Les Nightcats à La Charité

date: 8/10/2005
de: Jean-Michel Borello

Mes chers amis bluesophiles,

Alors, moi, sans vouloir me vanter, hé bien je suis allé voir Little Charlie and the Nighcats à la Charité, chez l'ami Fabien dimanche dernier. Enfin, Little Charlie, c'est beaucoup dire puisqu'il n'était pas là. Il a perdu son épouse le mois dernier et il n'était donc pas en condition de faire la tournée européenne prévue. Le groupe était mené par l'harmoniciste chanteur compositeur Rick Ezrin et il n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'embaucher Rusty Zinn, le grand Rusty Zinn, pour remplacer Charlie !

Je suis un fan de ce groupe dès la première heure (All the way crazy chez Alligator en 1986) Je trouve qu'ils ont tout ce qu'il faut pour être un grand bluesband d'aujourd'hui et qu'il serait quand même temps que plus de monde s'en rende enfin compte : puissance, créativité bien ancrée dans la tradition, compositions originales et intéressantes, présence scénique. Et en plus, ils sont drôles !

Le remplacement de Charly Baty par Rusty Zinn ne me semble pas avoir changé grand chose au son du groupe. Ils se sont par contre forcément plus concentrés sur des standards du blues ce qui n'était pas pour me déplaire ! Si ce sont devenus des standards, c'est parce que c'étaient de très bonnes chansons au départ ! Nous avons donc eu en seconde partie une formidable version de Help Me avec Rick terminant son solo avec l'harmonica planté dans sa bouche ! J'avais déjà entendu dire que Sonny Boy faisait ça (et vu des photos) mais je ne l'avais jamais entendu en direct. Ca produit son effet, vous pouvez me croire ! Car Rick Ezrin, en plus d'un grand instrumentiste et d'un excellent chanteur est un formidable showman, dans la tradition scénique d'Howlin Wolf/Sonny Boy. Je rêve à ce que les frères Cohen pourraient faire d'une figure pareille dans un de leurs films ! La rythmique était la même que celle de leur dernier cd, excellent au demeurant (Nine lives) John Ansen aux drums et Lorenzo Farrel à la basse. Puissante et élastique comme il faut. Au second set, je suis allé me placer juste devant Rusty Zinn, pour essayer de comprendre ses licks, tout comme je le faisais quand j'avais quinze ans ! C'est dire si ce concert m'a rajeuni ! Ce type a une science étonnante de tout ce qu'il y'a à faire pour accompagner un harmoniciste. C'est peut être ça qui m'a le plus intéressé, encore plus que ses solos, et pourtant !! Ce sont aussi des gens absolument charmants et ouverts qui se sont gentiment mis à la disposition du public pour discuter avec lui à l'entracte et à la fin du concert.

A propos du public, il a été remarquable de bout en bout. Et ça contribue ça aussi grandement à la réussite d'un concert. La salle (voûtée du 13° siècle), le son, tout était super. Et ça, c'est le résultat du travail que notre co-listier Fabien Guénot et l'équipe de la Charité ont entrepris depuis plusieurs années. Un festival annuel, modeste (par rapport à Cognac ou Cahors) mais de grande qualité et un concert par mois, ça vous forme un public ! Chapeau les mecs !

Pour revenir sur le débat qui secoue régulièrement LGDG, je ne pense pas que le blues ait vraiment besoin de grosses structures. Il restera toujours une musique marginale, n'intéressant qu'une infime partie de la population et c'est plutôt bien comme ça. Mais ces quelques-uns, il faut savoir les soigner, ne pas les décevoir pour qu'ils continuent à faire partie de la communauté. Et Fabien, là-dessus, est exemplaire.

Si on veut faire autrement, c'est à dire attirer les masses, on va y perdre notre âme et disparaître à moyen terme.

Jean Michel

Photos de Michel Bozzani sur le site Le Chat Musiques