Numéro 60 - Hiver 2004
Numéro 60 - Hiver 2004

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La rentrée au Méridien
La rentrée au Méridien

Rentrée haute en couleurs pour le club de la Porte Maillot. Nos envoyés spéciaux en sont revenus éblouis (et plus si affinités !-). Ne cédez pas à leurs appels : les artistes présentés alors sont repartis depuis. Mais vous saurez désormais que l'adresse mérite une visite en toute confiance !

Septembre : Café R & B
à voir et à entendre

De: René Malines
Date: jeudi 9 septembre 2004
[04h36 #-)]

Je reviens du Méridien où j'étais allé voir (oui oui, voir !) et entendre Cafe R& B et je dois dire que l'expression "je n'ai pas regretté ma soirée" fait figure de pis-aller pour exprimer le sentiment de... de quoi au fait ? Quel mot employer  ? Disons que ma soif de spectacle en musique afro-américaine fut satisfaite au-delà de mes espérances.

Bon, autant le dire tout de suite : Cafe R&B, c'est avant tout sa chanteuse, Roach.

Byl Carruthers, Roach, 
Cafe R&B
Le Méridien, Paris, septembre 2004
© Jocelyn Richez

Avec l'ami Philippe, présent aussi, nous avons évoqué Tina Turner jeune, mais en plus nuancée, une espèce de retenue pour mieux ouvrir les vannes au bon moment, un parfait contrôle de cette fameuse "action/détente" si importante pour capter de bout en bout l'attention de l'auditeur/spectateur. Bettye Lavette aussi : Roach la vaudra certainement d'ici quelques années (si si : elle est déjà super, mais je la trouve pleine de promesses, on sent un énorme potentiel pas encore totalement dévoilé).

Vocalement, elle est excellente. Physiquement, c'est une belle femme. Ce n'est pas le plus important, mais ça change des Big Mamas et c'est bien agréable. Et puis elle bouge tout le temps. Son look est très sixties (de la coiffure, blonde à frange, aux chaussures à talons aiguilles ! Mmmmmmmmmmh.... Oui, bon, pardon ;)

Bref, j'en ai pris plein les yeux et les oreilles.

Ah oui, parce que Cafe R&B, ils font de la musique aussi. Après un petit exercice d'échauffement un peu insipide de la part de la rythmique (basse, batterie, orgue) pour 2 instrumentaux façon jazz-variétés un peu passe-partout, sans beaucoup d'implication, Roach entre en scène, précédée de son compagnon (mari ?) guitariste. [ndlr: désolé René, c'est bien son mari : Byl Carruthers :-/] Lequel, il faut le préciser, nous a épargné ses débordements rock de guitar-hero comme il y en a sur les disques du groupe. Mon copain Jocelyn, qui les a vus la semaine dernière, n'a pas eu cette chance. Au contraire, ce soir, tous ses solos étaient parfaitement construits, ciselés comme autant d'objets précieux, nous emmenant parfois loin du sujet initial (soul, blues, pas de jazz ce soir, alors que son influence est très présente dans les CD) mais toujours de bon goût.

Et Roach... Qui chante. Et qui danse. Vous savez quoi ? Depuis le temps que ce groupe existe, je m'étonne qu'il ne soit pas plus connu. Ils sont ex-cel-lents ! Et elle ? Parlez-moi de trésor caché, de "best kept secret" !

Début du 1er set, donc, très axé soul. Un régal. Coincé dans mon fauteuil, je remue des épaules, je tape des mains, des pieds, alors que ma tête est prise de mouvements de va-et-vient, tantôt d'avant en arrière, tantôt de gauche à droite. Philippe me taquine : "Fais gaffe, tu vas finir par aimer la soul". ;) Quelques blues bien sentis. Le clavier est bien mieux que dans les morceaux d'échauffement, le batteur est superbe (son jeu). Et son look ? On aurait pu le prendre pour un des clients du club, avec son costard, sa cravate et sa moustache bien taillée).

Roach, 
Cafe R&B
Le Méridien, Paris, septembre 2004
© Jocelyn Richez

Seconde partie : pas d'instrumental en intro, tout le monde revient sur scène et c'est parti pour un set résolument blues. Beaucoup de reprises, mais pas les saucissons habituels. Et chaque "cover" est traitée de façon originale. Muddy aurait eu du mal à reconnaître ses I Just Wanna Make Love To You et autre Walkin' Thru The Park. Quant au Evil du Wolf, il aurait sans doute donné un côté Tex-Averien à son interprète originel, et l'aurait certainement rendu très très evil, justement ! ;)

Dans leur blues, il y a du funk parfois, de la soul souvent, et des rythmes : chaloupés, syncopés, puis très lents, doux, sensuels. Ouuuuuh, cette femme a quelque chose d'animal mêlé à une classe naturelle. Oui, bon, bref [ah ben non, trop tard, pas bref du tout, là, le René ;)]

Il y a juste une chose qui m'inquiète : moi qui me voit avant tout comme un amateur de blues, je me rend compte que cette année, parmi les meilleurs concerts que j'ai vu, il y a beaucoup de soul !

C'est grave, docteur ?

René

[ndlr : au moment de mettre sous presse nous ne savons toujours pas si le Renard Malin s'est remis de ses émotions. ;-))]

 


Octobre : Chicago Blues
tradition et modernité

Date: 6 octobre 2004
De : Jocelyn Richez

Hier soir, je suis allé au jazz club Lionel Hampton pour assister au premier concert d'un plateau Chicagoan comprenant Dave Specter, Jimmy Burns et Nora Jean Bruso, qui restera à l'hôtel Méridien de la porte maillot durant deux semaines; Bref, pas de panique, vous aurez aussi le temps d'y aller !

Alors, autant le dire tout de suite, ce plateau bien que regroupant des artistes tous originaires de Chicago est étonnamment éclectique, regroupant différentes générations et différents styles.

Dave Specter, Nora Jean Bruso
Le Méridien, Paris, 5 octobre 2004
© Jocelyn Richez

C'est Dave Specter qui entame le concert en trio avec Bob Waters à l'orgue et Marty Binder à la batterie, jouant comme à son habitude des instrumentaux puisqu'il ne chante toujours pas. Son style est toujours à la frontière du jazz même quand il reprend des titres de blues (notamment un Earl Hooker durant le premier set)., Comme il n'y a pas de bassiste, c'est Bob Waters qui fait les basse à l'orgue. Le trio est homogène et bien en place mais malgré cela, ça ne décolle pas vraiment durant cette première demi heure, Dave Specter étant trop sobre dans son jeu de scène, ni flamboyant ni explosif dans son jeu. Bref, il faut l'arrivée du premier invité, Jimmy Burns pour dynamiser la soirée. Un Jimmy Burns, souriant même jovial qui était venu en famille (avec sa femme) et qui se permettait quelques pas de danse en entrant sur scène. Au départ, l'opposition de style entre le jeu rural de Jimmy Burns et celui plus jazzy de Dave Specter était manifeste. Ils n'ont visiblement pas beaucoup répété ensemble (voire pas du tout) et la mise en place était parfois approximative, mais le petits réglages se sont fait progressivement. Si Jimmy Burns était de toute évidence moins à l'aise dans cette formule que dans celle vue à Blues en Loire à la Charité sur Loire (où il était entouré des frères Skoller et Willy"vamp" Samuel), il s'en est néanmoins bien sorti, jouant presque exclusivement des standards (I get trouble, Big legged woman, The sky is crying, etc.) et se permettant quelques solos d'harmonica. Après 40 minutes où Jimmy Burns et Dave Specter se sont partagé la scène, c'est enfin au tour de la deuxième invitée Nora Jean Bruso (chanteuse de Chicago originaire de Greenwood, Mississippi !!!) de monter sur scène pour prendre la place de Jimmy Burns. Avec sa présence et sa voix puissante, elle a su s'imposer d'entrée, le point d'orgue de ce premier set étant une spectaculaire interprétation de I'm a woman. L'accompagnement de Dave était alors des plus pertinents, il faut préciser qu'il a déjà accompagné Nora Jean, puisqu'il est présent sur son tout nouveau cd sorti sur le label Severn.

Pour le dernier morceau du set, Jimmy Burns revient pour un beau final qui déborde largement du timing habituel.

Nora Jean Bruso, Jimmy Burns
Le Méridien, Paris, 5 octobre 2004
© Jocelyn Richez

Après une courte pause, le deuxième set est reparti plus ou moins sur le même schéma avec d'abord une partie instrumentale par le trio Dave Specter & the Bluebirds dont des reprises des Meters et de Tiny Grimes ont été appréciées. Jimmy Burns revient ensuite toujours aussi souriant et décontracté; et ça tourne déjà mieux qu'au premier set; S'il joue encore des standards (I'm ready, People get ready, etc.) il joue cette fois deux de ses compositions dont Leaving here walking. Sa partie est cette fois plus courte laissant plus de place à Nora Jean Bruso pour s'exprimer. Sa prestation fut tout à fait convainquante, étant très impliquée dans ces interprétations, y ajoutant un jeu de scène théâtral comprenant de grands gestes des bras mais aussi un visage expressif. Elle a même retiré ses chaussures à talons pour mieux bouger sur scène. Son point fort reste néanmoins toujours cette voix extrêmement puissante et bien maîtrisée. Cette fois, Jimmy Burns est resté et n'a pas quitté Nora Jean Bruso du regard. C'était assez étonnant de le voir avec ses lunettes placées sur le bout du nez et le regard brillant passant par dessus ses lunettes. En voyant son large sourire, on peut affirmer qu'il a visiblement pris beaucoup de plaisir à jouer. Nora Jean Bruso a chanté cette fois surtout des morceaux de son premier CD (When you leave, Don't take nothing, Howling for my darling) et toujours quelques standards comme Rock me baby et Wang dang doddle avec une pensée pour Koko Taylor qui a popularisé ce morceau de Willie Dixon.

Au final, j'ai passé une bonne soirée et je suis persuadé que ce sera encore les prochains jours alors, allez y !!!

Jocelyn

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