essence même du blues...

L : Je me souviens bien de la première fois que j'ai fait ça, dans un rade dans le 94. Quand j'ai commencé à jouer, je me disais : "Putain, comment est-ce qu'il vont prendre ça en face ? Ca ressemble à quelque chose ce que je suis en train de leur faire ?". C'était un drôle de sentiment, pas désagréable, mais drôle. M'enfin, en fait, je ne suis jamais seul. Un gars qui fait un truc vraiment tout seul, c'est autre chose. J'ai toujours Chris à coté

LGDG : Vous êtes auteurs, quelle sont vos premières sources D'inspiration ?

L : Je ne suis pas auteur, tous les textes sont de Chris.

C : J'attends désespérément qu'une muse viennent frapper à ma porte pour me le dire. Il y a un peu de l'écriture automatique surréaliste dans l'élaboration des textes. Le crayon part et on se dépêche d'entrer dans quelques clichés bien sentis, histoire de passer rapidement à une autre song. En fait, je suis assez paresseux pour écrire un texte. Pourquoi faut-il qu'un chanteur dise un texte ? Quelle fatalité ! Pour moi, l'essentiel, c'est de chanter. Mais bon, si j'étais plus intelligent, j'aurais certainement des choses sensées à dire .

LGDG : Comment envisageriez vous un album complet de votre Modern Acoustic Blues ? Est-il déjà dans les cartons ?

L : On aimerait trouver plus de temps pour enregistrer plus. On enregistre de temps en temps un ou deux morceaux. Quand il y en aura assez pour présenter une galette digne de ce nom, on pourra dire qu'on a fait un album complet ;o)

C : En fait, il ne sera pas " Modern Acoustic Blues ". Il sera " Kicking Bluesoul Ultracoustic ". On a désormais tourné cette page de notre histoire millénaire. Quant à sa date de livraison …

LGDG : Que peut-on souhaiter à Still Life pour 2004 ?

L et C: De belles dates, de belles rencontres et du fun, beaucoup de fun

LGDG : Vous avez tous les deux le mot de la fin, une histoire drôle, une anecdote, un scoop ?...

L et C: Pas de chance : le coup de la réponse en choeur, on vient de la faire !

Merci et bonne route

Le site de Still Life: stillife.free.fr

ref CD: Kicking Bluesoul Ultracoustic & Other Assorted Songs

dans la Gazette de Greenwood: Still Life: Modern Acoustic Blues (LGDG n°20)

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Sharrie Williams
au jazz club Lionel Hampton

date: 28 novembre 2003
de: Jocelyn "Blues Trotter" Richez <jocelyn.richez@wanadoo.fr>
(photos de l'auteur)

Sharrie Williams (photo Jocelyn Richez) Hier soir, je suis allé voir Sharrie Williams & the Wiseguys au jazz club Lionel Hampton, à l'hôtel méridien de la porte Maillot.

Je dois préciser que je l'avais découverte en février 2002 au Quai du Blues (sur les conseils avisés de l'ami Jean Bakrim) où elle était accompagnée, à l'époque, par un groupe fait de bric et de broc mais comprenant néanmoins Calvin "Vino" Louden, ex guitariste de Koko Taylor. Malgré tous les défauts qui peuvent apparaître dans un tel contexte (manque de répétition, répertoire passe partout sans parler du traditionnel anniversaire...), j'avais constaté que Sharrie Williams avait un vrai potentiel vocal, une forte personnalité, une présence, une implication. Bref, à revoir dans un autre contexte.

Et ce fut le cas en cette fin d'année 2002 à Utrecht où, à vrai dire, personne (ou presque) ne la connaissait et forcément personne ne l'attendait; et ce fut la surprise, la révélation !

Le public découvrait dans l'atmosphère surchauffée et devenue presque irrespirable (par la foule d'une densité rarement vue) son fameux rockin' gospel et les Wiseguys dont le fameux guitariste James Owens. Son show explosif fut un véritable tour de force mêlant énergie et émotion. Tous les médias présent ce jour-là (dont La Gazette de Greenwood!) ont salué sa prestation. Sa réputation est alors montée en flèche avec notamment une participation au festival d'Ecaussinnes, une couverture de Blues Feeling et un grand article (que dis-je, une véritable saga) dans le dernier Soul Bag, sans oublier des concerts dans les salles européennes les plus réputées comme Tournon d'Agenais.

Après son passage au festival de Lucerne, la voici pour une semaine à Paris; je m'en serais voulu de ne pas y aller. Pris dans les embouteillages, j'ai eu peur de rater le début mais j'ai eu de la chance d'arriver pile au début du concert. Première constatation, le jazz club est vraiment copieusement rempli pour un jeudi, sa réputation a très nettement augmenté depuis l'époque où elle passait au Quai du Blues (2001 et 2002). Une nouvelle fois, je suis surpris par la jeunesse des Wiseguys, le groupe qui accompagne Sharrie Williams. Comme quoi, il y a aussi une relève outre Atlantique, les jeunes blacks ne chantent donc pas tous du rap, tant mieux !

Les Wiseguys se mettent en évidence durant les 2 premiers morceaux en attendant la montée sur scène de Sharrie Williams, en particulier le guitariste James Owens, au jeu d'une grande finesse, très jazzy, avec ou sans médiator, il caresse les cordes et surtout joue avec un volume relativement bas (ce qui ne l'empêche pas de se distinguer - beaucoup de guitaristes devraient méditer...). Idem pour le batteur, Sterling Lee Owens qui semble être le chef d'orchestre et en tout cas le présentateur, beaucoup de finesse également. C'est un vrai batteur de blues, pas un frappeur comme ce que j'avais vu la veille (il ne vaut mieux pas citer le nom). Arrive donc Sharrie Williams qui débute avec le standard I'm ready et c'est justement là que survient une panne de micro (fait rarissime au jazz club Lionel Hampton), elle a néanmoins chanté l'intégralité de la chanson sans micro, en modifiant les paroles en fonction du contexte particulier, faisant preuve d'une exceptionnelle capacité de réaction. Elle a réussi avec une bonne dose d'humour et de bonne humeur (aussi de talent) à tirer parti de cet incident. Après une petite pause forcée de quelques minutes, le show reprend pour de bon. Sharrie Williams chante alors son répertoire fait majoritairement de compositions personnelles chantés avec conviction. Elle a d'ailleurs annoncé la sortie prochaine d'un nouveau CD sur le label Crosscut. Par rapport à Utrecht, la prestation est moins explosive, je ne retrouve pas l'énergie de ce court concert, elle chante moins en force, le côté rock a été remplacé par une facette jazzy et je ne m'en plains pas. Son influence gospel reste omniprésente, mêlée à une musique délibérément blues avec des facettes jazz et funk. Boney Fields, présent dans la salle, a visiblement apprécié (je m'attendais à un bœuf, mais il n'a pas eu lieu).

Sharrie Williams (photo Jocelyn Richez) Bref, la musique de Sharrie Williams s'est sophistiquée mais c'est sans doute aussi lié au lieu feutré (le jazz club Lionel Hampton) où les concerts durent 2 fois 1h30. Il faut donc savoir se ménager pour tenir la distance.

Quant aux moments indiscutablement les plus forts de ce concert, ce furent la fin de chaque set avec, à chaque fois, un morceau auto-biographique racontant des passages douloureux de sa vie. On a alors découvert une Sharrie Williams complètement impliquée, revivant toutes ces scènes dramatiques, sur le fil du rasoir, au bord de la rupture (elle a même éclaté en larmes au final). La première de ces deux chansons retraçait son combat face à la drogue et comment elle s'en est sortie. La deuxième, What kind of Man is this ?, encore plus forte, plus violente, remontait encore plus loin dans ses douloureux souvenirs, évoquant son premier mariage, l'extrême violence de son mari et son expérience de femme battue. Ce titre très théâtral a bien duré un quart d'heure, avec (j'en ai l'intime conviction) une grosse part d'improvisation dans les paroles. Un moment vraiment poignant d'une intensité exceptionnelle qui m'a donné des frissons dans le dos. Elle semblait revivre ces moments, encaisser les coups de nouveau, lutter contre ce sinistre personnage avec une force et une conviction grandissantes au fur et à mesure qu'avançait la chanson, l'émotion gagnant progressivement toute la salle. L'accompagnement des Wiseguys, magnifique notamment sur ce morceau, accentuait encore le côté poignant et dramatique des textes. un grand moment d'émotion ! Un grand moment de blues tout simplement. Elle a terminé en larmes, en répétant "I'm alive !". Après un tel titre, impossible d'enchaîner. Le public n'a pas réclamé de rappel, il faut dire qu'à 2 heures du matin, il est plus que l'heure d'aller se coucher. J'ai néanmoins pu aller discuter quelques minutes avec Sharrie après le concert. On a parlé de choses et d'autres, des souvenirs du Quai du Blues et d'Utrecht, de son groupe, de mon voyage au Michigan (j'étais surpris qu'elle ne connaisse pas Felix Ybarra, le président de la West Michigan Blues Society), de Rollin' & Tumblin', de l'article dans soul bag, de son site web et de Georges Lemaire bien sûr.

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Sharrie Williams
le concert du siècle au Spirit
(Verviers, 19 novembre 2003)

date: 25 novembre 2003
de: Didier "Spirit" Dirix <dirix.d@skynet.be>
(photos Jocelyn Richez)

Dans la série : " le concert du siècle ", voici un nouvel épisode qui bat déjà tous les records.

En effet, Sharrie Williams, c'est tout bonnement l'événement de la décennie qui s'annonce. C'est en tout cas vraiment le concert blues 2003 au Spirit Of 66 et je le dis sans emphase ! M'est avis que ce bout de bonne femme ne va pas en rester là. Heureusement pour ceux qui l'ont loupée, on va en entendre parler longtemps, c'est certain, et il est déjà sûr qu'elle reviendra en mars 2004 à Verviers (scoop !!!).

Comme c'est toujours le cas, lors d'aussi belles soirées, je manque de superlatifs pour qualifier l'importance réelle de l'événement !

Sharrie Williams (photo Jocelyn Richez) Dire que j'ai entendu prononcer pour la première fois le nom de cette blues woman hors normes il n'y a pas deux mois. Encore une fois, grâce à Francis et à son flair, il m'a été donné de découvrir, en compagnie d'une centaine de veinards, le must de l'émotion musicale et de la sincérité artistique.

Grâce aussi à Malika Ben Brahim et à Georges Lemaire qui l'ont superbement présentée dans "AMERICA", deux jours avant. Pour tous les distraits, je rappelle que cette géniale émission de blues a lieu tous les lundis de 20 à 22 heures sur la RTBF Première et qu'il y a vraiment intérêt à l'écouter.

Sharrie Williams, originaire du Michigan a tout appris dans les églises. Son chant et son énergie rompus à cet extraordinaire exercice que représente le gospel sont explosifs. Sa voix est parfaite. Elle dispose d'un registre époustouflant et alterne avec bonheur toutes les octaves sans faiblesse ni souffle court. Elle est impériale sur chaque note, très naturelle et couvre le micro de manière instinctive avec cette pertinence et cette élégante conviction que seuls les " black " rendent irrésistibles.

Mais la difficulté ne la rebute pas et les écarts scatés ou simplement les explosions de rage que son blues peut laisser passer ne donnent jamais dans la saturation. C'est d'abord une chanteuse sincère et vive qui met ses qualités vocales au service d'un art non exempt de souffrance mais c'est aussi une admirable compositrice qui peut canaliser, sans chercher la facilité, ses passions dans des expressions multiples.

Soliste des Greater Williams Temple Inspirational Voices, elle a participé à quelques "live" enflammés et fait montre d'une parfaite maîtrise des genres (gospel, jazz et blues). Elle s'est intéressée au théâtre également mais a surtout privilégié la musique. On la trouve en première partie (ou aux côtés) de Larry McCray, Koko Taylor, Walter Trout, Dizzy Gillespie ainsi que Johnny Taylor et Delbert McClinton, pour ne citer que les principaux.

Des événements douloureux vont émailler quelques années de sa vie maritale suivis de nombreux excès de compensation mais heureusement, la musique la reconstruit. Elle devient soliste de Blues Controversy uis crée le band Wiseguys pour l'accompagner dans le club du même nom dont elle se rend, à la longue, co-propriétaire.

Elle anime aussi quelques beaux soirs du Buddy Guy's Legends en opening act y compris pour Buddy Guy himself et se fait finalement remarquer par Mike Vernon qu'elle fascine littéralement. Deux albums seront réalisés avec sa collaboration Real Woman et Live at Wiseguys. Deux autres sont en préparation.

Cette grande dame du gospel blues fait passer une intensité affective énorme dans ses concerts et domine largement son sujet, mais elle a la chance de pouvoir s'appuyer sur un groupe exceptionnel, les fameux "Wiseguys" sans lesquels, à mon avis, elle n'atteindrait pas ce niveau de perfection.

Car ce groupe est réellement fantastique. Il vaut à la fois par l'extraordinaire qualité personnelle de chacun de ses membres mais aussi par une sorte d'alchimie qui unit d'abord les musiciens entre eux comme un seul homme. Cette entité entre alors en osmose fusionnelle spontanée avec Sharrie Williams qu'elle sublime littéralement.

J'ai la chance de disposer de l'enregistrement du concert et de l'écouter au moment où je rédige mes commentaires et je me dis à chaque seconde que j'ai assisté là à une véritable performance musicale. On peut, en effet, remarquer, au replay, l'incroyable niveau de jeu et les prouesses vocales et musicales auxquelles se sont livrés Sharrie Williams and The Wiseguys pendant près de trois heures... !!! C'est pas possible, ils ont joué comme si ils passaient un examen ou quoi ???

D'habitude, les artistes présentent une première partie dite "de chauffe" et puis atteignent progressivement le sommet de la carburation en deuxième set. Ici, rien de tout cela. Le sommet tout de suite, à fond les manettes directement ! Energie, démesure, intensité, folie, explosion continue, la to...ta...le pendant une heure et quart et puis le dépassement du sommet, le délire des sens, un véritable catapultage sur la planète Mars, à la vitesse de la lumière pendant près de deux heures supplémentaires. Même pas eu le temps d'attacher les ceintures, dis donc ! Là-dessus, alors qu'on est déjà dans une autre galaxie, voilà la Miss qui nous sert deux sorties incommensurables (je vais en reparler...). On passe donc largement du septième au neuvième ciel et bien que nous soyons déjà éternels et milliardaires de bonheur, elle nous fait encore faire six au Lotto de la jouissance, dans le final, la brave Dame !

Et tu viendrais te plaindre après cela, toi ?

Incroyable, je ne peux même pas m'empêcher d'applaudir en écoutant ce témoignage sonore superbe.

Eh bien, on va revivre tout cela, alors ! Let's go for the show !!!

Sharrie Williams (photo Jocelyn Richez) Démarrage académique sur un instrumental colossal pour préparer la venue de la Belle... et annonce torride de Sterling Brooks, le batteur, comme dans les clips sur la Tamla dis donc (ladidon)... C'est beau, c'est grand, ça a de la gueule et ça nous propulse instantanément dans la stratosphère parce que c'est I'll take you there, l'incommensurable hit des Staple Singers qui cartonne dans nos petites oreilles ébahies et nos tripes ravies comme si Rufus Thomas, les Four Tops et les Supremes s'étaient donné rendez-vous à Verviers, quoi... Quelle voix elle a Sharrie ("Chéria" comme dit Sterling). Quelle voix djiiiiizzzzzzuuuuuuuuuusssssss !

Petit arrêt pour reprendre son souffle (normal après un classique pareil) et stupeur, énorme surprise, mon ami André Sironval ne se tient plus, voici que résonnent les premiers accords du colossal Born under a bad sign!!! C'est William Bell et Booker T Jones qui ont écrit cela à leurs plus belles heures et Sharrie Williams en donne ici une version terrible. On sent qu'elle connaît la chanson sur le bout de l'âme et que ce n'est pas étranger à son vécu. A propos de vécu, nous, après le solo final de James Owens, on serait plutôt sur la deuxième syllabe (joke...).

What's wrong with you, à l'intro plutôt jazzy, dévie rapidement vers le tout gros blues qui tue. Passé l'assise musclée de la paire basse/batterie, on découvre dans ce ravissant morceau de bravoure un canon choral polyphonique déjanté du plus bel effet (ce que mon ami André appelle "cacophonie" serait plutôt pour moi de la "calophonie" mais j'en conviens, ce que je dis là est un peu "capilo-tracté").

La rythmique de Give it a chance est délicieuse, j'adore cette façon de jouer relevé et la simplicité mélodique accrocheuse de la chanson. L'emballement rythmique qui la conclut met la salle en transes et ça dégouline de partout. L'appui permanent du band sur les gimmicks vocaux de Sharrie Williams est le signe évident d'une grande cohésion. On se croirait revenu aux plus belles heures de l'Appolo Theatre. C'est dans cette fournaise, au point d'ébullition culminant que Sharrie Williams choisit de placer ce qui restera un des deux plus colossaux funky blues de la soirée : Standing on a shaky ground (de Bowen/Boyd/Hazell reprise par D. McClinton). Les parties de claviers sont adorables et Pietro Taucher souverain... Quelques échanges de chorus a capella accroissent encore la beauté de cette chanson qui déménage grave (comme on dit maintenant).

I can't take no more donne un crédit illimité à cette soirée blues de haut de gamme. C'est le blues par excellence, lent, vaporeux, tiède et déchiré, planant au-dessus de nos têtes comme la fumée de cigarettes. Il devient progressivement plus dur et se termine en véritable apothéose de claviers et de vocaux tendus. Il fait partie des quatre blues d'enfer servis ce soir. Le suivant est également un moment d'anthologie rien que par son titre (c'est une composition originale du groupe) : Although I sing the blues (I refuse to loose). Ca commence sur un rythme "rumba" marqué et des arpèges de guitares rentrés puis progressivement le beat se scande méchamment et l'on entre alors dans le mix fabuleux boogie-funk pour revenir sur le chant incroyable de sensibilité de Sharrie. Six minutes plus tard, les longs soli wah wah démesurés de James Owens envahissent l'espace littéralement propulsés par les accords plein pot magnifiques du Hammond. Ca te soulève de terre ce machin... Fou !

Sortie de Sharrie Williams pendant que le band continue son infernale sarabande psychédélique pour atterrir sur quelques accords mineurs et la fuite des notes subtiles entre les coups de tom légers...

Inutile de dire que le break a permis de rester entiers après ce premier set de folie et que tout le monde se demandait comment cela allait finir...

Nouvel instrumental "Wiseguys" pour (re)démarrer qui montre à quel point le blues, le jazz et le classique sont liés dans la même élégance. Pietro Taucher a une longue formation musicale qui transpire à travers les arrangements costauds de ce morceau... C'est un régal. Ses coups de claviers homériques serviront de trame à Real woman titre éponyme du premier album de Sharrie Williams. A nouveau, nous glissons vers le beat funky marqué et pour le moins explosif.

Le contraste avec What kind of man is this ? chef-d'œuvre parmi les chef-d'œuvres vaut le détour... Nous nous disions avec Francis que cette chanson est sans doute le plus grand blues jamais entendu à Verviers. Que ce soit par sa longueur (près de vingt-cinq minutes), son intensité (violence conjugale autobiographique) ou la qualité de son interprétation, nous avons vraiment franchi un palier à ce moment-là. Reculer aussi loin et aussi bien les limites du genre, ça laisse béat d'admiration. Six jours après, je n'en suis pas encore revenu... Par opposition avec la face sombre du précédent, He's my man qui suivit est la face claire du blues. Cet amour tendre et sincère pour un mec plus âgé qui la considère est touchant. Un long monologue "explicatif" précède ce titre adorablement bien interprété. Les touches d'humanité qui sont exhalées par le chant de Sharrie sont si justes et si belles qu'elles atteignent automatiquement les sens et décuplent l'émotion.

A partir de là, le concert (qui était déjà au top de l'effervescence et du bouillonnement) s'est emballé de manière indescriptible à la fois par la succession des titres plus chauds les uns que les autres mais aussi par l'incroyable capacité qu'a Sharrie Williams de galvaniser l'audience et surtout grâce à la qualité sans faille du groupe qui l'accompagne et qui est sorti du bois pour passer la surmultipliée dans un florilège de parties solistes admirables et de complémentarité instrumentale solidaire étonnante.

Strong hold (compo du bassiste Marco Franco) est le plus bel exemple de ce que je dis. Au départ d'un titre funky classique, il se produit, en cours de route, un emballement général sidérant qui voit les musiciens surenchérir en permanence sur leurs propres expressions et monter le ton de manière insensible si bien qu'en croyant être au deuxième étage de la baraque, on se rend compte qu'on est, en fait, déjà sur le toit. J'vous dis pas le panoramique qu'on se paie alors. Ce morceau a donné l'occasion à Marco Franco (basse) de sortir le grand jeu. Ce qu'il a fait là pendant dix minutes, aurait rendu baba T.M. Stevens lui-même. C'est dire...

Quant à Pietro , il y est allé de toutes les parties de son corps pour solliciter brillamment ses claviers (même avec le nez dis donc (nédidon) en malmenant le Roland et surtout le Hammond dans le genre grosses baffes qui gardent du sens. Ouh ! Ouh ! La folie, le délire ! Et c'était pas fini...

On s'est pris dans la tronche juste après le I'd rather go blind d'Etta James, façon Sharrie Williams, merveilleuse de sensibilité et lumineuse, mélodiquement parlant, un instant beau à chialer, quoi... Avec un paroxysme dans le chant absolument impressionnant. La suite du morceau est boostée par le band qui repart de plus belle dans un assemblage puissant de phrases mélodiques enchevêtrées sur les cris rageurs de Sharrie Williams, mais où cela va-t-il conduire ? C'est géant... Suit alors un long passage improvisé à la limite du scat collectif où tout reste crédible. James Owens réussit à cadrer ses accords pile poil sur les respirations de la chanteuse. Qu'est-ce qu'il joue bien, ce gars ! Sterling Brooks conduit le chant à son tour, c'est fabuleux... Non content d'être un batteur parfait pour ce genre de concert, il sait aussi y faire dans les vocalises. James Owens n'est pas en reste ni Pietro Taucher non plus d'ailleurs. Ils remettent cela en chorus parfait. C'est bien sûr cela qui fait la force du groupe. Cette multi-capacité d'apporter chaque fois un petit plus sur le jeu de base ne peut qu'ajouter au merveilleux et donner du bonheur.

Le final s'annonçait grandiose, forcément. Mais pas au point où on l'a vraiment vécu. Just you and me sorte d'impro voisine de la gospel attitude a carrément mis le feu à la maison. Sharrie est descendue dans la salle pour embra(s)ser l'assistance et prendre les gens par la main sur un rythme endiablé (ma copine Françoise y est passée). Elle nous a tout fait la donzelle, même une imitation savoureuse d'Elvis Presley (je le jure !). Incroyable ce beat qui prend partout, qui galvanise et sublime les sensations. On est immensément heureux d'être là et en même temps on a déjà le cœur qui pince en sentant que ça va se terminer à un moment ou l'autre. C'est pas possible, on ne peut pas rester à Mach 3 tout le temps, va quand même bien falloir penser à l'atterrissage... On a terminé tout cela dans le gros boogie à la Lionel Hampton avec un Pietro Taucher déchaîné, l'ami Brooks aux drums en délire complet, la guitare de James Owens en feu et les claviers fondus... et nous avec !

LE rappel (je mets des majuscules exprès) vaut bien toutes les finales de concert déjà vécues au Spirit. Même si le très long monologue qui l'a précédé nous a tenus en haleine un certain temps, quand résonnèrent les premières notes de Purple rain, tout a explosé comme jamais en ces lieux mythiques qui en ont pourtant déjà tant vu ! C'est évidemment une grande chanson mais l'interprétation qu'en fait Sharrie Williams en la liant à son propre vécu est divine (aie ! le mot est lâché !). Elle transcende totalement le hit sulfureux de Prince pour en faire un élément libérateur de nos propres tensions, une sorte d'exutoire à sa propre souffrance qui vient en fin de concert comme un message lumineux créer une solidarité parfaite entre le public et les artistes au sommet de leur art, on peut le dire...

Ouhhhhhhhh ! Quelle affaire à Verviers. Ce genre de sommet, j'avoue qu'il faut le vivre pour le croire. Heureusement qu'il existe quelques extraits sonores pour éviter d'en douter. J'vous dis pas les trois soli ultimes (rien moins) que nous sert James Owens, tout grand guitariste devant l'éternel. Il y va gaiement, le bougre. Je me demande comment il ne se brûle pas les doigts. Sa guitare est proche du point de fusion... Heureusement, cela se calme, ce fabuleux morceau se termine sur un soupir, une note bleue qui vacille mais nous donne tant à rêver que le monde puisse être meilleur et les gens plus positifs grâce à la musique... grâce à toi, Sharrie !!!

Merci à André Sironval et à Georges Lemaire surtout qui m'ont permis de valider la playlist de ce concert mémorable...

Set 1

Set 2

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Tee à tournon d'Agenais
Le blues du Blues qui n'existe plus

date: 23 novembre 2003
de: Christian "TRB" Andrieu <Christian.Andrieu@wanadoo.fr>
(photo © Mireille)

Marc Thisj (photo Mireille) Amis du Blues, Bonjour! C'est quoi le Blues? Je ne sais pas!.

C'est quoi le Blues qui n'existe plus? C'est Tee!!!

C'est lui le premier des fils du dernier des Mohicans.

Le Blues, pour beaucoup (dont moi-même), c'est essentiellement le Chicago Blues électrique de l'après guerre, surtout dans sa version "West side", avec son côté dramatique, introverti. celui qui vous donne des frissons quand "ça marche", et vous hérisse les poils des bras.

C'est un Blues qui n'existe plus guère, les grands anciens sont en voie de disparition, ou en manque cruel de créativité (voire se cantonnent sur scène dans du cirque comme celui de Buddy Guy). Quant aux jeunes Bluesmen Black, la plupart se sont moulés dans le créneau "Blues-rock-funky" formaté FM.(1)

Devinette : Quand vous allez à un concert de blues, combien allez-vous entendre de Blues (Je veux dire hors shuffles et boogies, je veux dire de vrais Blues lents!) ? Allez, un voire deux par gig maximum!!!

Avec Tee, quel bonheur! Il interprète cette musique, tant à la guitare qu'au chant, avec tant de fraîcheur et d'urgence, qu'on a l'impression qu'elle vient à peine de naître.

Les Blues lents. Ouah!. Surtout ceux en mineur! Ouah!. Quel feeling, quelle classe! Je n'ai pas compté, mais ce doit constituer 30% de son répertoire!. C'est bien évidemment le plus difficile, car là, la technique ne se voit plus, on ne peut pas tricher, le mec doit "sortir ses tripes" et les balancer à la gueule du public.

Alors, quand c'est mal fait, c'est ridicule (J'ai les noms!!), mais quand c'est Tee, c'est géant!

Et puis, tous les musiciens sont en osmose totale avec cet état d'esprit! Les mecs ont tous un bagage technique exceptionnel qui leur permet de se fondre dans l'ambiance et dans le climat. Ah, ce sax ténor, et surtout le baryton!.

Qu'ajouter d'autre? Que ces musiciens si talentueux ont animé un stage la semaine précédant le concert, et que les stagiaires sont encore sur le cul de la gentillesse, de la disponibilité et de la qualité technique de l'enseignement. J'ai vu Marc Tee avant le concert d'ouverture des stagiaires aller voir chacun pour lui adresser quelques paroles, quelques dernières recommandations et encouragements.

Tiens, en vrac, c'est en plus un excellent showman! Tiens, il a, au milieu du concert, invité son nouveau copain, Mr Tchang pour jouer et chanter 2 morceaux!

Ce mec est trop, ce mec est Tee!

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Enrico Crivellaro
Key to my Kingdom

date: 12 décembre 2003
de: Jocelyn Richez

Sans doute connaissez-vous le label Electro-Fi ? C'est le label de Snooky Pryor, Mel Brown, Little Mac Simmons, Kenny "Blue Boss" Wayne, Mark Hummel, Fruteland Jackson, Harmonica Shah etc...

Comme vous le voyez, le label d'Andrew Galloway est un label de qualité qui a sorti quelques uns des meilleurs CD's de blues de ces dernières années. Et le CD d'Enrico Crivellaro, sorti en cette fin d'année 2003, est bien dans la lignée des autres CD's du label, c'est à dire excellent. Pour Enrico Crivellaro qui a déjà enregistré plusieurs CD's en tant que sideman (notamment pour James Harman, Janiva Magness, Royal Crown Revue), c'est son premier CD sous son propre nom et pour un coup d'essai, il faut avouer que c'est un coup de maître !

Il faut dire qu'il y est entouré d'un "All stars band" impressionnant comprenant Rick Reed à la basse, Steve Mugalian à la batterie, Jeff Turmes au saxophone, Bruce Katz au piano et à l'orgue Hammond. Les chanteurs ne sont autres que Finis Tasby sur 6 titres et James Harman sur les 2 autres ! Et puis, cerise sur le gâteau, il y a Alex Schultz en invité à la guitare sur 2 titres ! Bref, du beau monde ...

Au final, on découvre un CD très homogène, et cela malgré l'éclectisme manifeste d'Enrico Crivellaro qui fait que son blues prend souvent une couleur Rhythm & Blues, parfois une couleur plus jazz. Suivant les morceaux, son jeu de guitare peut être tendu, cinglant, tortueux, toujours fluide et jamais démonstratif. Ce CD comporte une composition d'Enrico Crivellaro, l'instrumental Train to Venice, guitare jazzy à souhait, l'orgue Hammond de Bruce Katz y est très présent et le solo de trompette de Scott Steen est tout simplement somptueux: un chef d'œuvre ! Il comporte aussi 2 titres originaux co-signés Harman / Crivellaro, Drinkin' Cheap Champagne et Help Me Flip Another Flop chantés par James Harman avec une remarquable participation d'Alex Schultz sur le deuxième. Les amateurs de James Harman aimeront forcément ces deux titres. Drinkin' Cheap Champagne est un shuffle aux paroles humoristiques sur lequel le son de guitare d'Enrico est terrible !

Les 9 autres titres sont des reprises judicieusement choisies, comme le titre éponyme Key to my Kingdom, un morceau méconnu de BB King. La voix soul et acidulée de Finis Tasby y fait merveille. Il y a aussi 2 reprises de Percy Mayfield, You're in for a Big Surprise qui ouvre le CD et Stand By, un shuffle sur lequel Enrico envoie un solo de guitare cinglant en réponse au solo d'orgue Hammond. Black Jack et Black Coffee sont 2 instrumentaux résolument jazz où la trompette de Scott Steen est très présente. Sur Rain is a Bringdown, un vieux morceau de Ruth Brown dont les paroles ont été quelque peu modifiées pour Finis Tasby, Enrico Crivellaro joue une somptueuse intro de guitare de 1 minute 30. Autant dire 1 minute 30 de pur plaisir. Makin' Money est un titre de Jeff Turmes sur lequel Finis Tasby a improvisé un couplet supplémentaire. The IN Crown est un instrumental sur lequel Bruce Katz joue un impressionnant solo de piano en réponse à la guitare aérienne d'Enrico.

Philippe Pretet m'a signalé qu'Enrico Crivellaro était présent cette année au festival de Lucerne, dans le groupe de Mel Brown. Sa prestation fut, paraît-il, des plus brillantes. J'ajoute que le personnage est aussi sympathique que talentueux, souriant et abordable. C'est incontestablement un très GRAND.

ref CD: Enrico Crivellaro - Key to my Kingdom - Electro-Fi (E-Fi 3379)

Trois sites à visiter:

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Mojo Band
File Under Blues

date: 15 décembre 2003
de: René Malines <rene.malines@free.fr>

Alors que chez les amateurs, le débat fait rage sur le thème : "c'en est, c'en est pas" ou plus subtil, genre les modernes contre les anciens, à coups d'arguments bien sentis : "encore des reprises, c'est la crise, toujours des standards, y'en a marre" ou bien encore "en français ? en anglais ? en patois ? oui mais lequel ?" Mojo Band fait son bonhomme de chemin, loin des querelles, loin des chapelles et des conflits de ceux qui jugent la musique (dont votre serviteur, personne n'est parfait ;).

Eux, la musique, ils la font. Et, totalement à contre-courant de toutes ces chamailleries, ils créent, à partir de standards. Mais peut-on encore parler de "reprises" ? Difficile à dire. Car les 4 gars de Mojo Band joue effectivement des titres écrits par d'autres, mais ils ne les reprennent pas, non. Ils les prennent, ils les jouent, encore et encore, ils font leur cuisine et restituent à l'auditoire quelque chose de totalement original, complètement transformé.

En ce sens, oui, ils créent, absolument. Rarement a-t-on entendu batteur de blues aussi subtil sous nos cieux. Charles Duytschaever, en dehors du groupe, joue aussi du jazz. Pas étonnant qu'il maîtrise son instrument de la sorte. Et si Stéphane Barral fait montre d'un goût plus rockab' - il n'y a qu'à le voir pour s'en convaincre - sa contrebasse se marie parfaitement au swing de Charles pour fournir une assise toute de force et de finesse à la fois à cette formation décidément hors du commun.

Xavier Laune, l'harmoniciste, pourrait sembler le plus traditionnellement blues de la bande, jusqu'à ce qu'on lui prête une oreille plus attentive. On s'aperçoit alors que l'éventail de ses possibilités est bien plus large. Et qu'il joue sur diatonique ou chromatique, qu'il sonne ample et plein ou saturé avec une attaque pleine d'allant, amplifié ou acoustique, ses interventions, tant en soliste qu'en accompagnateur, sont toujours un plaisir pour l'oreille.

Mais celui qui semble mener toute cette petite troupe, c'est Julien Biget. Gueule d'ange, l'air de ne pas y toucher, ce tout jeune homme, les yeux fermés, du coin des lèvres, vous envoie un chant qui vous prend aux tripes et l'on ne sait plus si l'on doit laisser couler la larme qui vous perle au coin de l'oil ou s'élargir encore le sourire qui ne manque pas de vous écarteler les zygomatiques. Les deux peut-être? Difficile en tous cas de définir ce chant à l'exceptionnelle séduction. Disons, pour tenter de situer, qu'il est quelque part entre le Kevin Doublé de Scratch My Back et le Tom Waits des débuts, avant que la voix de l'Américain ne devienne la monstruosité que l'on sait. Julien joue de la guitare aussi. Et s'il connaît les plans du blues - aucun doute à ce sujet - il évite d'en abuser, leur préférant un jeu plus personnel, à l'économie certes, mais riche d'harmonie, de musicalité.

C'est clair, ce garçon a beaucoup appris des bienfaits de l'improvisation, et malgré son apparente jeunesse, ce qu'il met à profit dans son jeu, single note, picking ou slide, acoustique ou électrique, seule l'expérience peut l'apporter. Quelques lachés de notes au détour d'un solo démontrent d'ailleurs que s'il joue à l'économie, ce n'est pas par incapacité d'en faire plus, mais bien par choix. Il préfère un propos clair à un long discours, les mélomanes apprécieront. En concert, on découvre à son écoute, n'ayons pas peur des mots, l'un des guitaristes les plus intéressants de la scène blues française.

Et tout ce petit monde s'est enregistré il y a deux ans à Lille, d'où nous vient le Mojo Band. L'impression d'ensemble pourrait se résumer à "du blues passablement jazzifié" joué avec énormément de talent, mais ce serait forcément réducteur. Le plaisir qu'on éprouve à l'écoute de Mojo Band, sur l'album et peut-être plus encore en live, est bien supérieur à ce que tous les mots pourraient laisser penser. Si ce n'est déjà fait, un groupe à découvrir de toute urgence, et à suivre de très, très près.

ref CD: Mojo Band, File Under Blues, Autoproduit - mojo 1, 2001 (36 : 54)

Ce disque a également été chroniqué dans notre Rubriqu'à Blues de LGDG n°55

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La plupart des vieux bluesmen sont morts jeunes
le top-127 des vieux de la vieille

date: 1er décembre 2003
de: Patrice Champarou <pmchamp@club-internet.fr>

Le blues d'avant-guerre offre une variété de styles bien plus importante qu'on ne l'imagine généralement, et les artistes qui ont laissé des traces dans la cire sont quasiment aussi nombreux que dans le domaine du jazz, plus d'un millier selon Godrich & Dixon qui ont recensé l'ensemble des titres enregistrés entre 1921 et 1943.

Ces musiciens, ces groupes obscurs ou célèbres en leur temps se répartissent approximativement de la manière suivante :

  • Vocalistes de blues "classique" et urbain : 450
  • Chanteurs guitaristes : 240
  • Chanteurs pianistes : 100
  • String bands, jug bands et autre formations d'inspiration rurale : 100
  • Vocalistes associés à ces groupes : 90
  • Harmonicistes : 40
  • Pianistes : 32
  • Chanteurs évangélistes : 12

Ceci sans tenir compte des chœurs de musique religieuse, des groupes folk et Cajun, ni des nombreux bluesmen qui n'ont pas eu la possibilité d'enregistrer commercialement dans cette période. La sélection qui suit s'efforce de mentionner les musiciens les plus représentatifs d'un style ou d'une région, qu'ils aient enregistré quatre titres ou plusieurs centaines, en donnant la priorité à ceux qui ont poursuivi leur carrière après-guerre (indiqués par un astérisque). Cette liste est évidemment imparfaite et le classement retenu tout aussi critiquable, on pourrait y ajouter bien d'autres grands noms, associer plusieurs d'entre eux à différents styles, régions ou localités… et souligner que l'origine de certains chanteurs n'est pas clairement établie! Mais il s'agit avant tout de donner une idée de l'importance du pre-war blues en présentant une partie - à peu près dix pour cent - de ses créateurs.

Le nom de chaque interprète est suivi d'un titre qui correspond soit à une composition marquante, soit à un thème connu; précisons toutefois que l'année d'enregistrement ne coïncide pas nécessairement avec le début de sa carrière discographique.

Vocalistes : blues classique et vaudeville

  • Sara Martin, v (Sugar Blues, 1922)
  • Ida Cox, v (Any Woman's Blues, 1923)*
  • Gertrude "Ma" Rainey, v (See See Rider, 1924)
  • Bessie Smith, v (The St Louis Blues, 1925)
  • Bertha "Chippie" Hill, v (Pratt City Blues, 1926)
  • Victoria Spivey, v (T-B Blues, 1927)*
  • Butterbeans And Susie, v (Papa Ain't No Santa Claus, 1930)*
Ida Cox

Mississippi et Memphis : les grands précurseurs du blues rural

  • Papa Freddie Spruell, v, g (Muddy Water Blues, 1926)
  • William Harris, v, g (Bull Frog Blues, 1928)
  • Mississippi John Hurt, v, g (Avalon Blues, 1928)*
  • Robert Wilkins, v, g (Rolling Stone, 1928)*
  • Walter Furry Lewis, v, g (Kassie Jones, 1928)*
  • Garfield Akers, v, g (Cotton Field Blues, 1929)
  • Joe Calicott, v, g (Fare Thee Well Blues, 1930)*
William HarrisMississippi John Hurt

Alabama

  • Sam Butler aka Bo Weavil Jackson, v, g (You Can't Keep No Brown, 1926)
  • Ed Bell, v, g (Mamlish Blues, 1927)
  • Jaybird Coleman, v, h (Man Trouble Blues, 1927)
  • George "Bullet" Williams, v, h (Frisco Leavin' Birmingham, 1928)
  • Buddy Boy Hawkins, v, g (Snatch It And Grab It, 1929)
Sam Butler aka Bo Weavil Jackson

Louisiane et Sud du Mississippi

  • Richard "Rabbit" Brown, v, g (James Alley Blues, 1927)
  • Sam Collins, v, g (Hesitation Blues, 1927)
  • Henry Thomas "Ragtime Texas", v, g, quills (Bull-Doze Blues, 1928)
  • Ramblin' Thomas, v, g (Poor Boy Blues, 1928)
  • King Solomon Hill, v, g (Tell Me, Baby, 1932)
  • Leadbelly, v, g (Ella Speed, 1933)*
  • Oscar Woods, v, g (Don't Sell It, Don't Give It Away, 1936)
Sam Collins

Texas, Arkansas et Oklahoma

  • Blind Lemon Jefferson, v, g (Rabbit Foot Blues, 1926)
  • Texas Alexander, v (Levee Camp Moan, 1927)
  • Blind Willie Johnson, v, g (Dark Was The Night, Cold Was The Ground, 1927)
  • Washington Phillips, v, dolceola (Denomination Blues, 1927)
  • Jessie "Babyface" Thomas, v, g (Blue Goose Blues, 1929)*
  • Little Hat Jones, v, g (Bye Bye Baby Blues, 1930)
  • Gene Campbell, v, g (Levee Camp Man Blues, 1930)
  • Funny Paper Smith, v, g (Howlin' Wolf Blues, 1930)
  • Whistling Alex Moore, v, p (Come Back Baby, 1937)*
  • Black Ace, v, g (Black Ace, 1937)*
Blind Lemon Jefferson

Mississippi : les styles du Delta

  • Tommy Johnson, v, g (Canned Heat Blues, 1928)
  • Charley Patton, v, g (Screamin' And Hollerin' The Blues, 1929)
  • Son House, v, g (Preachin' The Blues, 1930)*
  • Willie Brown, v, g (Future Blues, 1930)
  • Blind Joe Reynolds, v, g (Married Man Blues, 1930)
  • Otto Virgial, v, g (Little Girl In Rome, 1935)
  • Robert Johnson, v, g (Sweet Home Chicago, 1936)
  • Bukka White, v, g (Parchman Farm Blues, 1940)*
  • Muddy Waters, v, g (Country Blues, 1941)*
  • Robert Lockwood, v, g (Take A Litlle Walk With Me, 1941)*
  • Robert Petway, v, g (Catfish Blues, 1941)
  • Tommy McClennan, v, g (Bluebird Blues, 1942)
  • Big Boy Crudup, v, g (Standing At My Window, 1942)*
Charley Patton

Mississippi : la région de Jackson

  • Ishmon Bracey, v, g (Saturday Blues, 1928)*
  • Reubin Lacey, v, g (Ham Hound Crave, 1928)*
  • Charlie McCoy, v, g (Last Time Blues, 1929)
  • Walter Vincson, v, g (Overtime Blues, 1929)*
  • Skip James, v, g (Hard Time Killin' Floor, 1931)*
  • Kansas Joe McCoy, v, g, mand (Joliet Bound, 1932)
  • Bo Carter, v, g / Mississippi Sheiks (Let Me Roll Your Lemon, 1935)
  • Johnnie Temple, v, g (Louise, Louise Blues, 1936)*
Mississippi Sheiks

Memphis et les jug bands

  • Jim Jackson, v, g (Kansas City Blues, 1927)
  • Frank Stokes, v, g (Mr Crump Don't Like It, 1927)
  • Will Whade; v, g / Memphis Jug Band (K.C. Moan, 1929)*
  • Gus Cannon, v, bj (Walk Right In, 1929)*
  • Noah Lewis, v, h (Chickasaw Special, 1929)
  • Jed Davenport, h (Beale Street Breakdown, 1930)
  • Memphis Minnie, v, g (Me And My Chauffeur Blues, 1941)*
Memphis MinnieFrank Stokes

Brownsville, Tennessee

  • Hambone Willie Newbern, v, g (Roll And Tumble Blues, 1929)
  • Sleepy John Estes, v, g (Someday Baby Blues, 1935)*
  • Hammie Nixon, h (accompagnateur)
  • Son Bonds, v, g (Weary Worried Blues, 1934)
  • Yank Rachel, v, g, mand (Army Man Blues, 1941)*
Sleepy John Estes

Harmonica : les grands solistes

  • DeFord Bailey, h (The Alcoholic Blues, 1927)*
  • El Watson, h (Pot Licker Blues, 1927)
  • Palmer McAbee, h (McAbee's Railroad Piece, 1928)
  • Eddie Mapp, h (Riding The Blinds, 1929)
  • Freeman Stowers, h (Railroad Blues, 1929)
  • Rhythm Willie, h (Breathtaking Blues, 1940)
DeFord Bailey

Georgie

  • Sylvester Weaver, v, g (Guitar Blues, 1923)
  • Peg Leg Howell, v, g (Tishomango Blues, 1926)*
  • William Moore, v, g (Ragtime Millionaire, 1928)
  • Barbecue Bob, v, g (Goin' Up The Country, 1928)
  • Blind Willie McTell, v, g (Statesboro Blues, 1928)*
  • Curley Weaver, v, g (Sweet Petunia, 1928)*
  • Buddy Moss, v, g (Broke Down Engine, 1933)*
  • Kokomo Arnold, v, g (Milk Cow Blues, 1934)
Blind Willie McTell

Les Carolines et le Piedmont blues

  • Pink Anderson, v, g (Everyday In The Week Blues, 1928)*
  • Willie Walker, v, g (South Carolina Rag, 1930)
  • Josh White, v, g (Good Gal, 1932)*
  • Fred McMullen, v, g (Wait And Listen, 1933)
  • Carl Martin, v, g (Crow Jane, 1935)*
  • Blind Gary Davis, v, g (Twelve Gates To The City, 1935)*
  • Blind Boy Fuller, v, g (Weeping Willow, 1937)
  • Sonny Terry, v, h (Harmonica Stomp, 1940)*
  • Brownie McGhee, v, g (Step It Up And Go, 1941)*
Blind Boy Fuller

St Louis, Missouri

  • Henry Townsend, v, g (Mistreated Blues, 1929)*
  • Teddy Darby, v, g (Lawdy Lawdy Worried Blues, 1929)*
  • Clifford Gibson, v, g (Tired Of Being Mistreated, 1929)*
  • Charley Jordan, v, g (Keep It Clean, 1930)
  • Peetie Wheatstraw, v, p (Devil's Son-In-Law, 1931)
  • Jaydee Short, v, g (Snake Doctor Blues, 1932)*
  • Big Joe Williams, v, g (Baby Please Don't Go, 1935)*
  • Walter Davis, v, p (Sweet Sixteen, 1935)*
  • Roosevelt Sykes, v, p (Night Time Is The Right Time, 1937)*
  • St Louis Jimmy, v (Goin' Down Slow, 1941)*
Charley Jordan

Blues urbain : le style "hokum" et autres grandes figures

  • Papa Charlie Jackson, v, bj (All I Want Is A Spoonful, 1925)
  • Blind Blake, v, g (Early Morning Blues, 1926)
  • Frankie "Half-Pint" Jaxon, v (Willie The Weeper, 1927)
  • "Georgia Tom" Dorsey, v, p (Long Ago Blues, 1928)*
  • Tampa Red, v, g (It's Tight Like That, 1928 )*
  • Lonnie Johnson, v, g (Careless Love, 1928)*
  • Leroy Carr, v, p (How Long, How Long Blues, 1928)
  • Scrapper Blackwell, v, g (Kokomo Blues, 1928)*
  • Lucille Bogan aka Bessie Jackson, v / Walter Roland, p (Shave'Em Dry, 1935)
  • Curtis Jones, v, p (Lonesome Bedroom Blues, 1937)*
Lonnie Johnson

Blues et boogie-woogie

  • Meade Lux Lewis, p (Honky Tonk Train Blues, 1927)*
  • Cow Cow Davenport, v, p (Cow Cow Blues, 1928)*
  • Big Joe Turner, v / Pete Johnson, p (Roll' Em Pete, 1938)*
  • Albert Ammons, p (Boogie Woogie Blues, 1939)*
  • Cripple Clarence Lofton, p (Pine Top's Boogie-Woogie, 1939)*
  • Jimmy Yancey, p (The Fives, 1939)*
  • Jimmy Rushing, v (Goin' To Chicago, 1939)*
Jimmy Yancey

Chicago, les années Bluebird

  • Big Bill Broonzy, v, g (Mississippi River Blues, 1934)*
  • Bumble Bee Slim, v (The Death Of Leroy Carr, 1935)*
  • Sonny Boy Williamson, v, h (Good Mornin' Lil' Schoolgirl, 1936)*
  • Casey Bill Weldon, v, g (W.P.A. Blues, 1936)
  • Robert Lee McCoy aka Robert Nighthawk, v, g, h (Prowlin' Night-Hawk, 1937)
  • Jazz Gillum, v, h (Key To The Highway, 1940)*
  • Washboard Sam, v, wb (Diggin' My Potatoes, 1940)*
  • Memphis Slim, v, p (Beer Drinking Woman, 1940)*
Big Bill Broonzy

légende:
v = vocal
g = guitare
p = piano
h = harmonica
wb = washboard (planche à laver)
quills = instrument proche de la flûte de Pan
dolceola = sorte de cithare équipée d'un clavier
* : musiciens ayant poursuivi leur carrière après-guerre

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Créoles et Cajuns : ne pas confondre !
Une petite mise au point par "Zyde" Phil

date: 9 décembre 2003
de: "Zyde" Phil Sauret <psauret@aol.com>

En ce qui concerne Clifton Chenier et les créoles de Louisiane, mieux vaut ne pas dire devant eux qu'ils sont cajuns même s'ils partagent des traits culturels communs. Les créoles sont des descendants d'esclaves ou des personnes venus des Antilles au 19e siècle. Les Cajuns sont eux venus du Nord après avoir été virés du Canada au 18e siècle. Lors d'une interview Buckwheat Zydeco faisait la comparaison suivante (je cite de mémoire) : "Allez dire à un Ecossais qu'il est Anglais, vous verrez sa réaction".

Bien sur il y a eu du métissage entre Blancs, Noirs et Indiens. Mais entre Blancs et Noirs les mélanges sont restés sporadiques. Les deux communautés ont longtemps entretenus de bons rapports, mais ces rapports se sont rapidement dégradés avec l'arrivée des red-necks attirés par le pétrole. Le racisme s'est alors installé confortablement. L'exemple toujours cité est celui du pauvre accordéoniste Amédée Ardoin battu à mort à la sortie d'un bal pour avoir accepté le mouchoir d'une Blanche pour s'essuyer le front.

Aujourd'hui ces rapports restent tendus entre les deux communautés. Si les Noirs acceptent la présence de Blancs dans leurs clubs comme le Richard's, le El Sido's ou le Slim's Y-Ki-Ki, c'est parce qu'ils savent que se sont des touristes en quête d'exotisme. En revanche, hors de question d'accepter des Noirs dans les clubs blancs comme le Fred's Lounge ou le La Poussière ! Plusieurs de ces clubs ont d'ailleurs été poursuivis et condamnés par le département de justice américain pour violation des droits civils ces dernières années.

Heureusement plusieurs musiciens essaient de faire changer les mentalités.

Ainsi Clifton Chenier

<Chris Strachwitz (Arhoolie Records) 
et Clifton Chenier, DR 
(photo extraite du coffret 
'The Journey of Chris Strachwitz')

qui enregistra dans les années 70 une cassette avec le chanteur de swamp pop Rod Bernard

Rod Bernard,
photo extraite du site Allmusic.com
(Boogie In Black & White).

Citons aussi les collaborations entre Nathan Williams et Michael "Beausoleil" Doucet (Creole Crossroads)

et plus récemment le disque de Geno Delafose, La Chanson Perdue,

en compagnie des Balfa Toujours qui jouent aussi régulièrement avec le vieux créole "Bois Sec" Ardoin.

Je vous invite a aller sur le lien suivant pour approfondir la question : http://www.houstonpress.com/issues/1999-11-25/music2.html/1/index.html

Citons aussi Steve Riley ou Ann Savoy qui prépare en ce moment un disque de zydeco avec chanteurs prestigieux de pop rock. Egalement Preston Frank, Willis Prudhomme ou Zydeco Joe. Tous œuvrent pour un rapprochement entre les deux communautés. Mais le chemin reste long à faire.

En ce qui concerne la timidité des créoles à parler français, je pense tout simplement qu'ils n'osent pas de peur de paraître ridicule. Lors d'un festival à Villeneuve-sur-Lot un ami avait discuté avec Fernest Arcenaux, lui demandant de parler français. Il avait d'abord refusé, puis au fil de la soirée s'était lâché. Lors de notre première interview avec Sherman Robertson pour Travel In Blues au Méridien nous lui avions demandé s'il voulait parler français ou anglais. Finalement l'entretien se déroula entièrement en anglais. Quelle ne fut pas notre surprise de l'entendre parler créole quelques jours après sur une radio parisienne durant toute l'émission ! Et récemment nous l'avons revu au Méridien et il a de nouveau beaucoup parlé créole.

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la Rubriqu' à blues…

Bandini Bros : démo

Dès la galette placée dans le lecteur, c'est l'harmo qui vous saute aux oreilles. La guitare ne tarde pas non plus. Puis le rythme s'empare de vous et vous commencez à bouger, à swinguer.
Voilà en quelques mots l'effet que peut vous faire la démo des Mighty Bandini Brothers. Les Bandini Bros, c'est une histoire belge...de famille. Jugez-en plutôt: Dans la famille Bandini, je demande Big Brett au chant et à l'harmonica, Paolo à la guitare, Jerry aux fûts, et enfin Giorgio à la contrebasse. Finalement, Hoboken Slim au chant et à l'harmo fait un peu office d'intrus.
La pochette (austère, mais bon, c'est une démo) annonce la couleur "Genuine, honest vintage Chicago-Memphis-swamp-swing-jump-new-old-stock blues from Belgium". En effet, c'est un peu tout ça qui nous est proposé et c'est tellement bien fait que les cinq titres ("Tiger Man", "In The Mood", "In The Dark", "We All Gotta Go Sometimes", So Long Baby, Goodbye") m'ont laissé sur ma faim.
Attendons donc qu'un album naisse car s'il est de la même qualité, alors ce sera une sortie à ne pas rater.


Phil Net

( 2003 )

Mighty Bandini
Bros





Matti Norlin : Slidin' Out

Allumé… Ce type est allumé… Il faut voir (entendre) ce qu'il fait subir à sa guitare ! Matti Norlin ? Je ne connaissais pas jusqu'à ce qu'un mien ami m'envoie ce disque dûment timbré. Timbré de la guitare, Matti Norlin l'est assurément!
Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas mis le CD tout de suite dans le lecteur. Il est même resté plusieurs jours sur la table basse, à me narguer de son titre : Slidin' Out. Et puis je l'ai glissé dans le lecteur… et là… ça a explosé!
"Ce que j'aime le plus, en jouant dans différents (open) tunings, c'est que souvent je ne sais pas quelles notes je joue"… !!! C'est ce qu'annonce Matti dans les notes de pochette. Le premier titre, Not Allowed, annonce la couleur : gros décoiffage à la slide! Et tout le reste est du même acabit, même si le tempo sait (parfois) ralentir. En plus de la slide ravageuse (Groovin' par exemple), Matti Norlin pratique aussi le picking ébouriffant (Cool Down est aussi un bon échantillon). Slidin' Out est un morceau "dur à jouer, surtout que j'ai tendance à le jouer un peu vite"… ah bon ??!!
Mais sur les 14 titres (tous des compositions), il y a aussi quelques moments de relatif répit, avec de purs joyaux du picking comme Rooftop Jive ou This Day Will Never Return.
Enregistré à Stockholm (je ne vous l'ai pas dit : Matti Norlin est suédois) dans son appartement, en solo avec ses guitares (6 et 12 cordes, National, banjo) et son pied en guise de section rythmique, vous avez compris que ce CD est un petit chef d'œuvre de la guitare acoustique. Si vous ne connaissez pas Matti Norlin, précipitez-vous sur son site http://www.mattinorlin.com qui propose des extraits de sa musique, et surtout : commandez son disque !
Oli

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