Numéro 60 - Hiver 2004
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Sweet Mama - Live
Sweet Mama - Live
date: 29 septembre 2004
de: Benoit Felten

Le propre d'un bon live, au-delà de l'appréciation de la musique elle-même, c'est de projeter l'auditeur dans le concert, comme s'il y était. Si l'on s'en tient à cette analyse, Sweet Mama Live est sans doute un des meilleurs enregistrements publics qu'il m'ait été donné d'entendre...

Sweet Mama est une formation acoustique poitevine qui interprète avec panache un répertoire de blues, rags et de vieux jazz, avec un soupçon de mazurka et d' autres musiques violonisantes. Le groupe est constitué de Jean-Christophe Rouet au violon, aérien et véloce, de Stéphane Barral à la contrebasse, pilier rythmique et harmonique, et de Philippe Juhel à la guitare et à l'harmonica, tous trois en soutien de Catherine `Cajoune' Girard au chant, washboard et percussions diverses. Cette dernière entonne les standards avec une voix grave et gouailleuse, mettant en valeur un répertoire plutôt joyeux et populaire.

Le disque s'ouvre sur le sautillant I've Got My Fingers Crossed , pilier du répertoire de Louis Armstrong et de Fats Waller en leur temps. La basse bondit, la guitare jazzy, le violon suit, on commence déjà à taper du pied. Attention, entendons-nous bien, pas de jazz intello ici, c'est du jazz populaire, accessible, chantant et dansant. Et c'est tant mieux. On enchaîne sur You Don't Have To Go, un Jimmy Reed un peu moins endiablé sur lequel Philippe Juhel démontre sa versatilité, avec un vrai jeu blues, tant en accompagnement qu'en solo. Il joue aussi de l'harmo en rack, exercice difficile s'il en est, mais il s'en sort plus qu'honorablement.

A partir de là, ce n'est que du festif. Même les morceaux plus lents sont sujets à la joie, encouragement subliminal à prendre la tristesse avec une pincée de sel. Par moments, on croit entendre une Piaf anglo-saxonne dans les accents de la voix de Cajoune, tantôt langoureuse, tantôt rigolarde. Même quand elle ne chante pas, Cajoune fait la loi en imposant des rythmes endiablés au washboard, ou en instrumentant au kazoo, comme sur Tiger Rag où il enrichit les phrases de violon ou d'harmo.

Un peu plus tard, c'est la guitare et le violon qui sont à la fête, avec un blues lent pas trop lent, Walking and Crying qui est l'occasion pour Philippe Juhel de briller, mais aussi pour Jean- Christophe Rouet de poser son archet et d'interpréter un long solo en pizz' à la Clarence Gatemouth Brown. Miam ! Mais rassurez-vous, Jean-Christophe est plus que bon à l'archet également, toujours juste et bondissant, à la fois jazz et tzigane.

Quelques morceaux après, Philippe Juhel sort sa guitare slide sur Don't Say That No More, tour de force au tempo furieux. A partir de là, la fièvre ne retombe plus. Cet homme sait-il tout faire ? Lorsque j'ai acquis le disque auprès de Stéphane, le contrebassiste, il m'avait mis en garde : " T'intéresses pas de trop près à l'harmo ", m'avait-il dit, connaissant ma prédilection pour cet instrument. Il avait tort. Parce que le jeu d'harmo de Philippe mérite largement qu'on s'y intéresse. D'abord parce qu'il joue en rack, et qu'il joue bien. C'est suffisamment rare pour mériter qu'on le note. Son style est très "avant-guerre", tout en rythmes et en riffs, très véloce, avec un joli vibrato à l'occasion. Le solo sur Mélancolia est particulièrement intéressant. Il officie également sur un Too Late bien pesé, avec beaucoup de questions-réponses entre les musiciens, le tout noyé dans un bonheur évident.

" Et alors, que je me dis, déjà que ce Philippe-là est loin d'être un manche, il pose sa guitare pour Big Road, accompagnant seul Cajoune. " Et devinez quoi ? Sans le rack, il est encore plus Impressionnant ! Toute la richesse de son jeu ressort, avec des inflexions à la Sonny Boy Williamson 1. Certes, il ne s'aventure pas (en tous cas, pas sur ce disque) dans l'octave aiguë, et ce qu'il fait reste mélodiquement simple, mais c'est aussi très sympa, super bien joué et surtout totalement approprié et à sa place par rapport au reste du groupe.

Le disque se termine sur une reprise de Rosetta Tharpe, Strange Things Happening Every Day qui est l'occasion pour Cajoune de faire chanter le public (plutôt bien), et le bis est un medley instrumental de musiques populaires européennes (tziganes, italiennes, etc.). Tout ça ne laisse pas le temps de souffler mais scotche par contre un sourire aux lèvres de l'auditeur, qui s'y croit vraiment.

Ce qui, comme je le disais en introduction, n'est quand même pas la moindre des performances pour un disque live. Evidemment, ça me laisse sur ma faim parce que maintenant, j'ai réellement envie de les voir en live. En vrai, quoi. En tous cas, si vous pensez que ça peut vous tenter, Sweet Mama a un site web www.sweetmama.fr.st sur lequel vous pouvez écouter des extraits et contacter le groupe pour vous procurer ce disque. Et franchement, je vous le recommande, c'est une valeur sûre.

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