n°59
(août 2004)
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Tome
1:
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Tome 2
Tome 3
Tome 4
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date:
30 mai 2004
Nico Wayne
Toussaint
Transatlantique
de: René Malines <rene.malines@free.fr>
Ah, celui-là, on peut dire qu'on l'attendait.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les albums studio de Nico Wayne
Toussaint sur le même label n'ont jamais réellement convaincu, si ce n'est
quelques inconditionnels (il est recommandé de rechercher son 1er album C'est Si Bon de 1997, bien plus représentatif de ce que
peut donner Nico Wayne Toussaint sur scène, bien qu'il s'agisse d'un
enregistrement studio). Trop différents, sans doute, de la jouissance éprouvée
quand on assiste à ses prestations scéniques. Parce que l'homme est non
seulement un excellent show man - mais ça, sur un disque audio, on s'en fout un
peu quand même, non ? - mais il ne craint personne non plus en termes de
générosité, de précision, de don de soi, de, de…. de tout ce que vous voulez !
Il est relativement fréquent d'abuser de superlatifs quand on fait la chronique
d'un disque qu'on aime beaucoup (et votre serviteur n'est certainement pas le
dernier à abuser de ce travers, désolé), mais là, franchement, comment faire
autrement ? Bon, allez, on pose tout, on retient rien, on reprend au début.
L'année suivante, en 1953, Junior Wells voit enfin s'offrir la possibilité
d'enregistrer. La séance aura lieu le 8 juin 1953 pour le label State,
propriété de Leonard Allen. Et pour l'occasion, Junior renoue avec les Aces.
Ces derniers seront agrémentés du pianiste Johnnie Jones, un ancien de
l'orchestre de Tampa Red et élève de Big Maceo qu'il avait aidé à jouer du
piano et à enregistrer après sa crise d'hémiplégie.
Cette formidable équipe grave cinq merveilles. D'abord, le shuffle énergique
Cut That Out qu'il est difficile d'écouter assis. L'orchestre est très soudé
et nous emporte dans un tourbillon de swing. Le chant met en avant une voix jeune
de dix-sept ans. Oui, c'est bien l'âge de Junior Wells sur cette session. Et
il fait preuve d'une maturité étonnante, notamment dans son jeu d'harmo,
inspiré par Little Walter mais déjà personnel et virtuose. En fait, Junior a
piqué à Walter le sens des phrases longues et du riff irrésistible qui
relance l'orchestre et empêche l'auditeur de relâcher son attention.
Junior's Wail est un shuffle instrumental lent. Là encore, ce concept
d'instrumentaux à l'harmonica répond à la vogue lancée par Little Walter.
Soutenu par de tels accompagnateurs et soufflant avec tant d'expressivité,
Junior est remarquable. Suit alors un shuffle rapide, Tomorrow Night, qui
rappelle très étrangement le That's Alright que Howlin'Wolf avait enregistré
en 1952, lors de sa séance du 17 avril pour Sam Phillips à Memphis. Ce n'est
que l'année suivante, en 1954, que le Wolf "montera" à Chicago.
Le titre
suivant, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Eagle
Rock, est un blues lent qui vient apporter un peut de répit, construit sur
des basses marchantes à tempo faible. C'est tout simplement fantastique.
L'atmosphère à la fois feutrée, lourde et tendue qui s'installe doit beaucoup
au chant sauvage de Wells ainsi qu'aux interventions subtiles et précises
de la guitare de Louis Myers.
Le titre qui ouvre ce disque est un des chevaux de bataille de
Junior Wells, l'un de ses titres signatures. Hoodoo Man est en réalité une
composition de 1936 (séance du 6 août) de l'une des premières vedettes de
l'harmonica que fut John Lee "Sonny Boy" Williamson, le premier du nom.
Junior a popularisé ce morceau à tel point qu'il lui est souvent crédité. Hé
oui, lors de sa toute première séance d'enregistrement, Junior Wells grave
déjà ce titre. Si je me permets de le mettre à part du reste de cette
session du 8 juin, c'est tout simplement parce que quelque chose de spécial
se produit : Louis Myers laisse sa guitare à Elmore James qui va bien sûr
apporter une partie de slide extraordinaire. Le résultat est exceptionnel et
extrêmement émouvant. C'est pour moi sans doute la plus belle version de ce
morceau que nous a laissée Wells. Tout un pan du Chicago blues électrique
d'après guerre se retrouve concentré dans cet enregistrement et cette
composition d'un auteur "charnière" entre deux époques stylistiques pas si
distinctes que cela.
L'année suivante, en 1954, Junior Wells est dans une situation
délicate puisque déserteur aux yeux de l'armée. Curieusement, cet incident
ne semble l'empêcher ni de dormir ni de retourner dans les studio pour la
dernière fois avant 1957. Encore une fois, le bluesman ne s'entoure pas de
n'importe qui ce 15 avril 1954. Si on retrouve Louis Myers à la guitare
principale, la six cordes rythmique est assurée par Muddy Waters lui-même,
le piano par Otis Spann, la contrebasse par Willie Dixon et la batterie par
Odie Payne Jr. Quatre titres sont gravés ce jour-là avec cette équipe à
faire rêver tout amateur. Le premier est celui qui donne son nom à ce disque
de réédition Delmark : Blues Hit Big Town. Deux versions en sont
enregistrées, car les musiciens sont indécis quant au tempo avec lequel
aborder le morceau. La première version est sous forme d'un blues lent. Elle
s'ouvre d'une manière visiblement empruntée à Muddy Waters, avec cette intro
de guitare à la Jimmy Rogers. D'entrée, on devine les musiciens. La guitare
rythmique de Muddy, typique, que l'on retrouve sur certains de ses premiers
enregistrements, lors de cette formidable séance pour Parkway en 1950
derrière Little Walter et Baby Face Leroy Foster ou encore derrière les
premiers titres de Walter ou Sonny Boy pour Chess, respectivement en 1952 et
1955. Les traits fulgurants lancés par la main droite d'Otis Spann ne
laissent aucun doute quant à leur auteur tandis que ce jeu de contrebasse
n'appartient qu'à Dixon. Seul le "son" de l'enregistrement permet de dire
qu'il n'a pas été réalisé pour Chess. La deuxième version de blues Hit Big
Town immortalisée quelques minutes plus tard est plus rapide. Un shuffle
médium, en fait, mettant en avant la rythmique et les basses marchantes
jouées par Muddy. Alors, quelle version est la meilleure, me
demanderez-vous, la lente ou la médium ? Je n'en sais rien, les deux sont de
purs chef-d'œuvres !!
Et puis vient le tour du morceau que j'avais entendu
par le biais d'un copain et qui m'avait donné envie de rechercher ces faces.
Il s'agit d'une semi-instrumental totalement ahurissant intitulé Lord Lord.
Le titre donné à l'origine et encore proposé par certaines discographies est
Lawdy Lawdy. Junior implore d'une voix plaintive "Oh Lord!", puis fait
pleurer un harmonica sur-amplifié dont le son est presque déformé. Il
recommence "Oh Lord!", et souffle la même phrase dans son harmo. Puis il
se lance et chante l'unique couplet de la chanson, un shuffle très énergique
dans lequel la guitare de Muddy donne une assise rythmique solide. Suit un
solo d'harmonica de deux fois douze mesures. Wells joue sur les nuances, en
force puis piano. On ressent toujours l'ombre de Little Walter, mais le jeu
reste très personnel. Puis il cède la place à Louis Myers qui prend un
chorus de deux fois douze, lui aussi. Louis est plein d'inventivité et
swingue tellement que Wells ne cesse de lui lancer des encouragements :
" Blow ! Blow ! Blow ! Blow ! Blow! Blow !". Le swing atteint une intensité
énorme, Otis Spann se déchaîne et il faut saluer le travail superbe d'Odie
Payne à la batterie. Il propose un jeu extrêmement varié, joue toutes les
croches sur la caisse claire, puis accentue les temps faibles, passe du
charleston à la cymbale ride, ponctue de breaks subtils et légers, ce qui
est assez rare sur les prises de cette époque. Junior Wells reprend son
harmonica encore pour deux fois douze mesures très inspirées, tandis que
Muddy Waters semble se lâcher, décuplant l'aspect dansant. Ils ont dû être
satisfaits du résultat !
Le morceau suivant s'intitule 'Bout The Break Of
Day. Si la chanson est créditée à un certain Dave Clark, les paroles
semblent bien être plus qu'inspirées par le Early In The Morning de John Lee
"Sonny Boy" Williamson du 11 novembre 1937. Si on creuse, on s'apercevra
que Big Bill Broonzy avait gravé le 4 juin 1934, année de la naissance de
Wells, un morceau au texte proche intitulé At The Break Of Day !! Toutefois,
s'il s'agit aussi bien d'un blues, la mélodie utilisée par Big Bill est
différente de celle de Junior Wells. Wells en fait ici un shuffle
médium/lent magnifique, encore une fois. Le chant est superbe, tout comme
la musique, tandis que le solo d'harmo, intense et émouvant, dans des aigus
extrêmes, cherche peut-être à rappeler Jimmy Reed mais avec un phrasé
complètement différent.
Enfin, la séance se clôture sur So All Alone, un
blues très lent sur lequel la basse de Dixon et le piano de Spann sont
particulièrement mis en avant. La façon de jouer, très en arrière, ne doit
pas dépayser le grand spécialiste, Muddy. Tout est en retenue, tension,
violence, la solitude dépeint par le chanteur. Voilà une belle séance.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que pour des débuts, Junior
Wells a frappé très très fort avec l'un des sommets du Chicago blues d'après
guerre. Ça sent la campagne, le Sud, le Memphis natal avec ce son brut, la
saucisse grillée de Maxwell Street et les clubs de la Windy City que Wells
était encore pourtant légalement trop jeune pour fréquenter. Mais Bob
Koester, le bon vieux patron de Delmark a eu une autre bonne idée. S'il
avait déjà publié ces faces en 1974, cette édition de 1998 propose de jolies
surprises. D'abord, outre une pochette identique à l'édition originale mais
bleutée et métallisée, des prises alternatives, intéressantes d'un point de
vue documentaire ont été ajoutées. Ces prises non retenues à l'époque et
proposées ici sont celles de Junior's Wail, Eagle Rock et Lord Lord - on
entend Junior s'y entraîner à chanter l'intro. Attention, ce n'est pas
tout, une autre idée encore plus intéressante a été intégrée à ce disque :
deux morceaux acoustiques servant de démo à Junior qu'il avait gravés en
compagnie du seul guitariste Louis Myers ! Interrogé plus tard, Louis Myers
pensait pouvoir situer cette enregistrement au début de l'année 1954, soit
entre les deux sessions. L'enregistrement se serait déroulé dans les locaux
du label United. Deux bijoux extraordinaires : le boogie Can't Find My Baby
et deux prises du médium Please Throw This Poor Dog A Bone . Pas
d'électricité, un battement de pied, on se croirait presque lors d'une séance
pour Sun Record avec Joe Hill Louis. Le jeu d'harmonica et la voix sont
purs, sans artifice. Impossible de rester insensible, c'est trop fort !
Attention au résumé le plus long de l'histoire : ces faces
extraordinaires constituent un sommet absolu et sont à rechercher
absolument. Quant au magnifique CD que voici et qui les comporte, il ne
contient pas la moindre trace de particule de ce quoi que ce soit qui
passerait en dessous de la barre de l'excellentissime.
Une remarque, pour terminer, concernant deux photos proposées en
illustration, sur la pochette (la coiffure improbable de Junior !) et à
l'intérieur (en compagnie de Little Walter). En effet, une note indique qu'elles
ont été prises au Theresa's en 1965, soit plus de dix ans après les
enregistrements qu'elles sont censées illustrer.
" - Le Midwest?
- Ah, oui, je connais, c'est une zone géographique des USA, c'est ça?
- Ah!! Le groupe Midwest? Euh...ah, bon, un groupe normand? Ah, Marc Loison, mais il fallait le dire plus tôt! Mais il n'est pas animateur de radio? Ah, guitariste aussi? Et gaucher? Hé, bah...bon, je vais écouter ça... "
Bon, déjà, ça commence bien, le visuel du CD est sympa, couleur sépia sobre (enfin, façon de parler, puisqu'on voit une bouteille de...whisky? scotch? bourbon? au premier plan:)) ), pas de fioritures inutiles. Rien qu'à l'aspect, ça annonce du sérieux. Hop, on ouvre....hé, cool le CD en imitation bois! Dans le livret, les protagonistes de l'affaire : cinq, plus des invités, tiens, une tête que je connais, Thomas Troussier, et une chanteuse...ok, direction la platine!
Tiens, le premier titre, ça me rappelle quelque chose, ah, ok, c'est une reprise...plutôt réussie! Pas mal, le jeu de guitare, c'est vraiment Marc, ça?? bah, j'en reviens pas, je savais pas du tout qu'il grattait comme ça.
Ah, un bon slow blues, ensuite, avec cette petite pointe d'harmonica qui va bien, et un duo de chant très sensuel.
Dans le 3ème morceau, Louis Jordan en cadeau, on entend enfin distinctement le clavier du groupe, ça a de la pêche!
Ah, j'y arrive, la compo du groupe. Qu'est-ce qu'on entend derrière, une flûte? J'aime bien cette note un peu sixties. Ca manque un peu de peps, à mon goût, mais bon, en même temps, ça colle avec les paroles de la chanson. Le mec en train de se faire larguer ne va pas forcément avoir envie de nous jouer un boogie woogie, hein?
Hey! Des changements de rythmes sympas et inattendus dans le 5ème titre! Peut-être le genre de reprise où on attend un peu plus de batterie. Et le clavier reste pas mal en retrait quand même. Par contre, les soli de guitare sont vraiment chouettes, variés et appropriés.
Ah, un bon solo de clavier dans Matchbox, une reprise d'Otis Rush, et l'intervention très réussie d'un sax invité dans Nasty Habits, de Tommy Castro, ça fait plaisir!
Cool! I'm Tore Down, j'adore ce morceau, que j'avais découvert grâce aux Old Bluesters!
Et une deuxième compo, on est gâté...Hey! Chouette surprise que voilà, mais je ne vous en dis pas plus, sinon ce ne serait pas une surprise, cette fin de CD!!
Bon, et bien, j'ai passé un bon moment à écouter l'album de Midwest. Derrière cet hommage au blues tendance funk à l'Albert Collins, on sent qu'il y a beaucoup de travail, et encore plus de passion. Quelques points à revoir, comme la présence du clavier, mais c'est en forgeant qu'on devient forgeron, et le blues tend-il à la recherche du parfait? Ca, non. Le temps d'écrire quelques compositions, et il est clair que l'album suivant sera une perle encore plus belle que celle-ci!
Otis Taylor
Double V
Telarc-Mai 2004
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date:
3 juin 2004 de: Dave "Peppermint Blues" <peppermint@tiscali.fr> En 1995, poussé par Kenny Passarelli, Otis Taylor fêtait son retour sur la scène du Blues lors des W.C. Handy Awards. Voilà déjà 9 ans de cela et Otis nous présente un nouvel opus, le cinquième depuis son retour flamboyant et 10 mois après la sortie de son précédent album, Truth Is Not Fiction. |
Sur cet opus, deux points positifs apparaissent : le premier, c'est que Double V est le premier album produit entièrement par Otis Taylor, le premier d'une très grande lignée. Et le second, c'est la présence de Cassie, la fille d'Otis (que l'on peut reconnaître sur la pochette) qui a participé pleinement à la production et qui remplace dorénavant à la basse, Kenny Passarelli.
Double V sonne comme un symbole, celui de la campagne américaine du Double V (index et majeur en forme de V, synonyme de victoire) pour la reconnaissance des droits et des libertés du peuple noir aux USA. Comme lors des albums précédents, ce sont de nouvelles complaintes sur les complexités de la vie qu'Otis nous expose. Il ne cesse d'être inspiré par des sujets noirs, sur des faits réalistes du passé et du présent. Comme un messager dont la destinée est de nous montrer le chemin et de nous pousser ainsi à réfléchir, Otis nous ouvre les yeux sur des sujets tels que les difficultés d'intégration du peuple noir, la lutte des classes, le désarroi familial, la drogue, la perte d'identité des peuples minoritaires, la prison et le droit de vivre sans survivre.
C'est dans un blues atypique, loin de celui des puristes, mais ayant pour autant d'énormes similitudes avec celui-ci, comme la rigidité des textes, l'espoir d'une vie meilleure et d'une féroce envie de vivre, qu'Otis s'affirme et se forge. On retrouve les rythmes hypnotiques qui nous transcendent, comme pour nous ouvrir le chemin de la perception et nous faire voir la dure réalité de la vie et que l'on retrouve dans certains vieux blues du Mississippi qui étaient joués au banjo.
D'entrée, avec Please Come Home Before It Rains, Otis berce nos âmes avec des sonorités prises aux sources de la musique africaine originelle, produites par le son captivant de la mandoline électrique.
Seul, face aux démons qui ont déraciné des peuples entiers, c'est avec l'harmonica qu'Otis combat. L'histoire de l'Amérique est mise à nu une fois de plus, pour nous rappeler que celle-ci s'est fondée sur le viol de la terre natale des Indiens d'Amérique, l'expatriation des Africains pour l'esclavage et l'enfermement des Japonais dans des camps de concentrations américains. Took Their Land résume tout . ils ont pris leur Terre !
Les violoncelles et la mandoline reviennent avec l'histoire dramatique d'un couple au plus bas de la pauvreté et de l'exclusion sociale contraint à se nourrir avec de la nourriture pour chien et une cuillère en plastique, afin de pouvoir s'offrir des drogues de prescriptions ; c'est Plastic Spoon . La pauvreté est aussi décrite de façon ironique comme dans Reindeer Meat.
Parce que la vie parfois a été dure et injuste aussi avec lui, Otis Taylor n'hésite pas à s'inspirer de sa vie privée et familiale et c'est dans Mama's Selling Heroin, qu'il nous ouvre son intimité. Alors qu'il était âgé de 8 ans, sa mère vendait de l'héroïne dans la rue, entraînant ainsi la dépendance au poison de quelques jeunes âmes perdues, mais aussi leur mort. Sa mère connaîtra pendant un an l'horreur de la prison et c'est son père qui devra prendre soin de ses enfants, au grand dam de devoir quitter son travail. C'est pourtant de façon cruelle que, dans cette partie, on entend Otis pousser des rires diaboliques et sarcastiques.
Mandan Woman nous conduit dans une transe au cours de laquelle Cassie soutient par un chant envoûtant les incantations, les exclamations et les rires de son père, Otis qui lui, se met dans la peau de York, l'esclave du Captain Clark.
Mais le plus surprenant, c'est ce qui se passe dans Sounds of Attica. Au-delà, d'une simple composition musicale, il se passe quelque chose d'extra-sensoriel, voir de mystique. Le bourdon de la ligne de basse, relevé par les accords hypnotiques de la guitare, vous transporte. Et lorsque l'on ferme les yeux, on a l'impression d'entendre un cor et un bol tibétain qui nous envahissent [ndlr ??? ah, oui ! voir (et entendre surtout) ici ... pluri-culturelle, hein la Gazette ? (merci Dave et ... merci Georges !-)].
Nous sommes dans l'univers exaltant de la famille Taylor. Mais soudain, ce sont les fantômes de milliers d'esclaves d'horizons divers qui surgissent et qui vous imprègnent de ce sentiment d'injustice et d'oppression.
Parce que demain est un autre jour et que l'on ne sait jamais de quoi il est fait, Hurry Home nous le rappelle. Comme pour se justifier, en prouvant qu'il n'est pas nécessaire de s'enfermer dans un style, Otis suffit à fredonner cette réalité de la vie pour, de nouveau, nous faire vibrer et s'emparer de nos âmes.
Comme un bras tendu vers sa fille, lui donnant carte blanche, laissant passer le message de la continuité, Otis lui laisse conclure l'album avec Buy Myself Some Freedom. Des instruments à cordes et une trompette créent le fond de la scène, celui d'une Noire américaine qui rêve de liberté, sans racisme et sans oppression. Cassie chante de sa voix douce son désir de liberté, prête à payer celle-ci quel qu’en soit le prix.
Malgré le contexte de ces thèmes tragiques et sombres, il en ressort autant un sentiment de vérité que de pureté.
Mais ce sont souvent les mots les plus directs et les plus durs qui nous touchent, juste pour nous faire prendre conscience d'une nouvelle vision de la vie. Nous faisant réaliser qu'au final l'Homme s'auto-détruit, qu'il ne connaîtra jamais la paix. Et que finalement nous ne connaissons que haine et égoïsme.
Otis Taylor nous dessert Double V, comme une claque au travers de la gueule à fin de mieux voir ce qui se passe autour de nous.
David
Trois soirs au Rouge-Gorge
Trois soirs exceptionnels racontés par notre correspondant en Avignon, Dave "Pepermint Blues"
1 - Eric Bibb
(12 mai 2004)
C’est un très grand artiste que le Rouge Gorge a accueillit ce jour là.
A 53 ans, et pourtant paraissant 38, Eric Bibb est peu connu du Grand Public. Et c’est bien dommage !
Eric Bibb incarne cette génération de Bluesman qui apporte son influence et son style de jeu pour consolider les fondations du Blues, tout en respectant la tradition du Delta Blues du Mississippi et les essences pures des sources musicales de l’Afrique.
Accompagné de Dave Bronze à la basse, c’est un duo électro-acoustique que les deux artistes nous ont offerts. Eric est arrivé sur scène habillé d’un costume gris clair et d’un chapeau de feutre assorti, vissé sur la tête.
L’atmosphère était intense, apaisante et chaleureuse, renforcée par la présence dans la salle de Barbara Hendricks. Un grand moment de musique était en train de naître.
Eric Bibb a ouvert la soirée seul avec un premier titre : Champagne Habits ; déjà les cordes de la guitare résonnent, vibrent et claquent. C’est au second morceau que Dave Bronze le rejoint et ensemble ils fusionneront musicalement.
C’est entre anecdotes, récits et jeux de guitares aux frontières du Folk-Blues, du Ragtime Guitar, du Piedmont Blues et de Ballades, que les deux acolytes nous transcendent dans leur univers.
Ainsi, Eric Bibb nous raconte comment le duo acoustique de Chicago Cephas & Wiggins lui a donné sa reconnaissance, son respect.
Eric a su créer lors de ce concert, déjà mythique, une ambiance, voire une atmosphère, exceptionnelle.
Le chanteur à la voix envoûtante navigue aisément de ses morceaux incontournables comme Kokomo, Panama Hat , en passant par des complaintes moins connues à la façon de Come Back Baby, à ses œuvres les plus récentes. L’artiste vient même flirter avec la divinité des spirituals.
Il finira majestueusement par le sublime et émouvant I Want Jesus To Walk With Me, précédemment annoncé par un bref couplet de John The Revelator.
Tout le public ce serait cru sur un nuage. Un monde parfait, de paix, de sérénité, de sensualité et de joies, bercé par la musique d’Eric Bibb. Un moment fort, unique, de pureté exceptionnel. Au delà d’un concert, une expérience mystique à revivre éternellement.
2 - Walter Trout
(27 mai 2004)
Walter Trout ex-sideman de John Lee Hooker et de John Mayall, continue sa phénoménale carrière en solo. Dans le prolongement de la sortie de son dernier album Relentless, il enchaîne ses concerts sans oublier bien sûr de s’arrêter, l’instant d’un show torride, au Rouge Gorge.
C’est accompagné de ses joyeux drilles, Joey Pafumi à la batterie, Sammy Avila jouant sur un vieil orgue Korg et de Jimmy Trapp à la basse que Walter Trout accomplira sa destinée, celle de fusionner le public avec son Blues-Rock exaltant.
D’entrée, Trout exécute pour le plaisir de tous l’incontournable Dust My Broom, formalisé par Robert Johnson.
Avec efficacité, le maître es-guitare Rock-Blues surfe sur les cordes de sa vieille Fender dont le bois apparaît usé par les heures de scènes accomplies.
Les gammes se mêlent, s’entrechoquent et virevoltent, sans jamais frôler l’agacement, ni l’irrespectueux ; bends ou glissé, la maîtrise est telle... L’auditoire trépigne, saute, et hurle de réjouissance.
Le phénoménal guitariste fait son show usant de la technique de violoning : il utilise le potentiomètre de volume de la guitare, pour donner un effet se rapprochant du son d’un archet frottant des cordes. C’est ainsi que Trout nous révèle qu’il peut très bien jouer du Mozart ou du Vivaldi sur une guitare électrique, au son saturé et dénaturé. Les longs soli se veulent explosifs et enthousiastes.
Trout, qui vient taquiner le public en se rapprochant de celui-ci, place sa voix chaleureuse par dessus sa guitare.
Entre dédicace à son fils, anecdotes sur John Lee Hooker et imitation de B.B.KING, Trout se veut communicatif avec l’assemblée abasourdie du Rouge Gorge.
C’est alors que Joey Pafumi, ce batteur à la frappe et à la dextérité incommensurable, qui semblerait tout droit sorti des entrailles d’un groupe de Blues-Rock anglais des années 60-70, applique son solo comme un exécutoire où les fûts et les peaux de batterie vibrent, sursautent et les baguettes de bois volent tel un feu d’artifices au dessus de la tête du héros.
Le show se terminera sur un rappel de 3 morceaux.
3 - Michael Hill Blues Mob
(04 juin 2004)
Michael Hill est né dans le Bronx à New York, en 1952. Le Michael Hill Blues Mob joue un Blues métissé et éclectique, teinté de Funk, de Soul, de Jazz mais surtout de Rock.
Dans son dernier album Electric Storyland, un live, on peut même constater, comme ce soir là au Rouge Gorge, que Michael Hil va même chercher ses influences dans la musique africaine et créole.
En ce vendredi soir Michael Hill nous a démontré ce que c'était l'énergie des clubs de Blues traditionnels de New York City. Le groupe est formé ce soir de Michael Griot à la basse et à la contrebasse électrique, de Bill McClellan à la batterie et bien sur de Michael Hill à la guitare et au chant. Ce dernier se présentera sur scène chargé de contrastes, comme sa musique : un gilet bleu, une Gibson d'un jaune doré époustouflant et des dreadlocks attachés derrière la tête, prêts à fouetter les mécréants du Blues.
A peine arrivé sur scène, le combo se lance dans un premier morceau funky très pêchu. La voix Black, colorée de Soul, de Michael Hill sent le soleil et la passion, alors que son pied droit, cramponné à la pédale wah-wah rappelle la colère et l'énergie de l'homme.
On pourra apprécier le contact intime que Michael Hill a avec l'assemblée réunie ce soir au Rouge Gorge, agrémentant, entre chaque morceau, son show d'anecdotes et de monologues sur le Blues, sur la ville rebelle et démarquée qu'est New-York. La Grosse Pomme est assurément une des grandes passions de Michael Hill, puisque c'est le thème récurrent de ses compositions. Il lui rend ainsi hommage dans Heart Of New York en soutenant le rythme à coup de riffs majestueux de wah-wah, des cymbales clinquantes et claquantes venant relever le tout..
Plus tard, c'est un Slow Blues torride qui se dénude petit à petit devant nous, Michael Hill fait carrément un show de ses capacités et sa technique de jeu, sans jamais frôler le surplus qui fait passer le Blues l'arme à gauche, vers celle du Rock révolté, le Power Blues. Michael Hill nous prouve que l'on peut jouer du Blues en swipping, en tapping, en violonning et même en parsemant le tout d'harmoniques artificielles.
La langueur et le groove de Undercover, prêche les préliminaires en amour et les recherches fructueuses de l'homme sur le corps dénudé d'une déesse de l'amour... [nldr ...aargh... 8< !!! ]
De fil en aiguille on arrive à cet étonnant Chocolate Cream Jam , une sorte de clin d'oil à Eric Clapton. Car Michael Hill devient alors le seul Black à reprendre le Blues des Blancs, avec Sunshine Of Your Love, et ... Crossroads - mais à la manière de Cream, bien sûr !-)
Mais alors, que des gouttes suintent sur le front de Michael Hill, il est temps de faire une pause. Une pause, certes, mais dans en forme de session électro-acoustique. Le trio s'avance au devant de la scène et s'installe. Les instruments changent soudainement, guitare électro-acoustique pour Michael Hill, contrebasse électrique pour Michael Griot et, pour le batteur, une simple caisse claire, des coquillages et quelques percussions. C'est avec Spoonfull , rendant hommage ainsi à Willie Dixon et Howlin'Wolf, que le combo ouvre cette nouvelle partie, suivi de prés par Blues Time In America, une compo de Michael Hill aux rythmes et aux sonorités africaines. Dans ce passage semi-acoustique on entendra aussi une reprise de Fever, dédiée aux amoureux, avec des accents jazzy et où la voix de Michael Hill va crescendo, tantôt douce, tantôt puissante, et où le public reprend en choeur les refrains de la fièvre de l'amour.
Après cet interlude romantique, le combo revient à ses origines électriques et aux accents de la samba et de la musique créole, pour finir finalement sur un Got My Mojo Working qui se veut, comme à son accoutumée, endiablé et revivifiant, enchaîné sur Crosstown Traffic de Jimi Hendrix.
Le show se clôturera finalement par un rappel avec Heart On The Highway et un bref aperçu de Roadhouse Blues, yeah !!!
Dave
<peppermint@tiscali.fr>
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"Sweet Home" sous-titré "The Music Of Robert JOHNSON". Une vraie promesse. C'est ce que nous donne Pyeng THREADGILL, la promesse de revisiter avec son bagage jazz quelques titres d'anthologie, chères aux amateurs de blues. L'album démarre en grandes pompes puisque le premier titre, "Love In Vain", brille de facettes presque soul. "Phonograph Blues" reçoit ensuite des samples et je m'empresse de rassurer ceux qui ne les supportent pas (j'en fait partie), ils sont utilisés de façon remarquable, sans rendre un produit électronique ou un truc inhumainement limité. Ce sont les mêmes bonnes recettes qui sont appliquées un peu plus loin pour "I Believe I'll Dust My Broom" et "They're Red Hot" (excellente exploitation du rythme). Pyeng a une voix superbe, empreinte de jazz bien sûr, avec finesse, subtilité, mais aussi un peu soul comme sur le premier morceau, et cette prestation est égale sur l'ensemble de l'album. Quelle bonne idée d'utiliser le son profond et mélancolique du violoncelle pour servir de fond à "When You Got A Good Friend". Dana LEONG qui en joue se consacre à tous les instruments à cordes ici présents. "Last Fair Deal Gone Down" devient un gospel des plus modernes avec une trompette jouée par Kevin LOUIS et une guitare acoustique très rythmiques. Un bémol cependant à la transformation de "Dead Shrimp", trop méconnaissable, et "Sweet Home Chicago" qu'on a tant entendu qu'il est bien difficile de lui redonner une nouvelle jeunesse. Egalement, le long "Come On In My Kitchen" (9'11) souffre trop la sophistication. Pour terminer, "Rambin' On My Mind" est occupé par une guitare électrique très blues, tenue par Ryan SCOTT, qui renoue avec l'Histoire. A voir la photo des intervenants dans le livret , la moyenne d'âge ne doit guère dépasser la trentaine. Comme il est agréable, et rassurant dans un sens, de voir ces jeunes gens s'intéresser et s'accaparer cette musique en gardant un regard sur le début du XXe siècle. C'est là une démarche très jazzy de s'approprier une œuvre et de l'entraîner hors des sentiers battus. Globalement, si les arrangements et l'interprétation sont très jazz et, il faut le reconnaître, dénaturent quelque peu l'origine blues et rustique des œuvres, le résultat est d'un tel niveau musical, tellement intéressant, inattendu, que cet album en tire toute sa légitimité et est à écouter absolument. ( Random Chance Records [RCD-16] 2004 ) |
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[ Black & Tan - B&T017, 200?, 51:47] Après quelques albums ayant fait date sur le label chicagoan Delmark, Byther Smith a signé sur la marque du Bénélux et se retrouve donc entouré de musiciens locaux. Le titre de l'album, c'est ce qu'il leur a dit avant d'enregistrer : en d'autres termes, oubliez ce que vous savez, jouez avec le cœur plutôt qu'avec la tête. Une injonction que les garçons n'ont visiblement pas pris à la légère. En effet, le soutien qu'ils fournissent au vieux bluesman, du début à la fin du CD, ne faillit pas. C'est simple, carré, irréprochable. Et ça avance, inexorablement, sans speeder mais sans jamais mollir non plus. C'est taillé dans le roc, comme le blues du père Byther. Une parfaite adéquation. Si fioriture il doit y avoir, la guitare de Smith est là pour s'en charger.Alors bien sûr, l'Américain, pouvant s'appuyer sur cette rythmique d'acier trempé, n'a plus qu'à se laisser porter, et il nous livre ici quelques faces puissantes, sans bavure, comme il sait si bien le faire. Classique, moderne, il fait feu de tout bois pour nous jouer son blues, mais toujours en imprimant sa patte si particulière, avec ses notes tour à tour cinglantes ou toutes de douceur, son chant écorché, ce n'est pas un don de soi auquel se livre Byther Smith : il se projette dans sa musique comme on vous jetterait au visage une vérité sans maquillage, comme une blessure, comme un cri. Si lors des rares interviews qu'il veut bien accorder (bon courage aux candidats !) ses propos sont souvent à prendre avec la plus grande précaution - "Personne ne m'a jamais influencé", "Je fais un boulot, c'est tout" ou d'autres traits du même acabit - l'homme met toute sa vérité dans sa musique, sans détour, sans le moindre faux semblant. Aussi, un album ou un show de Byther Smith tient-il plus de l'expérience humaine que du simple plaisir de mélomane. Pourtant, quel plaisir en retire-t-on ! Avec des artistes de cette trempe, ce n'est pas encore demain que le blues sera relégué à la poussière des musées. Et oui, que voulez-vous, encore un CD vivement conseillé ! René Malines |
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(Autoproduit - JL 101497, enregistré de 1995 à 1997, 58 : 18) Internet n'est-il pas une chose merveilleuse ?J'étais en quête du CD de John Mooney Telephone King, apparemment devenu introuvable, quand lors d'une recherche sur eBay, mon regard fut attiré par ces mots inhabituels et qui pourtant sonnaient de façon étrangement familière : Deltabilly Swing. Franchement, ça sonnait bien, non ? Suffisamment en tous cas pour me décider d'aller plus avant et placer mon enchère. L'avouerai-je ? J'ai même utilisé les services d'un site spécialisé pour "sniper", c'est à-dire enchérir automatiquement à la dernière seconde avant cloture, afin de m'assurer la conquête de cet album! Bref , je reçois la chose quelques jours plus tard, je place l'objet dans le tiroir prévu à cet effet, et….. Je suis ravi de mon achat! Dès l'intro du 1er morceau, qu'on croirait déjà commencé quand le disque se met à tourner, on est dedans. Contrebasse et batterie tissent une ligne rythmique minimale pour laisser glisser le bottleneck sur les cordes de la guitare à résonateur, et ce Stop Breakin' Down vous enchante au point d'attendre le titre suivant avec impatience. Une autre reprise, Worried Life Blues, à laquelle Jeremy Lyons et ses Deltabilly Boys apportent la touche personnelle, se voit ainsi revisitée de façon tout à fait originale, comme c'est d'ailleurs le cas pour toutes les "covers" de la galette. Et ce Lyons, à la voix très agréable, est loin d'être manchot à la slide! Mais que dire de son jeu de main droite! Et le mélange des deux, quel bonheur! Imaginez une espèce de virtuose décontracté, un fils caché de Bob Brozman et Steve James avec la tranquillité d'un jeune Amos Garrett. Et c'est un festival de Delta, de swing, de rag et plus si affinités avec parfois l'apport d'un harmonica ou d'un washboard, voire d'un accordéon, on est quand même à la Nouvelle Orleans! Sans doute est-ce l'école de ses rues, celles où Jeremy Lyons et ses comparses ont tant joué avant de se voir ouvrir les portes des clubs locaux, mais ces jeunes gens font preuve d'une maturité musicale tout à fait réjouissante! Mais plutôt que de vous rebattre les oreilles de "ma" dernière découverte, si vous alliez faire un tour dans la rubrique CD de http://www.deltabilly.com pour en écouter les extraits, alors vous pourriez vous en rendre compte par vous-mêmes : le Deltabilly Swing est fait pour vous! René Malines |
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( Autoproduction 2003 ) Tout droit venus du Canada, les membres de Still At Large proposent un album éponyme qui est plus ancré dans la veine rock que dans celle du blues. Cependant, ils s'en réclament, ce qui justifie au moins leur présence dans cette rubrique. Tout d'abord, la conception de la pochette est des plus sommaires et ne nous apprendra rien de particulier sur le groupe; mais ça, c'est pour la forme. Le contenu, exclusivement constitué de compositions, est lui mâtiné de blues-rock assez nerveux avec un son de guitare saturé et trop froid à mon goût. La sonorité rock nous fait oublier quelques moments plus blues ("Aardvark Blues Cafe", "Loved You Like A Fool"). "Whoa Is Me" est une balade rock banale. "Question Of The Blues" est une autre balade, plus blues cette fois, comme le titre peut le laisser présager. "Black Jack Ruby Jones" est dans le style ZZ Top, avec grosse guitare, un grain de bitume au service de soli saignants. Le "Slide On In" qui suit est alors tout en contraste, moins agressif, avec une couleur seventies appuyée par l'orgue. On signalera d'ailleurs les invités aux ivoires en la personne de Debbie POWERS, piano et wurlitzer, et Larry THOMPSON, orgue hammond. Les deux frères BRUCE qui, à tour de rôle tiennent la guitare et le micro au chant, sont dotés d'une voix tout à fait agréable. Le chant, bon au demeurant donc, est bien en place et est sans doute la qualité la plus prometteuse de cet album. Je ne pourrai terminer sans signaler la présence à la basse de Tom McGUIGAN qui est sans doute celui dont le passé blues est le plus impressionnant puisqu'il fait état de service auprès de Dr John, Lazy LESTER, ou encore Wild Child BUTLER. Jack LEHOUX est aux fûts. Vous l'aurez compris, cet album ne me semble pas indispensable, mais il faut garder un œil du côté de ces musiciens, et notamment les frères BRUCE, qui pourraient bien nous sortir un jour une belle galette. Ce CD est disponible sur http://www.iridescentmusic.ca/listings.html/#stillatlarge. |
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( Dynasound Music [DBS-31107] 2001 ) Alors oui, je l'avoue, en voyant la jaquette un peu artisanale et surtout les nombreuses guitares, éléments graphiques traités de façon presque psychédélique, je ne me suis pas jeté sur cet album pour l'écouter. Et puis j'ai fait le pas. A l'image de la diversité des guitares de la jaquette, l'album propose tout un florilège de morceaux dans des styles assez différents. Un joyeux fourre-tout où l'on trouve du jazz, du rock, un petit peu de blues, une balade. En fait, un aperçu des différentes compétences de Brian GAUCI. Le contenu est d'ailleurs entièrement instrumental et on pourrait presque imaginer que l'artiste a réalisé cela tout seul dans son home studio. Ce n'est pas le cas, Brian a fait appel à des musiciens tels que Joe ALLEN à la trompette et Pat CAREY au sax, John ADAMES et Jim CASSON ou encore Gord MONTGOMERY à la batterie, Uli BOHNET ou Garth VOGAN à la basse, le tout complété par les claviers de Michael FONFARA ou Martin AUCOIN et l'harmonica de son ami Danny B. Juste honnête, le personnel nombreux n'en fait pas pour autant un excellent album. Le "Guitar Romp" du début est un jazz plus que plaisant, instrumental, où le jeu de guitare se révèle sûr, technique, sans être démonstratif. C'est aussi le cas un peu plus loin du "That's Cool" qui est de la même veine. "Blues A La Française" est, d'après Gary TATE, un hommage à Charlie CHRISTIAN où la place est laissée à la guitare seule, hormis quelques courtes interventions de Joe ALLEN à la trompette. "Love Is Here To Stay" exécuté en acoustique et en finger picking aurait pu être le moment le plus blues de cet album s'il n'y avait un "Black Cat Blues" mississipien en bonus. L'aspect tout instrumental et les sonorités parfois trop électroniques, midi et boîtes à rythmes obligent, risquent de reléguer cet album à ceux que l'on fait tourner mélancoliquement en fond sonore lors des fins de soirées. Pour éviter cela, il nous faudra donc retenir "That's Cool", "Blues A La Française", et "Black Cat Blues". Pour insatiable amateur de guitares en tout genre, ce CD est disponible sur http://www.iridescentmusic.ca/listings.html/#gauci. |
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[ Chaud Time Records CTR-2004, 2004, 58 : 33) Ça faisait un bail que Pikey Butler ne nous avait réjoui d'une nouvelle galette, 5 ans exactement. En effet, fin 99, il lançait une petite bombe bourrée de joie de vivre avec son album Jump For Joy - Swing Power Sessions (voir la chronique d'Etienne Guillermond dans le n° 33- février 2000 - de Travel in Blues). Depuis, l'homme n'est pas resté inactif, trimballant sa contrebasse dans toute sa Bretagne d'adoption pour jouer le blues, le swing, le jazz et le rockabilly et faire danser les amateurs de lindy hop, sans oublier ses participations aux albums de Doo the Doo et des Honeymen, en tant que musicien et qu'auteur-compositeur. Mais il en va du monde de la musique comme du cinéma : les seconds rôles, aussi géniaux soient-ils, marquent moins la mémoire du public. Aussi, cet album vient-il à point pour rappeler Pikey Butler à notre bon souvenir. C'est qu'il en a, de la bonne humeur à partager le bonhomme !Mais attention, qui dit jump & swing ne dit pas obligatoirement énervé.. Non, le choix de Pikey et de ses acolytes n'est pas de se couler dans la vague West Coast moderne, mais bien de restituer le son originel, plus proche en cela des formidables Swing Sessions et autres Indigo Swing, contemporains eux aussi mais respectueux d'un certain esprit où groove ne rime pas obligatoirement avec violence, que d'un Brian Setzer, malgré toute l'admiration et le respect dûs à ce grand artiste américain. On retrouve d'ailleurs une rythmique dans le style de Stray Cat Strut avec Minor Melody, sur un tempo plus rapide cependant, un véritable petit bijou. Mais cette "tartine", comme l'écrirait un certain Pascal LOB (http://loreillebleue.free.fr/), en est véritablement constellée. De beaux petits morceaux ciselés par cinq orfèvres dont on appréciera les soli discrets, éminemment musicaux mais totalement à l'opposé des longs soli bavards qu'on nous assène trop souvent. Qu'il s'agisse de la contrebasse ou de la voix de Pikey lui-même, aussi bien posée l'une que l'autre, du sax de Philippe Guennou, merveilleux musicien dont le phrasé est comme une caresse, de la guitare de Michel Pronost, tantôt jazz, tantôt rockabilly (avec parfois le son des 45 tours de Gene Vincent et autres pionniers du genre), des claviers de Sylvain Duthuillé, alternant le piano sautillant et les nappes du Hammond, ou des fûts d'Erwan Le Bousse, qu'on croirait venus tout droit de la Nouvelle Orléans version années 40, 50, sans oublier Alain Bernard, invité au piano sur Nightclub.. De la belle ouvrage, vraiment. Tout ça est emballé dans un superbe digipack très joliment illustré par Jocelyn Lecocq. Un bien bel écrin pour un CD de choix. Pour gourmets de la musique. René Ecoutez des extraits sur http://perso.wanadoo.fr/pbjumpinfive |
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[Tongue 'n Root records - pas de référence, 2003, 33:42] A des années lumière de son précédent opus, Matthew Skoller, toujours épaulé par son frère Larry, nous propose cette fois-ci un album bien roots, très ancré dans la plus pure des traditions. Malgré la courte durée de ce nouveau CD, on ne va pas se plaindre. Non que ses oeuvres passées soient à dénigrer, loin de là. Mais ici, on va directement à l'essentiel : un piano (Johnny Iguana), une guitare (Larry Skoller) un harmonica et une voix (Matthew Skoller) et tout est dit. Cette formule minimaliste permet à chacun de s'exprimer pleinement, et c'est tant mieux, c'est comme une découverte. Car à force d'entendre Larry accompagner de grands solistes, on en avait presque oublié qu'il est lui-même loin d'être manchot! Johnny Iguana est un musicien bourré d'un talent doublé d'un véritable savoir-faire qui pourrait faire regretter à juste titre que le piano soit un instrument de plus en plus délaissé dans le blues d'aujourd'hui. Quant à Matthew lui-même, s'il peut parfois être tenté de se laisser aller à quelques démonstrations de virtuosité dans d'autres circonstances - encore faut-il pouvoir se le permettre - le présent exercice impose naturellement ses règles, et pas une note ne sort du petit instrument qui ne soit absolument nécessaire. Quant à son chant, force est de constater qu'il se place aujourd'hui dans le peloton de tête avec ce timbre de gorge si particulier quelque part entre les Lee McBee, Kim Wilson et autres Darrell Nulish. Sur les 9 titres proposés, seul After Last Call, signé Iguana, est un original, les 8 autres étant des reprises superbement interprétées. Un très bel album, d'une grande pureté. On peut tirer notre chapeau aux frères Skoller et à leur complice pour cette nouvelle preuve de la vivacité d'une musique aujourd'hui plus que centenaire. |
Sanctuary Records, Juin 2004
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En Irlande, il n'y a pas que de la Guinness, du bon whisky ou U2, il y a aussi Gary Moore. Ce guitariste fut au départ celui de Thin Lizzy, de Colosseum II et de Skid Row et n'a jamais caché son goût pour le Blues.
Gary Moore a donc forgé son doigté dans un style proche du blues anglais et du rock des années 1970. C'est ainsi que Power Of The Blues s'apparente plus à un album proche du rock blues, voire du power blues en dénaturant parfois les couleurs du blues originel. Gary Moore prêche ainsi, de façon très énergique sa musique, en arrosant chaque piste de l'album de bends, de riffs acérés et de pédale wah-wah, avec force et dextérité. Il va puiser ainsi l'inspiration de son écriture dans l'énergie, la rage et la colère, au plus profond de ses racines, en agrémentant le tout de son style et de son expérience. Dés la première piste, Gary Moore, nous bombarde avec Power Of The Blues, une compo rock puissante, qui passe d'un rythme à un autre. Tantôt, un groove énervé et saturé, au tempo enivré, tantôt un rythme bien stéréotypé du blues'n roll poussé à ses extrêmes, prend le pas. Finalement, pour conclure le morceau sur des riffs chargés de bends, histoire de rappeler qu'au final, Gary Moore, du haut de ses 52 ans, a encore de l'énergie à revendre. Avec There's A Hole, on s'attend à un de ces slow-blues dont Gary à le secret, mais loin de là, car c'est sa voix enragée qui marque la différence. On arpente enfin les méandres du blues'n roll, lorsque Tell Me Woman vient nous taquiner l'appareil auditif. On reconnaît sans aucun problème le pas cadencé de cette musique envoûtante, accentué de pédale Miaou-Miaou (Oups ! Pardon ! C'est pédale Wah-Wah que je voulais dire.), qui donne avec les palm-mute une ambiance chargé en rock puissant et dur. Mais soudain, qu'entends je ? I Can't Quit You Baby, de Willie Dixon !! Et ce genre de cover, plus c'est long, plus c'est bon ! Long, mais à peine 6 minutes après, il faut déjà laisser place à un slow-blues qui ressemble, par moments, à une ballad édulcorée, mais il faut rester attentif car "That's Why I Play The Blues", nous narre Gary Moore. Mais on revient vite se ressourcer du côté du Chicago blues, avec Evil qui avait été écrit par Willie Dixon pour Howlin' Wolf, mais au passage c'est Muddy Waters qui l'aura formalisé. Le morceau prend soudain un accent hard-rock, dans les mains de Gary Moore, lorsque celui-ci plaque de lourds accords appuyés par la Wah-Wah. Après Getaway Blues, on repasse par la case cover et cette fois ci, c'est Memory Pain de Percy Mayfield qui est repris. Pour coller à l'image du crooner de rhythm'n’blues à la voix suave, Gary Moore prend soudain des intonations plus douces et berçantes. Mais les riffs et les solos épicés sont toujours présents. Avec Can't Find My Baby, Gary Moore se rapproche étrangement du Chicago blues. Le son chaleureux du clavier de Jim Watson vient équilibrer l'agressivité de la guitare. La rythmique est efficace, et on commence enfin à taper du pied. Ce titre reste certainement la composition de cet opus pour laquelle j'ai le plus d'intérêt. Torn Inside, un slow-blues très lent et lancinant vient conclure Power Of The Blues; un album résolument très rock. David |
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