Billy Jones à Menen

de: Eddie Quignon

date: 16 / 09 / 2005

Le centre culturel Steiger de Menen (Philippe Seys) avait initialement programmé Wheatbread Johnson qui a annulé et en lieu et place, c'est Billy Jones qui est à l'honneur ce soir dans la petite salle/bar à mousses de la ville-frontière avec Halluin (Nord).

Il fait un temps épouvantable quand j'arrive vers 19 h, pluie et vent sans discontinuer ; après un petit tour du centre fermé à la circulation pour travaux - cornet de frites, discussion avec la patronne et un gars qui cherche un toit pour la nuit [partout le tissu social part en vrille], je lui propose un petit chocolat noir de chez Vereecke qu'il refuse... je prends alors la direction de la salle, il est 19 h45.

Une bonne centaine d'habitués est déjà sur place pour ce rendez-vous 'Blues & roots' du jeudi, des têtes reconnues entre toutes, les gars de Live Music, Bluesboarder etc. un public bon enfant, des ainés, des couples, des bandes de copains. Jones est seul sur scène, il règle son ampli et s'accorde, concentré. Comme chaque concert prévu à 20 h 15, celui-ci démarre avec un peu de retard, peu importe, ça laisse le temps de serrer quelques mains, de circuler derrière la scène, de se prendre ( & boire !) une bière, de se trouver une petite chaise, de tester le flash sachant que les spots dominants sont ici le jaune et le rouge, bref, c'est pas évident !

Boyd Small, 'a legend' est le premier à s'installer derrière les fûts, l'air quelque peu fatigué, l'oeil froid, la coupe très rock'n roll annés 50. Le petit gabarit de Nico Heilijgers fait son apparition en baskets et chemise style 'patchwork' coloré, un visuel remarqué et souvent le sourire aux lèvres d'autant que Billy répétera à dessein qu'il est à la fois son bassiste, son chauffeur, son traducteur.... Enfin, le très physique et 'US profilé' Corey Bray s'installe debout derrière ses claviers, il jouera fort, chantera aussi - peut-être ne fait-il pas oublier l'approche plus subtile en demi-teintes de Roel Spanjers mais enfin, il tient le rythme, les synthés sont chauds, il nous mettra quelques rafales et enchainements appuyés, le public apprécie, ça ressemble quand même parfois à du labour....

Boyd Small, Billy Jones, Nico Heilijgers
Menen 15-9-2005
© Eddie Quignon

Alors Theophilus ? Baskets remontantes, jeans et chemise rouge/orange qui dépasse, légèrement échancrée, look de rappeur/lover des cités, une allure fichtrement jeune pour un gars né en 1953 et qui lance d'entrée le titre d'ouverture de Prime suspect for the blues : Mary My Mother-in-law. Il alterne dans ce premier set ses propres compos pour Black-and-tan et des covers comme Purple Rain qui ravissent l'auditoire : un petit exercice avec langue et dents, à la mode hendrixienne mais il y a mieux chez cet être, c'est quand il nous la joue à la Rufus Thomas : entre deux plaidoyers engagés comme Revolution bluez' ou Da Cemetary Bluez', ne le voit-on pas partir dans un trip à casquette genre Village People ou encore Full Monty (le strip-tease en moins) ; plus tard ce sera le peigne, le téléphone portable grand format, la culotte grande taille, pas à dire, Billy joue avec le public, ménage des intermèdes, invite chacune à participer à 'l'orgie' qui suivra le show à l'hôtel Excelsior où il est descendu... Celles qui comprennent gloussent, beaucoup se marrent ou ahuris se posent quelques questions.

Billy parle d'amour, c'est un troubadour et quand il reprend la Strat, c'est pour nous expédier en pleine figure ses riffs écorchés, ses glissando ou souligner son chant au micro, en fond de gorge avec le flexible dans la bouche qui fait ressortir son vibrato, sarcastique et caverneux ; la chemise trempée de sueur, un break est le bienvenu !

Billy Jones
Menen 15-9-2005
© Eddie Quignon

22h 15 second set qui démarre dans une ambiance de plus en plus enfumée avec un That's Allright Mama qui booste les nostalgiques, nouvelles allusions salaces, de plus en plus détendu le Billy avant de nous envoyer ses titres-programmes : Barnyard Bluez, Reconsider Baby, Make Love Tonight tout ceci avec une impeccable diction, mode grave, caustique ou fanfaronnant tel un harangueur libidineux des salons mondains ("- Bonjour' Mademoiselle....) sans que le Deal With The Devil (son histoire de crack-cocaïne) ne parvienne à plomber la soirée.

Une ballade Americana roots dépouillée, un boogie déchaîné et c'est déjà le premier rappel, un moment de folie avec Lucille. Malgré l'heure tardive, nos amis flamands (et quelques français) ne lâchent rien et en redemandent, un slow-blues to say goodbye...

Il est un peu plus de 23h 30, le groupe se débande. Billy a tout donné, se retire, son Tha' Bluez (Black &Tan) s'est vendu à quelques dizaines d'exemplaires, je ne l'ai pas vu signer, j'aurais aimé lui demander si son premier cd allait être mieux distribué en Europe, si un prochain était en préparation... mais j'étais crevé, les yeux piquants du tabac inhalé, 50 km de retour et lever 6 h45 pour le boulot ; ça sera pour une autre fois ! (en mars 2006 si tout va bien dans la région)

Quant au centre Steiger, il continue avec une belle programmation. 6 euro l'entrée, concert à 20h15, pas de chichi, accueil et chaleur (moite) assurés !

Salut,
Eddie