Numéro 61 - Hiver 2005
Numéro 61 - Hiver 2005

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KATRINA
KATRINA
et la culture de la Nouvelle-Orléans

----- Original Message -----
From: "cliclacblues"
Sent: Sunday, September 11, 2005 5:49 AM
Subject: [LGDG] Katrine et la culture musicale de la Nouvelle Orléans

Bonjour,

Ca fait bien un an que je ne suis pas intervenu sur cette liste, malgré que je la reçois toujours.

L'autre jour en écoutant la radio comme chaque matin avant d'aller au boulot, suis tombé sur truc au sujet du cyclone Katrina. L'intervenante était une journaliste de Radio Canada (je suis à Québec, j'ai les actus du coin logique), elle racontait les désastres de l'ouragan, non pas sur le plan humain ou matériel mais du coté culturel, c'était une facette qui je n'ai encore vue au sommaire des grands journaux télévisés, dommage car ce fût intéressant.

Par exemple pour les instruments de musique, elle expliquait que pas mal de club ont sans doute eu des instruments volés ou complètement foutus. Que des musées avaient Hiver touchés, elle donnait des références, mais je ne me souviens plus.

Malgré ma petite culture musicale, il me semble quand même que la Nouvelle Orléans (plus touché que le Mississippi non ?) était vraiment le berceau de pas mal de musiciens et il y avait aussi des quartiers français, voire de bonnes allées de musique Jazz ?

Si je suis revenu vous dire coucou, c'est aussi pour en savoir plus sur l'impact que ce désastre va avoir sur la musique et le blues, alors d'après vous ? y a-t-il eu des morts du coté des bluesmen, des labels qui ont disparus, des producteurs, maisons de disques, etc.. ?

Aux infos, ils ont dit dès les premiers jours que Fats Dominos était porté disparu, et la dernièrement j'ai entendu justement à cette émission que ce n'était pas le cas.

Je me demande bien ce que va devenir cette ville coté musique et si cet esprit-là va renaître. D'ailleurs auriez vous quelques photos du coin, il me semble de souvenir que les rues étaient vraiment colorés et que la musique pouvait se ressentir à chaque coin de rue ?

Merci

Yannick

From: "Romain Pélofi"
Sent: Sunday, September 11, 2005 10:32 AM

Salut...mon King, c'est toi ? ;-)

Comme je l'avais dit, je suis catastrophé par ce qui se passe à La Nouvelle-Orléans. C'est une ville extraordinaire où je pensais retourner et peut-être m'installer un jour (j'y suis allé en 2000). J'y reviendrai, sûr.

NO est une ville gigantesque très verte, luxuriante dans laquelle beaucoup d'artères, bordées d'arbres, de bananiers et de maisons en bois souvent colorées donnent l'impression de se trouver en zone rurale. Avec cette chaleur étouffante et un taux d'humidité avoisinant les 90 %, les fleurs n'ont pas trop de mal à se multiplier. D'ailleurs, on voit en permanence une sorte de brouillard devant soi. La Nouvelle-Orléans, c'est aussi une ambiance si particulière, nonchalante et des gens particulièrement adorables. Il faut dire qu'on y trouve peu de gens venus de l'extérieur. Les néo-orléanais sont souvent des natifs imprégnés de cette façon de vivre et de cet accent si particulier, bien différent des autres accents du Sud. Car aux oreilles d'un Américain, l'accent de NO se rapproche un peu de celui du Bronx, apparemment à cause de nombreux vestiges de prononciation irlandaise. Enfin, c'est un Américain qui m'avait expliqué ça.

L'autre face de la ville, qui se révèle aujourd'hui sur les écrans, est celle d'une sociHiver pauvre et très violente dans laquelle les flics sont réputés, aux États-Unis, pour leurs méthodes très musclées. Si un quart des habitants vivait en dessous du seuil de pauvreté, environ la moitié n'était pas assurée...contre les inondations, ce qui annonce de nouveaux problèmes pour financer la reconstruction des maisons qui devront être rasées.

Pour terminer sur une bonne nouvelle, le pompage est plus rapide que prévu, et il semblerait que le bilan soit bien moins lourd que ce celui que certains élus avaient avancé ces derniers jours

Voici quelques sites que je consulte à peu près tous les jours :

* celui du canard local, le Times-Picayune : www.nola.com
* celui d'une chaîne de NO diffusée en ligne qui émettait depuis Rampart Street mais qui a bien entendu dû déménager à Baton Rouge : http://www.wwltv.com/ Les émissions ne démarrent qu'entre 6 et 8 heures du mat' heure locale (il y a sept heures de décalage)
* enfin, pour ceux qui connaissent un peu la ville, ces images aériennes permettent de mieux comprendre ce qu'il s'est passé et de voir l'étendue des dégâts. Il faut savoir que le Vieux Carré a Hiver épargné par l'eau, car situé trois mètres au-dessus du niveau de la mer. http://ngs.woc.noaa.gov/katrina

Romain

[NDLR: les liens fournis par Romain ont un peu changé depuis son envoi. Même si le site de la NOAA reste intéressant on pourra maintenant retrouver les images dont il parle sur Digital Globe]

De : "Marc Loison"
Date : Dimanche 11, Septembre 2005 9:02

J'avais visité la Nouvelle-Orleans en 1995 (10 ans déjà !) et j'ai le coeur serré en pensant que des endroits comme Bourbon St, le Preservation Hall etc... ne seront plus jamais comme avant...

NO est une ville immense, je me souviens avoir fait plus de 15 bornes en partant du French Quarter pour aller voir Snooks Eaglin jouer dans un bowling miteux.

Culturellement, la perte est sans doute énorme, mais je pense qu'il est encore trop tôt pour les autres médias d'en parler, l'urgence sanitaire est là et bien là, avec les maladies qui arrivent et les derniers habitants réfractaires à l'évacuation...

Marc Loison
Sweet Home Chicago, tout le Blues sur Radio 666 ! http://blues.radio666.com

From: "Jean-Michel Borello"
Sent: Sunday, September 11, 2005 4:03 PM

Mes ches ramis bluesophiles,

Il se trouve qu'étant allé cinq ou six fois à New Orleans, je connais un peu cette ville. Ce qui me surprenait à chaque fois, c'était la densité de lieux où on pouvait écouter de la musique live (assez peu de blues, mais beaucoup de jazz, de rock, de funk...) et donc le grand nombre de musiciens qui pouvaient vivre de leur art. Ils jouaient dans quatre ou cinq endroits par jour (et pas que dans le french quarter) , en commençant à 11h du matin pour finir à quatre heures...mal payés, bien sur...Dure vie, mais bon, ils vivaient... je ne connais pas d'endroits au monde qui arrivait à la cheville de NO pour ça.

Là dessus arrive Katrina.

Au vue des listes qui paraissent maintenant, il ne me semble pas que beaucoup de musiciens manquent à l'appel. Je pense d'ailleurs, et c'est tant mieux, que le nombre de morts sera bien inférieur à ce que l'on a pu craindre à un moment .En fin de compte, ça n'était pas un tsunami, il n'y a pas eu de vague énorme, à ce que sache...Donc, les gens ont pu soit s'enfuir, soit monter dans les étages de leurs maisons. Enfin, il me semble.

Par contre, beaucoup de bars (en dehors du french quarter) ont du être détruits et avant qu'ils ne les reconstruisent et que les touristes (leur raison d'être) ne reviennent, il se passera un bail. Et qu'est ce qu'ils vont faire les musicos pendant ce temps là? Y'a pas de régime "intermittent" dans le glorieux pays du libéralisme. Bien sur, y a pas de soucis à se faire pour les Neville Brothers ou même Snooks Eaglin, mais tous les autres, les sans nom, les accompagnateurs?? Avec leur maison détruite en général... Je sais bien que les musiciens ne sont pas le seuls à souffrir de Katrina, mais bon, ceux là, on les connaissait, c'est notre famille...

Et est que le Jazz-Fest aura lieu cette année? Je ne suis pas sur, l'hippodrome est en pleine zone inondée un max.

A part ça , Marc , tu as exagéré en situant le Rock'n'Bowl (car je pense que c'est là que tu es allé écouter Snooks Eaglin, c'était son quartier général) à 15km du french quarter. C'est plutôt 5 ou 6 bornes (je le sais , on l'a fait à pied avec Mo) c'est déjà pas mal. Mais ça valait toujours le coup, la programmation était fameuse et le patron vraiment sympa.. Même si l'idée de mélanger le bowling avec les concerts est un peu bizarre...Va savoir ce qu'ils font maintenant ?

Amitiés bluesophiles

Jean Michel

From: "Nathalie Mege"
Sent: Saturday, September 03, 2005 2:14 PM

Et pourtant, dès 1929, Memphis Minnie nous prévenait dans ce beau texte imagé. :-(

 

 

 

When The Levee Breaks

by Memphis Minnie
recording of 1929

If it keeps on rainin', levee's goin' to break
If it keeps on rainin', levee's goin' to break
And the water gonna come in, have no place to stay

Well all last night I sat on the levee and moan
Well all last night I sat on the levee and moan
Thinkin' 'bout my baby and my happy home

If it keeps on rainin', levee's goin' to break
If it keeps on rainin', levee's goin' to break
And all these people have no place to stay

Now look here mama what am I to do
Now look here mama what am I to do
I ain't got nobody to tell my troubles to

I works on the levee mama both night and day
I works on the levee mama both night and day
I ain't got nobody, keep the water away

Oh cryin' won't help you, prayin' won't do no good
Oh cryin' won't help you, prayin' won't do no good
When the levee breaks, mama, you got to lose

I works on the levee, mama both night and day
I works on the levee, mama both night and day
I works so hard, to keep the water away

I had a woman, she wouldn't do for me
I had a woman, she wouldn't do for me
I'm goin' back to my used to be

I's a mean old levee, cause me to weep and moan
I's a mean old levee, cause me to weep and moan
Gonna leave my baby, and my happy home

source : http://www.harptab.com/lyrics/ly4467.shtml

 

 

 

 

 

[NDLR : l'original est en couleurs mais j'ai accentué le contraste : seules les parties sèches (en clair sur ce cliché) émergent - le reste est sous les eaux, suivez les routes...]

From: "Georges Lemaire"
Sent: Friday, September 23, 2005 7:48 PM
Subject: [LGDG] Fw: We are speechless

Bonjour !

Chris, un ami photographe américain (c'est lui qui a fait les deux photos de Paul Rishell et d'Annie Raines publiées dans Rollin' & Tumblin') m'envoie ce film qu'il vient de réaliser. A visionner absolument !!! Superbe et dramatique .... Si vous avez des commentaires, je les lui transmettrai.

G.

> I cannot imagine what recent events here look like to people in other countries, but I can tell you that in the US we are still absolutely speechless. [...]
> I submit this 4 minute video as a prayer and requiem for New Orleans, the city that gave us the sound track for the 20th century.
"Je ne sais comment les événements qui viennent de se produire ici sont ressentis ailleurs, mais je peux te dire qu'ici, aux USA, nous ne trouvons plus les mots... Je vous propose ce court-métrage, comme une prière ou un requiem pour la Nouvelle-Orléans, la ville qui nous a offert la bande-son pour accompagner le 20e siècle" http://www.chrisyeager.com/z/suzanne/suzanne.htm