Blues in Chédigny
10e édition

de: Pierrot Mercier
date: 11 août 2007
LGDG n°65

les héros de Chedigny 2007 :
Roby Edwards & Gulliver Allwood
© Pierrot Mercier, 2007 Le petit festival tourangeau a commencé d’écrire sa belle histoire en 1998. Le succès est venu progressivement, culminant en 2005 avec 5600 spectateurs au total sur les 3 jours. Même si la formule a changé l’an passé - avec désormais non plus trois mais deux soirées Blues suivies d’une soirée cubaine, Chédigny est devenu et reste une référence incontournable pour les amateurs.

La Gazette vous en a parlé à maintes reprises (nous vous rappelons nos articles précédents en fin de page). Pour ma part, je suis tombé dedans en 2002 et je refuse d’en sortir !-)

En cette année célébrant la dixième édition, la programmation avait fait la plus belle part à des artistes qui contribuèrent aux succès des années précédentes. Cependant, pour que cet aspect commémoratif ne domine pas et que l’ambiance ne sombre pas dans la nostalgie pure, le plateau fut complété par quelques talents inédits ici. Ainsi de Louisiana Red et d’Eddie Clearwater qui vinrent découvrir cet endroit.

Disons le tout de suite, alors qu’on aurait pu croire que les 'anciens' s’abandonneraient à la facilité et que les 'nouveaux' leur voleraient la vedette, il n’en fut rien. Ce fut même l’inverse puisque les arrivants manquèrent de flamme alors que les habitués, qu’ils soient chanteurs (Earl Green, Ernie Johnson), chanteuses (Angela Brown et Zora Young) ou pianiste/chanteur (Kenny Wayne), donnèrent le meilleur d’eux-mêmes et gratifièrent leur public, pourtant conquis d’avance, d’excellentes prestations.

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Chedigny 2007 :
Louisiana Red
© Pierrot Mercier, 2007 Nous sommes donc arrivés vendredi en toute fin d’après-midi, juste à temps pour la prestation de Louisiana Red sur la petite scène («coté jardin»). Après avoir annoncé et rappelé à mes compagnons que c’était un bonhomme à ne pas rater, j’ai bien du reconnaître que globalement, ou ce n’était pas son jour, ou il avait mal vieilli (et plus le temps passerait et plus on regretterait de ne l’avoir pas connu jeune...). Tant qu’il est resté dans le blues campagnard, rugueux et simpliste, cela lui convenait. Quand il a commencé à monter le volume et à faire des effets sonores incongrus avec sa Stratocaster c’est devenu franchement rébarbatif. Un qui était bien à la peine c’est l’ami Jorg [Petersmann] venu accompagner au violon l’ancêtre et pouvant se demander légitimement pourquoi cette calamité était tombée sur lui. Les potes sont partis à la buvette, je me suis calé en contrebas de la scène en attendant que ça se calme. J’ai bien fait car la fin du set, avec une vraie guitare 'locale' à deux balles, fut beaucoup plus plaisante. Enfin de la musique de juke-joint (enfin je l’imagine comme ça, mais je n’en ai vu que sur Music Makers !). Le violoniste avait retrouvé des repères et la conclusion fut fort sympathique, ma foi.

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Chedigny 2007 :
Mat Todani, Earl Greene, Big Joe Turner
© Pierrot Mercier, 2007 Quelques portions de travers de porc plus tard nous nous sommes rapprochés de la grande scène («coté cour») alors que les discours d’usage venaient de se terminer et que le backing-group se mettait en place. Il devait d’ailleurs assurer la quasi-intégralité des deux soirées (seul Eddie Clearwater ayant amené ses musiciens) - quand même : une sacrée performance. L’incontournable Big Joe Turner prit sa place préférée (et bien assise) de bassiste (même que la sono elle était là pour rappeler que c’était LUI, le Boss) mais ne l’occupa qu’au début de la première soirée, laissant ce rôle au plus endurant (et plus véloce) Kim Yarbrough (même qu’il fallut ensuite un certain temps et même un temps certain pour déplacer l’ampli et le mettre _derrière_). Aux guitares nous retrouvions Dieter 'Jack' Jagiela. Soliste de Kevin Duverney, il nous avait régalés en 2005 mais ce soir il était cantonné à la rythmique. Le soliste serait donc une nouvelle fois Mar Todani ce qui promettait déjà un beau spectacle. Sur la gauche de la scène deux saxes : Gulliver Allwood et Roby Edwards. Un batteur (Rick Jones), un clavier (Lionel Haas) et here we go!.

Entrée à l’Américaine par un instrumental, annonce de la première vedette : Earl Green, vu ici en 2002 – il me semble que c’est le chanteur attitré de la Memphis Blues Caravan (encore qu’on ait du mal à en nommer précisément les bédouins). Comme souvent avec Big Joe aux commandes ça roule pépère. Répertoire convenu, distribution de solos par le Chef, pas vraiment de folie.

heroe of Blues-in-Chedigny :
Mister Roby Edwards !
© Pierrot Mercier, 2007 Sauf que...

Sauf que les saxophonistes commencèrent à dialoguer, s’interpeller, danser sur la scène, descendre dans la foule, traverser la place, monter dans les gradins (celui de face pour Gulliver, celui de coté pour Roby) et continuèrent à échanger les chorus avant de se retrouver, remonter sur scène et terminer leur duel, toujours sans sono, écroulés par terre. Ah un beau moment de délire, juste comme il en fallait pour réchauffer l’ambiance !

Chedigny 2007 :
Ernie Johnson
© Pierrot Mercier, 2007 Le public était maintenant à point pour accueillir Ernie Johnson, son impressionnante carrure, son magnifique costume de lamé or et surtout son charisme. L’avant-scène n’étant pas encore saturée de danseurs et de braillards je pris le temps de capturer les meilleures expressions de ce grand Monsieur.

Encore une petite pause et nous accueillîmes Zora Young et son «rentre-dedans». ‘Acrée bonne femme ! Elle pris le temps de parler avec le public, mis en valeur ses musiciens, particulièrement notre japonais qui rougit jusqu’aux oreilles (effet chromatique intéressant) en réponse aux démonstrations de la dame ! Seul problème mais de taille : le set n’était absolument construit, où s’il l’était au départ, comme put me le confirmer Dieter le lendemain, la feuille avait été égarée (comme le fut le clavier au passage ;-). Dommage, il y avait de l’énergie et la présence (et aussi deux soli du guitariste allemand, enfin !).

Pour conclure en beauté cette soirée l’excellent pianiste Kenny 'Blue Boss' Wayne avait tout à fait la pêche pour profiter au mieux de l’excellente section rythmique. Batteur et bassiste semblaient au meilleur de leur forme à cette heure avancée et firent groover l’ensemble avec un entrain non dissimulé (encore que Kim fut du genre taciturne – certes, mais diablement efficace !).

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Nous rentrâmes au gîte, saluant les lapins au passage (3 jeunes cette année à coté du tas de bois alors que le Jeannot de l’an passé traversait devant nous au virage précédent).

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Samedi après-midi, nous sommes revenus au village plus tôt mais restant prés du camping-car (notre QG itinérant) avant d’affronter la foule (nous avions bien fait d’arriver de bonne heure car le parc de stationnement commençait à se remplir). Le power-trio emmené par Henrik Freischlader s’entendait de loin. Pas désagréable d’ailleurs, avec un son hendrixien [eh oui, des trios y en avait aussi avant Stevie Ray] mais suffisamment fort pour qu’on ne s’empresse pas de courir vers l’enceinte.

Chedigny 2007 :
Michael Roach
© Pierrot Mercier, 2007 Par contre, Michael Roach méritait bien qu’on s’approche tout près pour déguster, entre autres, les ballades de Mississippi John Hurt interprétées avec une rare élégance, à l’image du chanteur, costumé, cravaté et chapeauté. Aperçue ici pour la première fois en 1999, sa silhouette figurait sur toutes les affiches du festival jusqu’en 2006. [pas terrible la 2007, entre nous]

Comme quoi, et comme je l’ai déjà dit précédemment, la (bonne) surprise peut venir des premières parties.

Pas trop de surprise en revanche avec la prestation d’Angela Brown, qui m’a cependant bien mieux plu [même : plus bien mieux plu !-] que lors de l’édition 2002 où le groupe qu’on lui avait offert ne convenait pas à son style ou à son répertoire d’alors. Cette année c’était plus vif, assez logiquement pour une première partie (alors qu’elle occupait la difficile dernière place lors de sa première venue). De forts beaux moments en particulier lors des soli inspirés de Roby Edwards, seul soufflant ce soir.

Il y eut des millésimes riches en guitares, d’autres en harmonicas, cette fois, pas de doute, c’était l’année des saxes !

Chedigny 2007 :
Eddie Clearwater
© Pierrot Mercier, 2007 Il aurait pu y avoir ensuite de belles parties de six cordes mais Eddie Clearwater manque désormais désespérément de souplesse, son jeu heurté n’a pas la magie qu’on aurait pu attendre. A noter qu’il fut bien meilleur sur les morceaux plus rock, où ses accélérations chuckberryennes restèrent bien réjouissantes, comme les échanges musclés et les superpositions de chorus qu’il effectua avec son guitariste (bien meilleur que lui d’ailleurs sur les plans bluesy). Seulement voilà, faute de choisir de style et, à force d’entremêler systématiquement les genres (lent/rapide, blues/rock) il finit, tel un Magic Slim bien décevant ici jadis, par provoquer plus de lassitude que d’enthousiasme. Fuyant les passages blues ou regrettant qu’il n’y ait pas plus de rock nous partîmes juste avant la fin.

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Le feu d’artifice venait couronner cette dernière soirée Blues pour la grande joie d’un public resté fort nombreux alors que nous étions déjà loin, partis retrouver nos lapins.

Pierrot, août 2007

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La Gazette de Greenwood N°65