Découverte du mois : the Wood Brothers

date: 25/9/2006
de: Benoît Felten

Certains d'entre vous commencent à me connaître, dès fois je fais des achats impulsifs sur base de pas grand chose : la photo au dos d'un CD, la présence d'un musicien que je connais (ou non), un court extrait entendu au détour d'une borne Virgin.

Bref, l'autre jour, alors que je claquais mes derniers bons Gibert Jeune pour récupérer le nouveau Gov't Mule (bof), le nouveau Dirty Dozen Brass Band (yeah) et le nouveau G Love and Special Sauce (bof-yeah), je tombe sur un disque à la simple couverture verte d'une formation intitulée The Wood Brothers.

Le disque s'intitule "Ways not to Loose". Par curiosité je jette un oeil au dos, et je comprends que l'un des deux 'wood' concernés est Chris Wood, de Medeski Martin & Wood. MMW c'est un trio de jazz-rock assez avant-gardiste et dont, malgré des efforts répétés, je n'ai jamais réussi à écouter un disque en entier. Du coup, pourquoi acheter ce disque, me direz-vous ? Bonne question. Je sais pas. Le fait que Wood y joue de la contrebasse, sûrement. Pas grand chose de plus, on peut pas l'écouter.

Et bien je ne regrette pas l'achat. Ce disque est beau. C'est du blues matiné de folk, ou de la folk matiné de blues (selon de quel côté de la barrière vous vous tenez), c'est sobre, outre la guitare, la contrebasse et le chant on a occasionnellement un discret batteur ou quelques instruments en complément (banjo, etc). La voix d'Oliver Wood est pour beaucoup dans mon appréciation du disque. Elle est assez haut perchée, un peu brisée, émouvante, assez atypique. Elle est aussi belle et juste, ça ne gache rien. Le frangin contrebassiste vient agrémenter quelques refrains de choeurs à l'unisson ou en harmonie. Le jeu de guitare de Wood est sans fioritures, il y a d'ailleurs très peu de soli au sens classique du terme, tout juste quelques breaks instrumentaux ou ponts pris par la guitare ou, plus rarement la contrebasse. Ah, la contrebasse. Ce son moelleux, souple, fibreux... Je trouve d'ailleurs l'exercice assez génial considérant que Chris Wood est vraiment un jazzux pur jus. Ici, la contrebasse n'est pas en retrait, d'abord elle est assez bien en avant dans le mix, mais aussi, surtout, elle ne se cantonne pas à une rhythmique harmoniquement pauvre (ou simple, c'est selon). Néanmoins, ne vous attendez pas à des délires harmoniques non plus, simplement, elle enrichit fréquemment l'harmonie, casse ou altère parfois la rhythmique, et ça a l'air si simple, mais c'est simplement délicieux.

Bien que je dirais que l'album est, dans son ensemble, langoureux, il y a une bonne alternance de morceaux mélancoliques et de morceaux plus entraînants, bien que d'une manière assez relax. Un petit côté swamp sans le poisseux, peut-être, une musique qu'on imagine écoutée, voire jouée dans un rocking chair, ce qui n'empêche pas à l'occasion de taper du pied. Harmoniquement, les compos d'Oliver Wood ne se cantonnent pas au I IV V, ni même à d'autres grilles habituelles du blues, mais on est jamais très loin et je pense que les amateurs de blues s'y retrouveront totalement. Lyriquement, les textes sont sympathiques, avec un petit côté mélancolie post-moderne. Le morceau qui me fout le plus les frissons c'est Tried and Tempted, avec un lancinant rhythme menée par un petit grattement de guitare et la basse, et un texte assez triste sur la tentation amoureuse...

Bref, c'est un disque très très sympathique, et je le recommande chaudement à tous ceux qui aiment le blues acoustique et la folk, les musiques roots américaines, ils ne seront pas dépaysés. Vous pouvez écouter des extraits assez longs sur leur site web.

Ben