Blues cocktails

Par Pascal "Paco" Martin
LGDG n°63


électrique

Cold Wednesday...

9 octobre 2006

hotdrink

Premier soleil d'hiver. Les bluesmen sortent leurs petites laines et se terrent au fond de leurs tanières enfumées (plus pour très longtemps ?) comme l'autre soir au One Way pour écouter les Double Stoned Washed. De leur nouvel opus et suite à l'écoute des quelques titres balancés sur leur site, j'ai vraiment trouvé que ce que je crois être leurs nouvelles compos passaient vraiment la rampe avec un je ne sais quoi de plus dans la mélodie et la progression dramatique au fur et à mesure du morceau. Ces mecs forment un bloc compact d'énergie sur scène, ça on le savait, mais en plus, celle-ci a gagné en concentration et puissance de feu grâce à tout ce qui fait la force de ce band... la voix et l'harmo de Lilian, le jeu de guitare sharp et le tandem basse-batterie ronflant derrière comme une salle des machines... le ventre de la bête. Bref, un superbe concert où l'on sent au compteur l'odeur de l'asphalte brûlé et des scènes martelées à coups de talons à même le plancher de tous les clubs où ils foutent le feu depuis des années. Et puis... hein, quand un seigneur comme Bill Hurley vous apprécie, ça veut dire quelque chose. D’ailleurs, pour ceux qui ne connaîtraient pas, essayez de dégotter son album solo Double Agent enregistré en 85. C'est à hurler (ouais là, je sais c'est facile) tellement c'est bon.
Sinon, n'ayant eu aucun retour, je me permets d'insister sur le mec dont j'avais parlé dans un de mes précédents messages, à savoir William Elliott Whitmore. Son dernier CD, Song of the Blackbird, tourne en boucle chez moi et il y a sur son site une interview du bonhomme qui vaut le détour. C'est à l'image de ses morceaux... intense.
Voilà ! Pour terminer et comme les premiers froids arrivent, une petite recette pour se réchauffer.
Ca s'appelle un "Négus n°11".
Tel qu'il est exécuté à la Closerie des Lilas par Claude, une pointure pour tous les barmen dignes de ce nom.
Par personne :
Versez dans un verre ballon
- 1 trait de cognac
- 1 ou 2 traits de sirop de sucre
- terminez avec du porto rouge
- ajoutez 2 tranches de citron piquées chacune d'un clou de girofle.
Chauffez à la vapeur avec un appareil à espresso ou avec un tisonnier brûlant (c'est évident qu'on a tous ça à la maison), comme cela se faisait. Sinon, chauffez le tout dans une petite casserole (ouf, sauvé...) Versez dans un verre qui ne craint pas la chaleur.
Santé et bonne soirée à tous.
Paco.

Tunesmith Retrofit

18 novembre 2006

Je suis en train d'écouter, tout en essayant d’en traduire les lyrics, le dernier Kelly Joe Phelps qui est sorti chez Rounder. Déjà rien que le titre Tunesmith Retrofit me pose un problème. Qu’est-ce que ce Retrofit-là ? Je cale grave. Sinon, le CD est sublime, une parfaite synthèse de ses œuvres précédentes, entre le très dépouillé Shine Eyed Mister Zen tout acoustique et le plus jazzy Slingshot Professionals où des pointures telles que Bill Frisell entre autres apparaissent sur quelques titres. Jetez une oreille sur Not so Far to Go et Cardboard Box of Batteries : sa guitare électrique... c'est de la vraie dentelle. De toutes façons, je verrai bien ça mercredi à La Java (105 Rue Faubourg du Temple). De plus, en première partie est prévue une chanteuse canadienne, Sarah Harmer, dont le seul CD que je connaisse est plus que prometteur.

Tunesmith Retrofit

Pour en revenir à Tunesmith Retrofit, deux morceaux en hommage à Dave Van Ronk et à Chris Whitley sont vraiment très émouvants. Je ne saurais d’ailleurs assez conseiller l'écoute du dernier Chris Whitley. Même si c'est parfois éprouvant à cause de la voix ravagée par la maladie, les morceaux sont sublimes jusqu’au bout et toujours aussi envoûtants quand on accepte l'univers de cet artiste. C'est sûr que les cloisons, il ne se contentait pas de les faire tomber, il sautait carrément à travers.

Autre coup de coeur, The Evening Call de Greg Brown chez Red House Records... un disque énorme (il doit en être à son quinzième, au moins) avec toujours Bo Ramsey à la guitare. Un très grand, celui-là, tout en sensibilité. Que ce soit pour la voix, les textes, les mélodies du premier et la guitare du second, on comprend pourquoi Dylan, Knopfler, J.J. Cale, Lucinda Williams et tant d'autres les citent comme référence.

Sinon, pour ceux que ça intéresse, un bouquin est sorti en édition de poche (10-18) dont le titre est La rivière des Indiens, de Jeffrey Lent. Qu'en dire, sinon que le grand Jim Harrison écrit sur la quatrième de couverture : "Mon vrai problème avec La Rivière des Indiens a été de déterminer si c'était un chef-d'oeuvre ou simplement un classique américain".

Voilà, dehors le ciel est idéalement gris pour que j'aille jeter à la poubelle les roses fanées du week-end dernier. Je déteste ça.

Bonne journée à tous.

Paco.

retour haut de page

Open Hours

Par Pascal "Paco" Martin
26 novembre 2006
LGDG n°63


STUPIDO... et on se dit que quelquefois il vaut mieux être sourd que d'entendre ça.

billie Dans les années 80, la grande chanteuse de jazz anglaise Sade affirmait avec le plus grand sérieux que Billie Holiday ne faisait pas partie de ses chanteuses préférées parce qu'elle chantait faux. Certains critiques à l'époque de Lady Day n'hésitaient pas à l'écrire aussi. Even the pétasses sing the Blues.
Lors de son premier passage à l'Olympia en 1960, John Coltrane s'est fait siffler par une partie du public pour les mêmes raisons. Mais comment Miles Davis avait-il pu engager une telle savate pour cette tournée ? Un an plus tôt Giants Steps enflammait les bacs. On devrait pas vieillir.

Bob Dylan à Newport avec le Band (franchement avec un nom de groupe pareil, ils ont aucun avenir dans la musique ces mecs) se faisait carboniser ou plutôt broncardiser (hé oui ! ce mot existe, je viens de l'inventer) par toute l'intelligentsia du Folk. Times are changing, no ?
dylan A Nashville, Kris Christopherson, Waylon Jennings et plus tard Steve Earle, Guy Clark et Townes Van Zandt pouvaient entendre grésiller le goudron et gueuler les poulets que l'on était en train de plumer à leur intention parce que, ce qu'ils jouaient... "c'était pas d'la good old Country Music, hein Ma’m ?".

Stevie Ray Vaughan n'a été qu'un autre guitar-hero de plus... un sous-Hendrix. Merde, j'ai pas du voir le bon sur la vidéo Live au "El Mocambo Club" de Toronto en 83.
Sur Luther Allison : "Il en fait beaucoup trop... trop sur scène... trop de disques... trop de Funk... c'est plus du Blues, mec". Celui qui m'avait sorti ça à l'époque commençait à se faire un nom en tant que guitariste. Le concert de ce soir-là, je l'ai encore en mémoire même plus de 20 ans après... comme la remarque de ce même musicien qui n'a pas hésité au cours d'une de ses gigs à lui rendre hommage en disant exactement le contraire. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

On entend tout de suite quand c'est un blanc qui essaie de chanter comme un black. Damned je savais pas que Tina Turner était sourde. Sinon pourquoi elle aurait éclaté de rire quand elle a vu pour la première fois Tony Joe White parce qu'elle croyait qu'il était noir, qu'il était en fait le compositeur de la chanson sur laquelle elle bossait en studio et qu'il n'était pas le livreur de pizzas ?
PS : je garantis l'anecdote mais ce pouvait être John Fogerty.

La country ne peut être chantée que par les blancs... hein, what you say ? Ray Charles.
L'art lyrique aussi ? Non... non je sais pas qui est ce Paul Robeson. Un boxeur certainement.
"Les Blancs sont les prédateurs de la culture noire." Phrase relevée dans un des multiples articles de Libé des années 70. Sur... Lieber et Stoller, Mort Shuman et Doc Pomus étaient de dangereux activistes racistes et antisémites du K.K.K., Steve Cropper et Duck Dunn des taupes infiltrées au coeur des studios Stax.

Les Red Devils de Lester Butler, dans une chronique de Rock and Folk, étaient traités de groupe de blues scolaire pour étudiants de campus américain. Décidément Rick Rubin n'a rien compris à la musique de ce pays. De Johnny Cash à Public Enemy ce mec était vraiment coupé de la réalité.
Brian Setzer, lors de son premier passage à l'Olympia avec les Strays Cats, s'est pris un boulon en pleine gueule par un bas de la banane qui considérait que c'était pas du vrai rockabilly. Après avoir repris ses esprits et le visage en sang il a lancé au public : "Bon ! ben, les mecs on va calmer tout ça..." avant d'enchaîner sur une version rageuse de Rock This Town.

Il parait que K-Led Bâ'sam aurait pu rafler le prix au tremplin de Mantes s'il s'extériorisait plus et communiquait plus avec le public. Sa personnalité est à l'image de ce qu'il joue. Pas le genre à faire un numéro de claquettes ou à sortir des lapins de son chapeau. Et pourquoi pas Otis Rush racontant une blague des "Three Stooges" ou d'Abbott et Costello entre Violent Love et My Love will Never Die ?
Christophe Becker des Bluetones est décidément trop grimacier et en a fait des tonnes à Cognac. Dans le genre sobre il valait mieux voir Eddy "the Chief" Clearwater avec Los Straitjackets affublés de leurs masques de catch. Et dire que je n'étais pas là quand Bobby Rush a hissé la grand-voile.
Et pour finir, Johnny Hartman s'est fait flinguer à l'époque parce que sa façon de chanter n'était pas celle d'un noir et qu'il trahissait donc ses racines. Coltrane (encore lui !) en enregistrant avec s'est aussi fait chier dessus parce qu'il ne respectait pas les canons de la "New Thing" en vogue.

Tout ça pour dire que pour moi les canons sont faits pour être déboulonnés et fondus, mais que ce n'est pas une raison pour raisonner... heu résonner comme des cloches. Sinon on va devoir couper les couilles à tous ceux qui se frottent au répertoire lyrique des castrats pour qu'ils soient crédibles.

Bonne soirée.

Paco.


retour haut de page


La Gazette de Greenwood N°63