Numéro 60 - Hiver 2004
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Blues French Touch à Massy
Blues French Touch à Massy

De: René Malines
Date: 22-01-2005

Ce vendredi 21 janvier, au centre Paul Bailliart de Massy, en banlieue parisienne, Patrice "Big Boy" Vilatte, ex-batteur de Swampini et programmateur ès blues du lieu, avait concocté une affiche au titre prometteur : The Blues French Touch, avec Bo Weavil et Doo the Doo. Une soirée à ne pas manquer donc, d'autant que l'un comme l'autre de ces deux groupes de choix ne s'arrêtent qu'exceptionnellement en région parisienne.

Après les retrouvailles avec quelques copains dont notre Pierrot "Mississippi" Mercier, les musiciens et tous les membres de feu Swampini, une bière d'abbaye (belge, évidemment) dégustée au très sympathique bar de l'endroit, direction la salle elle-même.

Aïe ! C'est déjà plein, il ne reste que quelques places au premier rang, tout au bord de la scène. Pauvres oreilles ! Mais non. Le son est parfait. Pas trop fort, bien mixé, les voix ne sont pas dénaturées, comme c'est si souvent le cas, on entend très bien chaque instrument, on distingue les paroles : un vrai confort sonore. Comme quoi c'est possible. Car oui, bien sûr, Boogie Matt et Sleepy Vince, alias Bo Weavil, ont entamé leur set de blues et boogies bien terriens, intenses et d'une certaine façon, légers en même temps. Tous deux sont vêtus de costumes noirs, de cravates noires et de chemises blanches. Matt arbore un feutre noir très classe, du même genre que ceux que portait Junior Wells, alors que Vince est affublé d'un impossible bonnet noir qui, malgré l'unité de couleur, tranche avec le reste de sa tenue. Les titres s'enchaînent, nous faisant revisiter tout le Sud des Etats Unis des années 40 et 50, à coups de John Lee Hooker, de Muddy Waters et d'autres moins célèbres, le tout épicé de compositions originales des deux compères. Le couple assis à ma droite, plus tout jeune, commente : "C'est super ! C'est vraiment bon !" et ainsi de suite entre chaque morceau qu'ils applaudissent copieusement, ainsi que toute la salle.

On s'attend à un rappel, mais la salle s'allume, Shemekia Copeland passe dans la sono, il est donc temps de retourner au bar. Tout le public s'y retrouve, et nous en profitons, Patrice, Bruno "Jeff" Lefebvre, ex-bassiste de Swampini et talentueux illustrateur (le site de Swampini, les dessins dans Rollin' & Tumblin', c'est lui) et moi pour prendre possession de la petite scène qui s'y trouve. En effet, Big Boy a écrit un livre, publié par le centre Paul Bailliart, intitulé Les Chemins du Blues, illustré par Jeff et postfacé par votre serviteur. Présentation des auteurs, questions, réponses. Bref, petite promo pour le bouquin, qu'au passage on vous recommande. Les spécialistes n'y apprendront sans doute pas grand-chose, à part peut-être comment parler du blues à des néophytes, ce qui n'est déjà pas mal. Et puis, c'est un beau petit objet.

Mais déjà, une discrète sonnerie nous annonce que les Bretons sont prêts à attaquer leur set. Sur scène, Jacques Moreau est derrière ses congas, Jimmy Jazz à la guitare, Elmor Jazz à l'harmo et Philippe "Sad" Carnot à la batterie. A la basse, c'est Thibaut Chopin, sans doute doué d'ubiquité, puisqu'en ce moment, il est partout en même temps.

Juste le temps de s'installer qu'ils attaquent déjà, revisitant l'ensemble de leurs CDs à coups de shuffles, swamp blues, jump blues, swamp pop, rock & roll, twist, et même une incursion bienvenue dans la soul. Véronique Sauriat chante les chœurs sur deux titres avant d'interpréter une version inhabituelle de Let Me Down Easy, nettement plus rapide que celle de Bettye Lavette et surtout ponctuée d'une rythmique à la guitare qui rappelle un tango. Plus tard, c'est Benoît Blue Boy qui prendra les harmos d'Elmor, nous rappelant, si besoin était, que cet harmoniciste au jeu si souvent économe peut se révéler un musicien d'une grande finesse au son personnel et subtil. Au fil des titres, la musique monte en intensité, et si les Doo sont tous d'excellents musiciens, ils sont aussi de véritables pros au show bien rodé qui ont su mettre le public dans leur poche pour les emmener toujours plus loin, toujours plus haut. Au point que lorsque Jimmy s'approche du micro pour un traditionnel merci et bonsoir, on est tout étonné que ça se termine déjà. Le public de Paul Bailliart ne l'entend pas de cette oreille et les rappelle sur scène pour un boogie de tous les diables qui laissera tout le monde ravi. Pour preuve, les sourires béats qui illuminent les visages de ceux qui retournent au bar ou vers leur voiture.

René


Eux-mêmes musiciens de blues aux heures glorieuses où Swampini enflammait les clubs et festivals français, Patrice Villatte et Bruno Lefebvre nous emmènent sur les chemins du blues. En quelques pages très abordables, Patrice Villatte nous dresse le portrait de ce courant musical majeur , de ses balbutiements à la fin du 16e siècle à ses multiples évolutions contemporaines, du Delta du Mississippi à sa conquête du monde quelques décennies plus tard. Conjuguant son talent à celui de l'auteur, Bruno Lefebvre illustre ce parcours de ses merveilleux dessins. Une excellente initiative qui, en évitant les pièges de l'œuvre érudite pour lectorat spécialiste, rend au blues sa place naturelle en le mettant à la portée de tous.

René Malines

Editions Centre Culturel Paul Bailliart
6 allée du Québec, 91300 Massy Tél. 01.69.75.12.80 Fax 01.62.20.82.08
contact@paul-bailliart.com www.paul-bailliart.com

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