CD's "made in France"

Par Pierrot Mercier
9 octobre 2006
LGDG n°63

Hound Dog Song : Behind the Sun

Une galette reçue il y a longtemps, via un collègue méridional. Merci à lui. D'ailleurs, depuis, Ralf Agounizera & ses complices ont entamé une campagne de diffusion/promotion et on commence à voir fleurir quelques références à cet album de ci, de là (cahin-caha, euh… non !)
Le genre de travail qu'il faut prendre le temps de déguster et ne pas simplement mettre en fond sonore et penser à autre chose. Comme un verre de Tariquet à coté d'une Guinness, quoi, du subtil. Parce qu'une lecture rapide ferait passer à coté de plein de choses qui font que, oui, mmm, sur le goût de la langue tu retrouves tes repères et tu te dis : c'est ça... Pas une mise en scène compliquée, pas de production superlative, une vraie sincérité, dont l'évidence apparaît au fur et à mesure des écoutes. Alors voilà, j'ai traîné à parler de cet album, justement parce qu'il ne mérite pas un jugement abrupt. C'est tout sauf du rentre-dedans. Quand on lit que 13 mois de travail ont été nécessaires pour le produire et nous l'offrir, on imagine ce que ça peut représenter de répétitions, de réflexions, de remises en question pour arriver, en fin de compte, à cet état de fraîcheur, de limpidité, d'évidence. Nous tous avons espéré (et parfois récolté) ces instants de grâce. J'ai dans ma cave ou mon grenier (enfin quelque part) des kilomètres de bandes magnétiques, collection hétéroclite d'essais, d'hésitations, de reprises. Mis bout à bout (avec une patience dont je suis désormais bien incapable, c'est trop tard de toutes façons) j'arriverais éventuellement à en tirer quelques séquences disparates, un total finalement assez ridicule. Ralf et ses amis, loués soient-ils, nous proposent aujourd'hui un superbe assemblage de leur travail. J'entends par là (et le fait que cette production soit née au sein d'une région vigneronne expliquera sûrement mon propos) qu'on observe ici (puis déguste et apprécie) la rencontre d'influences et de styles variés mis tous au service d'une cause commune : LE Blues. Les reprises sont bien choisies et présentées habilement. Elles sont, littéralement, interprétées, c'est à dire que chacun a su y mettre son âme, n'a jamais copié mécaniquement (et servilement).

Les compositions s'insèrent en douceur dans ce mélange harmonieux. Le titre en français, seul des 12, (tel le Judas moyen ?), est là pour nous rappeler que nous sommes bien ce jour dans un endroit précis de la planète Blues, même si nous y parlons tous le même langage, au fond. Perdu ton âme qu'il se titre, et c'est très déroutant finalement car c'est "gagné" qu'il faudrait écrire !

La liste des titres alterne donc les reprises (Hound Dog évidemment, premier morceau de bravoure de Marine Guibert, You don't Have to Go, No More (You Gotta Move en fait), un Thrill is Gone très sautillant, Nobody's Fault but Mine (je mets juste un petit bémol sur celui là car j'ai en tête la version de Little Victor & Sophie K sur Cooking with Gas, la barre est un peu haute ! -;), Sweet Home Chicago où la chanteuse tient plus que sa place (et renouvelle d'ailleurs complétement le morceau) et des compositions bien dans l'esprit. Je citerais plus particulièrement Set me Free car c'est une bonne occasion de nommer Antoine Chuecos, l'harmoniciste, et Early Morning Blues, complétement roots et chanté en duo. L'album se termine par une version totalement détournée de Sweet Home Alabama, retitrée Sweet Dear Freedom avec des paroles entièrement réécrites (c'est pas plus mal, quand je parlais de fraîcheur...)

Sympa, vraiment.



Par Pierrot Mercier
15 décembre 2006
LGDG n°63

Hoochie Coochie Men : Radio Bullshit

Encore un groupe niçois...
Après OC Blues, révélations de l'an passé (et qui confirment cette année tous les espoirs qu'ils suscitaient), voici que le tremplin Blues sur Seine 2006 amène maintenant sous les projecteurs une formation fort proche, géographiquement et dans sa démarche.

La Gazette n'a cependant pas attendu ce mois de novembre pour les découvrir puisque dés le numéro 61 (l'hiver dernier donc, c'est pas hier), l'ami Rolf nous parlait avec émotion d'une certaine Nuit du Blues à Mouans-Sartoux où triomphèrent tour à tour ceux-là et ceux-ci.
Pour ma part, très enthousiasmé par ce que j'entendis lors de la présélection (au point de leur mettre une note confortable mais secrète ;-), je partis pour Mantes fort pressé d'entendre ce quatuor.
J'en revins, un peu déçu pour eux (mais non par eux, et bien que le prix de W3blues-radio soit une belle récompense quand même) mais réconforté par la possession (enfin) de leur précieuse galette.
Une première écoute dès le trajet retour fut suivie de plusieurs autres, puis de nombreuses autres encore avec un plaisir croissant.
En effet, comme OC Blues, comme les Reapers avant eux (que deviennent-ils au fait ?), les Hoochie Coochie Men ont un réel talent de compositeurs, de paroliers et surtout, d'évocateurs du Blues dans toutes ses formes. Là où certains, au mieux, font des reprises consciencieuses, au pire des transpositions peu scrupuleuses (j'ai reçu certaine démo où une Mustang Sally rebaptisée voisinait avec un Thrill is Gone - vraiment gone pas loin - certes joués tous deux fort proprement mais décalqués froidement), là où seul Mojo Band savait vraiment interpréter/réinventer des standards, ces trois groupes ont une capacité à nous faire redécouvrir toute la Musique que nous aimons, juste par quelques accords, quelques figures rythmiques, quelques sons, à peine quelques notes éparses. Ce n'est pas la partition qu'ils nous offrent, c'est l'esprit.
Là où OC Blues aligne ses cuivres, impeccables et arrangés avec goût, l'harmonica d'Eric Frèrejacques enjolive, épanouit, emballe le son des Hoochie Coochie Men. C'est dire qu'on se tournera plus facilement vers Chicago que Memphis, qu'on plongera plus volontiers dans les swamps mais qu'on fera aussi de nombreux détours, ici ou là, hier ou maintenant. Bien malin celui qui pourra définir d'un seul mot la musique de ce nouveau (je me comprends) gang azuréen. C'est comme si on disait qu'OC Blues Band c'est de la Soul et pas autre chose...
Les démarches des deux groupes se ressemblent fort, d'ailleurs, et il n'est que de lire les notes de pochette ou certains articles pour apprécier la réelle complicité qui rapproche ces deux équipes (on se traite volontiers de "frangins" d'un côté à l'autre de leur terrain de jeu).
Pour l'heure, en espérant qu'elle soit la plus longue possible, 12 titres à découvrir, écouter, redécouvrir. A cet instant précis j'écoute le huitième Loneliness is a skinny horse, savourant la brillance, la retenue et la nervosité tout à la fois du jeu de Richard Peyrichon (un phrasé, une respiration...) Mais ce pourrait tout autant être le dernier, Superordinary Men avec cette ambiance très '30 ou '40... Ou bien aussi le Yawnin' Blues paresseux (mais savoureux) chanté par le même Richard. Ou bien encore le titre éponyme de l'album Radio Bullshit (comme c'est qu'on dit), moderne, mais pourtant évident, comme tous les autres.
Le batteur est Charles Malnuit, auteur d'ailleurs 2 des morceaux cités ci-dessus (et qui assure les choeurs). Le bassiste est Fred Dormoy, il ne chante pas et n'écrit pas mais... wow, hein !
Si toutes les radios passaient ce genre de bullshit, quel bonheur !

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La Gazette de Greenwood N°63