Numéro 60 - Hiver 2004
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James Cotton
James Cotton

Live at the Electric Lady

Date: 9/09/2004
de: Benoît Felten

J'adore quand j'achète un nouveau disque, que je le mets dans la platine (ou encore mieux, dans le lecteur de la voiture) et que dès les premières notes, je me dis 'Ouais !'. Une sorte de gratification instantanée de l'achat. C'est d'ailleurs une sensation trop rare...

Mais il y a un truc plus rare encore, et qui me fait plus plaisir lorsque ça arrive, c'est de réécouter un disque que je possède déjà mais qui n'a pas vu la couleur du faisceau laser depuis longtemps. Et hier matin, comme ça, sur un coup de tête, je ressors James Cotton - Live at the Electric Lady. Je monte dans la voiture, et dès les premières notes de Back at the Chicken Shack qui ouvre le concert, je me dis "Ouaaaaaaaaais !" Dur de jouer de l'embrayage en tapant des pieds mais tant pis !

Je ne sais plus quand j'ai acheté ce disque. Ca devait être quand j'étais à Lille, donc vers 98-99. Je l'ai toujours bien aimé, mais comme j'écoute moins de blues depuis deux-trois ans, il a subi la ségrégation avec ses petits camarades. Putain, quelle erreur !

Le groupe de Cotton sur ce disque (enregistré en 75 ou 76, ils ne savent plus bien) est exemplaire de groove et de patate. On s'éloigne de l'ambiance Chicago des 60s mais en même temps c'est moins carré que le Muddy de Hard Again et de ses albums Blue Sky. Ce son 'moderne' et le groove très funky de l'ensemble est en grande partie du au son et au slap exceptionnel du bassiste Charles Calmese.

Dès les premières secondes, la sauce prend. Back to the Chicken Shack, le tube instrumental de Jimmy Smith est mené au thème par le sax ténor de Little Bo (et sans Cotton qui a appris de ses aînés à ne venir sur scène que pour le second morceau, sans compter que Back to the Chicken Shack est compliqué à jouer au diatonique). La basse funke à mort, le sax prend le premier (long) solo, et puis c'est au tour de Matt 'Guitar' Murphy.

Il faut que je vous dise que depuis que je l'ai vu en live en Belgique il y a quelques années, je n'ai pas une très haute opinion musicale du personnage. Au point que quand j'avais découvert que le MT Murphy des faces Storyville de Sonny Boy en 63 c'était lui, je n'y avais pas cru. Et là, il nous balance un solo véloce et tout en jazz, des phrases fluides qui ne dépareilleraient pas sur un disque de Robben Ford, et c'est tout bonnement superbe. On a beau apprécier le jeu de Matt Guitar Murphy dans les Blues Brothers (c'est mon cas), le contraste est saisissant.

Bref, après ce super instrumental, Cotton déboule sur scène avec un son gros comme ça et attaque un Off the Wall endiablé, un peu trop d'ailleurs, au point que l'original en est difficile à reconnaître. D'ailleurs, lorsqu'il s'arrête au bout de deux minutes, parle un peu au public, et attaque Rocket 88 on a l'impression qu'ils reprennent la même chanson : même tonalité, même rythme endiablé. Mais là ça correspond mieux à l'esprit du morceau. Le premier solo est prix par le sax, puis harmo et guitare se rejoignent sur le 'thème' du milieu du morceau. Ca va vite, ça pulse, et ça fait pas plus de 2 mn 30 !

On peut pas dire que Cotton nous laisse trop souffler d'ailleurs ! Il enchaîne illico sur le classique de Sonny Boy Williamson II Don't Start me to Talking. Bien sûr, Cotton ne fait pas dans la finesse vocalement non plus, il n'a jamais été un grand chanteur, mais sa voix grondante est juste et puissante, et il en fait un usage en regard avec ses capacités. Par rapport à des albums plus tardifs, même avant que sa voix ne se détériore complètement, c'est beaucoup plus sympa ici, et ça fait remonter ses talents de chanteur dans mon estime quand on pense qu'il s'agit d'un live, exercice périlleux pour le vocaliste incertain.

Suit un Georgia Swing un peu trop brouillon pour être vraiment percutant puis le premier original de Cotton issu de 100% Cotton, One More Mile. J'en profite d'ailleurs pour faire un petit aparté pour ceux qui ne connaîtraient pas cet album studio. Si vous aimez le blues des années 70, à la Albert Collins ou Muddy Waters de l'époque, vous vous devez d'avoir '100% Cotton', c'est tout bonnement un indispensable. Parenthèse fermée. 'One More Mile' donc est un blues en structure mais avec des ruptures assez atypiques, très pêchu et vraiment intéressant.

Le moment arrive ou on se dit qu'il fait souffler un peu. Mais que nenni, ce n'est pas à l'ordre du jour : Cotton attaque la version la plus débridée qu'il m'ait été donné d'entendre de Got my Mojo Working. Cela me ferait presque aimer de nouveau ce morceau trop repris et trop entendu !

La tension redescend juste d'un petit poil sur How Can a Fool Go Wrong, que beaucoup d'harmonicistes connaissent sans le savoir pour son riff en première position très souvent cité (mais jamais égalé). J'aime vraiment bien ce morceau, il fait usage de l'harmo de façon vraiment intéressante, et montre que l'on peut faire plus que des 'effets' dans l'octave aiguë. Accessoirement, la participation du public sur ce morceau est assez hallucinante au point que le groupe s'arrête pour les laisser chanter, hurler et (sans doute) sauter dans tous les sens au milieu du morceau ! "Boogie, boogie, boogie !", qu'ils disent...

Avec Blow Wind Blow, qui suit, on ne se repose pas non plus. C'est le dixième morceau du disque et la tension est toujours là à plein ! Par rapport à l'original, cette version est plus rapide et beaucoup, beaucoup plus rugueuse. Pas un chef d'œuvre mais bien dans la continuité du reste, et le solo de Murphy vaut son pesant de cacahuètes

Et puis, enfin, on a le droit de souffler un peu. Avec une reprise franchement super de Mean ol' World de Little Walter, Cotton, Bo et Murphy montrent une autre facette de leur jeu, plus sentimentale et assez émouvante, pour notre plus grand plaisir.

Ensuite, on a droit à deux morceaux de nouveau très animés, entre le I don't know popularisé plus tard par le Briefcase Full of Blues des Blues Brothers (avec Matt Murphy, pour ceux qui n'auraient pas suivi) et le Boogie Thing de Murphy, qui est vraiment un excellent morceau pour lancer ou relancer un concert. Une patate d'enfer, un son d'harmo gros comme ça, et tous les musiciens qui entonnent le 'It's a boogie thing' leitmotiv du morceau. Miam !

Enfin, le concert se termine en douceur avec une reprise plutôt pas mal de Stormy Monday, qui a été tellement fait qu'il peut parfois paraître plon-plon, mais pas là.

Et puis, surprenant, un peu, mais pas mal du tout, Fever. Sur ces deux derniers morceaux, Cotton chante mais ne joue pas, une qualité chez un soliste, à mon avis, de savoir quand son instrument n'apportera rien.

Alors bref, répertoire somme toute assez bateau mais une véritable groove machine derrière Cotton font de ce live une écoute électrisante, il porte donc bien son nom. Il y a un autre (double) live de la même époque, qui s'appelle Live & On the Move. Je ne l'ai pas. Enfin, pas encore...:-)

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