Eric Von Schmidt

(28 mai 1931 - 2 février 2007)


Eric von Schmidt

Pascal "Paco" Martin
18 mars 2007
LGDG n°64

Eric von Schmidt faisait partie de cette mouvance bohème (j'évite volontairement le terme de "mouvement" en ce qu'il a paradoxalement, surtout en ce qui concerne le domaine musical, une connotation figée) qui a enrichi la vie artistique New-Yorkaise des années 60 et largement façonné, entre autres, les personnalités d'un Bob Dylan (avec ce caméléon, le pluriel est de rigueur) mais aussi, à distance, celle d'un Leonard Cohen quand il était encore à Montréal, d'un Phil Ochs dont l'oeuvre trop méconnue est un véritable diamant noir à l'image de sa vie, et également d'un Fred Neil.

Eric Von Schmidt est le fils de Harold von Schmidt, qui était un des illustrateurs renommés du Saturday Evening Post. Lui-même est devenu ensuite, parallèlement à sa carrière de musicien, un peintre reconnu qui a illustré entre autres nombre de pochettes de ses amis musiciens tels que Dave van Ronk, Joan Baez, Odetta et John Renbourn.

Blues von Schmidt

Il a grandi à Westport dans le Connecticut. Ensuite, de New York au Mississippi en passant par les Caraïbes, il a énormément voyagé, fait son armée, décroché une bourse qui lui a permis de partir étudier la peinture à Rome pendant un, et enseigné à Saratosa. Il affirmait que c'était en entendant à la radio, un soir sous la couverture, le chanteur Leadbelly qu'il avait décidé de devenir musicien alors qu'il était encore à l'université.
Dont acte, et apprentissage du répertoire de Woody Guthrie, Josh White et Sonny Terry-Brownie McGhee... Mais c'est durant l'été 1957, alors qu'il vit à Cambridge (Massachussets), qu'il découvre la scène bouillonnante de la "folk music" dont il s'affirme comme l'un des chefs de file. Dylan lui rendra hommage dans son premier album en introduisant Baby, Let Me Follow You Down, reprise d'un thème de Blind Boy Fuller. C'est également le premier disque de von Schmidt qu'on aperçoit sur la pochette de l'album Subterranean Homesick Blues, empilé sur ceux de Lotte Lenya et de Robert Johnson.

Au niveau discographique c'est assez impressionnant ! Si on excepte quelques singles dont on trouvera le détail sur le site de Stefan Wirtz, ainsi que l'excellente compilation Elektra intitulée The Blues Project sur laquelle il chantait Blow, Whistle, Blow accompagné par Tony Glover, la liste s'établit comme suit :

Pour ce qui est de sa présence en tant que "guest", il y a aussi du beau monde entre l'album de Geoff Muldaur Sleepy Man Blues en 1963, celui de Joan Baez en 1998 (sur Low Down Chariot), sa participation à l'harmo sur les enregistrements de Davis Coen (en 95), Washboard Slim, ainsi que Nanci Griffith.

Quant au nombre de fois où ses compositions ont été reprises... ça tiendrait dans un bottin.
Jackie De Shannon, Tom Rush, Bob Dylan en 67 reprenant Joshua, Geoff et Maria Muldaur, Paul Butterfield Blues Band en 1973 (Better days), Rosalie Russels en 1977, Hans Theessink en 1978 (encore Joshua), Howard Bursen en 1980 (super joueur de banjo, toujours Joshua), Gove Scrivenor en 1984 - allez sur son site et écoutez la voix et le jeu de guitare de ce type... pour moi une découverte - Brendan Crocker en 1989, Cypress Grove en 1990, Greg Kohn , Dave Van Ronk en 1994, Martin Simpson en 1995, Greg Kines, Peter Kean, Nanci Griffith, Jerry Jeff Walker en 1998, Chris Smither en 1999 (et dire que je l'ai raté à la Java, celui là...), Johnny Cash en 1999, Ramblin' Jack Elliot en 2000 avec Dylan, John Landford and Sally Timis en 2000 et Mother Vineyard's Jugband la même année.

Si je balance tous ces noms ce n'est pas pour faire du name-dropping mais, en recherchant des tuyaux sur le net, j'ai dégotté sur leurs sites de véritables pépites et je vous conseille d'aller y faire un tour à défaut de trouver leurs CD ou de les voir un jour sur scène. C'est sûr que pour Johnny Cash et Paul Butterfield, ça risque d'être dur.

Décédé le 2 Février 2007 à 75 ans, il ne pouvait plus chanter à cause du crabe qui lui carbonisait la gorge mais jusqu'au bout, il n'a pas baissé la garde, entre la musique et sa peinture. Un grand bonhomme.

Paco.

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La Gazette de Greenwood N°64