Nuit des musicaines américaines à Tremblay

date: 14/1/2006
de: René Malines

Plus ça va, et plus j'apprécie le public "non spécialiste" par rapport au public "averti" (dont une partie seulement, soyons juste, est), lequel est de plus en plus blasé, critique, et, disons-le : snob.

Hier, grâce à l'équipe qui gère ces soirées à Tremblay en France et son programmateur Michel Remond, nous avons passé un long moment plus qu'agréable en compagnie de 5 formations de styles différents, 3 françaises et 2 anglaises, et toutes dignes d'intérêt. Mais si toutes ont été copieusement applaudies, ce sont les représentants du blues, le formidable duo acoustique Rag Mama Rag, composé des époux Ashley & Debby Dow, qui eurent droit à une véritable standing ovation en guise de rappel, petit évènement dont ils ne sont sans doute pas encore remis eux-mêmes. Ils m'ont avoué plus tard que c'était bien la première fois que ça leur arrivait en 15 ans de carrière ! Comme quoi, le public de Tremblay n'a pas besoin de connaître le nombre exact de doigt de Houndog Taylor ou la marque de sous-vêtements préférée de Willie Dixon pour reconnaître de la bonne musique quand il en entend.

Si tous les groupes ont été justement appréciés, c'est le combo Cajun/Zydeco mené par David Rolland (Doucemon' la vie, Stomping Crawfish, Doc Zydeco entre autres) au chant et aux accordéons diatoniques, look redneck appuyé, et notre Philippe Zydecophile Sauret au frottoir, avec aussi "Cajun Mat" Mathieu Canali (pour qui se souvient du groupe Legend) à la guitare et au chant, Gengiz Hartlap (ex Stomping Crawfish) à la basse et Fred Senejoux à la batterie, qui, après avoir pris possession des lieux à 2 heures du matin, s'est taillé le plus vif succès après le couple anglais.

Linda Jacob & The Road Riders, la formation country qui avait la difficile tâche d'ouvrir les hostilités, s'en est sorti haut la main. Excellente chanteuse à la présence scénique évidente, bien secondée par un guitariste dont la telecaster doit encore chauffer de son flat picking à la Albert Lee.

Si le Caraïb’art Gospel Club a fort bien débuté avec un Amazing Grace revu et corrigé dans une version originale entamée à capella dans le hall d'accueil pendant le break, la suite s'est révélée plus décevante avec le choix d'un répertoire de Gospel moderne trop orienté "mainstream", autrement dit très "variétés", et quelques couacs dans les choeurs malgré les bien belles voix réunies.

N'oublions pas Ola Onabule venu représenter la soul. Cet Anglais aux origines nigérianes est doté d'une voix époustouflante dont il se joue comme on a rarement entendu, quelque soit le style de musique considéré. Petit bémol cependant : si tout semble avoir été accordé à cet excellent artiste en termes de timbre, tessiture, profondeur, puissance, nuance, maîtrise, étendue, bref toutes les qualités possibles et imaginables qu'on puisse accoller au fait de chanter, son répertoire de soul moderne pèche par la richesse, tant mélodique que rythmique, nettement moindre que si elle avait été plus classique, ou disons-le carrément, plus sudiste, ce genre étant plus propice à une expression plus sensuelle est plus festive que le répertoire un peu musique d'ascenseur entendu hier soir. Dommage, car l'homme est réellement un chanteur exceptionnel.

Mais ne faisons pas la fine bouche : l'espace Jean-Roger Caussimon nous a une fois de plus gâté, et on a pu entendre plus d'une fois, durant les pauses, dire que L'Odéon à Tremblay peut se targuer de la meilleure programmation en musiques américaines de la région parisienne aux côtés du Club Lionel Hampton au Méridien. Ça n'enlève rien à la qualité de ce que peuvent nous proposer d'autres lieux tels le One Way ou le Club Drouot, mais il faut bien reconnaître que cette reconnaissance est amplement méritée.

Alors bravo aux artistes comme aux organisateurs, et à très bientôt pour une prochaine édition.

René