La Gazette de GREENWOOD
n°59 (août 2004)

Tome 2
 
Tome 1:
  • Nico Wayne Toussaint : Transatlantique
  • Junior Wells : Blues Hit Big Town
  • Midwest: Nasty Habits
  • Les Bluetones aux Rencontres du Blues: 1h30 de bonheur....
  • Otis Taylor: Double V
  • Trois soirs au Rouge-Gorge
  • la Rubriqu'à Blues : Pyeng Threadgill, Byther Smith, Jeremy Lyons, Still At Large, Brian Gauci, Pikey Butler, Garry Moore
lire le Tome 1





Tome 3
  • Festival "Marco Fiume blues passion" 2004:
    un bien bel hommage à Marco Fiume à Rossano
lire le Tome 3





Tome 4
  • Derek Trucks : l'Étoile Montante de la Guitare Slide
lire le Tome 4

retour haut de page


Harmonica sur Cher,
20 au 22 mai 2004

Durant le long week-end de l'Ascension, la crème des amateurs français d'harmonica a pris la direction de St Aignan sur Cher, près de Blois, pour y profiter de trois jours d'harmonica non s"top". C'était la seconde itération de ce festival, et le cru 2004, comme les vins locaux, n'a pas déçu.

date: 25 mai 2004
de: Benoît Felten

Avant les premiers événements musicaux s'est déroulée, dans la salle d'exposition de Saint-Aignan, la cérémonie d'ouverture, en présence de quelques politiques du coin. Outre l'intérêt présenté par le cocktail proposé, les aficionados ont pu profiter de l'exposition des magnifiques clichés de musiciens de François Berton, des noirs et blancs très humains, dont une exceptionnelle photo de Mighty Mo Rodgers en prêcheur soul. Les vitrines débordaient également de modèles d'harmonicas anciens que peu de praticiens avaient eu l'occasion de voir. L'évènement fut festif et agréable mais, après un bon repas, c'est surtout les concerts que chacun attendait.

La soirée d'ouverture a donc eu lieu le Jeudi de l'Ascension dans une salle des fêtes bien remplie, avec, à l'affiche, le Thierry Crommen Trio suivi de Brendan Power et Michael Lempelius.
Thierry Crommen, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, est un harmoniciste belge au jeu lyrique, aussi à l'aise au chromatique qu'au diatonique. Musicien de studio prisé, il a aussi sorti un certain nombre de ses propres projets, essentiellement dans un style jazzy acoustique. Ce nouveau trio qui porte son nom est dans cette veine, avec Erno aux claviers et le guitariste acoustique Chris de Pauw. Chris de Pauw Leur répertoire consiste en une variété d'instrumentaux de styles divers, du folk à l'oriental avec une bonne louche de jazzy entre les deux. Le point culminant de la soirée fut la collaboration sur scène du trio avec la Chorale d'Enfants locale. Thierry avait composé un hymne à cette occasion, sur lequel les enfants avaient ajouté des paroles sur l'enfance maltraitée. Ce fut un moment touchant, que les chanteurs en herbe semblèrent apprécier tout autant que le public et les nombreux parents. Dans l'ensemble, le concert fut plaisant, malgré quelques moments de flottement. Il m'a semblé que la relative jeunesse du trio expliquait ces incertitudes, et qu'il manquait encore une expérience de jeu collectif pour que le répertoire soit fluide et paraisse naturel.

Le concert de Brendan a été proprement époustouflant, comme c'est souvent le cas pour cet artiste devenu une référence dans le monde de la musique irlandaise. Avec le temps, son répertoire s'étoffe d'autres influences, au point qu'il devient impropre de le réduire à la musique celtique. Ce soir-là, il a interprété non seulement de la musique traditionnelle irlandaise ou inspirée par celle-ci, mais également du blues, des musiques de l'Est et même d'Extrême-Orient. Il semble que toute musique folklorique qui accroche l'oreille de notre Néo-Zélandais finit dans son escarcelle de morceaux. C'était la deuxième fois que je voyais Brendan sur scène, les deux fois accompagné par Michael Lempelius, et il était clair, ce jeudi soir, qu'ils ont beaucoup joué ensemble récemment. Il y avait entre eux une fluidité et une complicité presque magique. Je pense que le public n'a pas eu de mal à la percevoir, et a passé un excellent moment, accompagné de tapages de pieds (en rythme), d'applaudissements et mêmes de gigues improvisées au fond de la salle. Quel concert !

La nuit s'est terminée par un bœuf en plein air organisé avec un groupe de jazz embauché pour le festival. Malheureusement, le joueur de saxo était tellement intimidant que rares furent les harmonicistes qui osèrent monter sur la scène improvisée, et la nuit se termina au lit pour beaucoup vers deux heures du matin. La suite du festival allait montrer que cet horaire correspondait plutôt à un "coucher tôt" !

La journée harmonicale du vendredi a démarré vers 10 heures du matin avec une masterclasse du magicien Français de l'harmonica, Michel Herblin. Michel n'est pas exactement ce que l'on pourrait appeler un professeur structuré, et en conséquence, ses masterclasses ont tendance à être un peu bordéliques. Malgré tout, il y a pas mal de trucs et d'idées à y glaner pour qui sait lire entre les lettres et comprendre les messages subliminaux. Le plaisir de l'entendre jouer en acoustique naturelle n'est pas non plus à négliger, puisque cela permet d'entendre la richesse incroyable de son son. Ma vision est peut-être partielle, toutefois, puisque je n'ai pu assister qu'à la fin de la masterclasse, ayant dû aller chercher un pote à la gare de Blois.

Quelques uns d'entre nous, dont Brendan Power, sommes allés profiter de la pause déjeuner pour déguster quelques spécialités locales dans un excellent restaurant. C'est toujours un plaisir de discuter avec Brendan, qui est aussi délicieux à écouter jouer qu'à écouter parler. C'est rassurant pour le péquin moyen que je suis de voir que quelqu'un d'aussi talentueux peut rester si humble et ouvert d'esprit. Comme en plus Brendan adore la nourriture et le vin français, ça nous garantit des repas sympathiques !

Brendan a d'ailleurs eu l'occasion de s'exprimer plus longuement au début de l'après-midi puisqu'il animait une masterclasse. Au lieu de faire un cours magistral, Brendan demandait à chaque participant de penser à un sujet ou à une question particulière à laquelle il souhaitait avoir une réponse. J'ai joué le rôle du traducteur simultané, et l'heure et demi fut très intéressante, couvrant un grand nombre de sujets, des valves aux accordages alternatifs et aux ornementations en passant par la rapidité et la fluidité du jeu et divers bricolages d'harmo. Brendan est un des pionniers dans la fabrication d'harmonicas sur mesure et a lui-même conçu pas mal de prototypes tout à fait intéressants. Il a passé une bonne partie de la masterclasse à démonter moult modèles de son " vanity case " d'harmos qui en comporte une bonne trentaine.

La masterclasse de Brendan était suivie de celle de Thierry, sur le thème des positions. Thierry a commence par expliquer dans quelle mesure la notion de positions telle qu'elle est communément associée au blues pouvait constituer un carcan autant qu'une béquille, puisqu'il s'agissait d'apprendre à jouer des variantes de la gamme blues de diverses manières sur l'harmonica diatonique, mais pas d'étendre son vocabulaire à d'autres gammes. Il a ensuite décortiqué une de ses compositions jouées sur un harmonica en Do (C) avec des passages en Mi (E) puis en La (A) et enfin en Ré (D). Globalement, son cours était accessible sans être toutefois simplificateur. Je pense qu'un bon nombre d'harmonicistes de niveau intermédiaire n'avait pas envisagé la question des positions sous cet angle, et qu'ils ne manqueront pas de cogiter et de progresser ! Pour ma part, j'ai noté quelques techniques d'apprentissage que je ne manquerai pas de réutiliser pour mes futurs cours.

Avant les concerts du soir consacrés au blues, était prévu un nouveau bœuf avec le groupe de jazz dans un des bars locaux (la plupart des débits de boisson et des restaurants de St Aignan sont impliqués dans l'évènement), ce qui a surtout permis à pas mal de participants au festival de discuter de leur sujet principal : l'harmonica. Pour ma part, j'y ai refait connaissance avec Robert Koch, harp-1er, furieux de micros et excellent joueur. J'y ai aussi rencontré Jean Labre, l'ex-président de France Harmonica qui, comme il le dit lui-même, jouit maintenant des avantages de la fonction sans en avoir les contraintes : il assiste à tous les festivals d'harmonica de par le monde !

Vincent Bucher Les concerts du soir étaient donc consacrés au blues. Tout d'abord, c'était à Vincent Bucher de prendre la scène, accompagné de sa formation blues Papa Gombo. Vincent est plus connu pour sa collaboration avec Tao Ravao, mélange de blues, de musiques africaines et malgaches, mais il reste un joueur de blues d'envergure, avec une forte présence scénique et une voix à la Elvis pour couronner le tout. Alors que je ramassais ma mâchoire à la fin du concert, il m'a semblé voir la plupart des harmonicistes en faire autant. C'est réellement au quatrième morceau, une version superbe de Angel of Mercy d'Albert King qui fait décoller le concert. Le répertoire blues puise à toutes les sources, du Zydeco à la limite du rock'n'roll, et tout cela est enlevé, impressionnant, puissant. Le groupe assure une rythmique sans failles, et le guitariste Jérémie Tepper brille par ses quelques interventions habiles, intéressantes, avec un style bien à lui reposant beaucoup sur le bas du manche généralement boudé lors des soli blues. Bien sûr, certains boudeurs pourront regretter que l'harmo de Vincent occupe une telle place. Mais c'est un festival d'harmo, merde ! Et puis on a tellement de guitar heroes qui nous rebattent les oreilles dans le monde du blues, qu'avoir un harmonica hero de temps en temps, c'est quand même pas trop demander ! Bref, ce fut grand !

Scratch My Back Après un court entracte montaient sur scène les membres du groupe de blues français Scratch my Back. Les quatre musiciens, sapés comme des princes des 50s, ont un répertoire essentiellement West Coast avec une touche de Chicago. Ils sont menés de main de maître par Kevin Doublé au chant et à l'harmonica. Je ne suis pas fan de West Coast d'une manière générale, en tous cas tel qu'il est interprété par la plupart des formations actuelles (je ne parle évidemment pas du génial T-Bone Walker), mais je dois admettre avoir passé un très bon moment ce soir-là. Kevin a une voix de crooner, tout en velours, puissante mais pas dans le rauque qui caractérise beaucoup de chanteurs de blues ; un peu comme Sugar Ray Norcia, pour ceux qui connaissent. A part ça, il joue super bien de l'harmo, et même si son vocabulaire n'est pas très original (j'ai cru reconnaître des phrases entières de Little Walter ou de Sonny Boy Williamson 2), c'est tellement adapté, et joué avec un tel aplomb, qu'il est difficile de lui en vouloir pour ces emprunts. La section rythmique, carrée et efficace, et le guitariste, bien dans le style, intégrant des phrasés jazzy dans son jeu, achèvent de faire de Scratch my Back un groupe très sympa et intéressant. Vers la fin, ils ont fait venir sur scène un invité louisianais qui, malheureusement, n'était pas tout à fait à la hauteur, ni sur son jeu de guitare, ni sur son chant. Pour clore le concert, Kevin a fait monter Vincent Bucher pour faire le bœuf : une vraie guerre des gros sons !

Une soirée fort sympa, donc. Seule déception, un public clairsemé comparé au soir précédent. Les organisateurs espéraient qu'en concentrant le blues sur une seule soirée, les amateurs du genre se déplaceraient en nombre, mais malheureusement, ce ne fut pas le cas. Peut-être faudra-t-il faire évoluer la formule pour les prochaines éditions.

La nuit n'était pas terminée, loin de là. Comme la veille, il y avait un bœuf prévu dans un petit bistrot non loin de la salle des fêtes. Le groupe de jazz dépotait lorsque je suis arrivé et, avec quelques autres harmonicistes, on a mis la pression à Thomas Laurent, un jeune joueur de jazz chromatique, à aller jouer avec eux. Il nous a tous époustouflés ! Quelque chose me dit que la prochaine fois que je le reverrai jouer sera sur scène ! Ensuite, je me suis sacrifié à l'autel bovin en allant massacrer Watermelon Man, et j'ai décidé d'aller me coucher, même si je soupçonnais qu'avec l'arrivée des membres des deux groupes de blues, l'ambiance allait sans doute chauffer. Mais je donnais un cours à 9 heures du matin le samedi, il me fallait donc dormir. Des échos ultérieurs que j'ai eus, les choses se sont effectivement activées vers 3 heures, quand les membres de Scratch my Back ont débarqué, évacué les jazzeux 'de force', installé un maousse ampli pour l'harmo et on fait le bœuf jusqu'à 5 heures ! J'ai même entendu des rumeurs de Kevin Doublé et de Vincent Bucher ayant terminé la nuit par une partie endiablée de ping-pong sous l'aube naissante, mais ce ne sont sûrement que des racontars !

Et oui, j'ai raté tout ça. N'empêche que, me réveillant groggy à 8h30 du mat', j'étais bien content d'avoir choisi la voie de la raison. Après une bonne douche, en route pour la salle des fêtes ou l'harmoniciste David Chalumeau et moi-même animions deux ateliers, l'un pour les grands débutants (celui de David) et un pour les joueurs de niveau intermédiaire (le mien). Le thème de mon cours était la première position, et j'avais une dizaine d'élèves (donc Robert Koch et l'harmoniciste Julien Cormier, qui n'avaient pas vraiment besoin d'être là mais m'ont aidé pour animer le cours). Je me suis concentré tout d'abord sur les aspects techniques, la précision dans l'octave du bas, la maîtrise des altérations soufflées, et les vertus des comptines à titre d'exercice. Pour la partie plus musicale, nous avons décortiqué ensemble puis joué la fantastique introduction de Trouble in Mind jouée par Big Walter. J'étais très content des résultats, et particulièrement du fait que tous les étudiants présents ont pu produire des altérations aiguës. Il m'a semblé que la plupart des élèves étaient eux aussi satisfaits, même si un ou deux d'entre eux auraient sans doute été plus à l'aise dans le cours pour les débutants.

Les cours ont duré jusqu'à midi, et ont été suivis d'un bœuf en plein air sur la place du marché. Ce fut une bonne occasion de se poser et de papoter tout en dégustant un bon Cheverny. J'ai même fini par en acheter une bouteille pour étoffer ma cave déjà trop pleine au goût de ma femme.

Après le déjeuner, une rencontre informelle entre harmonicistes était organisée, comme par hasard, dans un bar. J'ai décidé de ne pas y aller et de profiter de ce créneau pour récupérer une petite heure de sommeil, afin d'être en forme pour le cours d'harmonica pour enfants que je donnais à 4 heures. Robert a pris l'évènement en charge, et les échos que j'en ai eus furent très positifs. Apparemment, il a même réussi à faire jouer un shuffle carré au guitariste du groupe de jazz, ce qui n'était pas une petite prouesse !

Je réussis tout juste à me réveiller pour l'heure dite, et découvris, un peu déçu, que seuls trois enfants s'étaient présentés pour le cours. Mais en fait, ce n'était peut-être pas plus mal, ça m'a permis de tester quelques idées avec les enfants sans avoir à gérer dix garnements jouant de concert. A chacun, j'ai donné un harmonica en plastique coloré, et je leur ai appris en 5 minutes les bases, à savoir comment tenir l'harmonica, et l'objectif de souffler et aspirer dans un seul trou. Ensuite, je leur ai demandé quelles chansons ils voulaient jouer, et nous avons écrit au tableau dans quels trous il fallait souffler ou aspirer pour la jouer. J'avais demandé que les enfants participants sachent au moins lire les chiffres et compter, et je m'étais équipé d'un marqueur rouge et d'un marquer bleu. Je leur ai dit que le rouge c'était la couleur de l'intérieur de la bouche, donc que ça voulait dire aspirer, et que le bleu c'était la couleur de l'air et du ciel, donc que ça voulait dire souffler. Ensuite, ils ont essayé de jouer les morceaux, et je leur donnais des conseils au fur et à mesure. Ils ont eu l'air de bien s'amuser, malgré leur difficulté à jouer des notes uniques. C'est rafraîchissant pour un prof d'avoir des élèves qui n'ont pas d'inhibitions ni de honte d'être entendus. Les enfants auraient plutôt tendance à en faire trop que pas assez !

Pour finir ce cours d'une heure, je leur ai montré comment imiter la locomotive à vapeur, la sirène de police, l'ambulance et le sifflet du paquebot entrant dans le port. Inutile de vous dire qu'ils ont adoré ! Je les ai aussi laissé essayer l'harmonica basse que je trimbalais dans mon sac à dos, et ils ont tous les trois essayé pendant 10 minutes d'en sortir la moindre note. A la fin du cours, une des gamines de 8 ans m'a demandé quand était le prochain cours, ce que j'ai pris pour un compliment. J'étais finalement très content de mon après-midi !

Après un apéritif et un bon repas (vous ai-je dit que St Aignan garantissait la bonne bouffe et l'excellent pinard ?), j'ai retrouvé David et Thomas qui avaient passé leur après-midi en visites touristiques de la ville, du château XVème siècle à la crypte peinte de l'Eglise. C'est vrai que St Aignan est une ville qui a vraiment de la gueule. Si vous voulez voir quelques photos, il y a en a sur le site de l'office de tourisme : http://perso.wanadoo.fr/ot.st-aignan-sur-cher/

Puis, ce fut l'heure des concerts de la soirée de clôture, à savoir Michel Herblin, suivi de Jean-Jacques Milteau. Cette nuit-là, la salle était pleine à craquer, au point même que certaines personnes qui étaient venues n'ont pas pu rentrer. Michel Herblin est monté sur scène, accompagné d'un batteur qui jouait occasionnellement du piano, d'un pianiste qui jouait occasionnellement de la guitare, et d'un accordéoniste étonnant. Le concert devait originellement se faire avec également un contrebassiste qui n'est finalement pas venu pour cause de contrat plus lucratif. Pas très correct, mais le pianiste plein de ressources avait amené un petit clavier et un module avec lequel il jouait les basses. C'était sans doute moins joli que de la vraie contrebasse, mais pas du tout gênant. Le son d'harmo d'Herblin était, comme toujours, assez extraordinaire, bien que, pour dire vrai, la sono n'en aie pas restitué toutes les nuances.

Michel Herblin Le répertoire de la soirée était essentiellement constitué de ses propres morceaux, ses 'décompositions personnelles', comme il les appelle. D'un extérieur cynique, Herblin est en fait un romantique pur jus quand il s'agit de musique, et les morceaux interprétés reflétaient cet état de fait. Des quelques concerts de lui qu'il m'a été donné de voir, celui-ci était à la fois le plus accessible pour le public, et le plus intéressant musicalement. A part un ou deux morceaux un peu trop mielleux à mon goût, ce fut un bon équilibre entre pièces lentes et compositions enjouées. Les improvisations de l'accordéoniste et certaines harmonies mélodiques accordéon-harmonica étaient vraiment sympa à écouter, j'espère qu'Herblin parviendra à garder ce jeune prodige du piano à bretelles dans son équipe. Ca fait maintenant un bail que tous ceux qui le connaissent attendent qu'Herblin sorte enfin un disque digne de ce nom avec ses nombreuses nouvelles compos, mais Dieu seul sait quand il verra le jour.

Après la pause, les têtes d'affiche montèrent sur la scène en les personnes de Jean-Jacques Milteau et Manu Galvin. Jean-Jacques est considéré comme le pape de l'harmonica diatonique en France, et je l'ai vu maintes fois en concert, dans diverses configurations musicales. De ce fait, je n'attendais pas forcément grand-chose de ce concert. J'avais tort.

Jean-Jacques Milteau D'abord, la claque collective se prit au niveau du son. Je ne crois pas avoir jamais entendu un son d'harmo si clair, si profond, si remuant. Jean-Jacques n'y est évidemment pas pour rien, cette recherche de sonorité se fait sentir à travers ses derniers albums, mais l'ingénieur du son a de toute évidence fait un boulot exceptionnel pour capturer ce son et le restituer au public dans toute sa splendeur.

Le répertoire de Milteau, particulièrement lorsqu'il joue en duo avec Manu, est un mélange de morceaux essentiellement instrumentaux, d'influences et de traditions musicales diverses. Ce sont essentiellement des musiques accessibles, et pourraient être considérées comme 'faciles' si elles ne portaient cette incroyable présence et une musicalité sans faille. Je ne m'attendais vraiment pas à faire plus qu'apprécier le concert, mais par moments je me suis retrouvé la gorge nouée, réellement ému. Les accompagnements de Manu étaient aussi musicaux et pleins de goûts que d'habitude, et ses propres soli sur des morceaux comme Mercy, mercy, mercy ou Sowetho ne manquèrent pas de stupéfaire le public, en particulier les guitaristes. Je me rends compte que tout cela semble largement exagéré et dithyrambique, mais ce samedi soir-là, j'ai senti, pour la première fois depuis quelques années sans doute, que Milteau méritait vraiment la considération dont il jouit. Ce n'est pas qu'une exagération de fan. Ce soir-là, Milteau était réellement le pape de l'harmonica.

Jean-Jacques Milteau et Manu Galvin

Et c'est sur cette note superbe que le festival prit fin. Enfin, pas vraiment : il y eut encore une jam session à laquelle je ne suis pas resté pour cause de route tôt le lendemain, histoire de voir quand même un peu ma femme et mes enfants. C'était frustrant de rater tous ces after, mais en même temps les trois jours de festival m'avaient tellement épuisé qu'à la seconde où ma tête toucha l'oreiller, j'étais endormi. Le lendemain matin, j'ai fait le retour accompagné de Thomas et de David. Thomas nous a fait écouter le 5-titres de son groupe jazz-world qui va bientôt sortir. Je ne fais pas que penser qu'on va encore entendre parler de lui : je le sais !

Ben

date: 28 mai 2004
de: Pierrot Mercier

Commençons par le jeudi soir, si vous le voulez bien [avons-nous le choix, au fait ?]

Comment dire ? Une soirée pour spécialistes, en tout cas d'un abord assez difficile pour les spectateurs non familiers des musiques de Thierry Crommen et de Brendan Power. Le trio belge, surtout, qui ne présentait pratiquement que des compositions de l'harmoniciste (et une d'Erno, le pianiste) a essayé de nous entraîner dans son univers bien particulier. Il était parfois difficile de le suivre, fautes de repères. De beaux climats, certes, mais un ensemble assez froid. Jazzy quand cela arrive à capter l'attention, jazzeux quand elle se relâche et qu'on tombe dans la technique qui paraît gratuite parce qu'on n’arrive pas à la comprendre. Un peu comme la peinture abstraite, si vous voulez : quand on aime, on ne cherche pas à savoir pourquoi, quand on n'aime pas on reste perplexe devant les intentions de l'auteur.

J'en parlais à l'entracte avec Xavier Laune (oui, celui de Mojo Band) : ce qui nous manque ici c'est l'émotion. Déjà, la virtuosité de l'instrumentiste est telle qu'on ne perçoit pas l'effort. J'imagine que Xavier, comme Benoît et les autres harmonicistes de talent présents, peuvent apprécier la qualité de ce travail en connaissance de cause. Mais je pense que le public moyen (moi, en tout cas ; vous, je ne sais pas où vous voulez vous placer ;-) ne peut pas être bluffé. Il peut juste ressentir de temps en temps un certain plaisir d'écoute, grâce à la qualité des arrangements, des motifs rythmiques mais il a beaucoup de mal à partager. Finalement, le plus émouvant des trois, vu de chez nous, était l'excellent guitariste (Chris de Pauw) avec un jeu d'une incroyable variété - tout en acoustique pourtant - et offrant une assise rythmique sans faille à ses deux complices.

Brendan Plus abordable et plus festive fut la deuxième partie. Pourtant, la présence sur scène de Brendan Power et de Michael Lempelius (bouzouki) était pratiquement inexistante : les deux restent imperturbablement assis d'un bout à l'autre du concert, Michael regardant ses doigts et Brendan regardant Michael. Et bien, malgré cette austérité, qui devrait ici plus à la musique classique encore qu'au jazz décrié ci-dessus, on se laisse rapidement prendre au piège. Il est vrai que les thèmes, sans nous être toujours familiers, ont un je ne sais quoi de connu qui éveille quelque chose en nous. Le répertoire est folklorique, essentiellement celtique (pour simplifier) et les Saxons, ayant fini depuis assez longtemps d'étriller les Normands, les Gallois les Ecossais, et les Anglais tous les autres, je ne distinguerai pas plus précisément ce qui fut plus irlandais que gaélique. D'ailleurs, parfois, ce fut complètement exotique (et plus encore) avec des excursions slaves ou levantines, et même carrément chinoises (grand moment, ça).

Tout ça présenté avec bonhomie par un Brendan Power qui cache, sous un physique rondouillard, des trésors de malice.

Vous avez compris : j'ai aimé. Et pourtant, ce n'était pas du Blues ... [1]

Parce que le Blues, le vrai c'était le vendredi !

*
* *

Après cette première soirée qui finalement avait tenu ses promesses (car fort justement annoncée "Jazz et musiques celtiques"), il était donc temps d'atteindre l'objectif fixé dès le départ par la cohorte greenwoodienne : le concert du vendredi titré "Blues et sensations électriques".

Et des sensations, il y en eut, et électriques ô combien !

La soirée démarra pourtant assez doucement, avec pas mal de retard, peut-être pour attendre un complément de spectateurs ? Curieusement, alors que la salle avait été fort honorablement remplie le premier soir, malgré un programme difficile (je n'insiste pas : je constate), le public semblait devoir négliger la deuxième jour. La suite devait confirmer notre premier pressentiment : beaucoup s'étaient réservés pour accueillir la vedette, c'est à dire Jean-Jacques Milteau.

Dommage pour eux et dommage surtout pour les deux formations de ce soir mémorable.

Attention : je trouve cela parfaitement compréhensible et je pense que Chris"top"he Minier, même s'il a pu être déçu par la (relative) désaffection du public le vendredi, a dû être drôlement satisfait et rassuré, pour la pérennité de son festival, par le succès éclatant du lendemain.

Revenons à nos moutons (si je puis dire car la métaphore est hasardeuse ;-) avec l'entrée en scène de Vincent Bucher et Papa Gombo. Et quelle entrée ! Personnellement, je ne le connaissais qu'à travers ses enregistrements avec Tao Ravao et, si je pensais avoir affaire à un harmoniciste spectaculaire, j'étais loin de m'attendre à découvrir un superbe chanteur. Avec, ce qui ne gâte rien, un look de rocker et une gestuelle assortie. Dégaine de cow-boy avec sa chemise noire et sa cartouchière au coté : il a une sacrée présence !

Vincent Bucher

Le répertoire fut énergique, plus facilement Soul ou Rhythm & Blues que Blues, à mon avis (N.B. : si je me trompe parfois en collant des étiquettes, c'est que je ne trouve pas mes repères mais… euh, Sam Cooke, quand même, on est d'accord ?-)

Si je n'imagine pas Vincent Bucher chantant Hoochie-Coochie Man, je reconnais que les titres qu'il propose lui conviennent parfaitement. D'ailleurs, quand on est chez Stax, à Memphis mais qu'on s'éloigne un peu de la Soul pour se rapprocher du Blues, et même tomber dedans, on pense à qui ?
-euh... Albert King !?
-Merci !!
[attention : pirouette !-)]
... Justement, voici qu'arriva sur nos épaules son Angel of Mercy. Ah, le grand moment ! L'instant où un concert bascule, j'adore ça, j'en arriverais presque à déguster trois quatre morceaux en hors d’œuvre, mais en chipotant dessus, oui, c'est sympa, ça bouge, ça groove mais ce n'est pas encore Ça… [2]

Il convient d'associer à cet instant miraculeux l'excellent Jérémie Tepper à la guitare (d'une attitude un peu réservée, pour ne pas dire timide, alors qu'il est plus que brillant et inventif dans son jeu - mais ce retrait met d'autant plus en évidence son leader).

Dès lors, c'était gagné et la démonstration faite : Vincent Bucher est un virtuose, certes, mais il sait se servir de son talent pour galvaniser son auditoire et l'emmener loin.

Tellement loin d'ailleurs que le dernier morceau du concert fut un retour aux sources réunionnaises de l'harmoniciste. Il avait bien raison de s'offrir ce petit plaisir et de le partager avec nous.

J'allais oublier, avant que nous nous ébouillantions avec le café et pendant qu'on aérait la salle avant que Scratch My Back n'en prenne possession à son tour, de citer les autres composantes de cet épicé Gombo : Marty Vickers à la batterie et Chris"top"he Garreau à la basse pour assurer une assise rythmique en béton. [3]

Scratch My Back Après la prestation torride de Vincent Bucher, l'ambiance était à peine retombée quand Scratch My Back entra en scène.

Comme s'ils voulaient ignorer l'énergie accumulée dans la salle par la première partie, ils ne démarrèrent pas sur les chapeaux de roues mais, au contraire, se mirent en train tranquillement sur un tempo médium. Etait-ce une façon de marquer nettement leur présence, histoire de montrer qu'à partir de cet instant il allait se passer des choses différentes ? En tout cas, cette cassure de rythme fut la bienvenue et donna une nouvelle respiration au concert. Le morceau se développait progressivement et cette retenue volontaire fit immédiatement son effet. Rien de paradoxal là-dedans, simplement la constatation, en quelques mesures, qu'on avait affaire à des gens sérieux.

Il est possible que je prête à Kevin Doublé et à ses acolytes des intentions calculatrices à tort, mais je les voyais pour la troisième fois, et j'étais de nouveau bluffé.

La formation était d'ailleurs différente ce soir puisque réduite au strict minimum sans lequel Scratch ne serait pas lui-même. Kevin Doublé, au chant et à l'harmonica, était clairement le leader mais de façon plus constructive que Vincent Bucher précédemment. Il y avait eu tout à l'heure de longues phrases de l'harmoniciste avec quelques places convenues pour les interventions du guitariste (ce qui n'empêche de penser le plus grand bien de l'un comme de l'autre). Maintenant, nous assistions à de véritables échanges.

Julien Broissand était particulièrement en forme et, si j'ai pu précédemment trouver qu'il manquait de charisme, tant son attitude était retenue, je me régalais ce soir avec la conviction qu'il mettait dans son jeu, ô combien inventif - mais nous savons depuis longtemps que c'est un technicien prodigieux - et, surtout, d'une réelle présence. Voici encore une question que je me pose : est-ce que l'absence des cuivres et du clavier lui imposait de se mettre plus en valeur ? Sûrement un peu quelque part, et le fait de jouer en formation plus réduite doit être assez motivant, non ?

N'allez pas croire que le set fut moins construit pour autant. Je n'emploierai pas le mot professionnalisme car ce terme n'est pas forcément flatteur si vous pensez à la répétition de formules éprouvées [les récents messages échangés sur la liste à ce sujet se résumaient à cette constatation : la lassitude survient souvent lors des prestations de certains artistes confirmés]. Parlons donc plutôt de maturité, si vous le voulez bien, la complicité évidente du quatuor nantais en était la preuve.

Je cite de nouveau bien volontiers les noms d'Olivier Sueur à la batterie et de Miguel Hamoun à la basse qui, même s'ils eurent moins de liberté que les deux solistes, car ils leur assurèrent un soutien sans faille, partagèrent avec eux la même complicité.

Ce qui m'impressionne aussi chez les Scratch, c'est leur sens de la dynamique qui est vraiment la marque des plus grands. Passer dans un même morceau de l'énergie maximale au quasi-silence, arriver surtout à l'imposer, à le faire suivre par le public, à le faire respirer, lui faire battre le cœur à la même cadence, à le faire entrer dans le groupe pour l’accompagner ensuite, quel talent ! Un bref instant, Julien a même joué sans ampli pour accompagner Kevin qui s'était éloigné du micro. On pouvait l'entendre aussi distinctement qu'avec son Fender, tellement la salle était fascinée...

Vers la fin du set, Josh Miller vint rejoindre le groupe. Nous l'avions déjà vu lors du Tremplin Blues sur Seine 2002 (La Gazette No 48, tome 4) où il remplaçait au pied levé le guitariste de l'époque (sauf erreur, Julien était parti aux Etats-Unis et donc Anthony Stelmaszack n'était pas disponible). Je ne l'avais pas trouvé très à l'aise à l'époque, manquant évidemment de repères. Ici, ce fut différent puisqu'il était l'invité et qu’il allait pouvoir exprimer son propre talent. Chanteur honnête, sans plus, peu puissant (n'ayant en tout cas pas le coffre correspondant à son gabarit !-) mais guitariste énergique, arrachant les notes de sa demi-caisse - certains auront trouvé son jeu un peu fruste (évidemment, si vous le comparez au ciselé de Julien, ce n'est pas équitable, franchement !). Moi, j'ai bien aimé. J'étais monté au balcon pour faire quelques photos d'ambiance (en fait de là-haut, on ne voit que la scène ;-)) quand il a attaqué un solo de slide rugueux de chez rugueux et j'ai pensé : Muddy ? Muddy !!!! [si si, Romain, je te le jure] Ah waouh, ce que j'ai aimé cet instant ! Quel son !

Tout a une fin, malheureusement, mais je crois que nous avions déjà dépassé largement l'heure autorisée avant même les rappels, n'est-ce pas Chris"top"he ? En tout cas, que du bonheur ! Ah, quelle soirée !

Pierrot

[1 y’en a avait, mais un peu comme la betterave dans le tord-boyau : "y en a aussi #-!]
[2 je dis bien : majuscule au ç, typo stp :-)]
[3 tellement béton d'ailleurs qu'il faudrait, cher M Minier, louer si possible un modèle d'ampli un peu moins ... brutal - je crois me souvenir que celui de l'an dernier était du même calibre et c'est décidément un peu trop puissant pour la salle des fêtes de Saint-Aignan. M’enfin, il y avait marqué 'sensations électriques' ;-))]

date: 23 mai 2004
de: Jocelyne Lagarde

720 kms dans ce WE de l'Ascension pour aller écouter les harmonicas de partout, concentrés à St Aignan sur Cher, non je ne regrette rien oh non....

Je ne vous parlerai que du Samedi 22 mai, peut être la soirée la moins blues du week-end, mais beaucoup de bonnes choses à raconter.

Oh, je ne peux résister à cette petite anecdote qui s'est produite le vendredi en fait : non loin de nous il y avait un couple agé qui écoutait Vincent Bucher et Papa Combo. Le papy trés attentif, emmagasinait des photos numériques, il semblait heureux d'étre là. Sa dame, un peu moins ; elle voulait absolument partir "je veux rentrer chez moi, j'ai quand méme le droit de vouloir rentrer chez moi quand même"..., et de répéter inlassablement sa litanie pour décider le grand père à quitter la salle… Quand Vincent Bucher a demandé au public si on était bien, si cela nous plaisait, elle a exprimé avec force un "NON" trés net, et le papy imperturbable continuait à vivre le blues de l'intérieur, et il fallait vraiment qu'il le vive de l'intérieur pour ne pas être géné par les jérémiades lancinantes de sa dame. Malheureusement, au bout d'une demi-heure elle a eu gain de cause...
La soirée des légendes vivantes : un Michel Herblin et la famille Ponthier, à l'aise, dans ses compositions personnelles. Nous avons eu affaire à du trés bon musette, un accordéonniste hors pair, fort applaudi, M Herblin excelle dans ses compos romantiques et proches de musiques de film, et si on ne cherche pas le blues, c'est trés agréable, dommage qu'il soit si imbu de lui méme, vraiment dommage… Il termine par son fameux "Voice" que l'on peut entendre sur le trés bon album crée par Jean Jacques Milteau sur l'Harmonica en 2002 "22 Inspiration", album où notre ami Benoît Felten est remercié par JJ Milteau pour, je cite, "son activisme international en faveur de l'harmonica".

Puis arrive Milteau sans barbe, rajeuni, Manu Galvin à ses cotés.

Et là, au niveau professionnalisme, c'est vraiment la claque, c'est littéralement magnifique, pas trop blues non plus, mais bon, on le sait pour Milteau, il touche à tout, mais il ne fait que dans la soie et le velours, et le velours, c'est vraiment le qualificatif que l'on peut utiliser aussi pour la voix de Manu Galvin. Le répertoire passe de Fleur de Jasmin à la musique celtique, puis c'est la musique des espaces américains, c'est l'aventure au bout des lévres et des doigts.

Merci Chris"top"he, merci Benoît pour tous ces instants.

Jo

 

retour haut de page



Europa Blues

date: 6 juillet 2004
de: Jocelyn Richez <jocelyn.richez@wanadoo.fr>
(photos de l'auteur)
J'ai assisté à la première édition du festival Europa Blues, un projet original et ambitieux permettant de découvrir durant 4 jours des groupes européens de sept nationalités différentes. Un nouveau concept qui montre qu'il y a beaucoup de talents aussi de ce côté-ci de l'Atlantique et que l'on peut organiser un beau festival de blues sans groupe américain. Ce festival fut imaginé et organisé par la très active association nantaise Blues Qui Roule avec toujours les mêmes principes, un cadre agréable (le port du Pouliguen), une ambiance de vacances, des concerts gratuits, une programmation éclectique, le but étant d'aller chercher les gens là où ils sont et de faire écouter du blues dans toute sa diversité à un public le plus large possible.

Et une fois encore, grâce à une programmation variée et équilibrée proposant diverses facettes du blues et surtout des groupes talentueux, grâce au travail remarquable des techniciens et de quelques bénévoles, malgré les plaintes de quelques grincheux du voisinage, cette première édition fut un succès avec quelques belles découvertes et confirmations, l'accueil chaleureux et enthousiaste du public ne laissant aucun doute à ce sujet.

Les contraintes de mon agenda ne m'ont malheureusement pas permis d'assister à l'intégralité du festival. N'étant présent que le vendredi et le samedi, j'ai raté les prestations de Dana Gillespie et JB Boogie jeudi à La Baule et celles des Bluetones et de Mister Boogie Woogie, le dimanche au Pouliguen.

CadiJo (photo Jocelyn Richez) Arrivé vendredi dans l'après midi, j'ai eu tout juste le temps de déguster une gaufre au chocolat avant que ne débute le premier concert du jour, non pas sur la grande scène mais sur une scène annexe située à une centaine de mètres environ de la principale. C'était l'occasion de découvrir la nouvelle formation de CadiJo (avec Fred PG et Chris"top"he Coletta aux guitares et Lionel Guarrigue à la contrebasse) mais aussi ses nouveaux morceaux, quelques jours avant la sortie de son nouveau CD, un CD qui devrait en surprendre plus d'un : sa musique sort des sentiers battus, elle devrait plaire bien sûr aux fans de blues mais aussi aux amateurs de swing manouche. Ceux qui ont aimé le dernier CD de Zeb Heintz devraient aimer celui- ci. C'est bien agréable d'écouter cette musique, attablé à la terrasse du café restaurant "Le Grand Bleu", en cette fin d'après-midi, en sirotant un verre sous un soleil voilé. J'ai particulièrement apprécié le jeu de guitare de Fred PG, habituel guitariste de Dana Gillespie et compagnon de route de Julien Brunetaud avec Whammer Jammer, Big Joe Turner et bien sûr Dana Gillespie.

Dago Red (photo Jocelyn Richez) Il est ensuite temps de rejoindre la grande scène pour le premier concert de cette grande soirée européenne présentée par René Malines que les amateurs de blues parisiens connaissent bien. Soyons honnêtes, je dois reconnaître que le premier groupe Dago Red m'était complètement inconnu. Mais quelle bonne découverte !

Composé de Giuseppe Mascitelli (guitare et chant), Marco Pellegrini (harmonica, guitare et chant), Nicola Palanza (lead guitare) et Renato Gatton (contrebasse), c'est un groupe italien acoustique, sans batterie, de grande qualité instrumentale et vocale; jouant un répertoire varié de standards allant de JJ Cale (Call Me The Breeze) à Muddy Waters (Mojo Working). Le seul reproche que je leur ferais est de négliger l'aspect visuel, le look, le show. Mais néanmoins, la soirée était bien lancée !

Awek  (photo Jocelyn Richez) C'est le trio Toulousain Awek (Bernard Sellam à la guitare et au chant, Olivier Trebel à la batterie, Joel Ferron à la basse) qui montait ensuite sur scène, avec un Bernard Sellam plus grimaçant que jamais mais, malheureusement, sans l'harmoniciste qui était initialement prévu en invité (non ce n'était pas Youssef Remadna qui joue sur le CD mais un harmoniciste Toulousain). Finalement, CadiJo est venu jouer de l'harmonica avec Awek. Ils ont joué leur répertoire personnel basé sur leur dernier CD (Don't Do It, He's Fat, My Lil' Sister, Voodoo Man, ...) ainsi qu'une version très speed de Mojo Working.

Ernesto Zvar (photo Jocelyn Richez) Pour clôturer cette soirée, c'est Harmony Two Tones qui était programmé. Si c'était la première programmation dans un festival français pour ce groupe belge qui nous vient du Limbourg, à la frontière Néerlandaise, les musiciens sont loin d'être des inconnus. Et pour cause, la plupart d'entre eux jouent avec Marc Thijs dans le groupe belge Tee. Leur musique éclectique est résolument ancrée dans les années 50. Ils ont commencé par des morceaux bien roots (des reprise de Jerry McCain et de Jimmy Reed) avec juste Renaud Lesire à l'harmonica et au Renaud Lesire (photo Jocelyn Richez) chant et Ernesto Zvar à la guitare et à la batterie (en même temps). Le reste du groupe (Maurice Coumans à la guitare, Franky Coumans à la batterie, Donné Lafontaine à la contrebasse et enfin, Jan Bockaerts au saxo) est apparu progressivement. Il y a eu comme une progression dans ce concert, une sorte de montée en puissance permanente pour finir par des morceaux swingants sur des rythmes endiablés où j'ai particulièrement apprécié le jeu de guitare de Ernesto Zvar; quel dommage qu'avec Tee, il joue de l'orgue, c'est vraiment du gâchis ! Idem pour le chanteur harmoniciste qui avec Tee joue de la basse ! Même Maurice Coumans, qui avait été discret durant tout le concert à la guitare rythmique s'est déchaîné avec un super solo lors du dernier titre. Encore une excellente découverte, un groupe à revoir !

Stincky Lou and the Goon Mat (photo Jocelyn Richez) Si la pluie a eu le bon goût d'attendre la fin des concerts de vendredi pour commencer à tomber, elle a néanmoins endommagé la sono de la petite scène contraignant Stinky Lou & the Goon Mat et leur invité, Lord Benardo, à être déplacés de la petite à la grande scène. Mais finalement, on y a plutôt gagné au change ! Comme à leur habitude, nos trois compères ont joué un blues mississippien rustique et dynamique mêlant compositions personnelles et reprises. Ils ont joué essentiellement des boogies, histoire de faire bouger le public et ça a bien fonctionné, notamment avec les enfants. Le groupe tourne beaucoup et est vraiment bien rodé, d'autant plus que ces trois-là font preuve d'une complicité incomparable. Le public a, semble-t-il, apprécié leur originalité, le son particulier de la contrebassine de Laurent Goosens alias Stinky Lou. Après deux démos, on attend maintenant avec impatience le futur CD de ce groupe franco-belge qui devrait sortir chez vos disquaires d'ici la fin de l'année; patience, patience !!!

Big Mama (photo Jocelyn Richez) Le groupe suivant est un duo catalan (originaire de Barcelone) que l'on avait découvert lors du festival Blues sur Seine: Big Mama (guitare acoustique et chant) & Joan Pau Cumellas (harmonica). Leur musique est une fusion de plusieurs styles où le blues est bien sûr dominant mais où il cohabite avec country, folk, gospel. Leur répertoire est éclectique, fait de grands standards bien interprétés. Joan Pau Cumellas est un harmoniciste virtuose à la technique impressionnante très inspiré par Charlie Mac Coy; j'adore son jeu, même s'il est généralement plus country que blues. Big Mama (avec sa guitare verte !) est un personnage sympathique qui communique beaucoup avec le public (et en français !) et ça fonctionne bien: les deux Catalans ont obtenu un gros succès mérité et je serais prêt à parier qu'ils auront aussi beaucoup de succès à Cognac. C'est finalement réjouissant de voir que le blues acoustique puisse remporter un tel succès.

Champagne Charlie (photo Jocelyn Richez) Le groupe suivant est une formation qui vient des Pays-Bas: Champagne Charlie. Leur style est assez éclectique, ils jouent de la musique américaine au sens large, du blues, de la country avec une grosse influence louisianaise mais aussi une instrumentation originale (lap steel, rubboard, petite guitare). Joan Pau Cumellas est venu les rejoindre sur scène avec ses harmonicas. Si ces Hollandais ne manquent pas de qualités, ce n'est personnellement pas le groupe que j'ai préféré.

BB & the Blues Shacks (photo Jocelyn Richez) Et c'est le groupe allemand BB & The Blues Shacks qui avait l'honneur de conclure la soirée. Malgré l'heure déjà très tardive, ils ont pleinement justifié leur réputation de meilleur groupe européen avec des frères Arlt (Michael à l'harmo, Andreas à la guitare) au sommet de leur art. Andreas Arlt, en particulier, a un son de guitare fabuleux, notamment dans les basses. Ils ont joué quelques morceaux roots comme Bye Bye Bird, de Sonny Boy Williamson mais aussi des morceaux swinguants comme Cool Drinks qui ouvre leur dernier CD. Ils ont remporté un triomphe mérité ! Au final, Michael Arlt s'est même permis de réaliser un poirier (comme Jimmy Boyskill au Bay-Car) ! Ce concert a atteint une intensité incroyable, avec un public qui répondait au quart de tour, en parfaite communion avec le groupe allemand. Un grand moment, pour moi, le sommet du festival, en tout cas, des deux jours auxquels j'ai assisté. Car malheureusement, j'ai dû reprendre la route dimanche midi, ratant les concerts des Bluetones et de Mister Boogie Woogie.

Au final, je garde un excellent souvenir de ce festival au concept nouveau. Je regrette juste qu'aucun des groupes présents n'ait chanté dans sa langue. Eh oui, ils ont tous chanté en anglais...




date: 6 juillet 2004
de: René Malines <rene.malines@free.fr>

Quelques lignes pour compléter le compte-rendu de Jocelyn :

Big Mama et René Malines (photo Jocelyn Richez) D'abord le "off", les coulisses.
La radio AlterNantes s'est déplacée pour l'occasion et, miracle de la technique, a permis à ceux qui n'ont pu faire le déplacement de suivre les concerts en direct sur les ondes, ainsi que sur leur site Internet et sur celui de Blues Qui Roule. Excellente initiative que cette association de talents entre les deux structures bénévoles. En plus des concerts, AlterNantes aura permis aux auditeurs de mieux connaître certains des artistes présents à l'occasion d'interviews en live, ainsi que des rencontres avec des intervenants tels Marc Loison (un garçon qui semble avoir déjà une certaine expérience en radio;) [NDLR: Marc étant animateur de Sweet Home Chicago sur Radio 666], Jean-Pierre Lambert, Pouliguennais d'adoption qui eut son heure de gloire en tenant la basse dans Magma, après Francis Moze et avant l'arrivée de Yannick "top", Alain Leclerc (alias Harmo) et votre serviteur, au titre de "spécialiste ès-blues" (ce qui en fera ricaner certains, et ils ont bien raison).

Et puis, le off du off, avec le chaleureux accueil réservé à tous les intervenants par le bar restaurant le Grand Bleu où se sont terminées toutes ces nuits sur la côte bretonne. On a peu dormi, mais on s'y est fait de nouveaux amis.

Une certaine finale de coupe d'Europe de football alliée à une pluie persistante nous ont un moment fait craindre la défection du public sur le dernier jour, mais c'était compter sans le regard bienveillant que semblent poser je ne sais quels dieux du blues sur nos festivals estivaux. En effet, à peine la camionnette des Bluetones faisait-elle son apparition que le soleil reprenait ses droits. Et si les Normands ont commencé leur concert devant un public réduit, celui-ci n'a pas tardé à se multiplier, remplissant ainsi tous les sièges mis à la disposition de leurs bretons fessiers. L'arrivée d'un nouveau batteur au sein de la formation française s'est révélée convaincante, et l'on a pu noter de nouveaux progrès dans le jeu de Chris"top"he Becker, guitariste de plus en plus sûr de lui, de plus en plus inventif et, pour tout dire, de plus en plus étonnant. Magnifiquement soutenu par un Thomas Troussier au "tone" éblouissant, ils ont fait la joie du public, et même la bassiste du Mr Boogie Woogie, qui leur succédait, leur a demandé leur CD.

Mr. Boogie Woogie nous vient de Hollande. Creepers flamboyants aux pieds (ses chaussures de Teddy Boy représentent effectivement des flammes), veste assortie sur une chemise noire à jabots et pantalon noir, coiffé d'un chapeau noir également, il était accompagné d'une excellente bassiste et d'un batteur à la frappe autoritaire et sûre. Si la formation compte généralement un guitariste, ce dernier n'a pas pu faire le déplacement, pas plus que leur habituelle section de cuivres. Un détail que le trio nous a bien vite fait oublier. Passé les premiers titres où l'on sentait parfois l'absence d'un instrument supplémentaire, la virtuosité et l'énergie du Hollandais eurent tôt fait de mettre à bas toute résistance pour emporter un public particulièrement enthousiaste dans une sarabande de boogies, de swing et de rock & roll avec quelques blues et quelques titres neo orléanais pour la respiration. Mais le bonhomme est réellement étonnant. A croire qu'il a 10 doigts à chaque main ! Et quel humour musical, lui qui cite une courte histoire du piano à chaque break d'un boogie endiablé, passant de la musique classique au bastringue de cinéma muet pour mieux retrouver ensuite Professor Longhair et Fats Domino, le tout dans un même titre. Voilà un groupe qui a vendu pas mal de CDs après le concert ! Mais après leur interview radiophonique, ça y était, c'était déjà fini.

Trois jours de musique en bord de mer qui se dissipaient déjà dans la nuit Pouliguennaise, laissant malgré tout derrière eux des sourires béats, de belles rencontres, des têtes pleines d'étoiles en forme de beaux souvenirs. En attendant la prochaine édition, merci à Blues Qui Roule et à tous ses acteurs (4 en réalité sur cette édition, plus les coups de mains ponctuels de Bernard, Jocelyn, Marc et moi-même) et longue vie à Europa Blues ! Et vivement le compte rendu de Blues & Co dont le responsable, Arol Rouchon, avait fait le déplacement accompagné de sa sympathique épouse.

la belle équipe!


date: 27 juillet 2004
de: Marc Loison <marc.loison@wanadoo.fr>

Pour cette première édition de l'Europa Blues, organisée de main de maître par l'association Blues Qui Roule, le cadre agréable de la baie de La Baule a été retenu. C'est au pied du très classieux casino qu'un podium a été dressé à l'intention des quelque 300 spectateurs, résidents ou vacanciers, large majorité de néophytes. Devant ce parterre sage et attentif, la truculente chanteuse britannique Dana Gillespie est venue donner le meilleur d'elle-même, avec tout la générosité qui la caractérise. Je découvrais pour ma part ce talent pourtant déjà bien ancré dans la musique - ne chante-t-elle pas depuis ses 14 ans, vers 1963 ?... Julien Brunetaud,
Fabrice Bessouat
Europa Blues
Le Pouliguen, 1er juillet 2004
© Marc LoisonEn revanche, les musiciens qui l'accompagnaient, véritables fleurons du blues hexagonal, ne se sont déjà pas - malgré leur jeune âge - des inconnus. Le premier d'entre eux, le pianiste surdoué nourri aux sonorités d'Otis Spann, n'était en effet autre que notre Julien Brunetaud national ! A 22 ans à peine, déjà auréolé de multiples participations et collaborations (Nico Wayne Toussaint, Scratch my Back, Malted Milk, Mudzilla, Mister Tchang, etc.), Julien a dépassé le stade d'espoir français du piano. Une main gauche impressionnante de solidité et une main droite aérienne et virtuose se sont posées une heure trente durant sur un clavier Yamaha qui n'en revient pas encore d'un tel talent. Ses compagnons n'étaient pas en reste : de sa formation habituelle figuraient le bassiste Jeff Vincendeau, au jeu précis et limpide, ainsi que l'excellent Fabrice Bessouat à la batterie, officiant sans complexes sur un instrument minimaliste au possible : "grosse" caisse, caisse claire, charleston et deux cymbales. S'aidant uniquement de balais - qu'il tient parfois à l'envers, à l'ancienne, pour mieux faire sonner les cymbales - il a donné à l'ensemble toute la cohésion que nécessitait un répertoire classique mêlant blues, swing, jump et boogie. A la guitare, Fred PG nous a ravis de sa dextérité de gaucher toute fluide, faisant revivre T-Bone Walker ou B.B. King selon les ambiances variées de cette trop courte prestation. Sur une Strat sans âge, il nous a notamment comblés avec Ten ton blocks, pendant plus qu'évident de Thrill is gone. "10 tonnes de problèmes sur les épaules" dit la chanson, mais son interprétation fut si légère !... Fred PG
Europa Blues, Le Pouliguen, 1er juillet 2004
© Marc Loison

Adorant rependre des titres aux connotations sexuelles appuyées, Dana Gillespie nous a proposé King size papa, joyau de swing où les quatre cordes de Jeff sonnaient très "contrebasse". Les solos très jazz de Fred, déroulés tout en finesse, voyaient se succéder des notes détachées dans l'esprit de T. Bone : on attendait Wynonie Harris au chant ! Le boogie endiablé Ugly papa était dans le même ton côté lyrics : la meilleure façon pour une femme de garder son homme, c'est de le choisir laid (ugly), qu'il ait 20 ans ou 72 ans ! C'est avec un plaisir non dissimulé que la plantureuse Dana s'exprime au micro, avec sa voix profonde et chaude, dans un timbre coloré qui peut évoquer Bessie Smith comme... Janiva Magness. Appliqué et créatif, Julien s'explose littéralement au clavier, jouant entre un son de piano de base et des sonorités plus colorées, lorgnant même vers un orgue très sixties. Julien Brunetaud,
Dana Gillespie
Europa Blues, Le Pouliguen, 1er juillet 2004
© Marc Loison C'est pour un vieux morceau de 1915, une pièce "faite pour les bordels" (dixit Dana), qu'elle le rejoint pour un "trois mains" : Julien virevolte sur les aigus tandis que Dana assure à ses côtés les rythmiques sur les ivoires. La mère et le fils spirituels !

Dana Gillespie n'aime pas enchaîner les titres sans quelques phrases d'introduction, et c'est avec un sourire permanent qu'elle s'applique à nous informer de ce qu'elle va nous interpréter. Put my uncle down, un blues lent joué au fond du temps, nous permettra de savourer trois solos juteux de Fred, dans l'esprit et la lettre d'un B.B. King de la meilleure époque. Ce n'est qu'en fin de concert, pour le dernier quart d’heure, que le public se réveille enfin, stimulé par des battements de mains de Dana destinés à être repris par tous, et une partie du chant qu'on se fera un plaisir de reprendre en chœur. On se rapproche enfin de la petite scène, pour mieux goûter un dernier boogie ponctué d'un solo de basse très inspiré... en attendant les fatidiques 22h, signe que la fête est finie et que le calme relatif du remblais de La Baule peut reprendre tous ses droits. Voilà une ville où l'on ne badine pas avec la loi "anti-bruit" !... Alain 'Harmo' Leclerc, un président heureux
Europa Blues, Le Pouliguen, juillet 2004
photo Marc Loison

Dana Gillespie est une femme attachante, enjouée et dynamique, qui a le souci de l'entretien de son corps. Ne passe-t-elle pas quotidiennement 30 minutes dans un piscine, en dépit de son emploi du temps surbooké ?... Coincé ric-rac entre un concert à Singapour l'avant-veille et un autre chez elle en Angleterre le lendemain, ce passage éclair ne pouvait que ravir les sens. L'enthousiasme de cette femme de Musique, mais aussi de Théâtre et de Cinéma, est réellement communicatif. Dana est une entertainer d'excellent calibre, qui a en effet plus d'une corde à son arc. Loin de se cantonner au blues - qu'elle affectionne particulièrement - elle se dit notamment attirée par la musique traditionnelle indienne et paie de sa personne avec un passage par an à Bombay (500.000 spectateurs !) et la réalisation de déjà 9 CDs en langue sanskrit parmi les 37 albums de sa déjà longue carrière. Bouillonnante de projets et gourmande de vie, Dana est aussi une amie intime de David Bowie et de Bob Dylan avec qui elle ne compte plus ses collaborations. Les années 60 l'ont même vu partager la scène avec Jimmy Page et Eric Clapton, pour n'en citer que quelques un... excusez du peu !

Pour ce coup d'envoi d'Europa Blues, en pleine phase finale de la Coupe d'Europe de football, Blues Qui Roule pouvait difficilement davantage marquer les esprits...

Marc Loison

retour haut de page



Cognac Blues Passions 2004

date: 29 juillet 2004
de: Edouard "Metablues" Lombard <edouard.lombard@gazdefrance.com>
(photos à venir très bientôt!)

Et puis voilà, Blues Passions s'est terminé lundi au petit matin par un concert de Little Axe où la basse de Doug Wimbish a crevé quelques tympans. Si cette année encore Blues Passions a été remarquable sur la qualité et la diversité de la programmation, il y en a pour tous les goûts et pas que les miens, l'équipe de Metablues a ressenti pour la première fois un léger essoufflement dans l'enthousiasme des festivaliers et dans l'aspect festif de la manifestation.

Les années précédentes, les hostilités commençaient dès le mercredi soir au Globe ou au Kheops par des concerts endiablés.
Ce mercredi 2004, pas un chat, genre ambiance molle. Disparition du stand des jeunes producteurs (de Pineau et d'autres douceurs), point de ralliement obligatoire des Auvergnats et des Lorrains. Peu de sympathiques bœufs au camping avec guitare en bidons, peu de solos de trompette place François Ier à 3 heures du matin.
Et 50 personnes à tout casser au Blues des Anges (la salle de concerts de la nuit) le jeudi soir. Unbelievable ! Mais que se passe-t-il ? L'effet Clinton?

Avec onze années d'existence, le festival entre dans sa phase de maturité et termine, semble t-il, sa crise d'adolescence.
Le succès populaire connaît une hausse de 12% de fréquentation au 3ème jour par rapport à 2003. Les comptes sont équilibrés. On va pouvoir rembourser les excès du passé. Tant mieux. L'accueil est toujours aussi chaleureux; la preuve, l'auto-s"top" à Cognac, ça marche!
Et puis, la folie et l'enthousiasme sont revenus, certes un peu tardivement à notre goût, avec des Belges bien déjantés les Ugly Buggy Boys!!

Jeudi 22 juillet

Michael J. Browne

Le programme nous annonçait Kenny Brown? Ben non, c'est Michael J. Browne, petit monsieur tout timide qui s'excuse presque d'être là.
"Je ne suis pas Kenny Brown, je suis Michael J. Browne avec un E à la fin."
En solo au banjo, à la guitare ou au violon, pour un blues très roots, c'est très sympa.

Veronika Jackson

Guitariste chanteuse dans un style extrêmement folk et à mon sens un rien tristounet.
Je ne suis pas très réceptif.

Lurrie Bell & Keith Dunn

Impressionnant et excellent.
Impressionnant car ces deux-là sont de grosses bêtes techniquement et maîtrisent parfaitement leur instrument.
Excellent car ils sont bourrés de feeling et leur Chicago Blues acoustique est de très haut niveau.

Dr Feelgood

On est des fans de Feelgood. Et pour la dixième fois, ils ne nous ont pas déçus. C'est rare ça, non ?
Energie et conviction dans chaque morceau. C'est vrai que c'est fort, que ça fait boom boom et que ça envoie la sauce. C'est vrai aussi qu'il n'y a pas un seul membre de la formation originale et on s'en fout (même si on espérait la venue de Big Figure, le légendaire batteur résidant à 20 bornes de Cognac).
L'esprit Feelgood est bien vivant, entretenu par Steve Walwyn and co. Et Robert Kane, ancien chanteur des Animals (petit nouveau depuis 5 ans qui n'a que 700 concerts au compteur) est un digne successeur de Lee Brillaux.
On adore notre bon Dr.

George Clinton

N'étant pas très porté naturellement vers le Funk, je redoutais le concert de George Clinton et de toute la smala qui l'entoure.
Ils débarquent à Cognac à 50 (oui, oui cinquante gus) et sur scène, ils seront plus d'une trentaine (36 exactement). C'est le bordel complet mais totalement organisé. On attend 20 minutes George Clinton. Arrivée sans surprise, moumoute flamboyante et lunettes de ski.
5, 7 voire 10 chanteurs en même temps; ça entre, ça sort de scène; ça se désape, ça se pavane; dans tous les cas, les corps ondulent. Les morceaux durent ¼ d'heure pour le plus court. C'est Funk!
Bon pas de soucis, je n'ai pas aimé mais les inconditionnels ont été comblés par 2h30 de concert. Et encore, il a fallu le virer de scène car il était chaud pour continuer jusqu'à 3 plombes et demi.
On se doit de dire un mot sur la désaffection de plus de 50% du public pendant ce concert. Ce fut un flot continu direction la sortie avec remarques peu amènes pour la direction du festival. Il n'a pas vraiment fait l'unanimité, le Georges.
Pas grave ! Keep on Michel, même si je n'ai tenu que 30 minutes.

Big Dez

Sorti avant la fin de Georges Clinton (c'était pas très dur), j'ai pu apprécier Big Dez, formation française de bon aloi.
Ils confirment tout le bien que nous pensions de leur album Sail on Blues. Big Dez, c'est pêchu et ça attaque.

Chicken Legs Weaver

Dans un Blues des Anges, vide à pleurer, on arrive à 5 personnes et le nombre de spectateurs fait un bond de 20%. La population se répartit alors comme suit : 50% de spectateurs et 50% de bénévoles. Sur cet ensemble, les buveurs de schtroumpfs écrasés représentent 33%.
Alors, combien y a t-il de buveurs d'Alizée, boisson bleue au goût de bubble gum et qui tape?
Le premier à répondre gagne son poids en nèfles cueillies après les premières gelées!
Et le groupe? Ah oui, c'est une formation anglaise jouant du punk-blues.
C'est aussi bon qu'un verre d'Alizée.

Vendredi 23 juillet

Raoul Ficel

Après un réveil pas encore trop difficile, on s'envoie une bonne salade au camping en passant du bon temps avec Raoul Ficel (parce que frites/sandwichs midi et soir pendant 4 jours, non merci. Je préfère un Paris-Brest). Thank you Raoul, ça annonçait une bonne journée.

Keith Dunn

Exercice difficile : il s'agit de jouer en solo à l'harmonica. C'est pas mince comme truc.
Battant la mesure avec ses talons sur l'estrade, Keith alterne légères phrases d'harmonica et chant. Et ça passe bien : il est fort, le bougre.

The Ugly Buggy Boys

Des belges avec un nom à coucher dehors.
Si chaque année, le festival apporte son lot de révélations (on pense à Richard Johnston ou Dawn Tyler Watson), je décernerai bien volontiers ce prix aux Ugly Buggy Boys. Ce trio déjanté a un look de bons vieux fermiers de l'Oregon (ou de la Beauce), salopettes, chapeaux de paille et tétines en guise de boutonnières!
La musique électro-acoustique est résolument joyeuse, faite pour se marrer avec le public.
Mélange de blues, de rockabilly et de hillbilly avec yodels caractéristiques et blagues qui fusent avec l'accent belge. Le tout avec swing et fraîcheur. Ca marche! Le public est conquis, nous aussi.
Cerise sur le gâteau, ils terminent le concert pas un Smoke on the water hilarant.
Tiens, l'an prochain, on descend à Cognac depuis Nancy en John Deere! Chiche !

Tony Joe White

Ce vieux bougon de Tony Joe. Paraît qu'il fait un concours avec JJ Cale pour savoir qui est le type le plus décontracté de la musique américaine. Je vous dis ça, c'est juste pour camper le bonhomme. Y'a pas de stress dans le swamp de Tony Joe. Ni dans sa voix, chaude, grave et sensuelle. C'est la première chose qui marque quand on écoute Tony Joe White.
Tout de noir vêtu et lunettes de soleil campées sur la tête, il n'est accompagné que par un batteur. Sa guitare se fait câline, stridente ou remplit tout l'espace sonore sur ces célèbres morceaux comme Polk Salad Annie, Lake Placid Blues ou Closer to the Truth. Cette musique et cette voix sont inimitables. On sait instantanément qui on écoute.
Tony Joe. Le gars qui joue sans se prendre la tête.
Je l'ai écouté tranquille, peinard, assis dans l'herbe pour reposer mes guiboles, décontract' quoi! et c'était bien.

Lurrie Bell & Deitra Farr

Le souvenir de Lurrie Bell en novembre 2003 au Sang A Klang de Luxembourg étant tellement fort et vivace que je l'attendais avec grande impatience en formation électrique. Et ce fut le premier point culminant de cette édition 2004.
Le concert a débuté avec Deitra Farr au chant et c'était parti pour deux heures de Chicago Blues. Elle est à la tête d'un groupe phénoménal composé de Kenny "Snoop Dog" Smith, batterie occupant la place de son père Willie "Big eye" Smith un an plus tôt, Vamp Samuels, le charmeur de ses dames, à la basse. Larry "local de l'étape" Skoller à la guitare et enfin Sidney James Wingfield au clavier, ancien de Luther Allison et de Son Seals. Ajoutons à cela Vincent Bucher à l'harmonica, pour dire que tout fut vraiment excellent.
Deitra Farr est particulièrement impliquée dans son chant et y met tout son caractère (que l'on sait bouillonnant depuis la conférence de presse. Elle n'a pas apprécié l'affiche du festival et l'a fait très vertement savoir). Et le meilleur était à venir avec Lurrie Bell.
Deitra cède la place, et Lurrie entame son set par Crosscut Saw, puis il éblouit toute l'assemblée par toute sa classe et son jeu de guitare si particulier. Certes, le répertoire ne brille pas par son originalité. Que des standards. Mais chaque interprétation est magnifique. Sa version de I'll play the Blues for you fut absolument sublime et prenait dans la bouche de Lurrie Bell tout son sens.
Keith Dunn viendra également pousser la chansonnette et jouer de l'harmonica. Puis, tout le monde, Deitra, Vincent Bucher, se retrouve sur scène pour les morceaux finaux. Somptueux.
Blues Passions. Ce concert l'était assurément.

Bluetones & co

La scène française fourmille de bons groupes! Que cela soit claironné haut et fort!
TuuuTuuTuTu!!!
Cette année encore, Rosebud Blue Sauce, Mr Tchang, Big Dez, Harp Sliders, Stincky Lou and The Goon Mat ont enflammé les bars et les scènes de Cognac. Mais la palme revient incontestablement aux Bluetones qui ont mis le feu au bar du marché.
Ca bouge, ça pulse, c'est vivant. Ca envoie, ça pousse mémé…
Chris"top"he Becker, sa Gretsch de droitier, ses grimaces, ses guys aux pompes bicolores!! Pfft, qu'est ce que c'est bien. Et pis, dire que quasiment tous les morceaux sont des originaux…

The Inmates

C'est tellement bien les Bluetones qu'on en raterait presque le début des Inmates. Nos taulards préférés sont là. Les poses Rock'N'Roll ont laissé place à une bonne vieille brioche pour Bill Hurley et Peter Gunn ressemble de plus en plus à Mark Knopfler.
Mais la musique, du rock soyons clair tout de suite, est toujours efficace. Ils jouent fort et bien. J'aime leurs riffs de guitare gras et "stoniens". The Heat of the Night est le titre d'un disque live enregistré au Plan. Chacun a pu le vérifier aux Blues des Anges qui, ce vendredi soir, était enfin rempli. Sur Some kinda of wondeful, Dirty Water ou The Walk, c'était vraiment chaud.

Samedi 24 juillet

Little Axe

Voilà un groupe atypique.
Sur scène, Skip McDonald, guitariste chanteur, Doug Wimbish, bassiste avec à ses pieds pas moins de 10 pédales d'effets, un batteur métronome et surtout 2 PC programmés pour servir des tonnes d'effets, de rythmiques ou de trucs bizarres.
Tout est traficoté, bricolé et passe par la moulinette numérique. Seule la batterie échappe à ce traitement. C'est un Blues déconstruit et restructuré par les machines que nous propose Little Axe. Avec un copieux volume sonore.
Sur la petite scène de l'Eden Blues, on avait l'habitude de voir des trucs tranquilles et acoustiques. C'est raté pour la routine. Mais je me laisse séduire par le coté hypnotique et tout à la fois percutant des morceaux. C'est plutôt pas mal.

Lurrie Bell

En solo au château. C'est une nouvelle fois le triomphe pour Lurrie Bell, aussi à l'aise en acoustique qu'en électrique.
Ce qui est également remarquable, c'est que l'homme renfrogné et taciturne que nous avions rencontré il y a 9 mois s'est complètement transformé. Lurrie est rigolard en permanence et son plaisir de jouer est évident.

Sharrie Williams & The Wiseguys

La tornade Sharrie Williams était attendue par de nombreux festivaliers. Les échos de ses prestations scéniques l'avaient précédée à Cognac.
Et la tornade Sharrie s'est abattue sur la foule consentante. Car le scénario est rodé.
Les Wiseguys débutent en solo, puis Sharrie Williams arrive pour 2 ou 3 titres Rock'n'Roll et rentre dedans avec son fameux Hard Drivin' Woman. Elle tape d'entrée de jeu.
Son jeu de scène charme le public et les morceaux plus intimistes font leur apparition. Sa seconde marque de fabrique est de faire monter la sauce crescendo sur les titres lents jusqu'à l'explosion finale. Avec Sharrie, tout passe à l'énergie.
Descente dans le public, vieille ficelle, mais ô combien efficace. Je me régale.
Séance de danses loufoques, vieille ficelle, mais ô combien efficace. Je me délecte.
D'aucuns lui reprochent son manque de finesse et le peu de subtilité des Wiseguys.
C'est exact mais prendre une bonne claque dans la gueule, c'est pour la circulation sanguine.

The Dixie Hummingbirds

Après l'énergique Sharrie Williams, les Dixie Hummingbirds ont fait un temps un peu pâle figure. D'autant qu'à l'inverse des Blind Boys of Alabama qui étaient accompagnés par Robert Randolph et son groupe, l'accompagnement est minimal.
Une guitare demi-caisse et une batterie. Mais leur gospel est simple et beau.
Les voix sont superbes. Les harmonies aussi. Le groupe existe depuis 1929, les premiers enregistrements datent de 1939. Ca calme un peu, non?
Les papys s'y entendent donc et me charment également mais d'une autre manière que Miss Williams. Pour finir, ils nous servent une chanson hommage au 11 septembre.
On est calmé.

Chilly Willy

La veille, on avait usé nos semelles au même endroit pour les Bluetones.. Sans démériter aucunement, ce groupe belge ne nous a pas marqués.

Kenny Brown et Dave Keyes

Longtemps accompagnateur de R.L. Burnside (ce dernier l'appelle son "fils adoptif"), Kenny Brown produit un blues rural du Mississipi brut de décoffrage.
Une batterie martèle un tempo binaire (on se croirait aux fonderies de Pont à Mousson) et le piano de Dave Keyes soutient l'ensemble.
Si on aime ce style, si cher au label Fat Possum, c'est dans la poche.
Moi, je me réfugie au bar pour y retrouver l'esprit d'équipe si cher à Metablues.

Dimanche 25 juillet

Sharrie Williams

En semi acoustique au château, elle est épaulée par son gratteux mais également Matthew Skoller à l'harmonica (en vacances chez son frangin). Elle débute par I'm ready! Tip "top".

Keith Dunn

On retrouve l'excellent Keith Dunn accompagné par l'un des meilleurs backing bands de Chicago Blues. Que dire de plus?
Kenny Smith est toujours impérial à la batterie. Vamp Samuels continue de faire des clins d'œil aux filles du premier rang. Larry Skoller tire de sa Gibson rouge des solos toujours justes et bien sentis. C'est de l'excellent Chicago Blues.

Eric Bibb & Friends

Le blues policé, bien pensant et internationaliste d'Eric Bibb me laisse froid.
La présence à ses cotés de Mamadou Diabaté ne me réchauffe guère.
Je sens que je viens encore de me faire des copains.

Howard Tate

En conférence de presse, étonnante et émouvante par ailleurs, Howard Tate nous a conté sa douloureuse expérience de la vie et nous a affirmé qu'il était tout simplement le meilleur.
Vérification sur scène quelques heures après.
Et ce fut grandiose. Un final en apothéose, le point d'orgue du festival. Il est venu avec une formation complète comportant pas moins de 4 cuivres. C'est donc du velours.
Comme sa voix avec son falsetto si caractéristique.
J'avoue ne pas connaître les anciennes faces d'Howard Tate. En revanche, je connais bien les titres tirés de son dernier album Rediscovered (que j'use en écrivant ces lignes, tiens). De toute manière, tout est bon; il n'y a vraiment rien à jeter dans cette soul sudiste.
Il joue mes préférés Sorry, wrong number, Either side of the same town et son classique Get it while you can.
Sa soul sensuelle portée par un groupe irréprochable et sa voix intacte me font dresser les poils sur les bras (et que sur les bras).
Magnifique Howard Tate qui méritait amplement son titre honorifique de Président d'Honneur du Festival.
Un grand Monsieur.

The Ugly Buggy Boys

On revoit la révélation de ce festival. On danse un peu. On manque de se casser la binette.
Hé les gars, le blues ça peut être marrant! La preuve avec les Ugly.

Little Axe

Retour aux Blues des Anges, où un faux Bernard Laporte expose à Stéphane Colin les subtilités philosophiques du monde de l'ovalie.
A 6h du mat' un mec encore plus bourré que nous (!), nous ramène en caisse au camping, et dans un éclair de lucidité on s'agrippe aux portières.
Mais franchement, Little Axe, j'ai oublié.

P.S.: Ah, flûte ! J'ai oublié de vous parler des chapeaux de Deitra Farr … et de tout le reste …

retour haut de page


Tome 1 | Tome 2 | Tome 3 | Tome 4

Sommaire de Tous les Numéros | N° suivant | N° précédent