Numéro 61 - Hiver 2005
Numéro 61 - Hiver 2005

Madeleine Peyroux à Bruxelles

de: Malika Ben Brahim
date: 25/3/2005

Madeleine Peyroux : j'avais découvert il y a huit ans son premier album (dreamland) qui m'avait déjà tapé dans l'oreille. Je n'avais jamais eu l'occasion de la voir en concert. C'est fait...

Hier elle se produisait en concert "intimiste" dans une magnifique salle bruxelloise (l'ancienne RTBF, le magistral paquebot culturel de la Capitale) : Le Flagey à l'acoustique remarquable, ce qui évidemment a permis d'apprécier à sa juste valeur, et dans des conditions idéales, une prestation quasi à guichets fermés dans le cadre d'un festival printanier de renom qui reçoit de grandes pointures comme cette année Pat Metheny, Manu Dibango, Ibrahim Ferrer, James Blunt, etc.

Madeleine Peyroux entre en scène, accompagnée de ses deux musiciens. Piano et orgue, contrebasse et sa guitare serviront d'écrin à sa voix. Et de suite on sait que cela va fonctionner à merveille...C'est une "vraie" voix capable d'interprêter les chansons des autres, et quels autres, Bessie Smith, Bob Dylan, Elliott Smith, Hank Wiliams, ou encore Leonard Cohen de qui elle revisite superbement le dance to the end of love à l'entame de ce concert.

Sa façon de chanter, son grain de voix évoque la grande Billie Holiday, on l'a souvent déjà dit et elle n'aime pas cela d'ailleurs, mais on entend parfois aussi des accents à la Patsy Cline, voire à la Dolly des grands moments dans sa manière de monter, de moduler... elle a une voix, pour reprendre les mots de mon tendre voisin "qui tutoie les anges ... et vous transporte dans les nuages, en vous obligeant à fermer les yeux pour mieux savourer..." Tout à fait vrai, n'empêche que mon coup de coude l'a ramené un peu sur terre ! Non mais :-))

Elle nous a offert plusieurs plages de son nouvel album careless love, un mélange élégant de folk, blues, country et jazz. Et sur scène, cette américaine d'Athens, fille d'une professeur de français (fan de Proust, d'où son prénom forcément) et d'un professeur de théâtre (fondu de jazz) tous deux originaires de Louisiane, a repris avec beaucoup d'émotion (le public en a fondu littéralement) la Vie en rose de la môme Piaf (avec qui elle a en commun la pratique de la chanson dans les rues de Paris) et J'ai deux amours de la belle Joséphine...

On la sent secrète, ravie bien qu'étonnée de ce succès : "this evening is very interesting..." dit elle en souriant à un public qui l'applaudit à tout rompre.

En revisitant l'essence du blues, du folk et du jazz, en habitant les émotions que ces genres dégagent avec une justesse rare, elle est sciante de grâce... Une fille comme cela c'est énervant : elle a tout pour elle... elle a tout d'une grande !

Juste un petit truc (fallait bien en trouver un quand même) : très timide, elle ne semblait pas tout à fait à l'aise en démarrant son concert, sa voix a mis un peu de temps à bien se chauffer, et l'une ou l'autre petite fausse note... Je sais, je suis de très mauvaise foi, elle a de l'élégance cette Madeleine et nous réservera encore bien des surprises. C'est un peu comme une pierre précieuse, faudra en prendre soin !

Ne la ratez pas si elle passe un jour près de chez vous... Si vous aimez avoir un pied dans le jazz, l'autre dans le folk et la tête dans le blues... Si vous aimez les voix chaudes et fortes qui envoûtent, c'est pour vous !

Malika


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