La Gazette de GREENWOOD
n°58 (juin 2004)

Tome 3:





Tome 1
  • Eric Clapton : Me and Mr Johnson
    • l'avis du Sherif
    • le point de vue de Mr Pointu
  • In Memoriam: Who is J. J. Malone? (1935- 2004)
  • interview, Rab Mc Cullough : "Hendrix a été envoyé sur Terre pour nous montrer la voie"
  • Blues Radio vol. 1 : la crème du gratin du dessus du panier... french tranches of blues
  • Bulldog Gravy : Big Bad Blues
  • Photo Bleue en Noirs & Blancs: Boeuf à Mantes-La-Jolie
  • la Rubriqu'à Blues: Ron Hacker, Black and Blue, Willie Kent, Awek, Townes Van Zandt, Eddie Taylor Jr, Hound Dog Taylor, Guitar Shorty, The Harmony Two Tones, The Holmes Brothers
lire le Tome 1
 
Tome 2
  • Janet Martin à Toussieu
  • Exposition: Crossroad Blues Balade, fromage Blues
  • Philippe Ménard au James Café (Toussieu): tantôt acoustique, tantôt acoustique...
  • 2nd Congrès Mondial des Greenwoodiens: Rolf Lott à l'Art Puces Café
  • Duke Robillard et Barakarock, chez Paulette
  • Ode à Bluesy Train
  • JB Boogie à l'Art Puces Café
  • Dawn Tyler Watson au James Café
  • Couleurs Blues: Hound Dog Taylor
lire le Tome 2





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A VAULX JAZZ 2004
Da' Blues Will Never Die !

date: 19 mars 2004
de: Philippe Pretet <Philpretet@aol.com>
(photos de l'auteur)

Le Centre Culturel Charlie Chaplin à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, accueille tous les ans la " soirée blues " au sein de la traditionnelle semaine dédiée au jazz. C'est une formule qui rassemble les suffrages, puisque le public connaisseur répond toujours présent, grâce à une affiche dont la qualité ne se dément jamais.

En 2004, l'accent a été donné au Chicago Blues moderne avec Willie Kent and His Gents accompagné de la chanteuse Pat Scott, ainsi qu'à la soul blues mâtinée de funky qui consacre le son d'une nouvelle génération chicagoane avec Big James and the Chicago Playboys.

Willie Kent and his Gents featuring Pat Scott


Willie Kent (b) P Scott (voc) J Dawson (g) H F. King (g) K. Barker (p) D. Jefferson (d)

Willie Kent (photo Philippe Pretet) En 1995, Willie Kent, bassiste vétéran du Chicago Blues (né en 1936), titulaire de 5 récompenses de meilleur instrumentiste aux WC Handy Awards, avait déjà foulé les planches du centre culturel Charlie Chaplin, laissant au public médusé une excellente impression.

Neuf ans plus tard, sa voix sobre et rocailleuse, dépouillée, sans effets recherchés, traduit toujours l'émotion intense et intacte de son blues. Le Blues de Willie Kent, celui qu'il a joué notamment pendant les seventies comme leader maison pour la clientèle noire du " Ma Bea's " dans le West Side, est tout à la fois sombre, rugueux, puissant et empreint d'une souffrance intérieure impressionnante, qu'un large sourire vient épanouir subrepticement…

Haguy F. King (photo Philippe Pretet) Le set a débuté par une démonstration convaincante du jeune guitariste Haguy F. King au timbre de voix suave, qui confirme qu'il a avantageusement assimilé les plans d'Albert Collins et d'Albert King pour savoir prendre des soli étincelants et distiller un phrasé limpide et incisif comme sur Sittin' Here Thinkin'. On l'avait découvert prometteur sur l'album auto-production de Willie Kent Comin' alive! (Blue Chicago BC 5006).

Ken Barker, claviériste chicagoan a, quant à lui, enthousiasmé l'auditoire avec son toucher fin et aérien à l'orgue Hammond B3 sur lequel, nous a confié Didier Tricard, propriétaire du label Isabel Records, avait sévi Jimmie Smith il y a une vingtaine d'années, pour les débuts du festival de Vaulx. Aux fûts, Dave Jefferson, habitué des sessions du Chicago Blues du West Side, est toujours aussi métronomique. A la guitare rythmique, le vieux compagnon de route Jacob Dawson, qui pige avec John Primer notamment, délivre un set impeccable avec sa Gibson demi-caisse modèle 1959 au son jazzy et soyeux.

Pat Scott (photo Philippe Pretet) Pat Scott, peu connue en France, est une des nombreuses chanteuses de la scène de Chicago. Née en 1949, elle commence à chanter dès l'age de 3 ans. Adolescente, elle fait la connaissance de Buddy Scott qui deviendra son mari. Alors qu'elle le suit sur ses tournées, elle rencontre Junior Wells, Buddy Guy avec qui elle va travailler pendant un moment. Elle partagera même l'affiche avec Etta James et Tina Turner. Mais sous l'influence de son mari, elle va arrêter la musique. Pendant presque 20 ans Pat Scott ne montera plus sur scène. Elle attendra la mort de Buddy Scott pour recommencer à chanter et travailler entre autre avec Willie Kent.

Sa venue à Vaulx-en-Velin était donc une première attendue. Une voix puissante et colorée et une présence scénique charismatique ont soulevé un tonnerre d'applaudissements sur des reprises telles que Mustang Sally et un répertoire personnel inédit.

Big James & the Chicago Playboys


Big James Montgomery (voc; t) Charlie Kimble (sax) Michael Wheeler (g) Carl CC Copeland (b) Joe Blocker (p)

Big James (photo Philippe Pretet) La musique de Big James est composée d'ingrédients qui se complètent pour donner une sauce onctueuse, goûteuse et magique ! Prenez un fond de blues, une pincée de soul, un zeste de funky. Agitez vigoureusement et consommez sans modération !

Né dans le Mississipi, James Montgomery découvre le blues à l'adolescence dans un club de Chicago où il écoute des musiciens comme Billy Branch. Il fait ses premières armes dans ce même club où il est rapidement convié à jouer sur scène avec les groupes présents.

A 19 ans, le jeune tromboniste rejoint le célèbre orchestre de Little Milton (dont on a déjà pu apprécier la prestation à Vaulx-en-Velin en 1997), avec lequel il joue pendant deux ans. Il continue sa carrière dans le non moins célèbre Albert King's Blues Band.

Joe Blocker (photo Philippe Pretet) Mais c'est la rencontre avec Johnny Christian qui sera déterminante pour James Montgomery. "Il a eu une influence majeure sur moi et je lui en serai toujours reconnaissant". Il restera avec lui jusqu'à sa mort en 1998.

En 1990, il fait la connaissance de Charles Kimble dans l'orchestre de Johnny Christian. Les deux hommes ne se quittent plus et créent les fondations du groupe Chicago Playboys. Ils feront partie des back bands réguliers de plusieurs stars du blues comme Otis Rush, Bo Diddley et Koko Taylor.

Ils rejoignent ensuite le Buddy Guy Blues Band pour une tournée mondiale. Big James partagera aussi la scène avec des musiciens comme Eric Clapton, George Clinton, Public Announcement ou encore Larry Coryell.

Big James (photo Philippe Pretet) Mais Big James est de plus en plus convaincu qu'il doit devenir leader pour pouvoir jouer sa propre musique. Sa rencontre avec Little Milton l'aura convaincu que le blues est le fond de sa musique (et de toute musique !) et que la soul et le funk sont aussi nécessaires à son expression musicale.

C'est ainsi qu'en 1998, il produit pour le label Jamot son premier opus, Funky Blues, où il présente une première mouture des Chicago Playboys. C'est en 2001 qu'il réalise son deuxième album (toujours pour Jamot ) : If it wasn't the Blues.

Le groupe définitif est alors constitué. Big James concrétise une carrière exemplaire avec son troisième album pour Jamot, Blues Power (2003), distribué par le label Isabel Records ( Night & Day IS 640301), présentant une formation extraordinairement soudée dont Buddy Guy dira : "Big James & the Chicago Playboys est un des meilleurs groupes de ces dernières années".

A Vaulx, Big James a repris plusieurs des titres de ses différents albums pour terminer tard dans la nuit une soirée qui avait débuté aux accents bluesy et qui s'est finie au son d'une nouvelle génération. Sur le tatouage du bras droit de Big James, on peut lire : "Da' Blues Will Never Die" A méditer…

Ndlr : remerciements à toute l'équipe du festival pour leur accueil chaleureux, en particulier à MM. Thierry Serrano et à Bernard Fontaine.

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Festival de
Salaise Sur Sanne 2004

date: 2 mai 2004
de: Philippe Espeil <agendablues_@free.fr>

Le festival blues de Salaise-Sur-Sanne cette année 2004 a, comme l'an passé, scindé son programme avec un vendredi plus rock et un samedi plus blues. Ce vendredi soir 3 avril, c'est donc Awek qui ouvrait pour Peter NATHANSON, lui-même suivi de Nine Below Zero.
 
Bernard
SELLAM Awek, ce ne sont pas des inconnus car ils sont souvent de passage dans la région (on aimerait que ce le soit encore plus souvent) à l' Eden Rock, au James Café ou encore au TSF. Cependant, cette soirée était l'occasion d'entendre sur scène les morceaux qui composent leur dernier album "Messin' With The Blues". L'album étant très bon, le concert promettait de l'être également.
Awek a tenu ses promesses. Le répertoire était presque entièrement constitué des titres de "Messin'" étoffé par d'autres du précédent "Barber Shop" avec "Flamenco Woman" et "Work".
Bernard Sellam à la guitare s'est montré à la hauteur de sa réputation et nous a gratifié de mimiques des plus amusantes. La scène est grande mais Joël Ferron, qui tenait la basse, occupait bien l'espace. La basse balançait à souhait, sûre, efficace. Quant à Olivier Trebel, loin au fond de la scène, derrière sa batterie, il a pu jouer sans retenue.
Leur blues, proche du rock, mais revenu à une teinte plus blues récemment (alors que nombre d'autres font le contraire) est la musique qui semble leur convenir le mieux. Ils avaient l'air vraiment soudés, l'expérience et les galères quotidiennes n'y sont sûrement pas pour rien, et l'arrivée de Youssef Remadna ne fit que confirmer l'amitié et la complicité qui règne entre ces musiciens. Cet excellent harmoniciste qu'est Youssef nous a fait l'honneur de sa présence aux côtés de ses amis toulousains. L'apport de l'harmonica sur les titres de Awek est tout à fait important et leur apporte une dimension supplémentaire. Mais Youssef chante aussi très bien et ce fut vraiment un plaisir de l'entendre.
Un autre harmoniciste, Michel du groupe grenoblois Out Of Blues, est également venu sur scène, ....soutenu par des béquilles !
La première partie fut donc d'un haut niveau et lança brillamment la soirée.
 
Ensuite Peter Nathanson fit son entrée. Le crâne sous un foulard et sa dégaine lui donnait des allures de biker. Sur la scène, quatre guitares sur leur trépied, une petite collection au service de Peter. Peter est également souvent sur la région (et fera d'ailleurs le prochain festival de Sathonay avec Awek, en première partie de Bernard Allison) et était passé récemment au James Café.
Ici, bénéficiant d'une scène plus grande, avec des moyens sonores plus dimensionnés, et aussi d'un public plus important, son jeu fut sensiblement différent. D'apparence plus concentré, Peter, caché derrière des lunettes de soleil, m'a semblé moins communiquant avec le public. Sa maîtrise technique et son habitude des scènes lui permettait pourtant d'être à l'aise. Résolument plus rock qu'au James Café, sa prestation fit tout de même bonne impression et conquit le public qui, il faut bien le reconnaître, était sans doute venu en majorité pour la tête d'affiche, les Nine Below Zero, et n'était donc pas aussi sensible aux notes bleues que pourraient l'être l'audience d'un petit club. Peter a su s'adapter.
 
Gerry
McAVOY Nine Below Zero donc, traversant les années, était visiblement grandement attendu. Déjà l'an passé, les Pretty Things était la vedette de la première nuit du festival, donnant une tendance plutôt rock à l'ouverture du festival (mais John Henry s'était alors affirmé comme la révélation du festival et avait créé un grand moment de blues).
Cette année encore, c'est une tendance plutôt british blues et blues-rock qui s'est confirmée. Fort de leur aura auprès du public, les Nine Below Zero ont montré un talent tout particulier à emporter leur public. Le gros son, le jeu de scène, la présence des musiciens et leur façon désinvolte de toujours donner l'impression de s'amuser malgré leur âge fut séduisante. Il y a en eux encore un petit grain de folie issu de cette époque, une attitude un peu frondeuse qui fait partie de leur identité.
Le guitariste Dennis Greave balance des riffs , le bassiste Gerry McAvoy ne lasse pas la galerie par ses mimiques et son jeu de scène, et surtout l'harmoniciste Mark Feltham fit du grand art. Il fut d'ailleurs seul lors d'une grande partie instrumentale et exécuta un des meilleurs moments de cette soirée.
Bref, un concert à la hauteur de leur renommée fut donné, avec des musiciens très professionnels.
 
Les
Bluestones La deuxième nuit devait débuter tout aussi bien que la veille avec à nouveau un groupe français en la personne des Bluetones. Moins connus que les précédents Awek, les Bluetones n'ont sorti pour l'instant qu'un seul album "From B. To Mr J." mais qui a fait l'unanimité auprès des médias du blues en France. Leur révélation s'est faite au Tremplin Blues Sur Seine en 2002 et depuis ils ne font que confirmer leur position de grand groupe émergeant.
Christophe Becker à la guitare et au chant, en tant que leader du groupe se met en avant et on ne pourrait imaginer qu'il en soit autrement tant il a les trucs pour attirer l'attention du public, les grimaces, le jeu de scène, le chant, étant une panoplie de ficelles dont il use à profusion.
Ses acolytes à la basse et à l'harmonica, respectivement Luc Mulot et Thomas Troussier, ne sont pas de reste mais tout de même dans une moindre mesure. Thomas n'hésite pas à prendre de très bons solos, inspirés, convaincants.
Clairement, ce groupe enflamme la scène, fait d'un concert un véritable spectacle où il est impossible de s'ennuyer. La maîtrise instrumentale de Christophe et Thomas est remarquable. Le répertoire, à l'exception de l'introduction de T-Bone Walker, fut exclusivement construits autour de compositions de Christophe, prouvant ainsi qu'en 2004 on peut encore faire du blues, ou du jump, ou du rock 50's de qualité, en France, et à la portée de toutes les oreilles.
 
Puis le concert suivant commença tout doucement, appelant par quelques notes de guitare les personnes encore accoudées à la buvette pendant l'entracte. C'est Patrice Boudot-Lamot, seul en scène, qui interprétait un de ses morceaux à la guitare électrique, "Maman Pourquoi". Difficile exercice pour lui que d'être sur cette grande scène après ce que les Bluetones ont pu nous donner. Cependant, le jeu est excellent. L'attaque franche, un brin agressive, est étonnante pour un guitariste qui joue aux doigts. Le jeu en picking est d'une aisance renversante.
Patrice est lui aussi lauréat du Tremplin Blues Sur Seine (qui est en passe de devenir une institution pour ce qui est de faire connaître les nouveaux groupes Français) et avait remporté en 2001 le prix Fondation de la Poste récompensant le meilleur interprète en Français. Là, on comprend pourquoi. D'autant plus que les textes sont en Français donc et bien écrits. Encore un "Vieux Blues En Mi" avant d'accueillir le reste du groupe, Blues Conspiracy.
Stan
NOUBARD-PACHA Cette formation montée récemment compte parmi elle une sélection de musiciens connus. Outre Patrice, on y retrouve Stan Noubard-Pacha à la guitare, Larry Crockett à la batterie, un bassiste dont j'ai oublié le nom, et Nico Wayne Toussaint à l'harmonica. Le leader à ce moment là est Nico qui, excellent technicien, a surtout une grande capacité à communiquer avec le public. Sa présence sur scène est explosive, débordante d'énergie. Il sait également manier des instants plus intimes avec, ce soir-là, un morceau dont il a joué la longue partie instrumentale près des spectateurs, en descendant quelques marches dans la fosse.
Stan Noubard-Pacha fut lui aussi étonnant, nous gratifiant de quelques soli particulièrement bien ficelés, habité rapidement d'un bon feeling. les musiciens étaient assez soudés et à l'écoute de Nico, et ce fut sans doute la partie la plus réussie de ce concert.
En effet, l'entrée suivante de Alain Rivet, manager à ses heures mais surtout chanteur sur cette troisième partie de concert, devait donner une autre couleur au set de Blues Conspiracy. Dotée d'une grosse et forte voix, Alain a interprété des titres Chicago ou tendant vers la soul. Mais la mayonnaise a tout de même eu du mal prendre. Alain Rivet semble à l'aise au micro mais m'a donné l'impression de manquer de naturel. Prestation peu convaincante à mon goût, j'ai également été étonné du flottement qu'il pouvait parfois y avoir entre les musiciens. Alors qu'ils avaient été brillants quelques minutes plus tôt, le spectacle devenait moins intéressant. Doit-on mettre cela sur l'absence de Nico pour cette partie ou bien du manque de rodage du répertoire ? Pourtant, un album des Blues Conspiracy est déjà en vente, on peut donc imaginer qu'il a été répété et joué maintes fois.
Le plus dur pour moi est que ce sentiment de malaise s'est confirmé avec l'arrivée de la vedette (?) du groupe, Neal Black, un guitariste texan ayant adopté la France pour poursuivre sa carrière. Sous la houlette d'Alain Rivet, Neal Black tourne assez souvent dans nos contrées et s'impose dans le style blues-rock comme une personnalité et un des meilleurs représentant actuel de ce courant. Le son sursaturé de sa guitare fut effectivement la marque de fabrique de ce guitariste. Alliant maîtrise et dextérité, je l'ai cependant trouvé trop rock et peu impliqué dans l'interprétation des titres, ce qui est peut-être lié au tempérament du personnage que d'afficher ainsi un air détaché. Toujours est-il que la présence de trois guitares sur scène était apparemment trop importante. Stan, sous-employé, se contentait de la rythmique, Patrice cherchait une piste, du regard, vers Stan. Le moment de flottement ressenti plus tôt se faisait pesant.
Le contraste fut encore plus saisissant lorsque Nico Wayne Toussaint est revenu sur scène. Alors que son jeu était précédemment flamboyant et avait boosté le set de Blues Conspiracy, là il ne devenait qu'un musicien de plus, accompagnateur de surcroît, sans les moyens de réchauffer tout ce beau monde.
Au bout du compte, hormis la prestation de Nico, j'ai eu l'impression d'assister à un mix d'excellents instrumentistes avec de fortes et intéressantes individualités mais gérant mal l'exposition qu'il était fait de leurs talents.
 
Bryan LEE Enfin, le tant attendu Bryan Lee, guitariste de New-Orleans atteint de cécité depuis l'enfance, fit son entrée, et devait être en toute logique le "moment blues" du festival. Accompagné d'un batteur, d'un bassiste et d'un guitariste, l'homme empoignait sa Télécaster et, tantôt debout tantôt assis, nous assénait des petites phrases saignantes. Sous son chapeau, derrière les lunettes noires et la barbichette blanche volontaire, Bryan Lee a joué des blues très électriques, dans un style assez Chicago 70-80. Du coup, je n'ai pas trouvé dans son jeu de couleur louisianaise, peut-être parce qu'il a surtout vécu de longues années dans le nord des Etats-Unis. Il le clame, son mentor est Freddie King et il se doit de lui rendre hommage, c'est ce que l'on retrouve dans son jeu. La diction très hachée donne un drôle d'effet à un chant somme toute moyen.
Dans ce spectacle, son second guitariste, Brent Johnson, s'est montré particulièrement mis en valeur. Il est jeune, il en a sans doute besoin, et c'est tant mieux pour lui car il a d'étonnantes capacités. Son jeu est encore trop fougueux et mériterait d'être réfréné pour qu'il puisse y mettre un peu plus d'émotion et que l'auditeur puisse l'apprécier à sa juste valeur. Mais comme je l'ai déjà dit, il est jeune. A n'en pas douter, il saura tracer son chemin et faire parler de lui dans les années à venir.
Mais tout ça nous faisait donc un spectacle pas aussi blues qu'espéré. De blues, il n'y avait rien à attendre du bassiste, le look amérindien contemporain aux longs cheveux, qui faisait le show. Sa présence sur scène dynamisait un concert où les musiciens, lui mis à part, étaient statiques.
 
Je fus donc déçu par ceux qui promettaient de nous donner du grand spectacle, cette édition du Festival Blues de Salaise fut cependant un excellent bon point pour ceux qui sont relégués (on se demande de plus en plus pourquoi) à faire des premières parties. Ces petits "frenchies" m'étonnent de mois en mois d'avantage par leurs capacités à créer un répertoire respectueux du blues "historique", doublé d'une démarche artistique, avec des compositions de qualité, mais également doués pour enthousiasmer une salle et la combler. Il faut souligner là l'encouragement que propose la Commission Culturelle de Salaise-Sur-Sanne qui organise ce festival et leur donne ainsi l'occasion de se faire connaître du plus grand nombre, d'un public pas forcément acquis à leur cause, pour enfin transformer l'essai en coup gagnant.

Pour voir d'autres photos de ces concerts, consultez ce portfolio.

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