Pascal "Paco" Martin
photos: Jocelyn Richez
14 décembre 2006
LGDG n°64
Hier soir, Saint-Ouen avait des airs de Chicago et ça ne pouvait pas être
autre chose que du Blues. Tout y était. Deux heures avant le début du
concert, rien que la balance arrachait déjà grave et ce ne sont pas Arnaud
Fradin, Mister Tchang et son batteur qui diront le contraire. Accoudés au
comptoir, ils n'en perdaient pas une miette.
Il faut dire que Tre, tout de cuir vêtu et couvert de joncailles (il aurait pas fallu qu'il tombe à
l'eau… c'est direct au fond qu'il aurait coulé, autant s'acheter des
palmes en béton pour traverser la Manche), ne faisait pas semblant avec ses
musiciens. Je ne connaissais pas Fred Brousse mais son jeu de guitare,
tout en étant complémentaire de celui de Tre, n'est pas moins original
que son jeu à l'harmo. On sent derrière sa façon de
jouer une envie de se mettre au service de son leader tout en faisant le maximum
pour augmenter l'intensité du morceau. Il y a comme une sensibilité, une
volonté d'écoute et d'échange commune qui s'apprend seulement si on a en
soi de quoi l'exprimer. Quand à la rythmique composée de Luc Blackstone à la
basse et Ced' San Juan aux drums, elle ne les lâchait pas d'une semelle.
Bref, ça a donné un concert où les chaises, pour certains et certaines, n'ont très vite plus servi à grand-chose. Il y avait un fumet de juke-joint et il fallait voir Tre dans les derniers morceaux danser avec les dames présentes, une bande de copines divorcées regroupées au sein d'une association au nom tout indiqué de "Solo" (pour un concert !) et qui avaient réservé pour seize. Avant qu'ils s'en aillent, quand la première a débarqué et que Mister Tchang a su ça, il était fou de désespoir de devoir jouer ailleurs. Hé, hé... pour une fois, c'est nous les spectateurs qui allions profiter de leur agréable compagnie. Douce vengeance!
Sinon Tre est aussi un superbe chanteur dont la voix possède une charge
dramatique digne des plus grands hurleurs de la Windy City. Il faut dire
qu'il faut bien ça pour se frotter à son répertoire pétri de deep blues, de
soul mais aussi de funky moite à la manière de certains morceaux de Willie
King. Bref à la fin de la soirée, on était pas mal à être sur les rotules.
Encore merci à Jocelyn de m'avoir fait connaître ce prince,
et chapeau bas devant la technique de Virginie pour ce qui est de filer la banane au musicien quand celui-ci n'est pas assez expressif sur la photo.
Le Tre doit encore y penser.
C'est ce genre d'artiste que les festivals devraient plus souvent programmer. On peut aussi se demander pourquoi le One-Way n'était pas blindé de monde. Un concert de ce niveau dans une salle pareille... ça ne se zappe pas.
Paco.