Numéro 61 - Hiver 2005
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NUIT DE BLUES
NUIT DE BLUES
À LA CÔTE BLEUE
À LA CÔTE BLEUE

de: "rolf lott"
date: Saturday, July 02, 2005 5:02 PM

A la côte de l'extrême sud-est de la France on a donné il y a longtemps le nom " Azur " qui signifie un genre de bleu, certainement la couleur que dégageait la Méditerranée encore à cette époque-là. Elle prend plutôt la couleur brune et grise de nos jours, le gris domine également côté de la terre, murée de béton et de routes. Dans cet environnement plutôt repoussant il y a quand même encore un endroit magnifique, la cour d'un château du XVe où se déroulait hier à Mouans-Sartoux, à l'initiative de notre co-listier Renaud Cugny, la première Nuit de Blues.

Deux groupes de la région y étaient annoncés: les Hoochie Coochie Men et O.C. Blues. Ce fut une superbe soirée !

D'abord, les Hoochie Coochie Men, basse, batterie, guitare et harmonica, dans le style Chicago Blues (pas étonnant avec ce nom) revisité dans la veine des Fabulous Thunderbirds et les groupes suivants de cette mouvance. Un vrai groupe, soudé à fond, avec une formidable section rythmique, dont le batteur, hyper-fin et swinguant, m'a spécialement emballé, un excellent guitariste, plein de goût et qui sait se faire économe (mais efficace), bon chanteur aussi, et un très bon harmoniciste/chanteur. Moins habituel: de nombreux passages en chant à deux, super bien faits.

Ça a démarré avec All about my gal de Jimmy Mc Griff, joué de façon très rapide, mais toujours swinguante. Puis, a suivi toute une série des standard du Chicago-blues. J'ai spécialement apprécié les passages quand l'harmoniciste jouait en acoustique (devant le micro) avec la sonorité Rice Millerienne, et notamment dans une superbe version de Help me. Après ont suivi quelques compositions personnelles de leur nouveau CD, tout aussi bien, dont j'ai surtout retenu Bullshit Radio, un très bon morceau sur une rythmique à la Hand jive.

Au dernier morceau, Shake your hips de Slim Harpo, presque tout le monde, à peu près 400 spectateurs en fait, était debout et dansait ! Super !!

Ensuite le tour à O.C. Blues, le groupe des trois frères Cosoleto et de notre Renaud Cugny. Ça commence très, très fort : John the revalator "a capela", tout le monde debout de nouveau en tapant dans les mains (et juste en plus!!! sur le 2 et 4!!!).  José a tout de suite mis les point sur les i. On a à faire à un chanteur exceptionnel, doté d'une voix puissante et belle à la fois, pas sans nous rappeler le timbre de Sam Cooke, avec une maîtrise du chant quasi parfaite. Dans Death letter blues de Son House, José excelle à la guitare acoustique et au bottleneck, accompagné tout discrètement par ses compagnons. Puis encore en acoustique un rag dans le style des Hokum boys, avec le batteur Tony au washboard. Puis, changement de guitare et jeu électrique : la ballade soul-blues Same old blues qu'on trouve aussi sur leur formidable CD démo.

Quelques enregistrements (non mixés)
de cette soirée figurent
sur la nouvelle démo d'O.C.Blues
rens: contact [at] ocbluesmusic.com

Bon je ne vais pas lister tous les titres... La formation de base est bientôt rejointe par une section cuivre (deux trompettes et un saxophone, assez inhabituel). Les O.C. jouent aussi bien des titres d'Otis Redding que d'Albert King, d'Albert Collins (avec telecaster en Fa ouvert - avec capodastre svp ! pour être le plus proche possible de l'original), ou encore d'Elmore James... et j'en passe. Le tout d'un niveau ! Si le chanteur c'est top, si l'ensemble a la classe, la batteur Tony est carrément d'une qualité que j'avais arrêté de rêver rencontrer dans ce pays, incroyable comme dynamique, comme c'est inventif, discret, puissant et précis en même temps.

Bref - et je dis ça malgré que je n'aime pas les superlatifs et les classements -  si jamais vous cherchez LE groupe de blues en France (au moins dans le futur!), allez faire un tour et écoutez O.C. Blues et vous risquez fortement d'arrêter votre choix là. On ne peut que leur souhaiter l'énorme succès qu'ils méritent, et pour y arriver de développer une propre personnalité (arrêter de coller note pour note à l'original) et de faire évoluer le jeu de scène (quasi absent !).

C'était une soirée mémorable comme on souhaite en vivre plus souvent, autant pour la qualité musicale que pour l'organisation et le cadre. Et cette fameuse côte-là, qu'on ne pouvait plus appeler "d'azur ", avec de tels musiciens, est sans doute profondément bleue, dans le sens de notre musique préférée.

Rolf