Tremplin Blues sur Seine 2006

Par Pierrot Mercier
12 novembre 2006
LGDG n°63

On va dire que les meilleurs ont gagné et on va en rester là... Quoique...

Quoique... on peut aussi s'intéresser aux autres, à commencer (logiquement) par Franck Blackfield à qui était confiée la difficile mission d'ouvrir les débats.

Pour ma part, j'ai trouvé la voix de Franck fort agréable, encore que plus typée country que blues (ou même country-blues ;-)) mais son jeu de guitare, certes fort convenable pour accompagner son chant, ne lui permettait pas de rivaliser avec son guitariste et échanger avec lui. On comprit d'ailleurs en les comparant que Jean-Noël devait être un talent fort demandé par ailleurs. Ironie du sort, c'est parce qu'il devait partir tôt pour une autre prestation que l'ordre des passages fut modifié au dernier moment. Nous savons depuis longtemps que la première partie est la plus difficile à assurer, on se rappellera par exemple que Nico Backton en eut la charge l'an passé et que la qualité de sa prestation était bien oubliée quatre heures plus tard au moment des délibérations... (Bref, on ne va pas refaire l'histoire, mais on peut en garder le goût amer longtemps)

Après ce démarrage en douceur, changement de climat radical avec l'arrivée des Mooonshiners. On peut même parler de douche écossaise pour faire une astuce facile sur les origines d'Alexx. Je m'étais interrogé avant de venir : « Je leur dis ou je leur dis pas ? - De jouer le règlement, c'est-à-dire d'essayer de faire entrer leur musique débordante d'énergie dans le cadre étroit d'un tremplin, de proposer du Blues, que du Blues et pas autre chose, même si ... » Finalement je suis resté fidèle à mon devoir de réserve. Je ne leur ai RIEN dit. Lionel m'a confié par la suite qu'ils s'étaient posé les mêmes questions et avaient décidé la jouer « Mooons » et non d'essayer de faire des figures imposées.

Le set a donc été énergique, endiablé et enrocké d'un bout à l'autre, même si le 3e titre, plus calme, a produit comme une éclaircie, l'atmosphère a changé, j'ai commencé à croire que, peut-être, en continuant dans la même veine... Mais l'orage est revenu. C'était puissant, c'était jouissif et c'était, selon moi et beaucoup d'autres, ... hors sujet. Mais quel panard quand même !

Changement de décor encore avec les Hoochie Coochie Men. Déjà repéré précédemment ce gang niçois aurait pu succéder cet année à l'autre, OC Blues, lauréat 2005. Les enregistrements reçus avec leur dossier de candidature donnaient fortement envie de les voir en action. L'étape, difficile, de la pré-sélection étant franchie, il ne restait à faire ... que le plus dur : convaincre un jury deux fois plus nombreux et n'ayant pas les deux mois d'été pour se prononcer mais seulement quelques petites heures, partagées entre 8 groupes. Il fallait donc faire efficace, précis et concis.

Je le dis comme je le pense : mes espoirs n'ont pas été déçus ; ils ont parfaitement rempli leur contrat. J'ai juste trouvé l'instrumental un peu trop long, surtout pour un groupe qui a deux chanteurs de cette qualité. Il aurait mieux valu, à mon sens, rester dans une unité de style tout au long des 20 minutes.

Comme j'ai pu me procurer un exemplaire de Radio Bullshit j'ai découvert a) pourquoi les démos envoyées avaient cette qualité (il s'agit des titres 1, 3 et 8 de l'album) b) que leur style pouvait être encore plus diversifié/riche. Je vous invite d'ailleurs à lire mes impressions sur cette production dans ce même numéro.
Selon moi, c'était eux les meilleurs, pour leur respect de ce que je pense être du Blues électrique, pour leur présence scénique et leur contact avec le public.

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Ah ces vainqueurs là (catégorie acoustique) je vais quand même en dire un mot. Parce qu'ils (Ian Giddey dit Barefoot Iano, et Mathieu Guillou, dit Mat, tous deux formant le duo Mat & Iano, maintenant renommé Mountain Men) nous ont mis LA claque (THE baffe).

Nous connaissions déjà Iano (de réputation au moins) mais son acolyte qui surgit du haut de ses montagnes pour révéler son talent sans prévenir... Une voix noire et un jeu de guitare Delta comme on en fait plus ! Une bonne tête pour aller avec (pour ne pas dire une bonne gueule). Plus un acolyte particulièrement sournois car d'un abord très neutre, chemise blanche, impec', l'air très digne et so british mais des pieds nus (d'où son surnom), des mimiques soudaines totalement incongrues et un humour dévastateur : « Bon, on va vous faire un morceau de Robert Johnson ... parce que lui, il n'en fait plus... ».

;-D))

[j'ai toute une collection de photos des deux zèbres, je vous en mets déjà deux pour la route]

Un petit mot en passant pour Weiss'n'Blues, la troisième formation acoustique. Je n'ai jamais fait l'exercice mais j'imagine que ce doit être quand même un beau plaisir, même si on a pas grand espoir, de profiter d'une belle salle et d'une assistance attentive. En tout cas c'est bien l'impression qui domine chez les différents groupes quand on parle un peu avec eux aprés (avant on n'a pas trop le droit, hein !-). Un tremplin, par définition, ce n'est pas fait pour les confirmés. Pour ma part j'apprécie vraiment de découvrir des groupes "en devenir" comme celui-ci en me disant que je les reverrai plus tard avec encore plus d'interêt et apprécierait comment ils auront alors gommé leurs défauts de jeunesse. Par exemple les enchaînements à parfaire et un chant à travailler (même s'il n'est pas facile de chanter assis, surtout avec un instrument comme le Weissenborn qui demande une grande attention. Avez-vous déjà entendu Claude Langlois chanter ? Non alors... rendez-vous dans quelques années, donc :-))

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J'ai pris qu'une seule photo de K-Led Ba'Sam qui est venu après et qui était beaucoup moins drôle. D'ailleurs je ne vous la mets même pas, na ;-p
J'ai pas aimé. J'aime déjà pas cette variété de ... Blues (on va dire que c'en est). Bon, quand c'est bien fait, ça passe (voir plus loin). Mais son set n'était absolument pas construit. Genre je bâcle trois morceaux et je me sers du temps qui m'est encore imparti pour présenter mes zicos, que chacun y va de son solo. Exactement l'erreur inverse des Bourbon Street une fois précédente qui avaient fait une entrée à l'américaine (le leader arrive une fois que tous les autres ont suffisamment chauffé le public) pour rater le seul vrai morceau complet tout à la fin des 20 petites minutes. C'est con parce qu'on était prêts ! Ben là, l'inverse : avant qu'on ait réussi à comprendre le propos, c'était fini. OK, Paco nous le dit par ailleurs : le gars n'est pas franchement extraverti - menfin quand même un petit effort de communication ne nuit pas. Venir précédé d'une flatteuse (et probablement méritée) réputation ne suffit pas à gagner le Tremplin, désolé c'est pas le jeu. Ou bien alors on note les pré-sélections et basta.

Les prestations bâclées ont quand même un interêt : elles laissent de la place pour les autres. Les Auxerrois de Couleur Blues auraient pu se hisser plus haut sur le podium mais ils n'ont pas encore, à mon avis, la maturité suffisante, surtout dans un contexte aussi difficile. J'avais fait lire le matin même à Lucie et ses amis mon papier sur La Charité, avec donc mes commentaires sur leur prestation là-bas. Ils en étaient contents et reconnaissaient volontiers que leur manque de présence scénique était leur principal défaut. On sent bien que les musiciens sont habitués à jouer entre eux et leur communication reste interne. C'est typique des groupes qui répètent beaucoup et ne jouent pas assez.[j'ai connu ça : un an pour mettre au point Dust My Broom et 2 minutes pour le vautrer] Avec l'expérience cela finira par se corriger, soyons en sûrs; quand ils auront tous la présence de Lucie ce sera un grand groupe, parce que musicalement c'est déjà au point. [je n'ai jamais réussi à bien caler Dust my Broom, par contre j'ai appris à sourire].

Lucie Beauvoire Donc, c'est décidément une constante à Mantes : le niveau de ce tremplin est particulièrement relevé. Quand on a réussi à arriver jusque là (ce qui n'est pas facile quand on est enfoui parmi 80 candidats), pour se défendre, il faut un sacré métier, d'autant que les conditions ne sont pas idéales. Attention : je ne veux pas dire que les musiciens soient maltraités ! Loin de là ! Le jury peut en témoigner : l'accueil du centre Georges Brassens a toujours été exemplaire. La salle est belle (surtout pour les vieux machins comme moi qui se rappellent les premières éditions, quand le tremplin avait lieu sur l'estrade dans le hall). La sonorisation fait des progrés, je n'ai pas relevé d'erreurs flagrantes cette année. Bon je parlerai de la lumière plus tard (on va pas se fâcher tout de suite). Non le plus dur, c'est la succession des 8 groupes les uns derrière les autres. Il ne reste pas vraiment beaucoup de place pour s'exprimer. Le moindre temps mort est pénalisant (surtout si le maître des cérémonies surveille son chrono). A ce compte-là, les plus aguerris s'en sortent mieux, en ajustant leur timing au petit poil. Tout ça pour dire que Natural Blues a fait un super boulot et a bien mérité sa place. J'ai cru comprendre que K-Led avait fait partie de ce groupe précédemment, sa prestation du jour explique donc parfaitement pourquoi il n'a pas gagné, alors que c'eut été logique. Personnellement j'avais moins côté Natural Blues (l'enregistrement de leur démo n'était pas fameux), la surprise a été bonne (même dans un style que me passionne pas). À noter l'excellent saxophoniste qui s'est transformé un guitariste juste le temps d'un solo (modulé avec le bouton de volume, ça donne un son de violon, sympa - mine de rien des petits trucs comme ça améliorent bien le spectacle).


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Pour finir je me fais l'interprète de tous les photographes présents pour demander qu'on fasse un effort sérieux pour l'éclairage. C'est vraiment trés difficile de travailler dans ces conditions. Comme il n'y a globalement pas assez de lumière on essaierait bien de travailler au flash mais il faudrait que les mômes arrêtent de tripoter les commandes de la boîte à fumée... Je veux bien qu'on encense, pas qu'on noie les officiants ou qu'on asphyxie les fidèles !-)

On y arrive, quand même, allez... Respectueusement dédié à François Berton 
(à moi d'être jugé)
Alors Maître, sont-ils beaux mes montagnards ?-)


La Gazette de Greenwood N°63