Perpetual Blues Machine,
Brown Sugar, Big Ed Sullivan,
Blackberry & Mr Boo-Hoo,
Cisco Herzhaft, Sharrie Williams

au Sathonay Blues Festival

de: Philippe Espeil
date: 22 et 23 juin 2007
LGDG n°65

Perpetual Blues Machine Dans le beau parc municipal de Sathonay-Village, les Perpetual Blues Machine, groupe local, ont fait la première partie de cette première soirée du Sathonay Blues Festival. Leur répertoire restant très ancré dans le british blues boom et ses acteurs majeurs (Mayall, Korner, Clapton, Fleetwood Mac, ...), il me semble qu’ils ont maintenant tendance à s’en éloigner, pour proposer des choses nouvelles dont quelques compositions personnelles. C’est notamment le cas du chanteur guitariste, bien sûr, qui tout en assumant cette influence a à mon avis progressé vers plus d’authenticité. Avec un premier album à la clé, ce groupe est au fil du temps de plus en plus attrayant et a réalisé une agréable ouverture.

Brown Sugar Brown Sugar, soumis aux aléas des emplois du temps chargé de ses leaders (Fred Brousse et Sandra Mendengue) réalise quelques dates annuelles qu’il ne faut jamais manquer. Ce groupe est l’association d’une talentueuse chanteuse et d’un guitariste exceptionnel. L’un et l’autre ont encore confirmé leur notoriété en ces domaines et ce fut un réel plaisir que d’assister à ce spectacle qui ne cesse de se bonifier. Fred et Sandra n’hésitent plus à avoir un véritable jeu de scène, et le leadership de Sandra n’apporte qu’un peu plus de lattitude à un Fred pouvant alors se libérer sur son manche ou même à l’harmonica. Fred est alors formidable avec son style si personnel aux dix trous et sa verve jazzy-blues à la Gibson. Croyez-moi, ils sont à ne pas rater.

Big Ed SULLIVAN Enfin, la tête d’affiche était new-yorkaise en la personne de Big Ed Sullivan. Si l’épithète lui va comme un gant, il pourrait tout aussi bien qualifier le son et l’ampleur de sa musique. Assorti à l’habituelle rythmique Campello-Deaulne, Big Ed alterne les titres péchus et très rocks avec d’autres plus rock’n roll voire country-rock, un passif qu’il ne renie jamais. Le blues est ici dynamité et Big Ed utilise volontiers les effets sonores des plus inattendus aux plus spectaculaires. La petite échappée qu’il s’offre dans le public ne fait qu’échauffer un auditoire tout acquis à sa cause. Bref le show est énergique, américain dans toute sa dimension, et emballe un public resté assez nombreux et réceptif, prêt à bouger même aux alentours des deux heures du matin. Une nuit du blues qui ne demanderait qu’à se poursuivre.

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C’est sans doute pour cette raison qu’elle est suivie par une seconde soirée toute aussi prometteuse sur l’affiche que sur les planches avec Blackberry & Mr Boo-Hoo, Cisco Herzhaft, et Sharrie Williams.

Blackberry Les premiers ont tout de suite imposé leur style root, avenant, enthousiasmant dirais-je même, et comique. Quand ils jouent, vous ne savez plus trop si vous êtes en Louisiane à un barbecue improvisé ou dans un juke joint sur les rives du Mississippi. Sans doute un peu de tout ça. Blackberry est aux guitares, acoustiques d’abord puis électrique pour finir, toutes soumises au passage énergique du bottleneck. Mr Boo-Hoo se cache derrière un petit orgue à dix trous dans lequel il souffle comme un diablotin. Pour compléter le tableau, les deux compères chapeautés, assis chacun sur une chaise placée sur une petite estrade individuelle, tentent désespérément de faire avancer celle-ci semble-t-il en galopant à qui mieux mieux ; un boot stomping d’enfer. Blackberry et Boo-Hoo composent ainsi un duo des plus réjouissants, visuel et festif où se mêlent et s’entremêlent les rythmes de la Louisiane (à noter le passage à l’accordéon de Mr Boo-Hoo) et du Mississippi pour un opus de blues old-time recyclé avec goût.

Cisco Herzhaft Le Cisco suivant reste un peu dans le même registre puisque en acoustique, il remet en lumière des vieux standards du blues. Les classiques du genre y passent mais il faut bien reconnaître le grand talent de Cisco à les rajeunir et à se les approprier, en faisant des pièces d’interprétation tout à fait personnelle. C’est une façon originale de réentendre des titres éculés tout en en respectant l’esprit. A ce talent d’interprétation, il faut ajouter une technique remarquable de picking si bien que même en instrumental, Cisco Herzhaft serait excellent à entendre. Bien entouré (batterie, contrebasse), il accueille aussi son neveu David pour l’accompagner à l’harmonica. On est alors proche de la réunion familiale puisque notre Gérard ‘bluesfan’ national était dans le public, assis au premier rang, pour assister au concert.

Sharrie Williams Enfin, pour clore cette édition 2007, Sharrie williams, la diva du rockin’ gospel comme elle aime à définir sa musique, entrait sur scène à la suite de ses acolytes habituels, les Wiseguys. Ce groupe constitué autour des piliers que sont maintenant le claviériste italien Pietro Taucher et le jeune guitariste allemand Lars Kutschke. Au fil des ans, Pietro est toujours aussi volubile sur ses touches (ce soir-là l’une d’entre elles s’est même détachée du clavier – les guitaristes cassent bien des cordes) et parfait son jeu de scène. Quant à Lars, je le trouve maintenant plus intéressant que son prédécesseur James Owens, car plus maîtrisé, ayant remplacé un peu de sa fougue par un peu plus de feeling.

Le chant de Sharrie est toujours au top. Son charisme et sa capacité à communiquer avec le public sont des atouts qui lui permettent de mener son show comme bon lui semble. Elle passe d’ambiances émouvantes à d’entraînants gospels ou d’explosifs rocks. Si les concerts de Sharrie sont un contre-exemple de ce que peut-être l’ennui, il ne fait pas de doute que c’est ce qui sera une clé du succès de son tout nouveau DVD, un live au Bay-Car festival (près de Dunkerque) enregistré en 2006. Elle repassera longuement dans la région lyonnaise à l’automne, alors ne manquez pas ses prochains concerts.

Philippe, juin 2007

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La Gazette de Greenwood N°65