n°58 (juin 2004)
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Tome 1:
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Tome 2
Tome 3
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Eric Clapton
Me and Mr Johnson
A Greenwood, c'est clair, on aime Robert Johnson (rappel: la Gazette de Greenwood a été créée pour lui!). Alors quand un CD rend hommage à ce mythique bluesman, vous pensez bien qu'on ne peut pas y être indifférent! On ne peut qu'être heureux de voir Robert Johnson mis ainsi à l'honneur, en tête de gondole chez tous les disquaires qui , habituellement, ont plutôt tendance à reléguer le blues dans un rayon perdu, au fond à droite...
Eric Clapton s'est fait plaisir et nous fait plaisir. Sans doute ce CD ne pulvérisera pas les records de ventes de Slowhand, mais là n'était certainement pas le but. Eric Clapton veut simplement nous dire tout ce qu'il doit à Mr Johnson dont il revisite ici une partie du répertoire. Dans le petit monde du blues en France, les allergiques à "God" feraient bien d'enlever leurs oeillères et de brancher leur sonotone... Un disque évènement, hommage au blues et à l'une de ces plus grandes figures... Gardons notre sens critique, mais ne boudons pas notre plaisir!
date: 9 avril 2004
de: Pierrot Mercier
| Kind Hearted Man Blues |
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Il est évident que tout le monde attendait Eric Clapton à ce tournant. Alors, plutôt que polémiquer une fois de plus, glissons la galette dans le lecteur et écoutons. Pas immédiatement si vous pensez utiliser le lecteur de votre PC parce qu'il va falloir, à cause de leur hypothétique protection contre les copies, installer le lecteur Warner avant d'entendre quelque chose... |
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Donc :
Jusqu'ici les fans de Clapton ne sont pas trop perturbés...
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Bilan On a échappé à Sweet Home Chicago, c'est déjà ça... Walking Blues ne nous aurait pas plus épaté que Rollin & Tumblin (oups : If I had Possession ... ;-) Ramblin on My Mind on connait aussi. Il manquerait Terraplane alors ? From Four Until Late ? Et... Ne boudons pas notre plaisir pour un petit loupé ou de (rares) regrets sur le traitement artistique et reconnaissons objectivement que c'est une belle réussite ! Remarquez, si je vous dis que j'aurais bien repris un peu de Crossroads vous allez mettre mon objectivité en doute !! |
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* Avant de conclure juste une petite remarque sur la présentation. La pochette ne laisse personne indifférent. Certains la trouvent laide, d'autres lui trouve une modestie de bon goût. Personnellement je regrette qu'une fois de plus Eric fasse une tête lugubre. Je ne pense pas qu'il tienne absolument à paraître sérieux à tout prix mais cette attitude grave est pesante à la longue. Il suffit d'écouter l'album pour se rendre compte qu'une certaine bonne humeur a du régner pendant les séances. Pourquoi diable a-t-il choisi, parmi la série de portraits qu'a effectués Toru Moriyama, le plus austère ? L'époque de Layla (and other assorted love songs) et ses excès divers est certes révolue, la vie a pu être dure depuis, mais quand enfin va-t-il trouver assez de sérénité pour sourire ? Comme sur celle-ci par exemple ? * * |
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L'occasion est propice pour évoquer une nouvelle fois les multiples reprises de Robert Johnson. Nous avons parlé dans ces colonnes du travail de Peter Green, plus particulièrement de son Robert Johnson's Songbook dans le
numéro 2, octobre 1998. Robert Lockwood ... plays Robert & Robert fut chroniqué dans la
Phonothèque numéro 5 (décembre 1999). Deux compilations assez récentes à signaler, chez Canonball : Dealin' with the Devil (dans le
numéro 28 de février 2001) et chez Telarc : Hellhound on my trail, non chroniquée à ce jour [je devais m'en charger mais j'ai un peu oublié... <:-/].
Pendant que je fouillais les archives de notre chère Gazette, le facteur de chez Amazon a eu le temps de m'apporter enfin The Blues of Robert Johnson, publié par Rounder en 1997 dans leur série économique Easydisc (où on trouve d'autres volumes d'échantillons intéressant extraits de leur riche catalogue). Cette compilation de titres enregistrés entre 1971 et 1997 ne souffre pas du tout de la comparaison avec les projets conduits chez Canonball et Telarc . Si je vous dis que Rory Block, John Hammond et... Johnny Shines sont les têtes d'affiche, avec 3 titres chacun et que les seconds rôles (avec un titre) sont tenus par Paul Rishell, Bob Brozman et Kristina Olsen (elle, oui, peut rivaliser avec Jo-Ann Kelly), vous saurez donc que c'est du Blues acoustique éminemment recommandable. Les morceaux qui nous intéressent aujourd'hui donnent, en tout cas, fortement envie d'écouter les albums dont ils sont issus, du Hey, Ba-ba-re-bop de Johnny Shines au Live from around the World de Kristina Olsen, pour ne citer que les plus étonnants. * A propos de reprises, mon inventaire continue à s'étendre. http://www.argyro.net/amap/reprises.htm NB : j'ai également mis cette liste en format Excel pour faciliter la recherche (cliquer sur l'icône Excel à la fin) Pierrot |
date: 29 mars 2004
de: Romain Pelofi
Bon, comment dire...
Je ne me sens pas vraiment concerné par Clapton (en fait, je m'en fous), et je dois avouer écouter Robert Johnson pratiquement tous les jours. Tout simplement parce que sa musique est pour moi l'une des plus belles qui soient.
Le personnage, son histoire et son œuvre sont bouleversants. Et en prime, chaque écoute révèle une nouvelle surprise.
Robert Johnson, c'est le dernier grand styliste du Delta... quoiqu'il n'est peut-être finalement pas vraiment un musicien de "Delta blues", mais bien une synthèse parfaite de divers courants de blues. Un musicien au son rural, mais à la "froideur" et à l'inspiration souvent urbaines, venues par le disque et les rencontres.
En l'écoutant, on entend les musiciens locaux, Charley Patton, Son House (surtout sur Walking Blues et Preachin'The Blues), Willie Brown et d'autres. Mais on entend aussi Blind Lemon Jefferson, Blind Boy Fuller, Big Bill Broonzy, Skip James (Hellhound On My Trail), des accents à la Saint Louis Blues avec Henry Townsend, JD Short (Drunken Hearted Man), Lonnie Johnson (en particulier Malted Milk) mais aussi Leroy Carr (I Believe I'll Dust My Broom, Love In Vain, Dead Shrimp Blues), Kokomo Arnold et Joe McCoy (Sweet home Chicago), Hambone Willie Newbern (Travelin'Riverside Blues, If I Had Possession Over Judgment Day), Johnnie Temple...Comme si, partagé, il avait eu du mal à se chercher, tout en ayant accompli un mélange tout personnel, un style propre inimitable mais tant imité. Qu'aurait-il donné par la suite ? Serait-il parti à Chicago, comme nombre de ses pairs, avec un son à la Robert Nighthawk ou Elmore James ? Aurait-il évolué vers une musique aux accents plus jazzy et sophistiqués comme l'ont laissé entendre Robert Jr Lockwood et Johnny Shines ? Sa musique est d'une richesse extraordinaire!
Alors quand on m'a annoncé que Clapton comptait sortir un disque hommage à Johnson, j'ai failli faire une syncope. Et quand le disque est réellement sorti, je me suis senti prêt à le descendre, ce qui n'est pas une réaction très maligne, je l'avoue. Parce que ce qu'a enregistré Robert Johnson est INEGALABLE. Que ce soit la voix si évocatrice, chargée de sens, le jeu de guitare fabuleux, la tension incroyable qui habite cette oeuvre...Clapton s'est attaqué à l'impossible.
Et puis, surprise. Eric Clapton n'a pas raté son coup. Bien sûr, il ne souffre pas du tout la comparaison avec l'original. Il est très difficile d'apprécier entièrement cet album quand on connaît le blues qu'il reprend. Les meilleures reprises de Johnson sont celles de ses collègues noirs américains.
J'aurais beaucoup de reproches. Par exemple, il a sucré les esquisses de basses marchantes sur Kind Hearted Woman (déjà, la montée vocale sur ce même morceau lui pose quelques problèmes). Mais c'est sincère, plutôt bien fait et ça ne sonne pas mal du tout. Il y a de bons moments et Clapton respecte vraiment Robert Johnson et sa musique. Il n'y a certes rien de transcendant, mais je ne trouve pas ce disque raté, même si je ne l'écouterai certainement que très rarement. Et rendre un hommage à ce génie du Delta n'est que justice.
On pourra certes accuser Clapton de vouloir se faire du blé facilement, mais pour un mec qui a toujours vénéré ouvertement Johnson, je ne trouve absolument pas choquant ce type de procédé. Car son admiration pour le bluesman est ancienne. Clapton n'y est pas pour rien si Robert Johnson jouit aujourd'hui d'une image de fondateur d'école. Je doute que dans le South Side des années cinquante, les jeunes musiciens aient su qui il était. Même T-Bone Walker n'avait pas réussi l'identifier à l'écoute de l'un de ses disques !
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre de l'album, Clapton reste en retrait, et ne se la pète pas. C'est Johnson qui est en vedette.
Alors même s'il ne s'agit pas d'un album extraordinaire, je n'ai pas envie de taper sur un disque dont le concept qui me semble sincère et la réalisation non-bâclée sont touchants. Loin de moi l'idée de défendre Clapton - ce serait un comble pour moi! ;-) - je parle juste de ce disque.
Ou alors, je suis un gros naïf...;-)
Romain
Le récent décès de John Jacob Malone, suite à une longue maladie, le 20 février 2004 à Hawaii, à l'âge de 68 ans, éclaircit hélas encore un peu plus, le groupe des bluesmen de la Côte Ouest. A n'en pas douter, cet homme, affable et chaleureux, toujours souriant, a marqué de sa plume et de son génie musical créatif la musique de la côte californienne entre le début des 60's et les années 2000.
Peu d'amateurs savent que JJ MALONE était sinon un claviériste au doigté aérien et un guitariste de tout premier plan, du moins un brillant harmoniciste imitant à merveille un certain… Muddy Waters .
Faut-il rappeler que son ami, le lap-steeliste californien Sonny Rhodes, a dit de lui, qu'il avait écrit, sans les signer, un bon nombre de morceaux de Creedence Clearwater Revival, et plus encore que le fameux son des Creedence n'existerait pas sans J. J. Malone ? Or, les Creedence étaient effectivement sur le même label que Malone, chez Galaxy, à la même période. D'ailleurs, Jay Jay s'est souvenu beaucoup plus tard les avoir vus en studio . Ceux-ci venaient donc naturellement l'écouter lors de ses sessions d'enregistrement.
Dans ces conditions, Creedence a ainsi pu prêter, en toute quiétude, une oreille attentive aux bandes son "inexploitées" par le producteur maison Ray Shanklin. On imagine aisément une suite possible : Creedence "emprunte" les bandes que Galaxy avait délaissées… à leur seul profit, sans créditer JJ Malone! Les exemples de ce type fourmillent…
Né en 1935 à Decatur (Alabama), JJ Malone a rencontré le blues grâce à son père qui était un fin guitariste slide qu'il suivait, après l'école et le travail, dans les champs de coton, dans les juke-joints autour du fleuve Tennessee. C'est à cette occasion que le jeune John écoutait Lightnin' Hopkins, Louis Jordan, Washboard Sam, Memphis Minnie et Sister Rosetta Tharpe qui l'influencèrent considérablement, tout autant que Muddy Waters, ou encore Arthur " Big Boy " Crudup…
A 17 ans, JJ Malone partait rejoindre de la famille à Indianapolis. Employé comme plongeur, il devait rencontrer l'harmoniciste Wobbly White pour ensuite jouer, tous deux, dans les house parties environnantes.
En 1957, tout en servant dans l'armée de l'air à Spokane, (Washington), JJ formait un groupe de rhythm'n' blues les Rhythm Rockers, à la pleine apogée de James Brown et des Temptations qui trustaient le Top 40!
De retour à Fresno (Ca), le groupe fut rejoint en 1962 par le chanteur guitariste et ancienne gloire du rockabilly, Troyce Key, qui devint un fidèle compagnon de route jusqu'à sa mort en 1991.
Auteur, compositeur, interprète et arrangeur talentueux, JJ Malone, autodidacte au piano, à la guitare et à l'harmonica, a enregistré en 1962 son premier single sur le label Chance Records avec deux titres Does she love me et Sail on, à San José (Ca), en compagnie de Troyce Key (g) et de Charles Banks (b).
A la fin des sixties, le label Galaxy, après avoir signé Sonny Rhodes, s'intéressait à JJ Malone. Ce dernier devait écrire et jouer de la guitare pour Sonny Rhodes sur I'm a Country Boy et I was Kiddin' (Galaxy, 763 Ace UK CD 440).
JJ Malone prenait alors des responsabilités grandissantes au sein de Galaxy, en qualité de conseiller artistique de Little Johnny Taylor et de Big Mama Thorton.
En 1970, JJ Malone enregistrait ses premiers titres pour Galaxy One Step Away et People Say, alors qu'en 1972, il obtint un certain succès avec It's a Shame (Galaxy 784).
Puis, en 1980, Troyce Key rachetait, près d'Oakland, le Eli's Mile Club à la veuve d'Eli, et persuadait JJ Malone de monter sur l'estrade ensemble avec les Rhythm Rockers rebaptisés pour la circonstance. Rappelons que le Eli's Mile Club fut un endroit incontournable des bluesmen de la San Francisco Bay des années 70's et 80's.
JJ Malone a enregistré deux très bons albums avec Troyce Key pour le label britannique Red Lightnin' I've Gotta New Car et Younger than Yesterday (LP 0028 et 0043) et se fit connaître en Europe avec la tournée du San Francisco Blues Festival à l'occasion de laquelle il enregistra trois prises de bonne facture à Paris en 1982.
Comme beaucoup de bluesmen californiens, JJ Malone a écumé la "Bay Area Clubs" comme le Larry Blake's, The Fifth Amendment, Your Palce Too, Lou's Pier 47, The Cotati Cabaret, J.J.'s Blues Cafe, J.J.'s Blues Lounge etc…
Outre ses LP's pour le label Cherrie et les deux LP's enregistrés pour le label de Troyce Key, dont l'excellent et très recherché Bottom Line Blues (Eli Mile High Records TK 1002) qui date de 1989, il faut citer les deux albums du label Fedora de Chris Millar dont l'incontournable Highway 99 (Fedora FCD 5003) et See Me Early in the Morning enregistrés respectivement en 1997 et en 1998.
The Band Played On, produit par JJ Malone lui-même sur son label Blues Express (Blues Express 003) en 2001, qui constitue son dernier album, vaut par une musicalité et une ambiance sonore inclassable qui reflètent une personnalité musicale éclectique et originale (cf notre chronique in SOUL BAG 172, p 69).
Souhaitons enfin voir un jour réédités en CD, entre autres, l'ensemble des titres Galaxy et l'excellent Bottom Line Blues enregistré pour Eli Mile High Records, le label de Troyce Key. Ce serait rendre un juste hommage à un bluesman de premier plan, qui aurait mérité une plus grande notoriété dans l'hexagone et qui permettrait à beaucoup, de découvrir une œuvre majeure de la West Coast.
LGDG : Tout d'abord, Rab, permets-moi de te féliciter pour la seconde place obtenue lors du classement annuel Power Blues 2003 …
RAB : Whaou, c'est vrai que lorsque tu m'as annoncé ça il y a quinze jours [NDLR :nous nous étions rencontrés lors de son concert off de St Amans Soult], j'ai eu un peu de mal à réaliser, tellement cela m'a fait plaisir. Maintenant, ça va mieux !! (rires). Tu sais, je me sens très honoré par ce classement, et surtout, je me sens plein d'humilité pour autant de reconnaissance, que ce soit de la part du public, mais également de la presse en général … Donc, à vous tous : Merci !
LGDG : Fait marquant de ton album Belfast Breakdown, c'est l'équité qui existe entre musiciens catholiques et protestants. Etait-ce involontaire ou un pied de nez volontaire à l'intégrisme ?
RAB : Au départ, j'ai choisi les musiciens pour leur talent, il n'y avait pas d'égalité de prévue, ce fut vraiment le fruit du hasard. Pour ma part, je suis catholique, catholique nationaliste. Mais tu sais, mon point de vue sur tout ça, c'est qu'il est toujours préférable de discuter pour se réunifier que de se battre pour se déchirer. Lorsqu'on regarde de l'extérieur le conflit qui nous a opposés et qui en oppose toujours certains, cela peut sembler compliqué dans la mesure où il apparaît plus facile de juger quand on vit dans un endroit calme et éloigné de l'Irlande. Mais quand tu es en plein milieu des tirs de fusils, des bombes et des familles déchirées, il y a forcément un moment où tu te sens obligé de prendre parti. Avec le recul, c'est bien triste, parce qu'au bout du compte, ce sont inévitablement les gens d'en bas qui souffrent, pas les gens d'en haut…
LGDG : Ton épouse Marian a toujours été très proche de toi, elle n'a jamais douté. Tu lui dois beaucoup, je suppose ?
RAB : Avec Marian, nous avons vécu les troubles et les périodes les plus sombres. C'était très dur à une certaine époque. [NDLR : à ce moment-là, il évoque son séjour à l'ombre, sans que ces propos ne soient retranscrits ici] On n'avait pas de job, pas de pognon, mais on avait notre famille à nourrir. Et moi, j'avais mes guitares, mes instruments de musique, enfin, un peu de matériel. Tout était là, mais comme je n'avais pas d'engagements, j'ai voulu tout vendre, ça nous aurait fait du bien, cet argent. Mais ELLE a dit " Non, tu ne vendras rien, tu vas te battre, trouver des gigs et on s'en sortira ". J'ai effectivement retrouvé un endroit pour jouer régulièrement et, petit à petit, les choses se sont améliorées. Cela nous a sauvés. Et maintenant, tu ne sais pas ? Tout ce que je gagne, c'est elle qui le prend pour faire du shopping !!!! (gros rires)
LGDG : Il y a, sur ton album, beaucoup d'invités, tel que le Grand Hubert Sumlin. Mais j'ai appris que tu n'avais pas enregistré avec eux. Ces bandes ont été mixées, c'est cela ?
RAB : Tu sais, Hubert j'ai joué avec lui, il y a longtemps. Coïncidence, l'un de mes amis et song-writer de l'album, était également une de ses connaissances. Et pour le morceau où il apparaît, j'avais pensé à lui depuis le début. J'avais même laissé la place volontairement sur l'enregistrement pour lui, comme si tout cela était évident. Je savais ce qu'il allait faire, une sorte d'intuition, un truc de musiciens. On s'est parlé longuement, des heures et des heures durant, et on a réglé tout ça par téléphone. Lorsque je lu ai exposé mon concept, il pensait également à la même chose. On s'est donc tout de suite compris. Aux Etats-Unis, ils ont enregistré Hubert sur PROTOOLS et m'ont envoyé les enregistrements par l'Internet. Je captais l'essence de tout ça et on enregistrait. Je ne crois pas que ce système soit beaucoup utilisé. Avec Internet, il n'y a plus de barrières pour que les artistes fassent désormais des trucs ensemble. C'est comme si on jouait dans le même studio, avec juste l'océan qui nous sépare …
LGDG : Cela peut tout de même poser un problème. C'est que les musiciens ne jouent pas ce que toi tu aimerais ?
RAB : Tu sais, je fais ça aussi bien sur scène que sur disque. Je laisse à chacun la liberté de jouer ce qu'il a envie, et surtout comme il le sent, à partir du moment où ça rentre dans le concept. Si tu écoutes Jimi's Story sur Belfast Breakdown, tend l'oreille sur le clavier qui joue sur ce morceau. Il a su recréer une certaine atmosphère, et je crois que c'est parce que je ne lui ai rien imposé !
LGDG : Alors, justement Jimi Hendrix ou encore Rory Gallagher sont deux personnages incroyablement importants que tu as côtoyés ???
RAB : Rory a été l'un de mes grands amis. Tu sais, il vivait à Cork, et chaque fois qu'il venait jouer à Belfast, il descendait chez des potes musiciens pour dormir. Pour ma part, à l'époque, je vivais dans une petite baraque d'une cité ouvrière, les chiottes à l'extérieur, ma mère et ma sœur dans une chambre et mon frère et moi dans une autre. Pas très reluisant. Ma mère était très croyante, alors quand elle a vue Rory dormir de dos avec ses longs cheveux, son sang n'a fait qu'un tour. Elle s'est mise en colère et m'a retournée une claque, car il ne fallait pas que j'amène des filles pour dormir à la maison. Quand elle a compris que c'était un garçon, elle s'est excusée. Aujourd'hui, on en rigole encore. Avec les gars de la rythmique de Rory, son bassiste et son batteur [NDLR : Gerry McAvoy et Brendan O'Neil ???], on était à l'école ensemble. On est potes depuis 40 ans, tu vois, ça date pas d'hier. Aujourd'hui, ils jouent avec Nine Below Zero. Jimi Hendrix, c'est différent, on ouvrait pour lui à un concert où il fêtait ses 25 ans. Il est mort deux ans plus tard, on s'était jamais revu. Tu sais, mon sentiment à propos de Jimi, c'est qu'il a été envoyé sur Terre un court moment, juste pour nous montrer la voie …
LGDG : Ce soir, j'ai trouvé que ton concert était beaucoup plus Rock que Blues. Ce n'est pourtant pas dans tes habitudes. Est-ce parce que c'était le dernier de la tournée ? RAB : Dans l'ensemble, je crois que le public aime le mixage du Blues et du Rock. Et puis, ce soir, c'était un peu particulier, on jouait en ouverture de Nico Wayne Toussaint. Son show est principalement basé sur le Chicago Blues. Mais tu sais, s'il fallait que je joue Blues, Blues, je pourrais jouer ainsi toute la nuit. Pour ce soir, j'ai pensé que ce serait aussi bien de jouer Rock, du moins, c'est ce que j'ai senti sur scène. Dans le show, je veux essayer de tout intégrer, du Blues au Rock, en passant par d'autres influences. Muddy Waters a démarré avec le Blues du Delta, mais plus tard, il s'est fait connaître par ses reprises dans le monde du Rock. Et puis, entre nous, je n'ai que 55 ans, je suis encore un gamin pour jouer le Blues (rires …)
LGDG : Ton French Tour s'est terminé ce soir après un mois complet en tournée, quel est ton sentiment sur le public que tu as rencontré ?
RAB : Très bien. Oui, vraiment. A chaque endroit où nous avons joué, j'ai senti beaucoup de chaleur de la part du public. Les clubs m'ont réservé un bel accueil et ont fait tout cela avec beaucoup de passion, tout comme le public qui s'est déplacé. Je pense que j'ai été bien accepté, du moins, c'est mon sentiment. Le truc en plus, c'est que j'étais accompagné par un backing band qui m'a rendu la tournée plus confortable. J'espère qu'il s'agit d'une LOVE AFFAIR désormais avec le public français.
LGDG : Le mot de la fin ?
RAB : VIVE LA FRANCE !!!
propos recueillis par Xavier "Delta Blues" à Tournon d'Agenais le 31 Janvier 2004, lors du Blues Station (interview également publiée dans le "Trois Rivière Blues" Mars 2004)
Le Band en Tournée:
Date: 23-02-2004
de: Véro <pchelius@free.fr>
D’abord l’idée. Présenter quatre des meilleurs groupes de blues frenchie, leur donner une audience nationale. Sacré coup de pouce pour eux et bonne baffe dans la figure pour ceux qui les écoutent. Non. En France, il n’y a pas que star ac’, il y a des gens qui ont du talent. Non, le blues n’est pas mort et ce n’est pas parce qu’on est un natif hexagonal qu’on ne sait pas le jouer. Blues Radio volume 1 en est la preuve vivante, vibrante, chaleureuse...
Trois titres pour chaque groupe. Equitable. Pas de jaloux. Un choix judicieux pour faire découvrir plusieurs facettes du groupe.
Pochette carton. Vieux poste de radio. Tons orangés. On évite les blueseries trop souvent employées et qui vous foutent le bourdon avant la première écoute. Hé oui, messieurs-dames, le blues c’est la musique de la vie, pour ceux qui ne l’auraient pas compris.
A l’intérieur, petite notice sur chacun des groupes. Indispensable. Manque peut être une liste de concerts.
Passons au détail de près d’une heure de bluezique.
Bluestones
Guitare au son bien sale, au service d’une voix expressive, ils ont le sens du riff, ces quatre là. Celui qu’on meurt d’envie de repiquer sur sa guitare. Le blues n’est pas pour eux, quelque chose de trop sérieux. C’est pas la pelouse bien tondue où il est interdi de marcher. C’est une vaste cour de récrée où l’on s’amuse sans complexe à chaque note. Qui a dit que le blues était la musique des désespérés ?
JB Boogie
Si vous n’avez pas envie de vous remuer en l’écoutant, la visite chez un ORL s’impose. Ce piano là, c’est la vie, l’énergie pure, la passion, le bonheur de jouer et de le partager. A la main gauche, ce ne sont pas des walking bass mais plutôt des jumpin’ bass. Gotlib a dit un jour que Dadi avait dix doigts à chaque main. Le qualificatif s’applique aussi à JB. Ça danse, ça swinge dans tous les coins. Il sait aussi nous tirer les larmes lors d’un blues lent, pathétique, dans la plus pure tradition (Blues of hope). Côté ambiance, moi, ça m’évoque une version de Black Night chantée par Buddy Guy dans Damn’ right I’ve got the blues. On peut juste regretter l’accent français du bonhomme, lorsqu’il chante.
Miguel M Blues Band
Inspiration BB King. Section cuivre et sens de la phrase guitaristique. Mais aussi blues plus funky ou ballade à vous donner des envies de hamac et d’été. Voix rauque à caresser une Lucille dans le sens des cordes. Personnellement, je ne raffole pas des cuivres. Là, ils ne sont ni trop clairs ni trop envahissants. Dans un titre comme Crazy world ils viennent même à point répondre à la voix grave et rauque avant qu’elle n’entame un dialogue plus intimiste avec la guitare.
Mojo Band
Changement de décor. Les tons pastels du blues. Place au feeling. Au vrai. Ambiance plus mélancolique. Des guitares qui glissent comme le cours un peu douloureux d’un fleuve. Un morceau acoustique (Parch farm blues), le seul de l’album, histoire de nous faire supplier à deux genoux qu’il y en ait plus sur le prochain opus, et on se retrouve dans la poussière, à suivre les pas errants d’un hobo durant la période de la grande dépression. Ou dans un train. Pas les premières classes mais le wagon à bestiaux. Et on n’a pas très envie d’en partir. Le sortilège fonctionne à plein régime.
Un (tout) petit bémol.
Ces quatre groupes savent ce qu’ils font, ils connaissent leur affaire. Ils ont le blues dans la peau. Pas de problème. C’est du blues, du pur, du vrai. Oui. A s’y tromper souvent. C’est là que ça me gène. Un peu. Un tout petit peu. Mais quand même. Si la plupart des compos sont originales, le blues c’est bien celui des maîtres. Ne pourrait-on pas souhaiter à tous ces talents (qui méritent le respect, si, si, j’y tiens) de trouver des chemins un peu plus personnels ?
Pour finir...
Roots, rock, funky ou boogie, guitare saturée, section cuivre, clavier ou acoustique, des déclinaisons bluesistiques sans un temps mort, un assortiment coloré de bien belles tranches de blues.
ref CD: 'Blues Radio' label Dixiefrog/Distribution Night&Day, 2004
Le CD Radio Blues Vol 1 est une sélection effectuée par la "fine fleur des programmateurs du Collectif des Radios Blues" www.radioslbues.com
Bulldog Gravy… Attention à vous quand il secoue les babines ! Ca rafraîchit… !
Du country-blues teinté de rock m'avait-on dit… Je ne sais pas si c'est la bonne définition, mais une chose est sûre : ce disque est un régal !
Ca commence par un Big Bad Blues plein de vitalité, dont l'esprit n'est pas loin de celui d'un certain Elmore D, bien que ce titre soit écrit par le leader du groupe, Mike Greene. On n'est pas vraiment dans la veine "country-blues", mais plutôt dans celle d'un de ses descendants, le Chicago Blues. Guitare bien grasse, rythmique appuyée (usage hypnotisant de la "cloche", la batterie de Jérôme Lavail serait composée de valise, boîte à chapeau et douille d'obus!), harmonica furieux, larsens maîtrisés. En tout cas, ce titre annonce la couleur du reste du CD : on va aller d'étonnement en étonnement et il n'y aura pas de répit, pour notre plus grand plaisir !
Le deuxième titre, Down the Road, sonne beaucoup plus country-blues, voire country, car si la guitare électrique saturée de Philippe Sangara est toujours là en arrière-plan, il y a aussi une guitare acoustique et un harmonica (David Giancola) qui ne l'est pas moins, tandis qu'une mandoline vient ajouter la touche finale à ce morceau qui fleure bon les grands espaces ! Contrebasse (Farid Khenfouf) et batterie se font plus discrètes tout en donnant le balancement qu'il faut à ce genre de chanson, encore signée Mike Greene. Ce chanteur multi-instrumentiste n'en est pas à ses débuts, ce qui explique certainement à quel point ce CD ne ressemble pas à un galop d'essai! Tournant en concert depuis plus de dix ans en France et en Europe, des centaines de concerts et cinq disques à son actif, Mike maîtrise assurément son sujet et sa façon de voir le blues et, encore une fois, c'est rafraîchissant !
Love Sick Blues plonge encore plus dans les racines du blues, du côté du Delta profond, chanté sur un rythme lent et incantatoire faisant la part belle au slide de Mike Greene. Profitez-en, ce titre est un des rares du CD qui vous permettra de rester assis sans bouger, et même vous y obligera… scotché.
Mais debout, voilà Tight Like That ! Ce standard (Thomas A. Dorsey / Hudson Whittaker) est ici revisité avec entrain et force : rythmique impeccable, guitares acoustique slide et électrique, mandoline… Si le rock est la musique qui donne envie de danser, alors oui, c'est du country-blues teinté de rock… Tout comme le Going to Brownsville (John Estes) qui suit.
Hommage au blues le plus traditionnel (proto-blues ?) avec le Fishing Blues du Texan Henry Thomas, interprété avec l'énergie et la fougue qui vont bien avec, kazoo compris ! Contrebasse, slide, tambourin, solo de guitare acoustique… un vrai street band !
Retour vers le Mississippi avec I Wish I Was In Heaven Sitting Down (Mr Trad.) qui vous prendra aux tripes, puis un Rolling and Tumbling (Muddy Waters) qui vous fera vous lever d'un bond! Voilà une interprétation qui lorgne vers le blues-rock, et qui annonce le morceau suivant, Same Old Blues, écrit par Mike Greene, un Texas Blues puissant et viril qui pourrait être joué par une bande à la barbe taillée au carré!
Et oui , car si le début du CD est très nettement orienté vers un blues dit "traditionnel", à partir de ce titre, les Bulldog Gravy s'en donnent à cœur-joie dans la "modernisation" de la musique qu'on aime… Skelto nin my Closet, composé par Greene, est un blues-rock lent dans lequel apparaissent quelques effets spéciaux. Maggie's Farm (Bob Dylan) reprend un rythme plus vigoureux où on retrouve ce qu'on peut appeler maintenant la patte du Bulldog : grosse rythmique accompagnant de puissants riffs de guitare électrique sur lesquels viennent se greffer un zeste de slide acoustique. S'y ajoute un instrument inattendu : la tronçonneuse (mais rassurez-vous : pas de massacre !).
Suit une intro "pinkfloydienne", pour un On the Road Again (Canned Heat) revisité de fond en comble d'une manière originale qui ne peut laisser indifférent. Le dernier morceau est une interprétation encore plus décalée du Back Door Man de Willie Dixon. Excellent.
On pourrait se demander si c'est le même groupe qui joue en début et en fin de CD… Et pourtant oui ! Semblant hésiter entre les voies qu'ont pris des groupes comme Stincky Loo & the Goon Mat et celles de Jesus Volt, les Bulldog Gravy nous disent clairement que tout ça, c'est du blues. En fait, ils n'hésitent pas : ils foncent !
Et comme, pour un clin d'œil final, le CD comporte un quatorzième titre caché… une valse lente, guitare seule et chant… le genre de chanson que devaient interpréter les Irlandais immigrés dans les Appalaches, au début du XXième siècle…
Il n'y a pas de doute, ce groupe est à découvrir au plus vite. C'est une énorme surprise, les Bulldog Gravy devraient faire une entrée fracassante dans le PBF (Paysage Bluesistique Français) avec leur blues puissant et créatif, et ils devraient rapidement rayonner bien au-delà de leur base, le Sud-Est de l'Hexagone. C'est tout ce que je me nous leur souhaite !
Mike Greene (chant, guitare acoustique, mandoline, kazoo), Philippe Sangara (guitare électrique et slide), Jérôme Lavail (batterie " valise " !), Farid Khenfouf (contrebasse), Jean-Louis Brazzi (contrebassine et percussions), David Giancola (harmonica), Jérôme Mingo (crackles and sound destructions !)
Ref CD : Bulldog Gravy - Big Bad Blues, 2003
Un soir de Blues-sur-Seine, ce « bœuf » réveille un bar de Mantes la Jolie. Photo et texte: François Berton, Marciac 2003 (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
C’est dans un autre cabaret, au « Bœuf sur le Toit » qu’en 1925 s’improvisèrent ces séances entre musiciens jazz de rencontre, donnant le nom à l’événement.
Ici, le Blues convie à une intense concertation active cette jeune assistante jusque-là bien tranquille.
le site de François Berton: perso.wanadoo.fr/photos.francois.b/index.htm
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Ron HACKER
est actuellement un des guitaristes les plus reconnus en tant que joueur
slide. Son jeu
nerveux est au service d'un blues franc et qu'on devine prêt
à aller titiller le
blues-rock (c'est d'ailleurs le cas avec son album suivant, sorti en
2003, "Burnin' Man").
Mais l'album "Back Door Man" dont il s'agit ici, sorti en 2000
et enregistré en
Californie, fait encore état de ce sentiment passionné
pour le blues. ( The Saloon Recordings [SR2000CD] 2000 ) |
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C'est un boîtier à la présentation sobre que j'ai
reçu de Clermont-Ferrand.
( Autoproduction 2004 )
- Disponible sur
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( 13 titres - 55:59 ) Collection Blues Power - Isabel Records , NIGHT & DAY IS 649501 Depuis la fin des années 80's, le sexagénaire Willie Kent, (née en 1936 - 5 award du meilleur instrumentiste) guitariste à l'origine devenu bassiste -à force d'attendre un de ses musiciens qui avait des problèmes avec l'horloge-, est devenu l'un des leaders incontournables de la scène du West Side qu'il a longtemps écumée avec les plus grands du chicago blues moderne. Blues and Trouble, (en référence à Lowell Fulson ?) session qui a été enregistrée en France en 1995 par Willie Kent avec ses "Gents" est produite par Didier Tricard, propriétaire du label Isabel records. Derrière une formation homogène et bigrement efficace, avec le claviériste aérien Ken Barker, le fin guitariste Willie Davis et le batteur Cleo Williams, qu'à rejoint à la guitare rythmique Carlos Showers, Willie Kent, chante d'une voix rocailleuse et dépouillée et joue un blues débridé, sombre et intensément dramatique, tel que l'on pouvait l'entendre au "Ma Bea's" à Madison Street dans les 70's… (cf MCM 900.291) avec un certain Willie James Lyons. Les titres à tempo lent et rapide s'enchaînent naturellement sur cet opus qui contient 5 compositions personnelles dans la pure tradition du chicago blues moderne étincelant. Mean Mistreatin' woman, Treat My Baby Right, Memory of You, Come Home, Somebody Got To Go. La guitare incisive, au phrasé fluide et coulé de Willie Davis est un vrai régal tandis que le toucher fin et aérien du pianiste et claviériste Ken Barker répond magistralement à la voix de son leader. Tous deux subliment des textes très personnels qui en disent long sur la sensibilité humaine et artistique de Willie Kent. En résumé, cet album, dont il faut vanter la production et la qualité sonore, est incontournable pour tout amateur du West Side Sound. |
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C'est les yeux remplis d'émotion, les doigts tremblants et la peur au ventre d'écouter son contenu, que j'ai ouvert l'enveloppe qui contenait cette perle posthume du plus grand des song writers, voire des poètes de l'histoire de la musique populaire américaine. Townes Van Zandt a enregistré ces quelques titres lors de différents concerts, quelques années, mais surtout quelques semaines à peine avant son dernier voyage, celui qu'il effectua en compagnie de la grande faucheuse le jour de l'an 1997. Il n'avait que 52 ans, bien que son apparence physique en laissait supposer vingt de plus. Est-ce le fait que je connaissais l'histoire de ces faces enregistrées ou est-ce réellement l'ambiance qui se dégage de cet opus ? Toujours est-il que cet Acoustic Blue est sombre comme le Blues, SON Blues, épais comme les brouillards provoqués par l'alcool, la drogue et la schizophrénie qui le rongeait, profond comme les abysses dans lesquels je plonge en l'écoutant, comme si je souhaitais le rejoindre. Qu'est-ce qui a bien pu pousser ce fils de famille riche du Texas à s'enfoncer dans ces contrées, au départ desquelles, jamais, au grand jamais, il n'a été délivré de billet de retour ? Peut être simplement le fait d'être un poète, imprégné des grands événements comme des banalités de la vie, de se prendre en pleine gueule les faits anodins, ceux que nous, communs des mortels, ne remarquerons jamais … J'aurais pu m'attarder sur chacun des titres composant cet album, mais à quoi bon ! On est sûr de l'excellence du résultat. En payant le prix le plus fort qui soit, Townes Van Zandt nous laisse partager le plaisir de son désespoir : des mots qui résonnent comme une souffrance exacerbée par une guitare écorchée vive. |
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Wolf CD 120811 (12 titres - 63:53) Cet habitué du Mama Rosa dans le nord ouest de Chicago, qui reste inconnu de bon nombre d'amateurs, vient de presser une deuxième galette pour le label autrichien Wolf. Quelques 6 titres originaux s'inscrivent dans le droit fil du chicago blues pur jus qui rappelle bien évidemment une filiation paternelle prestigieuse. Eddie Taylor Jr reprend donc du service après des ennuis de santé qui l'ont éloigné de la scène blues. L'album Worried About My Baby a été réalisé avec une pléiade de musiciens aux noms prestigieux tels Willie Kent ou le jeune et excellent guitariste Rockin' Johnny (Can't take It No More). En l'occurrence, le très enlevé Groovin' With Eddie permet à Eddie Taylor et à la guitare époustouflante de JB Moore de s'en donner à cœur joie ave en background le piano volant de Ken barker -intemporel sur Easy Baby et Red Hot Mama- et les fûts de Tim Taylor. Le titre éponyme Worried About My Baby plonge dans l'ambiance profonde des clubs de la windy city sans esbrouffe ni fioriture. Les reprises de Ricky Allen (Cut You Loose), Magic Sam (Easy baby), Robert Johnson (Stop breakin' down) et Muddy Waters (Clouds my heart) sont de très bonne facture grâce à une formation cohérente et particulièrement bien soudée autour d'Eddie Taylor Jr qui possède outre un jeu fluide et riche possède un timbre de voix chaud au grain très sweety. Bref, aucun déchet dans ce disque d'un artiste méconnu qu'il serait dommage de ne pas soumettre à la sagacité de vos conduits auditifs avertis, considérant que l'univers impitoyable du blues FM un peu surfait réserve -de temps à autre- de bien bonnes surprises ! Sans hésitation.
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Près de 30 ans après sa disparition en 1975, Hound Dog Taylor, l'homme aux six doigts de la main gauche (dixit JC Arnaudon) est de retour sur le label de Bruce Iglauer. Ce fondu de blues avait créé Alligator en 1971 dit-il pour enregistrer Hound Dog Taylor avec ses House Rockers, après les avoir découverts et tombé sous leur charme au Florence's Lounge à Chicago. Release The Hound est le septième pressé par Alligator qui s'inscrit dans la logique du fameux Genuine Houserocking Music composé de pièces "unreleased" parues en 1982. Les 14 titres de Release The Hound sont eux aussi inédits. Pour les complétistes, précisons que trois titres ont été enregistrés au Sound Studio à Chicago en 1971, les onze (11) autres sont des prises "live" remastérisées, dont huit (8) originaux qui s'échelonnent de 1971 à mars 1975 enregistrées à Harward University (Ma) , Northwestern University, (Il) au Smiling Dog Saloon à Cleveland et lors de sa dernière tournée internationale à Sydney (Australie). Immédiatement, l'ambiance hypnotique des bouges du ghetto, l'atmosphère épaisse et saturée du blues mâtiné de boogie prend aux tripes. A la tête de ses House Rockers, duo magique composé du sobre et efficace guitariste Brewer Phillips et du batteur minimaliste Ted Harvey, Hound Dog Taylor hante les souvenirs des bouges du ghetto. Avec sa voix haut perché, c'est un adepte de la guitare slide au phrasé juteux et linéaire, reconnaissable par un son bien crade, qui joue des effets de la distorsion et qui pousse les potards d'un ampli méga saturé ! Le résultat est un blues frustre et transcendant, aux murmures d'Elmore James, puissant, brut de coffrage et sans fioriture qui déménage (She's Gone) et des vrais moments de pur bonheur : comme sur une version revisitée, torride et inattendue de What'd I Say de Ray Charles, avec en contrepoint des accents poignants sur des tempos lents (Things Don't Work Out Right, It Hurts Me Too) qui rappellent le chicago blues pur jus joué dans Maxwell Street dans les 60's 70's… |
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Guitar Shorty (1939- né à Houston), installé à Los Angeles, à ne pas confondre avec le guitariste acoustique (Trix), a commencé sa carrière discographique sous la direction de Willie Dixon, sur le label Cobra en 1957 en enregistrant Irma Lee b/w You don't treat me right. Puis, ce texan d'origine a enregistré sur les labels JSP, Black Top durant les 90's et plus récemment chez Evidence en 2001 avec I go wild . L'album Watch your back, distribué par Alligator, est produit par Brian Brinkerhoff et Jesse Harms. A la première écoute, cette galette marque incontestablement un tournant dans une carrière dense, avec une inflexion blues rock omniprésente, qui est, dit-on, très tendance… Argument commercial ou volonté délibérée, Guitar Shorty affirme qu'il a toujours voulu réaliser un tel album où dominent les envolées stratosphériques de sa guitare aux accents métalliques et l'énergie et la puissance des riffs ciselés made in Jimi Hendrix. Le résultat est une musique qui est résolument orientée vers un public rock. Les amateurs du chicago blues seront déroutés sinon surpris par cet album bien loin de leurs repères… Les adeptes du Buddy Guy new look que l'on voit en concert depuis quelques années et/ou les nostalgiques de Jimi Hendrix devraient y trouver leur compte. Quoi qu'il en soit, il est nécessaire d'écouter un tel album pour se forger sa propre opinion. |
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On le sait, en matière de blues sous toutes ses formes, le Benelux regorge de groupes tous aussi talentueux les uns que les autres. The Harmony Two Tones ne font pas exception à la règle, loin s'en faut. Ce ne sont pas ces 12 titres enregistrés il y a 2 ans (avril 2001) qui viendront contredire cette affirmation. Un petit instrumental de Renaud Lesire (harmonica et chant) pour se mettre en jambes, et on entre de plain pied dans le vif du sujet avec pas moins que Slim Harpo dont le groupe reprend Hey Little Lee, où les guitares de Maurice Coumans et Ernesto Zvar nous ramènent un bon demi-siècle en arrière. Suit Unseen Eye de Sonny Boy Williamson où Jan Boekaerts, membre à part entière des Harmony Two Tones et actuel saxophoniste de Tee, se voit attribué un solo, ainsi que le trompettiste Joery Dewachter, invité pour l'occasion. Stefan Staens, saxophoniste aussi, se contente quant à lui de jouer les arrangements au sein de cette section de cuivres occasionnelle. I've Been Fooled Before de Gene Philips permet d'affirmer un peu plus le credo de la formation, confirmé par Oh Boy de Lesire et Zvar : jump and swing the blues! La pochette ne dit pas qui de Boekaerts ou Thaens s'est emparé du sax baryton, mais qu'importe, voilà un petit solo bienvenu. On remonte peut-être plus loin encore dans le temps avec Something's Goin' On In My Room (Daddy Cleanhead) et le jeu presque kitsch de Donne La Fontaine à la contrebasse. Puis Lesire et Zvar nous resservent leurs propres compositions en un beau doublé, Unlucky So & So suivi de I'll Be Seeing You Baby (No more). |
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[Alligator ALCD 4893, 2004, 51:25] Au premier abord, on se dit que ces frangins-là ont un répertoire étendu, et pas qu'un peu, puisqu'on passe directement du rocker Run Myself Out Of Town à un Shine qui rappelle furieusement les grandes heures des groupes hippies des années 70, pour se retrouver sans préparation à la ballade mid-tempo (pour ne pas dire un peu sirop quand même) We Meet, We Part, We Remember. On pense que ça va être comme ça tout au long de l'album, on se dit :"C'est plus un groupe, c'est un juke-box !" mais non. The Holmes Brothers ont bel et bien un style de prédilection, et c'est la ballade. If I Needed You enfonce d'ailleurs le clou pour ceux qui n'auraient pas encore compris que les Holmes Brothers adooooorent les trucs dégoulinants. On revient un moment à des choses plus fun avec le classique Hey Baby (est-ce que tu veux-œufs-œufs être mon amie, chantait Dick Rivers dans les années 60). Son accompagnement, entre batterie, percus et guitare acoustique, en fait un véritable petit rayon de soleil. Dommage d'ailleurs que lorsqu'il joue électrique, Wendell Holmes ait pratiquement toujours ce son son aigrillard et saturé, pas toujours bienvenu selon les titres, voire même carrément agaçant par moment, comme par exemple sur I'm So Lonesome I Could Cry. Everything Is Free ? Encore une Ballade. Heureusement , une version bien enlevée de Big Boss Man vient apporter la bouffée d'oxygène à l'auditeur au bord de l'asphyxie avant de retrouver Wendell seul au chant et au piano pour Opportunity To Cry. Mais c'est Popsy Dixon qui endosse le rôle du chanteur pour un superbe Concrete Jungle, très belle ballade bluesy seulement accompagnée d'une guitare acoustique et d'une contrebasse, peut-être la perle de l'album. Bien que le country "shuffle-isant" You Won't Be Living Here Anymore, dans un style radicalement différent, vaut son pesant de claquements de mains et tapage de pieds, He'll Have To Go, autre ballade bluesy acoustique, est un autre sérieux prétendant ..au titre. Tout comme, d'ailleurs, le blues lent I'm So Lonely chanté par Sherman Holmes accompagné de son frère Wendell à la guitare acoustique. En conclusion, après un démarrage sur les chapeaux de roues, voilà un album qui tend à s'assoupir un peu vers le milieu pour finalement se terminer en beauté. Il est donc recommandé d'écouter ce disque avant de donner vos euros au marchand. Peut-être vos impressions seront-elles mitigées, mais il n'est pas impossible non plus que les Holmes Brothers réussissent à vous séduire. Une fois de plus ?René Malines |
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