Blues en Loire Édition 2006

date: 27/8/2006
de: Pierrot Mercier

Une sacrée cuvée !
L'équipe du Chat-Musiques a réussi à faire encore mieux que précédemment malgré une météo incertaine (qui s'est révélée finalement bien plus clémente que prévue) et un pari assez fou (mais fort raisonnable financièrement) : n'inviter que les têtes d'affiche, seules, sans leurs groupes accompagnateurs, et les faire épauler par des talents bien de chez nous.

L'expérience avait déjà été tentée dans le passé mais à une échelle moindre (je me souviens par exemple de Lazy Lester ou Ray Sharpe). Rien que l'an passé encore John Primer était venu accompagné par Billy Flynn, Bob Stroger, Kenny Smith... Et Carlos Johnson précédemment était venu avec une formation complète. Tout cela a un prix. Qu'on n'est pas certain de récupérer d'ailleurs... (enfin Carlos en 2004 c'était plus qu'au centuple, nom d'un chien quel concert !) D'un autre coté, si on fait confiance a des gens qui ont l'habitude de jouer ensemble pour constituer une ossature bien solide et la mettre au service de l'invité, si celui-ci et ceux-là s'apprécient, si le contact est bon (et l'accueil charitois n'y sera pas étranger), si même on peut profiter de quelques concerts plus intimistes comme ceux organisés en cours d'année au Cellier pour roder la formule et si surtout, n'hésitons pas le dire, le répéter encore : ces équipes sont formées des meilleurs musiciens français de blues (et de non de blues français ;-), donc des meilleurs musiciens, quelles que soient leurs nationalités, on a toutes les chances de réussir.

Et c'est exactement ce qui s'est produit deux soirs de suite.

D'abord Wallace Coleman + (Stan Noubard-Pacha, Fabrice Bessouat, Thibaud Chopin et ... Franck Goldwasser, le plus américain des musiciens français) réussit à nous passionner pendant deux bonnes heures avec un répertoire pourtant assez classique et des enchainements tout aussi rituels (deux morceaux rapide, un lent, et re), là où quinze jours avant dans le même style un Magic Slim (pourtant accompagné de son groupe régulier) nous avait lassé. Il est vrai que Wallace est plus communiquant (même si son accent n'aide pas toujours à le suivre) que le vieux Morris mais bon... On lui reprochera quand même de n'avoir point pris le temps d'apprendre les noms de ses complices d'un soir (et de nous les présenter comme "guitar-player", "on drums" et "bass-player" ?-)). Petite bévue pas bien grave qu'évitera le second soir la superbe Carol Fran (il est vrai que la native de Lafayette a plus de facilités liguinstiques), au coté de son complice, l'inénarrable Leon Blue. En la voyant (et en l'écoutant aussi nous raconter ses bonnes (ou ses tristes) histoires) je repensais à certaines divas aux gloires passées que nous avions rencontrées sur d'autres scènes et qui nous avaient plus que consternés par leur absence totale de charisme... Avec elle au moins, pas cette vacuité, pas de jeu de scène artificiel, de gimmicks convenus. Une vraie présence, une humanité réelle. Avec (et grâce à elle), la classe (la Classe, même, majuscule) d'un Jean-Pierre Duarte au jeu jazzy, la ponctuation si fine (encore que d'un humour certain) des baguettes et balais de Simon Boyer, sans oublier (pourtant il était tapi dans la pénombre mais je réussis à deviner sa toque) l'efficacité du décidément indispensable bassiste Vincent Telpaert. Pas de doute, comme dit si bien Jean-Michel Borello, "le Blues nous est tombé dessus".

Et les premières parties donc ! L'épatante formation italienne Mama's Pit, emmenée par la présente, puissante et sensuelle (je cite le programme, je suis d'accord) Barbara Shenove, et ses tout aussi formidables musiciens (un léger bémol pour le style du batteur, un peut trop rock quand même, mais un gros plus pour le clavier) amorça la soirée du vendredi alors que FBI (French Blues Initiative) mit carrément le feu à celle du samedi.

On ne présente plus Vincent Bucher. Je crois bien en avoir parlé lors de son passage à Saint-Aignan où je le découvrais enfin de visu - le bonhomme a une sacrée présence, avec sa dégaine de rocker, voix et énergie à l'avenant. On connait bien ses musiciens attitrés (Jeremy Tepper et ses soli si inspirés à la Stratocaster, j'adore particulièrement son jeu country / Christophe Garreau à la basse / Manu Millot prenant la place de Marty Vickers à la batterie). On connaissait aussi la réputation de Franck Goldwasser (et on venait juste de le voir en sideman la veille) mais le mélange des deux ! La complicité et l'échange, tour à tour dans leurs répertoires propres ou se retrouvant pour des thémes communs, se sont transformés en une émulation incroyable. Franck en particulier, qui est, nous les savons, un bon chanteur (nous l'avions vu à Meudon par exemple) s'est surpassé dans ce registre (alors qu'on l'attendait avant tout à la guitare - il ne nous a pas décu pour autant de ce coté là !). Il y a eu des moments d'une énergie absolument incroyable. Un blues poisseux, rauque, brûlant, haletant, mais parfois retenu, murmuré, presque étouffé pour être mieux libéré ensuite WOOW!!! !

LE Concert du Festival !

Comme ensuite, je vous l'ai dit plus haut, Carole Fran et Leon Blue ont été superbes dans un registre plus feutré mais ô combien prenant, la soirée fut d'une plénitude rare.

Sera-ce la nouvelle référence ? En tout cas 2006 aura été une trés grande année !

Pierrot

PS: j'allais oublier de citer, parmi les concerts périphériques (en regrettant d'ailleurs d'avoir raté le duo Bourbon Street mais, par la faute de Wallace Coleman, c'était vraiment trop tard - on lui en veut un peu mais on s'en serait voulu de le quitter avant la fin), la prestation pleine d'énergie du Kevin Texas Band, fort bien suivi par le public de la Place des Pécheurs (encore un lieu magique, au pied des marches du Prieuré, où ils succédaient à Jeff Toto Blues) et surtout l'excellente surprise de Couleur Blues, groupe auxerrois constitué autour de la rayonnante Lucie Beauvoire pour offrir un blues funky fort propice à démarrer un festival de qualité sous d'excellents hospices. Comme il se doit, ils produisaient pour le concert d'ouverture dans le magnifique jardin des Bénédictins. L'assistance y était nombreuse et elle était ravie. Leurs arrangements sont extrémement travaillés. Tout ça est parfaitement en place. Quelqu'un m'a parlé de blues "classique" ce qui n'est pas mon avis sauf à comprendre par là que leur prestation paraisse un peu "appliquée" et manquant un peu de folie. Il faudrait juste que les accompagnateurs de Lucie (qui, elle, ne cache pas son plaisir d'être en scène), aient autant de présence qu'elle pour que notre joie soit totale. Ils ont déjà le talent, l'expérience aidant, l'audace leur viendra et ils se libèreront. Leur musique le mérite, vraiment.