La Gazette de GREENWOOD
n°56 (Décembre 2003)

Tome 2:
 
Tome 1
  • interview, Stillife : la vérité enfin dévoilée sur le prof de math de New Orléans
  • Sharrie Williams
    • au jazz club Lionel Hampton
    • le concert du siècle au Spirit
  • Tee à tournon d'Agenais: le blues du Blues qui n'existe plus!
  • Enrico Crivellaro: Key to my Kingdom
  • Mojo Band: File Under Blues
  • le top-127 des vieux de la vieille: la plupart des vieux bluesmen sont morts jeunes
  • Créoles et Cajuns : ne pas confondre !
  • la Rubriqu'à Blues: Bandini Bros , Matti Norlin





Tome 3
  • L'AMERICAN FOLK BLUES FESTIVAL :

    PREMIERE PARTIE (1962-64)

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le Tremplin Blues Sur Seine 2003
Une Grande Cuvée!

date: 11 novembre 2003
de: Uncle Lee <stagolee@club-internet.fr>
(photos Patrick "Blues" Demathieu)

Le tremplin Blues Sur Seine 2003 est une grande cuvée. Huit groupes ont été sélectionnés pour la finale qui s'est tenue à Mantes La Jolie le dimanche 9 novembre 2003. 8 groupes sur 75 candidats ! Autrement dit, être présent sur la scène du C.A.C. Georges Brassens ce jour-là était déjà une reconnaissance et une chance !

Mighty Mo Rodgers
Blues Sur Seine avait cette année un président du jury prestigieux en la personne de Mighty Mo Rodgers qui décidément aime bien notre pays (qui le lui rend bien !). Après nous avoir interprété sa nouvelle composition intitulée tout simplement " Blues Sur Seine " ( !), il a laissé la place à Mike Lécuyer, grand ordonnateur qui nous a régalé encore de ses petites poésies de présentation de chaque groupe. Pauvre Mike, il n'arrêtait pas de répéter que non, vraiment, c'était trop dur d'avoir à voter cette année !!

Ca commence très fort avec les Harp Sliders dont l'absence au tremplin de leur harmoniciste n'entame visiblement pas le moral et n'entache pas la qualité de leur prestation. Le trio restant (voc + gtr + hca + kazoo, basse acoustique, batterie-balais + whasboard) nous joua un blues roots et intense. Bizarrement, les Harp Sliders concourent dans la catégorie " électrique ", alors que leur style est résolument acoustique, même si la guitare est " pluggée " et subit parfois un peu de distorsion (volontaire!). Mais il paraît que ce fut leur choix… ça mériterait des explications, tout comme le fait qu'ils ne participent pas au prix "chanson en français" alors que deux de leurs titres le sont ! Quoiqu'il en soit, ils firent une superbe session et ils remporteront le prix Cognac Blues Passion et seront donc programmés cet été au festival de Cognac !
Puis ce fut au tour de Djam Deblouze de se présenter sur scène. Avec lui, il faut suivre ! Encore inconnu au bataillon (c'est une expression) il y a peu, le voilà qui déboule avec un band de six musiciens : Djam chante et souffle dans l'harmonica, accompagné de 2 guitares électriques, d'un saxo, , d'une basse et d'une batterie. Ceux qui le croyaient encore harmoniciste de La Meute ou en formation acoustique avec deux Bouloulous (empruntés au Bouloulou's Bros. Band) ont raté quelques épisodes ! L'harmoniciste bondissant nous a joué quelques-unes de ses adaptations et compositions où la poésie et l'humour ne sont jamais loin. Ce nouveau chantre du "français langage" remportera le prix Spécial de La Poste qui récompense un artiste sans doute un peu timbré, mais qui chante en français ! Emu il était tellement quand le beau diplôme et le chèque dans ses mains arrivèrent que, quoi, il resta coi. La magie de Blues Sur Seine sans doute : rendre sans voix un marseillais !

Big Brazos, le groupe du Docteur Blues bien connu des internautes, se présentait dans la catégorie acoustique, ce qui est assez logique! Ce que recherche ce groupe, c'est la justesse et l'harmonie des arrangements, tant instrumentaux que vocaux. Et ça marche! Superbes arrangements pour le quatuor : deux guitares (dont une National menée par un Papa Gombo qui sait s'en servir!), un harmonica, une basse acoustique et une à quatre voix… Il y a du blues, de la country, du cajun et du gospel dans ce qu'ils jouent : Big Brazos décloisonne le blues de manière magistrale. Et bien ils pourront en faire la démonstration cet été à Cahors puisqu'ils ont remporté le prix acoustique du Festival de Cahors!

Quand Anquetil Blues Band arrive sur scène, tout de suite ça sent la machine bien rôdée ! Ca pulse et ça roule pour un blues puissant où la guitare puise ses notes chez les King du blues. 100% blues, irréprochable, la guitare et la voix de Thierry Anquetil sont à l'unisson pour un set qui parut bien court et pendant lequel on s'est retrouvé quelque part à Chicago… Pourtant aucun prix ne viendra récompenser Thierry Anquetil… C'est un peu paradoxal qu'un de ceux qui portent la flamme du blues depuis plus de 20 ans en France n'ait pas été ainsi " récompensé ", bien que le fait d'être présent à la finale du tremplin est une reconnaissance en soi ! En fait, Thierry Anquetil n'a pas grand chose à prouver dans un tremplin…

Le groupe qui suivit était, lui, parfaitement inconnu à ce jour : Stringers In The Night, duo acoustique formé il y a à peine un an, a créé la surprise en enthousiasmant le public et le jury… puisqu'il remporta le prix Meilleur Groupe Acoustique de Blues Sur Seine ainsi que le prix Festiblues de Montreal décerné par une délégation de québécois ! Deux guitares qui tissent un univers musical qui oscille entre le folk et le blues, sur des compositions aux textes en français finement écrits avec humour et/ou émotion… L'alchimie est excellente et le public leur offrit un triomphe qui sembla les étonner !

Changement de décor avec le Little Big Band : attention ça déménage! Sept musiciens sur scène : chant, guitare, contrebasse, batterie, claviers, saxo, trompette. Un show énergique, du swing, du jump, du Rhythm' & Blues, du Louis Jordan en veux-tu en voilà! Un look d'enfer avec leur costard d'époque, une pêche non moins diabolique avec un chanteur leader qui met le feu sur scène! Les cuivres explosent, la guitare de Yann Colleu hurle, le chanteur Malek Ben Yedder rugit et bondit dans tous les sens! On en rit de bonheur en les voyant et en les écoutant : tous les ingrédients sont là pour la fête sans prise de tête et en musique, et de la bonne ! Tellement bonne que le Petit Grand Groupe remporte le prix Meilleur Groupe Electrique de Blues Sur Seine !

Retour au blues acoustique avec Bluesy Train et son folk-blues. Le groupe est arrivé à maturité et Gérard Tartarini (guitare + banjo, vocal) chante ses compositions avec son cœur et une belle assurance! Thomas Laurent à l'harmonica est de plus en plus virtuose et sait doser sa virtuosité! Le batteur caisse claire a été remplacée par Charles au washboard agrémentée de quelques ustensiles : le résultat est excellent et donnant un côté jug-band au groupe. Un très bon moment où le public se régale des textes de Gérard, récompensé par le jury qui donnera au groupe le prix SACEM.

Last but not least, voici Stincky Lou & The Goon Mat pour leur blues du Delta brut de fonderie. Chant, guitare électrique saturée, grosse caisse et charleston pour Mathias Dalle, Laurent Goosens à la contrebassine et Fabian Benardo à l'harmonica amplifié. Projection directe au fin fond du Mississippi, tout le public tape du pied et semble pris de mouvements incontrôlés de la tête qui bat la mesure sur des rythmes boogie envoûtants. Ca roule et ça balance : si il y avait un prix du blues "blues", il était pour eux! Excellent, ils auront le Prix Electrique du Festival de Cahors, ils nous ont donc promis un bœuf avec les Big Brazos !

En tout cas, quelle journée les amis !!

Le blues en France se porte bien, la démonstration en a été faite ce samedi 9 novembre 2003 à Mantes La Jolie, et Mighty Mo Rodgers, président du jury, n'en revient toujours pas !

Xavier Delta Blues, Mighty Mo Rodgers, René Malines

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Blues Estafette 2003 (Utrecht)
Beaucoup de Bon Temps!

date: 17 novembre 2003
de: Jocelyn Richez <jocelyn.richez@wanadoo.fr>
(photos de l'auteur)

Me voici de retour d'Utrecht, où j'ai assisté à la Blues Estafette 2003, une édition qui laissera une impression mitigée à beaucoup mais où j'ai personnellement pris beaucoup de bon temps.

Comme toujours, l'affiche ne comporte pas ou peu de grosses têtes d'affiche mais surtout des musiciens et des chanteurs un peu oubliés qui ont connu leurs heures de gloire il y a quelques décennies. Et puis, côté accompagnateurs, on retrouve quelques habitués du festival comme Fred James, Studebaker John, Rick Kreher, RJ Sprangler ou Chris Millar.

Hunter Brothers (photo Jocelyn Richez) Suite à des péripéties sur la route (notamment un gros embouteillage qui nous a contraints à faire un important détour), nous sommes arrivés en retard à Vredenburg, Utrecht et nous avons raté la moitié du concert des frères Hunter qui ouvraient le festival dans la grande salle. La deuxième moitié de ce concert était excellente, à l'image du CD qu'ils ont enregistré cette année sur le label Texan Doc blues. Si c'est Long John Hunter qui assurait l'essentiel du chant, les parties de guitare étaient partagées et c'était même Tom Hunter, dans son superbe costume clair, qui prenait les plus beaux solos. Long John Hunter, comme à son habitude, avait le visage fermé et semblait faire la gueule, au contraire de son frère, volontiers souriant. Mais peu importe, le plus important est qu'ils nous ont distillé un blues pur jus, proposant un répertoire original, ce qui est de plus en plus rare. Ils ont été rejoints en fin de set par la chanteuse Miss Candy alias Amanda Kennerson qui était déjà venue en 2001 chanter avec Tom Hunter. Quel dommage que les deux frères ne tournent pas en France...

Chick Willis (photo Jocelyn Richez) Après cette magnifique entame malheureusement tronquée, compte tenu de la programmation très borderline de la grande salle (comme me l'a indiqué un hollandais : cette année, le blues c'est dans la petite salle, la soul dans la grande), je fonce dans la petite salle où joue Chick Willis. Quel dynamiteur, ce Chick Willis, un showman hors pair, bon chanteur et guitariste étonnamment méconnu en France malgré ses nombreux passages au Quai du Blues. Ce type aurait 69 ans d'après mes sources (journal du festival, encyclopédie de G. Herzhaft), ce qui est difficile à croire à voir l'énergie débordante et la vivacité hors pair du personnage qui en fait 20 de moins ! Ses paroles, toujours très portées sur le sexe, ont fait mouche auprès du public hollandais. Il a joué quelques uns de ses grands succès (Stoop down, I want big fat women) , repris quelques standards (I can't stop loving you, What I'd say) et a parfaitement communiqué avec le public, sortant sous une ovation méritée.

Lurrie Bell (photo Jocelyn Richez) Le concert suivant est l'un des plus attendu, le fameux "100% Chicago blues tour" avec 3 têtes d'affiche: Lurrie Bell, Matthew Skoller, Little Smokey Smothers, mais aussi Larry Skoller et une super rythmique Willie "Vamp" Samuel (celui qui joue sur le dernier Lurrie Bell) et Kenny Smith (le fils de Willie "Big Eyes" Smith qui joue notamment avec Mississippi Heat et le Rocking Johnny Band).
Little Smokey Smother (photo Jocelyn Richez) C'est Matthew Skoller qui est en vedette durant la première partie du spectacle, jouant avec une virtuosité hors du commun quelques unes de ses excellentes compositions. Même Lurrie Bell semblait impressionné. Ce Matthew Skoller est vraiment un "très grand" !
C'est ensuite Lurrie Bell qui prend le leadership, interprétant à merveille quelques standards du Chicago blues, en particulier un blues lent particulièrement poignant (Cold cold feeling), terminant sur un Crosscut saw assez funky. Lurrie Bell laisse ensuite sa place au légendaire Little Smokey Smothers pour la fin du concert. Je suis surpris par la bonne forme du papy dont le jeu de guitare est toujours aussi mordant, cinglant, sans parler de sa voix qui n'a rien perdu de sa puissance. Son répertoire est lui aussi composé de standards (She's 19 years old, Little red rooster mais c'est tellement bien interprété qu'on ne peut qu'apprécier. Ce "100% Chicago blues tour" qui était annoncé comme un des sommets du festival a tenu toutes ses promesses. C'était un véritable festival dans le festival !

Le concert suivant est celui du chanteur guitariste New Yorkais Sam Taylor, qui se présente vêtu d'un superbe costume bleu en soie. S'il est plutôt bon chanteur et bon guitariste, je n'ai malgré tout pas trop accroché. Il faut dire que ce n'était sans doute pas évident de passer après ce grand moment de Chicago blues, qui faisait apparaître la musique de Sam Taylor un peu fade. Il a été rejoint par une chanteuse au registre très limité (Windy Kahl). Sam Taylor a ensuite rejoué dans la grande salle en accompagnateur de Maxine Brown où il aurait été plus convaincant... mais je n'y étais pas.

Je reste dans la petite salle pour découvrir Gino Parks, un chanteur de Détroit. Le groupe qui l'accompagne est excellent et comprend notamment RJ Sprangler à la batterie, Keith Kaminsky au saxophone (du groupe de Johnnie Bassett) et Paul Carey à la guitare que l'on avait vu l'année dernière avec les Motor City Rhythm & Blues Pionneers. Si Paul Carey reste un fin guitariste au jeu très swinguant, je n'ai pas été convaincu par la prestation du chanteur Gino Parks, ce vétéran de la scène de Détroit, qui a notamment enregistré quelques faces pour Motown dans les années 60 et dont la voix manque de puissance. Apparemment, c'est plus un chanteur de gospel, voire de soul et de rhythm & blues, qu'un chanteur de blues.

Little Freddy King  (photo Jocelyn Richez) Le concert suivant est celui de Little Freddy King, un vétéran originaire de Mac Comb, Mississippi qui enregistre pour Fat Possum. Voilà du vrai blues, rustique à souhait, celui que l'on peut encore entendre dans les juke joint du Deep South. Certes, ce Little Freddy King n'est de toute évidence pas un grand technicien de la guitare, mais j'ai beaucoup aimé la personnalité, le son et le jeu de scène spectaculaire du personnage. Et que dire de son harmoniciste complètement allumé, Robert DiTullio Jr ? Si, à l'image de son leader, son jeu fut parfois approximatif, il a aussi connu quelques moments de grâce véritablement savoureux et réjouissants. Et puis, quand Little Freddy King se met à imiter le chant du coq, là c'est vraiment irrésistible ! J'ai beaucoup aimé ce concert.

J'avais quelques appréhensions pour le concert suivant (celui de Fillmore Slim), suite à sa médiocre prestation une semaine auparavant au Quai du Blues, à Neuilly, avec la même formation. Et ça démarrait plutôt mal avec 2 titres sans Fillmore Slim; le premier était chanté par le bassiste Marten Ingle (qui joue habituellement avec Jeff Hoffman), apparemment c'était Triller, de Michael Jackson revisité, choix pour le moins étonnant. Ensuite, Franck Ash est venu chanter Drink Muddy Waters, saboté par une balance catastrophique, guitare trop forte et voix trop faible. La prestation de Fillmore Slim fut presque aussi décevante qu'au Quai du Blues. Mais pourquoi joue-t-il des standards de Chicago blues (Hoochie coochie man, You don't have to go) qui ne lui conviennent pas et qui, au contraire, mettent en évidence ses faiblesses vocales et les approximations de son jeu de guitare ?
Il a heureusement joué aussi quelques une de ses compositions mais qui ont été gâchées par la balance, la guitare rythmique de Franck Ash ayant un niveau sonore au moins équivalent à celle de Fillmore Slim. Celui-ci a terminé sur un Sex machine très funky. Encore un choix incompréhensible...

Ladonna Smith (photo Jocelyn Richez) Je ne savais pas trop à quoi m'attendre pour le dernier concert dans la petite salle, celui de Big Joe Turner. Karl Davies, qui était annoncé, n'est pas venu, remplacé par une chanteuse qui m'était inconnue jusque là: Ladonna Smith. Je suis néanmoins resté car je tenais à voir Julien Brunetaud, le pianiste Français de Big Joe. Apparemment, ce concert ne semblait pas être une priorité pour le public néerlandais. La salle qui avait déjà commencé à se vider lors du concert de Filmore Slim était devenu très clairsemée au moment où le groupe de Big Joe Turner, Julien Brunetaud en tête, entama le concert. Autant le dire tout de suite, ce concert est la bonne surprise du festival avec, en particulier, la révélation d'une jeune et pulpeuse chanteuse, Ladonna Smith, superbe voix sensuelle et puissante, un visage expressif, un regard perçant, un jeu de scène spectaculaire, du dynamisme et un sourire charmeur. Elle a interprété avec un charisme étonnant quelques standards pourtant bien connus, accompagnée à merveille par Julien Brunetaud au piano mais aussi par Fred Gustave, un guitariste Français étonnamment méconnu (de Biarritz) et qui accompagne depuis plusieurs années Dana Gillespie. La salle s'est progressivement remplie en même temps que l'ambiance montait. Gros succès pour le groupe de Big Joe Turner sorti sous les ovations d'un public redevenu très nombreux.

Le temps d'aller féliciter le groupe backstage (et en particulier Julien Brunetaud), me voici de retour dans la grande salle pour le deuxième concert de Chick Willis. Bon choix de programmation, car il fallait bien quelqu'un d'aussi dynamique pour nous tenir éveillés à une heure aussi avancée de la nuit. Le show de Chick Willis fut complètement différent de celui qu'il avait fourni quelques heures auparavant dans la petite salle : choix de morceaux différents (même si on retrouvait quelques titres, notamment I want big fat women), présentation différente etc... Mais une nouvelle fois, il a mis le feu. Grosse performance à laquelle il faut associer le saxophoniste Jacques Johnson.

Au final, même s'il y a eu très peu de découvertes (Little Freddy King que je n'avais jamais vu auparavant) et de révélations cette année (juste la chanteuse Ladonna Smith), je ne regrette pas d'avoir fait le déplacement aux Pays-Bas et j'en remercie l'espace JR Caussimon pour l'organisation quasi parfaite du voyage. L'ambiance dans le bus était cette année encore excellente.

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Nuit du Blues
Le Havre

100% CHICAGO BLUES TOUR  (photo Marc Loison)
date: 1er décembre 2003
de: Marc "SHC" Loison <marc.loison@wanadoo.fr>
(photos de l'auteur)

Un super plateau hier pour cette Nuit Blues au Havre, samedi 29 novembre 2003! Le Volcan + l'Agora + le cinéma l'Eden ont conjointement organisé cette gageure: réunir les amateurs de blues de la région et le grand public autour du thème "From Mississippi to Chicago".

16h: j'eus donc l'occasion de cotoyer au micro M. Robert Springer de l'Université de Metz, professeur d'anglais et d'études américaines, sur un sujet récurrent dans la musique qui nous passionne: le phénomène des migrations. Le titre en était: "Les itinéraires du Blues". Un exposé monologue dans lequel il était difficile d'intervenir tant la préparation de son contenu paraissait immuable... et puis je crois surtout que l'organisation avait carrément "oublié" de lui préciser que c'était AUSSI un enregistrement pour une émission de Radio 666! 1h30 de conférence suivie sagement par une petite quarantaine de personnes apparemment toutes au courant des faits et gestes des bluesmen américains, suivie d'un débat qui s'enflamme un peu sur la fin quand on évoqua le Rap et la popularité actuelle du Blues. Vous en saurez plus en écoutant Sweet Home Chicago samedi 20 décembre 2003: un montage de l'intervention de Robert Springer (auteur du très savant "Fonctions sociales du Blues" - éditions Parenthèses) sera diffusé.

Ce fut ensuite l'heure de se rendre au cinéma Eden pour assister à la projection du film de Bertrand Tavernier, "Mississippi Blues".

SPENCER BOHREN (photo Marc Loison) 19h15: C'est Spencer Bohren qui se produit devant un public assez nombreux et fort recueilli à l'Agora. Sa musique, jouée en solo, envoûta la salle par sa profondeur et la qualité du jeu du Louisianais. La slide sur les genoux est un exercice difficile; une Gibson acoustique de 1950 alterna aussi sous ses doigts, pour mieux nous pénétrer de l'univers intimiste de cet excellent musicien. Assis, le colosse chante magnifiquement, et évoque parfois, par son application à ne retenir que l'essentiel des notes bleues, un Harry Manx en plus classique. Une prestation agréable, assurée par un musicien souriant et disponible: on en redemande!

MATTHEW SKOLLER  (photo Marc Loison) 20h30: Avez-vous mangé? Non? Tant pis! C'est l'heure de rejoindre les 1100 spectateurs massés au Volcan pour le grand concert électrique de la soirée. Matthew Skoller (harmonica) et Lurrie Bell (guitare) chantent tour à tour en duo, puis c'est le tour de la section rythmique de les rejoindre pour une partie plus étoffée musicalement: Larry Skoller (guitare), Vamp Samuels (basse) et Kenny Smith (batterie, fils de Willie Smith) assurent une assise impeccable pour un concert de Chicago Blues des plus classiques, mais toujours avec une tension et un feeling palpables de bout en bout. Jusqu'à la fin, l'originalité du répertoire ne sera pas au rendez-vous, mais quels interprêtes!

LURRIE BELL  (photo Marc Loison) Lurrie Bell tient la grande forme, et malgré quelques pains en solo, a su convaincre son auditoire que les kilos superflus (il est méconnaissable!) n'effacent en rien le talent. Matthew Skoller en fait parfois un peu trop en maître de cérémonie, mais son goût d'un Blues musclé et parfois osé (6 grilles de suite avec le même "plan" d'harmo sur 3 notes, il faut le faire!) emporte l'adhésion. Et puis son français rarement pris en défaut permet le contact direct, sans la barrière de la langue. Cette même barrière qui fut source d'incompréhension entre le slammeur invité Keith M. Kelley: haranguant le public - "Get naked"! - il semble ramener son intervention à seulement deux "titres", flanqué de la rythmique maison. Je n'ai pas été convaincu par la présence de ce chanteur, talentueux certes pour ce qui est d'improviser et de poétiser, mais ce n'est qu'une question de goût...

CAREY BELL  (photo Marc Loison) Little Smokey Smothers, présent sur les dates précédentes de la tournée, avait dû rentrer précipitamment la veille aux USA, semble-t-il à cause d'une mauvaise grippe. On aurait pu en rester là, si la papa de Lurrie n'avait pas été prévu à l'affiche! Le grand Carey Bell en personne s'est soudain fait annoncer par un Matthew Skoller très enthousiaste: amaigri et se déplaçant prudemment, il gagne le micro central... et la magie de son harmo opère! Si son chant semble s'être affaibli et assagi, il maîtrise avec toujours autant de brio le petit instrument, même si son set fut sans prise de risque. Parlant brièvement avec lui dans sa loge à la fin du concert, et lui demandant 3 dédicaces sur de vieux vinyls, il ne se montra guère loquace, pressé sans doute de retrouver sa chambre d'hôtel avant son avion du lendemain matin. Au final, Lurrie Bell emporta définitivement le morceau: feeling et son Blues pur jus sans distorsion inutile, chant véhément ou retenu selon le répertoire, il m'a définitivement rassuré sur le fait qu'on peut à nouveau compter sur lui, après une période sombre qui fait maintenant partie du passé...

LARRY SKOLLER (photo Marc Loison) Vers 23h30, un bœuf final était prévu à l'Agora. Comme l'an passé, pour la soirée "Hommage à John Lee Hooker", on se préparait à de belles rencontres entre musiciens de tous horizons... Bizarrement, ce bœuf se "limita" finalement à la tournée 100% Chicago Blues Tour (les frères Skoller, la section rythmique et Lurrie Bell) + Spencer Bohren. Les musiciens locaux qui avaient apporté leurs instruments en furent pour leurs frais: à 2h, tout était rangé! Mais ce dernier "set" fut encore plus magique que le concert précédent. Plus propice à la communication entre musiciens et public, l'Agora offrit aux quelques 400 personnes "rescapées" de fabuleux moments! Lurrie Bell, littéralement déchaîné sur sa Stratocaster, fut incontestablement le roi de la soirée. Du Chicago Blues comme là-bas!

Merci à Michael Guerrier et au staff de l'Agora et du Volcan pour l'organisation de cette "machine à gaz" qu'a été cette journée, même si on peut regretter quelques détails comme l'impossibilité de prendre des photos au flash ou de se rapprocher de la scène pour immortaliser l'événement. Une formule "les 3 premiers morceaux" pour les photos aurait été préférable à ce ballet d'ouvreuses venues "réprimander" les "vilains photographes" qui osent, par leurs mouvements, gêner les spectateurs pourtant relégués plus loin sur leurs sièges. Comme souvent, de petits grains de sable sont venus enrayer la belle machine que constitue des opérations d'une telle envergure, mais il faut tout de même signaler - et ce n'est pas un détail! - la sonorisation impeccable des deux lieux. On eut droit à un travail de professionnel de la part des techniciens du son, à l'unisson du talent des artistes présentés, constituant une affiche qui a su drainer un large public, au-delà du carré des passionnés. Le Blues n'est pas mort, haut les cœurs!

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Spencer Bohren
au Spirit of 66 (27 novembre 2003)
Après cela, il n’y a plus rien à dire

date: 2 décembre 2003
de: Didier Dirix <dirix.d@skynet.be>

L’actualité est parfois féroce. Alors que je vous recommandais chaudement l’écoute d’AMERICA (voir article sur Sharrie Williams) les responsables de la RTBF remettent en cause purement et simplement cette émission au caractère didactique incontestable. C’est vraiment regrettable et je pense que tous les amis du blues pourraient envoyer un message de soutien à son animatrice Malika Ben Brahim (bbm@rtbf.be)

Spencer Bohren Le spectacle continue néanmoins et le plaisir de parler d’un garçon comme Spencer Bohren met évidemment un peu de baume au cœur dans ces moments particuliers.

Car voilà vraiment l’exemple type de ce que blues veut dire. A l’instar de Doc Watson, le petit Spencer, originaire du Wyoming, a toujours vécu pour la musique et s’est imprégné très jeune des airs et chansons ambiantes traditionnelles. Son éducation baptiste l’a évidemment conduit à pratiquer le chant choral et les années soixante ont déclenché sa passion pour la guitare. Un peu à contre-courant, il est resté très proche des traditions musicales du sud, celles des premiers musiciens noirs et du hillbilly des Appalaches. Il montrera régulièrement la similarité entre le blues dit « black » et/ou « white », cette opposition n’ayant guère de sens, évidemment !

Il quitte le Wyoming en 1968 et rejoint la scène folk de Denver où il fait le connaissance de l’excentrique Gary Davis avant de partir pour Seattle et y jouer dans plusieurs groupes en commençant à composer ses propres chansons.

Caractéristique majeure de Spencer Bohren : c’est un véritable oiseau migrateur. Il n’aura de cesse, dès 1973, de bouger et bouger encore...

De retour au Colorado, il joue avec la légende de folk-blues : Judy Roderick.

Il s’installe en définitive à la Nouvelle Orléans où il trouve sa demeure musicale et spirituelle de prédilection. Il y fait la connaissance de Dr John qu’il accompagne parfois et qu’il retrouvera pour certains de ses enregistrements. Cet endroit est un véritable creuset culturel animé par plusieurs « familles » musicales. Spencer Bohren côtoie principalement des gens comme les Neville Brothers, Clifton Chenier, Professor Longhair ou Clarence Gatemouth Brown. C’est dire s’il nourrit son art à l’aune des meilleurs représentants du genre.

La vie à la Nouvelle Orléans est un bouillonnement permanent. La musique y est omniprésente et la rue représente sans doute la plus grande salle de concert vivante qui soit. "C’est là qu’on apprend tout" dira Spencer Bohren. "La rue vous rend réellement meilleur musicien, cela provient simplement des vibrations du sol induites par la musique vraiment constitutive de la vie".

Spencer Bohren opte résolument pour le quartier français et « l’Absinthe Bar » ou le « Tiptina’s ». Il s’y produit deux ans et y côtoie forcément le gratin du blues dans des jam sessions réputées. Il jouera aussi pour le New-Orleans Jazz & Heritage Festival, ce qui lui vaut l’attention de promoteurs de concerts européens et bientôt l’intérêt des amateurs de musique du monde entier.

Sa réputation grandit et il traverse le sud de long en large toujours plus loin de chez lui si bien qu’un jour il persuade sa femme de faire la route avec lui (et leurs trois enfants) en suivant l’itinéraire de ses concerts.

Spencer Bohren Ils passent alors sept années de migration en représentations ininterrompues . Spencer en profite pour graver son premier disque. La suite lui vaut de plus grands déplacements encore puisqu’il franchit résolument l’Atlantique pour s’attaquer à l’Europe et au Japon, relayé par les Majors comme Sony et Virgin qui popularisent enfin ses chansons. Il est crédité d’un hit en Suède en 1989 et réalise alors ce que les voyages ont d’étonnant. "C’est un grand moment sur une tellement petite échelle mais c’est aussi une occasion unique et gratifiante de découvrir le monde".

En 1990 cette vie de bohème s’arrête, Spencer, sa femme et leurs (désormais) quatre enfants se réinstallent dans le Wyoming. Il fait paraître deux nouveaux albums Present Tense où l’on trouve une version magnifique de Who do you love (Sony) et Dirt Road (Zephyr/Big Easy).

L’attrait de la Nouvelle-Orléans le pousse néanmoins à revenir dès 1997 à "Crescent City". Il aborde à nouveau cette culture musicale foisonnante et réalise Carry the World en avril 2000. En 2002 paraît le très beau Solitaire où il reprend seul à la guitare certaines de ses chansons emblématiques, un C’mon Down a capella de toute beauté et le Long gone lonesome blues de Hank Williams, pour ne citer que ces titres-là.

Spencer Bohren est un homme généreux, accort et agréable. Il se dégage de sa personne une véritable luminosité. On sent chez lui l’envie permanente de partager son art et de parler aux gens avec simplicité, en les prenant en considération. Comme ses chansons, il va directement à l’essentiel et donne le meilleur de lui-même. On comprend vite que ce gars a la tête sur les épaules et qu’il peut privilégier instantanément l’utile sur l’accessoire. Il est, en un mot : POSITIF !

Ca fait du bien d’entendre et de rencontrer un artiste comme lui et cela relativise tellement les postures de stars auxquelles aujourd’hui les media nous astreignent obligatoirement et quasi-quotidiennement.

Et que dire de sa musique ! On atteint avec lui le magma roots le plus respectable. Il présente un concert à la fois chaleureux, proche, personnel mais aussi académique voire encyclopédique. Il passe en effet en revue les plus hauts faits d’armes du blues sublimés par des touches country intelligentes et distillés dans des chansons personnelles qui sont de réelles petites merveilles. Son show est un catalogue de bon goût magistral de cette musique ni blanche ni noire mais tellement plus colorée encore (comme je disais plus haut) qui constitue les fondements de la culture américaine.

La National New Yorker Lapsteel sert de base au premier morceau Night is falling, chanson très intimiste, respiration délicate qui doit certainement être captée dans l’infini des paysages sudiste quand les ombres jouent avec la lumière qui décroît et que le soleil s’étire langoureusement avant de disparaître... C’est aussi la chanson de la solitude mélancolique.

La voix de Spencer Bohren passe magistralement la rampe et emplit magnifiquement l’espace. Elle est chaude et grave, sûre et forte. C’est vraiment une toute belle tessiture !

La murder ballad qui suit rappelle évidemment les origines celtiques de la musique américaine. Ces longues évocations des faits divers les plus terrifiants ou les plus sordides, souvent d’auteurs inconnus, ont sillonné les Etats-Unis à la fin du dix-neuvième siècle, en provenance d’Irlande. Long black veil en est certainement un des exemples typiques... C’est beau et c’est étrange à la fois. Le son de la Lap ajoute encore une impression de mystère et des frémissements stridents à cette affaire et garantissent la pertinence des lyrics.

Born in Biscayne, à la fois drôle et enlevé est, probablement, autobiographique. Notre brave Spencer a certainement quelque chose à voir là-dedans... Il serait simple de vérifier s’il est bien né en 1955 sur le siège arrière d’ une Chevrolet noire, deux portes, construite en 1954.

J’ai adoré la chanson suivante, donnée dans un picking magnifique et très sautillante. C’est une chanson que sa mère lui chantait souvent et dont il se souvient depuis l’âge de quatre ans. Une forme de ritournelle rassurante et mélodiquement irréprochable (Beauter land ?). La pause de voix est parfaite et le ton superbe. Pour suivre, In between friends, road song par excellence nous fait sillonner le Tennessee et le pays des amis entre lesquels il faut choisir. "Plutôt ne pas en avoir dans ces cas-là", nous dit Spencer... "Autant rester seul".

On entre alors dans le patrimoine musical par excellence. La transposition du rag à la guitare est une vraie merveille. Le Maple Leaf Rag (1899) de Scott Joplin (1868-1917), pianiste étonnant, mérite assurément un immense respect.

Il est suivi par Hey Daddy Blues (1930) de Blind Blake dans une configuration très moderne, balancée comme un « rag and roll »...

Là-dessus, Spencer Bohren nous offre trois chansons sublimes de Hank Williams. Le légendaire I’m so lonesome I could cry (donné dans une version belle à pleurer à la Lapsteel), l'énorme Long gone, lonesome blues irréprochable (avec les yodles en prime) et le tendre Come Back Corin(n)a qu’il garde dans l’oreille et dans le cœur depuis l’enfance au point qu’il prénommera sa fille Corina ! Autant vous dire que l’émotion était au rendez-vous et les frissons de bonheur garantis.

Puis arriva ce mémorable C’mon down qui me reste encore en tête par sa pureté et son dépouillement. Accompagné d’un seul Afuche (cabasa), sorte de maraca métallique et cylindrique rempli de billes, Spencer reprend a capella les stances traditionnelles entendues dans les rues de la Nouvelle-Orléans avec leur scansion si particulière et en donne un écho merveilleux. C’est chaud et nature, on s’y croirait. Il faut dire que sa voix s’adapte admirablement à ce type de chorus.

Le tour des classiques intemporels et mémorables s’achève avec le somptueux Broken down engine de Blind Willie McTell qui prépare lui-même cette étonnante synthèse personnelle de l’âge d’or du blues louisianais que représente Yazoo bottom messaround. C’est enlevé, léché et plein d’humour, on en redemande...

Une épique symbolique There’s a train comin’, get on board rappelle combien ce moyen de transport est entré dans l’imagerie populaire comme rite de passage... Bien sûr, pour ce genre de voyage, les tickets sont toujours gratuits et le parcours inconnu . On peut passer d’une côte ou d’une rive à l’autre, ce qui change tout... Admirable jeu de guitare puissant, virevoltant et musclé qui clôture une première partie magique de toute beauté. On croit rêver tellement on approche la quintessence du blues dans toutes ses formes.

C’est reparti pour un second set lumineux et terriblement "roots" avec un traditionnel de la New-Orleans qui inspira même Fogerty. Working on a building et qui rappelle inévitablement le choeur des esclaves et les longues plaintes sonores des hommes courbés sous les charges. Le jeu de steel est fantastique.

This train is bound for glory m’arrache une émotion énorme. Ce gospel de 1920 a aussi bercé ma jeunesse. Crédité à Sister Rosetta Tharpe (1939), Big Bill Broonzy lui donna des lettres de noblesses définitives (1956) et Spencer Bohren le livre dans un dépouillement émouvant sous les accords d’une Gibson de 1950....

Spencer Bohren C’est la chanson suivante qui m’a définitivement chamboulé dans ce set inouï, généreux, subtil et impressionnant de beauté limpide.

Deportee est, en effet, aujourd’hui l’équivalent de Give peace a chance rapporté à la problématique de l’émigration. Cette chanson mythique de Woody Guthrie dispose d’une force évocatrice énorme et la façon toute simple avec laquelle Spencer Bohren la rend lui donne encore plus de puissance. Même Steve Earle aurait trouvé cela grandiose !!!

La ballade qui suit achève de m’achever... Another day est en effet une toute grande chanson qui pourrait avoir sa place dans n’importe quelle anthologie musicale. Elle est superbe comme un coucher de soleil sur le Grand Canyon, émouvante comme la cime des chênes de Pennsylvanie enfouie dans les brumes vespérales, grandiose comme les reflets rougeoyants des rayons solaires embrasant la baie de Frisco !!! C’est une chanson d’espoir et de renouveau.

La version de Dirt road blues mixée à Stone poney blues (Charlie Patton) qui suit est formidable. On sent que Spencer Bohren s’amuse à ce genre d’imbrications étonnantes et subtiles et cela donne un résultat époustouflant, proche d’une nouvelle composition. Cette forme de réappropriation est totalement dans la tradition bleue... Elle me ravit littéralement.

Pareil pour Ain’t nobody’s bizness if I do. Les paroles de ce “classique” ont été cent fois modifiées et le nombre de ses couplets ne se compte plus. On l’attribue à Grainger et Robbins mais la version de Bessie Smith (1923) en est la référence suprême. Spencer Bohren l’a transposée ici en picking merveilleux de fraîcheur et d’humour confondus en y rajoutant bien entendu ses propres lyrics, à l’instar des anciens.

Je ne crois pas avoir assez souligné le fait que Spencer Bohren joue sans capo d’astro et que sa technique est très aboutie. Il y a dans son jeu acoustique un perpétuel équilibre entre le toucher le plus délicat qui soit et des inflexions torrides appuyées qu’on est en droit d’attendre dans ce genre de one man show...

Il est évident qu’avec ce genre d’artiste nous nous situons totalement dans le blues le plus sobre et le plus pur. C’est à la fois un retour aux sources en forme d’hommage aux précurseurs mais aussi une admirable synthèse créative qui entraîne le spectateur (connaisseur ou pas) dans une nouvelle dimension artistique résolument moderne toute empreinte de fidélité à l’histoire... Ce concert, par le dosage subtil entre les compositions personnelles et les grands classiques est une merveille du genre. Il est donc bien possible pour ceux qui l’ignoreraient de captiver une assistance de manière fine et intelligente rien qu’avec une guitare et des chansons fortes !

Encore une étape dans l’évolution musicale : la cotonfield song rendue avec tout l’à propos et la simplicité que ce genre de chanson ont toujours revêtus, Waiting a water en serait bien le titre. Accompagnée par un jeu de steel sensationnel, cette chanson nous transpose de manière sidérante dans les faubourgs de la Nouvelle Orléans. Il y a une vraisemblance et une pureté extême dans l’interprétation de Spencer Bohren.

A la demande de quelques spectateurs, Il interprète ensuite Amazing Grace à la Lapsteel. Petit instant de ravissement sympathique dont la qualité n’a d’égale que la convivialité.

Qui eût cru qu’une reprise des Rolling Stones aurait sa place ici ? C’est pourtant le cas avec ce No expectations délicieux (qu’on trouve d’ailleurs sur le dernier album Solitaire). Il faut reconnaître que le plus vieux band de rock and roll encore en activité connaît ses classiques sur le bout des doigts et qu’il sait d’où il vient... Spencer Bohren aussi d’ailleurs, sa cover est ma...gis...trale !!!

I’ll be around est la chanson de l’amoureux transi qui attend le retour de sa belle. Il l’attendra sa vie entière s’il le faut. La mélodie et le rythme tout en finesse de cette petite perle procurent un plaisir énorme et une délectation savoureuse au public (beaucoup trop clairsemé malheureusement) qui ne se tient plus.

Enchaîner la-dessus Wings of an angel tient du prodige. Cette sublime ballade est en fait inspirée des grands airs gospel et pourrait être interprétée aussi bien par cent choristes ! C’est la chanson américaine par excellence. Celle qui fait appel aux grands sentiments et qui dispose d’une mélodie à faire pleurer Joan Baez elle-même. D’ailleurs moi aussi j’ai la gorge (un peu) nouée. P... que c’est beau c’t’ affaire là ! Des paroles comme "Throw down your chains and set yourself free" me font réellement craquer… Ouh !

Quant au final, je ne vous raconte pas ! (Si je raconte...). Un festival de lapsteel phénoménal, composé de multiples effets sonores étranges et très élaborés, une ambiance voodoo à tomber là, du pur son de Louisiane brûlant et le mystère qui plane autour ! Ce fut sublime... Witch doctor ça s’appelle et je ne suis pas près de l’oublier, oh ! Ca non !

Un rappel a capella de toute beauté devait conclure ce set intemporel et proche d’une perfection universelle. Cet hommage aux origines, aux fondements de la musique populaire laisse pantois. On devrait enseigner cela dans les écoles plutôt que de nous em... tous les jours avec des "starchoses" gonflantes...

La chanson de clôture est en fait d’auteur inconnu et n’a d’ailleurs aucun titre. C’est un ami de Spencer qui la chantait sans savoir même d’où elle provenait. Sans doute un prisonnier ou un condamné en est-il l’auteur. C’est terriblement poignant tellement beau artistiquement. Quand Spencer s’est arrêté, plus personne ne bougeait, on entendait les respirations. Il a fallu quelques dixièmes de secondes pour émerger de ce final intensément touchant ! Dieu que le blues est beau chanté comme cela !

Francis a eu les paroles les plus simples pour résumer l’émotion planant dans la salle : "Après cela, il n’y a plus rien à dire" et c’est tellement vrai !

Je pense que notre ami Elmore D, présent ce soir-là, aura apprécié ce concert à sa juste valeur.

Encore une découverte label « Géron » qui mérite des applaudissements nourris et que l’on ne regrette assurément pas d’avoir pu vivre de près.

le site de Spencer Bohren: www.spencerbohren.com

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Sweet Home Chicago
Spéciale Greenwood!
(comme si vous y étiez)

Sweet Home Chicago


Sweet Home Chicago, l'émission de radio blues du samedi après-midi (13h à 15h, à Caen sur Radio 666, mais également en direct sur internet http://www.radio666.com/direct.ram ) nous avait déjà fait une émission "Spéciale Greenwood" en laissant les greenwoodiens choisir la playlist et en interviewant certains d'entre eux en direct.
Mais ce coup-ci, le 13 décembre 2003, Marc Loison a carrément invité les greenwoodiens à se rendre dans le studio!
Ambiance:

date: 15 décembre 2003
de: René "Renard" Malines <rene.malines@free.fr>
(photos Patrick "Blues" Demathieu)

 
SWEET HOME CHICAGO 470
* SAMEDI 13 DECEMBRE 2003 *

Les membres de LA GAZETTE DE GREENWOOD présents à Radio 666 ! Avec Patrice Champarou, Patrick Demathieu, Lucky Jean-Luc, René Malines, Pierrot Mercier et Gérard Tartarini ! Avec Egalement Sébastien Duval (Anquetil Blues Band), Igor Pichon et Gilles Delagrange (Spoonful), Thomas Troussier (Bluetones) et Laurent Choubrac (Caps & Hat) !

  • 1 PM Hubert Sumlin & Mighty Sam McClain - A soul that's been abused 7:15 Hubert Sumlin Blues party 1987 Rounder USA
  • 2 LJL Mighty Joe Young - Sweet home Chicago 8:25 Bluesy Josephine 1976 Black and blue USA
  • 3 PC Junior Wells - So sad this morning Comin' at you 1967 Vanguard USA
  • 4 PM Mississippi Fred McDowell - Standing at the burying ground 6:23 Standing at the burying ground 1969 Sequel USA
  • 5 LJL Jessie "Wild Bill" - Austin Baby's home to stay 4:21 Baby's back 1995 Roesch USA
  • 6 PC Geoff Muldaur - The wild ox moan 4:45 The secret handshake 1998 Hightone USA
  • 7 PM Mojo Band - Got love if you want it 3:54 File under Blues 2001 autoproduction FRA
  • 8 RM Roland Malines - Le Blues du père Noël Demo 2003 2003 autoproduction FRA
  • 9 PD Joël Daydé - Six cordes 4:36 Spleen Blues 2000 autoproduction FRA
  • 10 GT Buddy Guy - Done got old 3:22 Sweet tea 2001 Silvertone USA
  • 11 RM Roland Malines - Caroline 2:30 Demo 2003 2003 autoproduction FRA
  • 12 PD Uncle A - Too many sinners Ich weiss alles 1994 ALL
  • 13 GT Gérard Tartarini, Igor Pichon, Patrice Champarou - Metallo Blues LIVE IN 666 2003 FRA
  • 14 ML Nuno Mindelis - Dana's song 6:21 Twelve hours 2003 Beast Music USA
  • 15 ML Glamour Puss - Don't you worry 3:49 Wire & wood 2003 Northern Blues CAN
  • 16 GT Gérard Tartarini, Igor Pichon, Patrice Champarou - Le pont du chemin de fer LIVE IN 666 2003 FRA
  • 17 IP Igor Pichon, Pierre Mercier, Sébastien Duval - Hey hey / Sweet home Chicago LIVE IN 666 2003 FRA
  • 18 GT Gérard Tartarini - Générique Bottlenets LIVE IN 666 2003 FRA
  • 19 GT Gérard Tartarini - Roule roule LIVE IN 666 2003 FRA
  • 20 PM Mojo Band - Goodnight Irene 2:06 File under Blues 2003 autoproduction FRA
Ouh, raconter ça, y'aurait tellement à dire !

L'air de rien, quitter l'agglomération parisienne avec ses marchés, ses habitants qui font leurs courses hebdomadaires, un samedi matin sous la pluie en période d'achats de Noël, c'est déjà une expédition. Mais "c'est bon, on a le temps", me dit Patrick. Aller chercher le Gégé dans son coin de campagne, absolument charmant mais un peu paumé quand même, ça pimente un peu plus (mais on a été reçus comme des rois : le café et le thé étaient prêts, le cake délicieux :). Et puis, "c'est bon, on a le temps", me redit Patrick. Et puis la route, la route. Je me suis aperçu, à cette occasion, que si pour moi, un voyage, c'est aller d'un point à un autre dans un but particulier, pour d'autres, c'est autant de plaisir, au point d'avoir l'air de se foutre éperdument qu'on arrive ou pas ou à quelle heure. Mais "c'est bon, on a le temps", me dit Patrick. Ce qui n'est pas un reproche à l'heure où j'écris ces lignes, mais sur le coup, ça commençait à me titiller un tantinet ;).

Et puis, il y a eu de bons moments, comme cette conversation avec le Loup Blanc (dont on a passé 2 inédits, si si, dans le poste plus tard) au téléphone grâce aux haut-parleurs de la sono dans la voiture de Patrick, système auquel son portable est connecté. On a causé et ri à Quatre. Pour peu, on se faisait une belote ;) Bien sûr, à force d'avoir le temps, nous étions à la bourre, on a commencé à écouter l'émission dans la voiture. Et puis, on arrive sous la pluie, et là, tu crois débouler dans un studio, et tu te retrouves à la porte d'un véritable pentagone ! Pas la forme du bâtiment : la sécurité ! "Attendez, je vous ouvre ! Merde, j'ai pas la carte ! Je vais la chercher !" Quelques minutes après, nous entrons dans le bâtiment, accueillis par Lucky Jean-Luc : "Salut, tu bois un coup de rouge ? Dis, tu bois un coup de rouge ? Oh, tu bois un coup de rouge, dis ?" Jean-Luuuuuuuuuc ! On a la bonne surprise de trouver Séb, bassiste impliqué de Thierry Anquetil et un mec particulièrement agréable, toujours souriant.

Mais l'émission est en route, et pendant que tournent les CD dans les platines, chacun présente les siens à Marc, impérial entre son micro, son casque, sa console, ses invités, ses disques et le téléphone, et qui gère tout ça avec une sérénité qui impose le respect. Le lieu n'est pas immense, de plus en plus de gens arrivent, et tout le monde se croise à tour de rôle dans le couloir au fur et à mesure que Marc nous fait appeler ou de l'envie de chacun de tenter d'écouter l'émission. Marc avait bien prévu une extension sonore dans la petite salle d'accueil, mais avec Lucky Jean-Luc tout excité de nous retrouver tous, son rouge, son sauciflard et ses rillettes (merci bonhomme, j'avais les crocs en arrivant !), le poste de radio (et de fortune, par la même occasion) ne faisait qu'ajouter au bordel ambiant, d'autant que la télé était allumée (nous, pas encore ;) et je ne pense pas que quiconque ait réellement profité de ce SHC en dehors de ses propres interventions.

Du coup, quand il fallait reprendre sur ce que le précédent venait de dire, au pire on n'avait pas la moindre idée de ses propos, au mieux, dans cette espèce de semi-stress joyeux et goguenard, on répétait ses conneries par manque de temps pour reprendre ses esprits face au micro ! Harmo nous a passé un petit coup de fil...enfin, petit, faut le dire vite ! ;) Malgré l'importance de ce qu'il avait à dire, au bout d'un moment, tout le monde regardait sa montre, et j'ai vu le moment ou j'allais m'approcher du micro pour lancer un "Alain, excuse-nous, ça va couper, on passe sous un tunnel !". Heureusement, Marc, tout bénévole qu'il est, a géré en vrai pro en aidant Harmo à parvenir à sa conclusion. C'est un métier, que voulez-vous ! Et puis Marc avait tellement envie de bœuf live on the World Wide Web que Gérard a sorti sa Martin, Igor la Takamine de Patrice, qui a attrapé sa contrebasse avant de la laisser à Seb, Jean-Luc a sorti son oeuf, d'autres (désolé, je n'ai pas retenu tous les noms de ceux que je ne connaissais pas encore) avaient qui un oeuf, qui les mains dans les poches, mais tous étaient autour des musiciens, et c'était parti pour un répertoire Bluesy Train. Ça tombait bien, on avait un Thomas harmoniciste, comme dans le groupe originel. Mais flûte (ben non, même pas), le petit père Troussier, tout Bluetone qu'il est, n'avait pas d'harmonica ! Tant pis, Patrick a joué du kazoo. C'était un peu la pagaille, je ne suis pas sûr que les auditeurs aient perçu les solos d'Igor tant Gégé plaquait ses accords avec cœur et entrain (normal, pour Bluesy Train ;), mais tout le monde avait l'air de passer un bon moment. J'ai bien tenté de faire un peu les chœurs, mais je ne m'entendais pas trop, alors je me suis refait une tartine de rillettes. Il y a des moments dans la vie où il faut savoir faire des choix ;).

Et bien, vous le croirez si vous voulez, mais figurez-vous qu'au bout de ce qui pouvait sembler 3/4 d'heure, une heure tout au plus, les deux heures étaient écoulées, dis donc ! Alors qu'Interférences, l'émission qui suit SHC dans le poste, attaquait (c'est rien de le dire !) Marc avait la bonne idée de débrancher l'installation sonore de l'entrée, et pendant que Gégé faisait un café, Jean-Luc, Patrick et moi, un sort à la dernière tranche de jambon, notre hôte attrapait une guitare (pas con, pour un gaucher, d'avoir appris sur une guitare montée en droitier : y'en a toujours une qui traîne !), Gégé, décidément partout, prenait la sienne, et c'était reparti pendant que du studio, des hordes barbares déferlaient dans les radios d'auditeurs terrifiés. Bon, c'est pas tout ça, faut bouger de là. On se répartit dans les voitures et hop, direction chez Marc. Changement de lieu, changement d'ambiance. Petite maison dans la campagne. Chut, la petite dort. Nous nous installons silencieusement autour de la grande table et nous nous chuchotons les bons moments que nous venons de passer, les festivals de l'été dernier, le dernier CD de machin, le nouveau Soul Bag qui vient d'arriver, le concert de Mojo Band la veille à l'Espace Blues. Et Jean-Luc, toujours aussi excité, est partout, de toutes les conversations (qui du coup deviennent des monologues ;). Bientôt rejoint par un petit bout de chou tout blond et mignonne à croquer, la fille de Marc et de Chantal.

Nous visitons la maison : long arrêt dans la pièce où sont rangés CD's, 33 tours, 45 tours, K7 vidéo. Puis, c'est la mini-procession des fumeurs : nous traversons la cour sous la pluie pour aller en griller une dans le garage, avec petite visite de la cave qui m'attire au moins autant que la collection de disques. Retour à la maison, on passe à table après un apéro. Grande table dans la cuisine, raclette dessus, et hardi petit. Le maître de maison a choisi des vins qui font honneur à la nourriture, et les conversations battent leur plein. Les Normands proposent la sortie pour aller voir un groupe, Gérard et moi, nous nous dirigeons vers la voiture de Patrice. Pour nous, c'est la fin de l'histoire, retour au bercail. Mais sur la route, conversations et musique choisie (ce Pat a des merveilles dans son lecteur !). Après avoir laissé un Gérard qui semblait avoir du mal à nous quitter devant chez lui, Patrice m'a ramené chez moi. Une dernière clope en bas, on se salue, à la prochaine. J'ai la bonne surprise de trouver le dernier Asleep At The Wheel ainsi qu'une superbe chemise "peau de serpent" dans la boîte à lettres, et je monte chez moi. Dernière surprise : un coup d'œil à la pendule m'apprend qu'il est 2 heures du mat'. Je n'avais pas vu passer le temps.

Bon, c'est quand qu'on loue l'Art Puces ? Un mardi, histoire de faire une spéciale Greenwood chez Horizon Blues avant ?

Sweet Home Chicago: le Samedi de 13h à 15h, Radio 666 (Caen) ,
en direct sur le web: http://www.radio666.com/direct.ram
Site internet: http://perso.wanadoo.fr/shc/

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Bouillon de Bluesicuture:

La ballade de John Henry

date: 8 décembre 2003
de: Stagg'O'Lee <stagolee@club-internet.fr>

John Henry a-t-il existé ? A cette question lancinante qui revient depuis plus de 100 ans, du moins chez les amateurs de blues et de folk américain, Gérard Herzhaft répond "oui" et nous en raconte l'histoire dans ce roman !

En fait, il nous raconte l'histoire d' "un" John Henry, un de ces musiciens qui, à la fin du XIXème siècle, jouait dans un medicine show. Ce John Henry est noir, grand, aveugle et joue de l'harmonica et du violon comme un dieu, attirant le chaland vers le spectacle organisé par le seul, l'unique, l'irremplaçable docteur Killoran, bienfaiteur de l'humanité grâce à sa potion magique : l'élixir Guéritout !!

Mais le vrai héros de ce roman est le jeune Seamus qui, à 16 ans, travaille déjà dans les mines des Appalaches, depuis que son père est mort et qu'il doit faire vivre sa famille. De ce père irlandais, il a hérité un don pour le violon, ce qui lui permettra de se faire embaucher dans le Docteur Killoran Show en échange de la promesse d'accomplir un long voyage au travers des Etats-Unis et de faire fortune grâce au spectacle.

Dans la troupe, il y a également un indien mystérieux et secret, Nez-Percé. Et voilà le petit groupe disparate (un gentleman charlatan, un indien taiseux, un noir aveugle et un jeune irlandais) parti pour une aventure qui les mènera des Appalaches jusqu'en Oklahoma, en passant par Saint-Louis pour fêter le nouvel an (1900), avec son lot de succès, d'amitiés, de surprises, de trahisons, de déceptions… jusqu'à un magnifique Happy End (absolument énorme) qui fait que, ouf, tout se termine bien !

Ah oui… parce que ce livre s'adresse à un jeune public âgé de 11 à 13 ans ! Ca tombe bien : à Greenwood, on a tous 11 à 13 ans quand on tombe sur un nouveau roman, édité en 2003, qui parle de cette Amérique qui a vu naître le blues… !

Alors, on se laisse embarquer dans ce voyage initiatique du jeune Seamus et on dévore la description de l'Amérique de 1899 que dépeint si bien Gérard Herzhaft. On râle contre l'affreux Docteur Killoran, on tremble pour la famille de Nez-Percé et on ne peut que retenir une larme avec peine quand, enfin, Seamus retrouve sa Maman… !

Une bonne idée de cadeau pour Noël pour un jeune neveu ou une petite sœur ! En tout cas, un livre à mettre dans sa propre Bibliothèque Bleue.

ref: La ballade de John Henry, Gérard Herzhaft, Rageot-Editeur, collection Cascade, mars 2003, 160 pages, 7.10€

Du même auteur, dans le rayon blues: un Long Blues en La Mineur, Catfish, A Chicago un Harmonica Sanglote le Blues (voir LGDG n°21 ), La Grande Encyclopédie du Blues, Blues Story 1962 (lire la nouvelle intégrale )

Lire e-interview de Gérard Herzhaft: le blues c'est aussi des mots (LGDG n°26)

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Le blues dau Galop' chenaux

date: 8 décembre 2003
de: Stagg'O'Lee <stagolee@club-internet.fr>

Bon, voilà un livre qui parle assez peu de la musique bleue, mais avouez que l'auteur semble avoir choisi le titre et le dessin de couverture exprès pour être chroniqué dans la Gazette de Greenwood!

Ah si, voilà un passage du texte qui parle de blues:

Je sais beun c'que vous songhez! Un biâ gars coum' moi, épais coum' in turbot', biâ coum' in jhourt' d'Avreuil, [...] Mais reun de reun, le blues, quoi! Alors jhe prends ma gourbeille et moun'espiote, et jh'emmeune mon cheun nous promener en bas d'la coûte.

Bravo donc à Ludovic Nadeau de diffuser la bonne parole blues! Et bravo pour son livre d'aquarelles humoristiques accompagnées de textes en patois de l'île d'Oléron.

ref : Le blues dau Galop' chenaux, Ludovic Nadeau, Editions des Îles du Ponant, juin 2003, 67 pages, 19 €

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