n°59
(août 2004)
Tome 2
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Tome 1:
Tome 3
Tome 4
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20 au 22 mai 2004 |
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Durant le long week-end de l'Ascension, la crème des amateurs français d'harmonica a pris la direction de St Aignan sur Cher, près de Blois, pour y profiter de trois jours d'harmonica non stop. C'était la seconde itération de ce festival, et le cru 2004, comme les vins locaux, n'a pas déçu. | |||||
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date: 25 mai 2004
La soirée d'ouverture a donc eu lieu le Jeudi de
l'Ascension dans une salle des fêtes bien remplie, avec, à l'affiche, le
Thierry Crommen Trio suivi de Brendan Power et Michael
Lempelius. Le concert de Brendan a été proprement époustouflant, comme c'est souvent le cas pour cet artiste devenu une référence dans le monde de la musique irlandaise. Avec le temps, son répertoire s'étoffe d'autres influences, au point qu'il devient impropre de le réduire à la musique celtique. Ce soir-là, il a interprété non seulement de la musique traditionnelle irlandaise ou inspirée par celle-ci, mais également du blues, des musiques de l'Est et même d'Extrême-Orient. Il semble que toute musique folklorique qui accroche l'oreille de notre Néo-Zélandais finit dans son escarcelle de morceaux. C'était la deuxième fois que je voyais Brendan sur scène, les deux fois accompagné par Michael Lempelius, et il était clair, ce jeudi soir, qu'ils ont beaucoup joué ensemble récemment. Il y avait entre eux une fluidité et une complicité presque magique. Je pense que le public n'a pas eu de mal à la percevoir, et a passé un excellent moment, accompagné de tapages de pieds (en rythme), d'applaudissements et mêmes de gigues improvisées au fond de la salle. Quel concert ! La nuit s'est terminée par un bœuf en plein air organisé avec un groupe de jazz embauché pour le festival. Malheureusement, le joueur de saxo était tellement intimidant que rares furent les harmonicistes qui osèrent monter sur la scène improvisée, et la nuit se termina au lit pour beaucoup vers deux heures du matin. La suite du festival allait montrer que cet horaire correspondait plutôt à un "coucher tôt" ! La journée harmonicale du vendredi a démarré vers 10 heures du matin avec une masterclasse du magicien Français de l'harmonica, Michel Herblin. Michel n'est pas exactement ce que l'on pourrait appeler un professeur structuré, et en conséquence, ses masterclasses ont tendance à être un peu bordéliques. Malgré tout, il y a pas mal de trucs et d'idées à y glaner pour qui sait lire entre les lettres et comprendre les messages subliminaux. Le plaisir de l'entendre jouer en acoustique naturelle n'est pas non plus à négliger, puisque cela permet d'entendre la richesse incroyable de son son. Ma vision est peut-être partielle, toutefois, puisque je n'ai pu assister qu'à la fin de la masterclasse, ayant dû aller chercher un pote à la gare de Blois. Quelques uns d'entre nous, dont Brendan Power, sommes allés profiter de la pause déjeuner pour déguster quelques spécialités locales dans un excellent restaurant. C'est toujours un plaisir de discuter avec Brendan, qui est aussi délicieux à écouter jouer qu'à écouter parler. C'est rassurant pour le péquin moyen que je suis de voir que quelqu'un d'aussi talentueux peut rester si humble et ouvert d'esprit. Comme en plus Brendan adore la nourriture et le vin français, ça nous garantit des repas sympathiques ! Brendan a d'ailleurs eu l'occasion de s'exprimer plus longuement au début de l'après-midi puisqu'il animait une masterclasse. Au lieu de faire un cours magistral, Brendan demandait à chaque participant de penser à un sujet ou à une question particulière à laquelle il souhaitait avoir une réponse. J'ai joué le rôle du traducteur simultané, et l'heure et demi fut très intéressante, couvrant un grand nombre de sujets, des valves aux accordages alternatifs et aux ornementations en passant par la rapidité et la fluidité du jeu et divers bricolages d'harmo. Brendan est un des pionniers dans la fabrication d'harmonicas sur mesure et a lui-même conçu pas mal de prototypes tout à fait intéressants. Il a passé une bonne partie de la masterclasse à démonter moult modèles de son " vanity case " d'harmos qui en comporte une bonne trentaine. La masterclasse de Brendan était suivie de celle de Thierry, sur le thème des positions. Thierry a commence par expliquer dans quelle mesure la notion de positions telle qu'elle est communément associée au blues pouvait constituer un carcan autant qu'une béquille, puisqu'il s'agissait d'apprendre à jouer des variantes de la gamme blues de diverses manières sur l'harmonica diatonique, mais pas d'étendre son vocabulaire à d'autres gammes. Il a ensuite décortiqué une de ses compositions jouées sur un harmonica en Do (C) avec des passages en Mi (E) puis en La (A) et enfin en Ré (D). Globalement, son cours était accessible sans être toutefois simplificateur. Je pense qu'un bon nombre d'harmonicistes de niveau intermédiaire n'avait pas envisagé la question des positions sous cet angle, et qu'ils ne manqueront pas de cogiter et de progresser ! Pour ma part, j'ai noté quelques techniques d'apprentissage que je ne manquerai pas de réutiliser pour mes futurs cours. Avant les concerts du soir consacrés au blues, était prévu un nouveau bœuf avec le groupe de jazz dans un des bars locaux (la plupart des débits de boisson et des restaurants de St Aignan sont impliqués dans l'évènement), ce qui a surtout permis à pas mal de participants au festival de discuter de leur sujet principal : l'harmonica. Pour ma part, j'y ai refait connaissance avec Robert Koch, harp-1er, furieux de micros et excellent joueur. J'y ai aussi rencontré Jean Labre, l'ex-président de France Harmonica qui, comme il le dit lui-même, jouit maintenant des avantages de la fonction sans en avoir les contraintes : il assiste à tous les festivals d'harmonica de par le monde !
Une soirée fort sympa, donc. Seule déception, un public clairsemé comparé au soir précédent. Les organisateurs espéraient qu'en concentrant le blues sur une seule soirée, les amateurs du genre se déplaceraient en nombre, mais malheureusement, ce ne fut pas le cas. Peut-être faudra-t-il faire évoluer la formule pour les prochaines éditions. La nuit n'était pas terminée, loin de là. Comme la veille, il y avait un bœuf prévu dans un petit bistrot non loin de la salle des fêtes. Le groupe de jazz dépotait lorsque je suis arrivé et, avec quelques autres harmonicistes, on a mis la pression à Thomas Laurent, un jeune joueur de jazz chromatique, à aller jouer avec eux. Il nous a tous époustouflés ! Quelque chose me dit que la prochaine fois que je le reverrai jouer sera sur scène ! Ensuite, je me suis sacrifié à l'autel bovin en allant massacrer Watermelon Man, et j'ai décidé d'aller me coucher, même si je soupçonnais qu'avec l'arrivée des membres des deux groupes de blues, l'ambiance allait sans doute chauffer. Mais je donnais un cours à 9 heures du matin le samedi, il me fallait donc dormir. Des échos ultérieurs que j'ai eus, les choses se sont effectivement activées vers 3 heures, quand les membres de Scratch my Back ont débarqué, évacué les jazzeux 'de force', installé un maousse ampli pour l'harmo et on fait le bœuf jusqu'à 5 heures ! J'ai même entendu des rumeurs de Kevin Doublé et de Vincent Bucher ayant terminé la nuit par une partie endiablée de ping-pong sous l'aube naissante, mais ce ne sont sûrement que des racontars ! Et oui, j'ai raté tout ça. N'empêche que, me réveillant groggy à 8h30 du mat', j'étais bien content d'avoir choisi la voie de la raison. Après une bonne douche, en route pour la salle des fêtes ou l'harmoniciste David Chalumeau et moi-même animions deux ateliers, l'un pour les grands débutants (celui de David) et un pour les joueurs de niveau intermédiaire (le mien). Le thème de mon cours était la première position, et j'avais une dizaine d'élèves (donc Robert Koch et l'harmoniciste Julien Cormier, qui n'avaient pas vraiment besoin d'être là mais m'ont aidé pour animer le cours). Je me suis concentré tout d'abord sur les aspects techniques, la précision dans l'octave du bas, la maîtrise des altérations soufflées, et les vertus des comptines à titre d'exercice. Pour la partie plus musicale, nous avons décortiqué ensemble puis joué la fantastique introduction de Trouble in Mind jouée par Big Walter. J'étais très content des résultats, et particulièrement du fait que tous les étudiants présents ont pu produire des altérations aiguës. Il m'a semblé que la plupart des élèves étaient eux aussi satisfaits, même si un ou deux d'entre eux auraient sans doute été plus à l'aise dans le cours pour les débutants. Les cours ont duré jusqu'à midi, et ont été suivis d'un bœuf en plein air sur la place du marché. Ce fut une bonne occasion de se poser et de papoter tout en dégustant un bon Cheverny. J'ai même fini par en acheter une bouteille pour étoffer ma cave déjà trop pleine au goût de ma femme. Après le déjeuner, une rencontre informelle entre harmonicistes était organisée, comme par hasard, dans un bar. J'ai décidé de ne pas y aller et de profiter de ce créneau pour récupérer une petite heure de sommeil, afin d'être en forme pour le cours d'harmonica pour enfants que je donnais à 4 heures. Robert a pris l'évènement en charge, et les échos que j'en ai eus furent très positifs. Apparemment, il a même réussi à faire jouer un shuffle carré au guitariste du groupe de jazz, ce qui n'était pas une petite prouesse ! Je réussis tout juste à me réveiller pour l'heure dite, et découvris, un peu déçu, que seuls trois enfants s'étaient présentés pour le cours. Mais en fait, ce n'était peut-être pas plus mal, ça m'a permis de tester quelques idées avec les enfants sans avoir à gérer dix garnements jouant de concert. A chacun, j'ai donné un harmonica en plastique coloré, et je leur ai appris en 5 minutes les bases, à savoir comment tenir l'harmonica, et l'objectif de souffler et aspirer dans un seul trou. Ensuite, je leur ai demandé quelles chansons ils voulaient jouer, et nous avons écrit au tableau dans quels trous il fallait souffler ou aspirer pour la jouer. J'avais demandé que les enfants participants sachent au moins lire les chiffres et compter, et je m'étais équipé d'un marqueur rouge et d'un marquer bleu. Je leur ai dit que le rouge c'était la couleur de l'intérieur de la bouche, donc que ça voulait dire aspirer, et que le bleu c'était la couleur de l'air et du ciel, donc que ça voulait dire souffler. Ensuite, ils ont essayé de jouer les morceaux, et je leur donnais des conseils au fur et à mesure. Ils ont eu l'air de bien s'amuser, malgré leur difficulté à jouer des notes uniques. C'est rafraîchissant pour un prof d'avoir des élèves qui n'ont pas d'inhibitions ni de honte d'être entendus. Les enfants auraient plutôt tendance à en faire trop que pas assez ! Pour finir ce cours d'une heure, je leur ai montré comment imiter la locomotive à vapeur, la sirène de police, l'ambulance et le sifflet du paquebot entrant dans le port. Inutile de vous dire qu'ils ont adoré ! Je les ai aussi laissé essayer l'harmonica basse que je trimbalais dans mon sac à dos, et ils ont tous les trois essayé pendant 10 minutes d'en sortir la moindre note. A la fin du cours, une des gamines de 8 ans m'a demandé quand était le prochain cours, ce que j'ai pris pour un compliment. J'étais finalement très content de mon après-midi ! Après un apéritif et un bon repas (vous ai-je dit que St Aignan garantissait la bonne bouffe et l'excellent pinard ?), j'ai retrouvé David et Thomas qui avaient passé leur après-midi en visites touristiques de la ville, du château XVème siècle à la crypte peinte de l'Eglise. C'est vrai que St Aignan est une ville qui a vraiment de la gueule. Si vous voulez voir quelques photos, il y a en a sur le site de l'office de tourisme : http://perso.wanadoo.fr/ot.st-aignan-sur-cher/ Puis, ce fut l'heure des concerts de la soirée de clôture, à savoir Michel Herblin, suivi de Jean-Jacques Milteau. Cette nuit-là, la salle était pleine à craquer, au point même que certaines personnes qui étaient venues n'ont pas pu rentrer. Michel Herblin est monté sur scène, accompagné d'un batteur qui jouait occasionnellement du piano, d'un pianiste qui jouait occasionnellement de la guitare, et d'un accordéoniste étonnant. Le concert devait originellement se faire avec également un contrebassiste qui n'est finalement pas venu pour cause de contrat plus lucratif. Pas très correct, mais le pianiste plein de ressources avait amené un petit clavier et un module avec lequel il jouait les basses. C'était sans doute moins joli que de la vraie contrebasse, mais pas du tout gênant. Le son d'harmo d'Herblin était, comme toujours, assez extraordinaire, bien que, pour dire vrai, la sono n'en aie pas restitué toutes les nuances.
Après la pause, les têtes d'affiche montèrent sur la scène en les personnes de Jean-Jacques Milteau et Manu Galvin. Jean-Jacques est considéré comme le pape de l'harmonica diatonique en France, et je l'ai vu maintes fois en concert, dans diverses configurations musicales. De ce fait, je n'attendais pas forcément grand-chose de ce concert. J'avais tort.
Le répertoire de Milteau, particulièrement lorsqu'il joue en duo avec Manu, est un mélange de morceaux essentiellement instrumentaux, d'influences et de traditions musicales diverses. Ce sont essentiellement des musiques accessibles, et pourraient être considérées comme 'faciles' si elles ne portaient cette incroyable présence et une musicalité sans faille. Je ne m'attendais vraiment pas à faire plus qu'apprécier le concert, mais par moments je me suis retrouvé la gorge nouée, réellement ému. Les accompagnements de Manu étaient aussi musicaux et pleins de goûts que d'habitude, et ses propres soli sur des morceaux comme Mercy, mercy, mercy ou Sowetho ne manquèrent pas de stupéfaire le public, en particulier les guitaristes. Je me rends compte que tout cela semble largement exagéré et dithyrambique, mais ce samedi soir-là, j'ai senti, pour la première fois depuis quelques années sans doute, que Milteau méritait vraiment la considération dont il jouit. Ce n'est pas qu'une exagération de fan. Ce soir-là, Milteau était réellement le pape de l'harmonica. ![]() Et c'est sur cette note superbe que le festival prit fin. Enfin, pas vraiment : il y eut encore une jam session à laquelle je ne suis pas resté pour cause de route tôt le lendemain, histoire de voir quand même un peu ma femme et mes enfants. C'était frustrant de rater tous ces after, mais en même temps les trois jours de festival m'avaient tellement épuisé qu'à la seconde où ma tête toucha l'oreiller, j'étais endormi. Le lendemain matin, j'ai fait le retour accompagné de Thomas et de David. Thomas nous a fait écouter le 5-titres de son groupe jazz-world qui va bientôt sortir. Je ne fais pas que penser qu'on va encore entendre parler de lui : je le sais !
Ben |
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Arrivé vendredi dans l'après midi, j'ai eu tout juste le temps de déguster une gaufre au chocolat avant que ne débute le premier concert du jour, non pas sur la grande scène mais sur une scène annexe située à une centaine de mètres environ de la principale. C'était l'occasion de découvrir la nouvelle formation de CadiJo (avec Fred PG et Christophe Coletta aux guitares et Lionel Guarrigue à la contrebasse) mais aussi ses nouveaux morceaux, quelques jours avant la sortie de son nouveau CD, un CD qui devrait en surprendre plus d'un : sa musique sort des sentiers battus, elle devrait plaire bien sûr aux fans de blues mais aussi aux amateurs de swing manouche. Ceux qui ont aimé le dernier CD de Zeb Heintz devraient aimer celui- ci. C'est bien agréable d'écouter cette musique, attablé à la terrasse du café restaurant "Le Grand Bleu", en cette fin d'après-midi, en sirotant un verre sous un soleil voilé. J'ai particulièrement apprécié le jeu de guitare de Fred PG, habituel guitariste de Dana Gillespie et compagnon de route de Julien Brunetaud avec Whammer Jammer, Big Joe Turner et bien sûr Dana Gillespie.
Il est ensuite temps de rejoindre la grande scène pour le premier concert de cette grande soirée européenne présentée par René Malines que les amateurs de blues parisiens connaissent bien. Soyons honnêtes, je dois reconnaître que le premier groupe Dago Red m'était complètement inconnu. Mais quelle bonne découverte !
Composé de Giuseppe Mascitelli (guitare et chant), Marco Pellegrini (harmonica, guitare et chant), Nicola Palanza (lead guitare) et Renato Gatton (contrebasse), c'est un groupe italien acoustique, sans batterie, de grande qualité instrumentale et vocale; jouant un répertoire varié de standards allant de JJ Cale (Call Me The Breeze) à Muddy Waters (Mojo Working). Le seul reproche que je leur ferais est de négliger l'aspect visuel, le look, le show. Mais néanmoins, la soirée était bien lancée !
C'est le trio Toulousain Awek (Bernard Sellam à la guitare et au chant, Olivier Trebel à la batterie, Joel Ferron à la basse) qui montait ensuite sur scène, avec un Bernard Sellam plus grimaçant que jamais mais, malheureusement, sans l'harmoniciste qui était initialement prévu en invité (non ce n'était pas Youssef Remadna qui joue sur le CD mais un harmoniciste Toulousain). Finalement, CadiJo est venu jouer de l'harmonica avec Awek. Ils ont joué leur répertoire personnel basé sur leur dernier CD (Don't Do It, He's Fat, My Lil' Sister, Voodoo Man, ...) ainsi qu'une version très speed de Mojo Working.
Pour clôturer cette soirée, c'est Harmony Two Tones qui était programmé. Si c'était la première programmation dans un festival français pour ce groupe belge qui nous vient du Limbourg, à la frontière Néerlandaise, les musiciens sont loin d'être des inconnus. Et pour cause, la plupart d'entre eux jouent avec Marc Thijs dans le groupe belge Tee. Leur musique éclectique est résolument ancrée dans les années 50. Ils ont commencé par des morceaux bien roots (des reprise de Jerry McCain et de Jimmy Reed) avec juste Renaud Lesire à l'harmonica et au
chant et Ernesto Zvar à la guitare et à la batterie (en même temps). Le reste du groupe (Maurice Coumans à la guitare, Franky Coumans à la batterie, Donné Lafontaine à la contrebasse et enfin, Jan Bockaerts au saxo) est apparu progressivement. Il y a eu comme une progression dans ce concert, une sorte de montée en puissance permanente pour finir par des morceaux swingants sur des rythmes endiablés où j'ai particulièrement apprécié le jeu de guitare de Ernesto Zvar; quel dommage qu'avec Tee, il joue de l'orgue, c'est vraiment du gâchis ! Idem pour le chanteur harmoniciste qui avec Tee joue de la basse ! Même Maurice Coumans, qui avait été discret durant tout le concert à la guitare rythmique s'est déchaîné avec un super solo lors du dernier titre. Encore une excellente découverte, un groupe à revoir !
Si la pluie a eu le bon goût d'attendre la fin des concerts de vendredi pour commencer à tomber, elle a néanmoins endommagé la sono de la petite scène contraignant Stinky Lou & the Goon Mat et leur invité, Lord Benardo, à être déplacés de la petite à la grande scène. Mais finalement, on y a plutôt gagné au change ! Comme à leur habitude, nos trois compères ont joué un blues mississippien rustique et dynamique mêlant compositions personnelles et reprises. Ils ont joué essentiellement des boogies, histoire de faire bouger le public et ça a bien fonctionné, notamment avec les enfants. Le groupe tourne beaucoup et est vraiment bien rodé, d'autant plus que ces trois-là font preuve d'une complicité incomparable. Le public a, semble-t-il, apprécié leur originalité, le son particulier de la contrebassine de Laurent Goosens alias Stinky Lou. Après deux démos, on attend maintenant avec impatience le futur CD de ce groupe franco-belge qui devrait sortir chez vos disquaires d'ici la fin de l'année; patience, patience !!!
Le groupe suivant est un duo catalan (originaire de Barcelone) que l'on avait découvert lors du festival Blues sur Seine: Big Mama (guitare acoustique et chant) & Joan Pau Cumellas (harmonica). Leur musique est une fusion de plusieurs styles où le blues est bien sûr dominant mais où il cohabite avec country, folk, gospel. Leur répertoire est éclectique, fait de grands standards bien interprétés. Joan Pau Cumellas est un harmoniciste virtuose à la technique impressionnante très inspiré par Charlie Mac Coy; j'adore son jeu, même s'il est généralement plus country que blues. Big Mama (avec sa guitare verte !) est un personnage sympathique qui communique beaucoup avec le public (et en français !) et ça fonctionne bien: les deux Catalans ont obtenu un gros succès mérité et je serais prêt à parier qu'ils auront aussi beaucoup de succès à Cognac. C'est finalement réjouissant de voir que le blues acoustique puisse remporter un tel succès.
Le groupe suivant est une formation qui vient des Pays-Bas: Champagne Charlie. Leur style est assez éclectique, ils jouent de la musique américaine au sens large, du blues, de la country avec une grosse influence louisianaise mais aussi une instrumentation originale (lap steel, rubboard, petite guitare). Joan Pau Cumellas est venu les rejoindre sur scène avec ses harmonicas. Si ces Hollandais ne manquent pas de qualités, ce n'est personnellement pas le groupe que j'ai préféré.
Et c'est le groupe allemand BB & The Blues Shacks qui avait l'honneur de conclure la soirée. Malgré l'heure déjà très tardive, ils ont pleinement justifié leur réputation de meilleur groupe européen avec des frères Arlt (Michael à l'harmo, Andreas à la guitare) au sommet de leur art. Andreas Arlt, en particulier, a un son de guitare fabuleux, notamment dans les basses. Ils ont joué quelques morceaux roots comme Bye Bye Bird, de Sonny Boy Williamson mais aussi des morceaux swinguants comme Cool Drinks qui ouvre leur dernier CD. Ils ont remporté un triomphe mérité ! Au final, Michael Arlt s'est même permis de réaliser un poirier (comme Jimmy Boyskill au Bay-Car) ! Ce concert a atteint une intensité incroyable, avec un public qui répondait au quart de tour, en parfaite communion avec le groupe allemand. Un grand moment, pour moi, le sommet du festival, en tout cas, des deux jours auxquels j'ai assisté. Car malheureusement, j'ai dû reprendre la route dimanche midi, ratant les concerts des Bluetones et de Mister Boogie Woogie.
Au final, je garde un excellent souvenir de ce festival au concept nouveau. Je regrette juste qu'aucun des groupes présents n'ait chanté dans sa langue. Eh oui, ils ont tous chanté en anglais...
D'abord le "off", les coulisses.

date: 27 juillet 2004
de: Marc Loison <marc.loison@wanadoo.fr>
Pour cette première édition de l'Europa Blues, organisée de main de maître par l'association Blues Qui Roule, le cadre agréable de la baie de La Baule
a été retenu. C'est au pied du très classieux casino qu'un podium a été dressé à l'intention des quelque 300 spectateurs, résidents ou vacanciers, large majorité de néophytes. Devant ce parterre sage et attentif, la truculente chanteuse britannique Dana Gillespie est venue donner le meilleur d'elle-même, avec tout la générosité qui la caractérise. Je découvrais pour ma part ce talent pourtant déjà bien ancré dans la musique - ne
chante-t-elle pas depuis ses 14 ans, vers 1963 ?...
En revanche, les musiciens qui l'accompagnaient, véritables fleurons du blues hexagonal, ne se sont déjà pas - malgré leur jeune âge - des inconnus. Le premier d'entre eux, le pianiste surdoué nourri aux sonorités d'Otis Spann, n'était en effet autre que notre Julien Brunetaud national ! A 22 ans à peine, déjà auréolé de multiples participations et collaborations (Nico Wayne Toussaint, Scratch my Back, Malted Milk, Mudzilla, Mister Tchang, etc.), Julien a dépassé le stade d'espoir français du piano. Une main gauche impressionnante de solidité et une main droite aérienne et virtuose se sont posées une heure trente durant sur un clavier Yamaha qui n'en revient pas encore d'un tel talent. Ses compagnons n'étaient pas en reste : de sa formation habituelle figuraient le bassiste Jeff Vincendeau, au jeu précis et limpide, ainsi que l'excellent Fabrice Bessouat à la batterie, officiant sans complexes sur un instrument minimaliste au possible : "grosse" caisse, caisse claire, charleston et deux cymbales. S'aidant uniquement de balais - qu'il tient parfois à l'envers, à l'ancienne, pour mieux
faire sonner les cymbales - il a donné à l'ensemble toute la cohésion que nécessitait un répertoire classique mêlant blues, swing, jump et boogie. A la guitare, Fred PG nous a ravis de sa dextérité de gaucher toute fluide, faisant revivre T-Bone Walker ou B.B. King selon les ambiances variées de cette trop courte prestation. Sur une Strat sans
âge, il nous a notamment comblés avec Ten ton blocks, pendant plus qu'évident de Thrill is gone. "10 tonnes de problèmes sur les épaules" dit la chanson, mais son interprétation fut si légère !... 
Adorant rependre des titres aux connotations sexuelles appuyées, Dana Gillespie nous a proposé King size papa, joyau de swing où les quatre cordes de Jeff sonnaient très
"contrebasse". Les solos très jazz de Fred, déroulés tout en finesse, voyaient se succéder des notes détachées dans l'esprit de T. Bone : on attendait Wynonie Harris au chant ! Le boogie endiablé Ugly papa
était dans le même ton côté lyrics : la meilleure façon pour une femme de garder son homme, c'est de le choisir laid (ugly), qu'il ait 20 ans ou 72 ans ! C'est avec un plaisir non dissimulé que la plantureuse Dana s'exprime au micro, avec sa voix profonde et chaude, dans un timbre coloré qui peut évoquer Bessie Smith
comme... Janiva Magness. Appliqué et créatif, Julien s'explose littéralement au clavier, jouant entre un son de piano de base et des sonorités plus colorées, lorgnant même vers un orgue très sixties.
C'est pour un vieux morceau de 1915, une pièce "faite pour les bordels" (dixit Dana), qu'elle le rejoint pour un "trois mains" : Julien virevolte sur les aigus tandis que Dana assure à ses côtés les rythmiques sur les ivoires. La mère et le fils spirituels !
Dana Gillespie n'aime pas enchaîner les titres sans quelques phrases d'introduction, et c'est avec un sourire permanent qu'elle s'applique à nous informer de ce qu'elle va
nous interpréter. Put my uncle down, un blues lent joué au fond du temps, nous permettra de savourer trois solos juteux de Fred, dans l'esprit et la lettre d'un B.B. King de la meilleure époque. Ce n'est qu'en fin de concert,
pour le dernier quart d’heure, que le public se réveille enfin, stimulé par des battements de mains de Dana destinés à être repris par tous, et une partie du chant qu'on se fera un plaisir de reprendre en chœur. On se rapproche enfin de
la petite scène, pour mieux goûter un dernier boogie ponctué d'un solo de basse très inspiré... en attendant les fatidiques 22h, signe que la fête est finie et que le calme relatif du remblais de La Baule peut reprendre tous ses droits.
Voilà une ville où l'on ne badine pas avec la loi "anti-bruit" !...

Dana Gillespie est une femme attachante, enjouée et dynamique, qui a le souci de l'entretien de son corps. Ne passe-t-elle pas quotidiennement 30 minutes dans un piscine, en dépit de son emploi du temps surbooké ?... Coincé ric-rac entre un concert à Singapour l'avant-veille et un autre chez elle en Angleterre le lendemain, ce passage éclair ne pouvait que ravir les sens. L'enthousiasme de cette femme de Musique, mais aussi de Théâtre et de Cinéma, est réellement communicatif. Dana est une entertainer d'excellent calibre, qui a en effet plus d'une corde à son arc. Loin de se cantonner au blues - qu'elle affectionne particulièrement - elle se dit notamment attirée par la musique traditionnelle indienne et paie de sa personne avec un passage par an à Bombay (500.000 spectateurs !) et la réalisation de déjà 9 CDs en langue sanskrit parmi les 37 albums de sa déjà longue carrière. Bouillonnante de projets et gourmande de vie, Dana est aussi une amie intime de David Bowie et de Bob Dylan avec qui elle ne compte plus ses collaborations. Les années 60 l'ont même vu partager la scène avec Jimmy Page et Eric Clapton, pour n'en citer que quelques un... excusez du peu !
Pour ce coup d'envoi d'Europa Blues, en pleine phase finale de la Coupe d'Europe de football, Blues Qui Roule pouvait difficilement davantage marquer les esprits...
Marc Loison
Et puis voilà, Blues Passions s'est terminé lundi au petit matin par un concert de Little Axe où la basse de Doug Wimbish a crevé quelques tympans. Si cette année encore Blues Passions a été remarquable sur la qualité et la diversité de la programmation, il y en a pour tous les goûts et pas que les miens, l'équipe de Metablues a ressenti pour la première fois un léger essoufflement dans l'enthousiasme des festivaliers et dans l'aspect festif de la manifestation.
Les années précédentes, les hostilités commençaient dès le mercredi soir au Globe ou au Kheops par des concerts endiablés.Tome 1 | Tome 2 | Tome
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