Numéro 61 - Hiver 2005
Numéro 61 - Hiver 2005

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The Sonet BLues Story
The Sonet BLues Story

Première partie : "Legacy of the blues"

Par Philippe PRETET aka Phil "CatFish"

C’est au milieu des années 50 que fut créée le label SONET par trois jeune suédois passionnés de jazz. Le catalogue du label scandinave ne devait s’ouvrir que progressivement au blues, grâce à une collaboration commerciale, successivement et sous licence, avec les labels américains Chess, Arhoolie et Alligator. Puis, s’ensuivit le partenariat avec l’ethnomusicologue Samuel Charters qui devait augurer des jours plus fastes, lorsque ce dernier, rompu aux affres de la production, notamment chez Vanguard, leur proposa dès 1971 de lancer la collection " Legacy of the Blues ". L’objectif de cette dernière était, d’après son auteur, de faire découvrir " toute l’étendue de l’univers du blues " depuis les songsters du Mississippi (Big Joe Williams, Bukka White..), outre les grands musiciens individualistes tels que Lightnin’ Hopkins, Robert Pete Williams ou Champion Jack Dupree en passant par le nouveau style électrique de Chicago, représenté par Eddie Boy et Mighty Joe Young. C’est ainsi qu’entre 1971 et 1973, Samuel Charters devait enregistrer une douzaine d’albums. Le succès aidant, vint le tour d’Otis Rush et des artistes du New Orleans Blues tels que Snooks Eaglin et le guitariste Earl King.

Aujourd’hui, l’intérêt de cette nouvelle réédition en compact disc (la première édition en cd-room eut lieu en 1989) tient à ce qu’elle soit d’abord économique et qu’elle contienne, ensuite, de nombreux bonus qui feront le bonheur des amateurs de blues, notamment ceux qui sont détenteurs des vinyles parus dans les années 70. Enfin, chaque livret comporte deux très beaux textes de Sam Charters, l’un écrit à l’origine, le second à l’occasion de la présente réédition. Un bémol cependant : au-delà de quelques classiques erreurs de crédit, on regrettera une présentation quelque peu bâclée. En l’occurrence, l’absence de photos originales (inédites ?) des artistes sélectionnés, d’une part, et la répétition de celles qui ornent le fond intérieur de la collection, d’autre part, ne peuvent qu’interpeller l’amateur exigeant. Curieusement, on reste aussi perplexe devant la sélection de certaines photos de couverture ! Ainsi, Snooks Eaglin et Big Joe Williams aurait mérité -à mon humble avis- un bien meilleur traitement visuel !

Pour l’essentiel, la collection THE SONET BLUES STORY devrait séduire les passionné(e)s. Parmi les albums incontournables de la série, citons tout d’abord un album hors classe : celui de Mighty Joe Young (Sonet 986 925-0 Universal (44 :52) dans un style aux longues phrases sinueuses qui livre aux conduits auditifs une magistrale et bouleversante interprétation du plus pur West Side Sound version blues/soul des seventies. Les deux albums de Snooks Eaglin sont eux aussi d’excellente facture. On y découvre dans son album solo (Sonet 986 926-1 Universal (41 :56) et Sonet 987 140-7 Universal (37 :21) qui est certainement le plus réussi des deux, un mythique représentant du New Orleans Blues, à la croisée des influences, capable d’interpréter un titre à la Little Richard ou à la Sam Cooke en passant par un boogie endiablé pour finir sur des titres down-home blues du plus bel effet. Juke Boy Bonner, génial multi instrumentiste, qui a beaucoup œuvré chez Arhoolie, n’est pas en reste. Cet album fut d’ailleurs enregistré par Chris Strachwitz en 1967 pour le compte du label précité et repris par Sam Charters en 1972 (Sonet 986 925-2 Universal (34 :28) Ecoutez donc sa superbe version intimiste et profondément blues roots de " I’m a bluesman " pour vous faire une idée du talent de ce personnage attachant. Une très bonne surprise que cet album de J.D. Short (1902-1962) né à Port Gibson dans le Mississippi qui a appris les rudiments de la musique grâce à Willie Johnson. Notre homme apparaît dans le film " The Blues " de Samuel Charters (1963) Cet album typique du Delta Blues des origines, incarne le plus pur blues rural, dans un style aux accords plaqués, à la voix puissante et déclamatoire. Une petite perle chaudement recommandée (Sonet 986 825-6 Universal (45 :04) L’album d’Earl King se doit de figurer en bonne place dans une trop rapide sélection des " must " de cette collection. Le Rhythm’n’blues de la New Orleans est ici représenté par un artiste emblématique qui réussit à tirer son épingle du jeu avec sa voix suave et chaude qu’accompagne un jeu de guitare exquis et ce, à une époque délicate de sa carrière. (Sonet 986 926-0 Universal (32 :17) Pour conclure, il ne faudrait pas négliger pour autant les albums non cités ici qui méritent une écoute attentive : le blues intimiste, sombre et à ras de terre d’un Robert Pete Williams, Bukka White (Sonet 986 924-6), Big Joe Williams (Sonet 9860925-2), Champion Jack Dupree, Eddie Boyd, Sunnyland Slim, Lightnin’ Hopkins et Otis Rush à un moindre degré, qui ont, tous, par leur authenticité et leur talent respectif participé à cette fabuleuse aventure " Legacy of the Blues " qui mérite bien entendu de figurer en bonne place dans toute (votre) discothèque de blues !

Philippe Prétet