Mrs. Etta Baker

(31 mars 1913 – 23 septembre 2006)

Par Patrice Champarou
26/11/2006
LGDG n°63

Etta Baker

Etta Lucille Reid, née dans le comté de Caldwell (Caroline du Nord), vient elle aussi de décéder à l’âge de 93 ans alors qu’elle portait assistance à l’une de ses filles victime d’une attaque cérébrale. Issue d’un milieu modeste mais totalement impliqué dans la musique, elle est initiée très jeune à la guitare par son père, amateur de blues et de chants traditionnels des Appalaches. Elle joue bientôt pour son plaisir, puis au sein du string-band familial où elle adopte le violon ; elle anime les fêtes organisées par ses collègues de travail à l’usine de Morganton, et recueille au coin des rues les maigres pourboires qu’évoque sa première chanson-fétiche inspirée par la version de Blind Lemon Jefferson, One Dime Blues. Instrumentiste avant tout, Etta Baker se singularise par un style de guitare typique du "Piedmont blues", d’une discrétion et d’une virtuosité comparables à celles de Mississippi John Hurt. Avec une attaque nettement plus incisive que celle d’Elizabeth Cotton, elle interprète des blues, des ballades et des pièces religieuses représentatives du Sud rural, ainsi que des chants traditionnels qu’elle accompagne au banjo en hommage à son père.

Il a suffi de quelques enregistrements réalisés "sur le terrain" durant l’été 1956, présentant tour à tour Etta, des parents, voisins et amis, pour que son jeu de basses alternées, occasionnellement en "knife style", soit considéré comme une influence majeure par une pléiade de guitaristes qui devaient s’inscrire dans la vague "folk" des années soixante, parmi lesquels Bob Dylan et Taj Mahal.

Mrs. Etta Baker, Family and Friends

Mère de neuf enfants, Etta ne revendiquera cependant aucun droit sur la publication de l’album Instrumental Music of the Southern Appalachians avant plusieurs années. Demeurant à l’écart de la scène, elle conservera son activité salariée jusqu’à un âge avancé, se consacrant à sa proche famille et à son potager tout en continuant de créer de nouveaux arrangements.

Il faut attendre 1991 pour que soit enregistré un premier disque sous son nom. A l’approche de ses quatre-vingts printemps, Etta accepte en effet de répondre aux sollicitations de ses admirateurs et intensifie son activité musicale, participant à plusieurs festivals et interprétant son répertoire devant les caméras. Source d’inspiration inépuisable pour les adeptes du fingerpicking, One Dime Blues est un album attachant et varié, qui pêche cependant par un sens de la métrique assez atypique. On trouvera la même fraîcheur, mais une plus grande rigueur à l’écoute des trois CD qui suivront : l’excellent Railroad Bill, Carolina Breakdown qu’elle enregistre avec sa sœur Cora (de cinq ans son aînée !) et l’ultime Etta Baker with Taj Mahal.

Reconnue par tous pour sa gentillesse et son dévouement, entourée d’une famille comportant plus d’une centaine de membres, Etta Baker déclarait peu de temps avant son décès qu’elle se considérait, en toute simplicité, comme la personne la plus heureuse du monde.

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La Gazette de Greenwood N°63