La Gazette de GREENWOOD
extrait du n°26 (Décembre 2000 )

Festival Blues sur Seine :
le blues c'est aussi des mots :
" Blues Story 1962 "

Ecrivain, ethnomusicologue et musicien, Gérard Herzhaft est un spécialiste national et international du Blues. Dans le cadre de Blues Sur Seine et parce que "le blues c'est aussi des mots", la bibliothèque de Mantes-La-Jolie a diffusé gratuitement sa nouvelle "Blues Story 1962" (grâce au parrainage de la SNCF qui a d'ailleurs assuré elle-même la distribution de 20.000 exemplaires dont une opération "commando d'hôtesses" à la gare Saint Lazare!) . Si vous n'avez pas pu bénéficier de ce collector, ne désespérez pas car aujourd'hui La Gazette de Greenwood vous permet d'avoir sur vos écrans (et donc d'imprimer) la version intégrale de "Blues Story 1962"!
1 - E-interview de Gérard Herzhaft |  2 - Blues Story 1962, version intégrale (et gratuite)


e-interview :
Gérard Herzhaft

La Gazette De Greenwood: Votre nouvelle " Blues Story 1962 " est inspirée d'un fait (très) réel : l'arrivée étonnante des bluesmen (étonnés !) pur jus sur le vieux continent pour participer à un festival. Eux qui se croyaient quasiment oubliés en dehors de leurs quartiers découvrent qu'en Europe ils sont considérés comme des demi-dieux par quelques fans. Faisiez-vous déjà partie de ces fans ou bien est-ce à l'occasion de cette tournée que vous avez découvert le blues ?

Gérard Herzhaft: Je faisais déjà partie de ces fans. J'ai "découvert" le blues à la fin des années 50/début 60. J'habitais alors dans le Nord de la France, au bord de la Manche. Avec mon frère Cisco, nous écoutions les radios britanniques et nous étions devenus des fans de Rock'n'Roll (Ricky Nelson) et de folk comme l'anglais Lonnie Donegan. Donegan reprenait beaucoup de morceaux de blues et je me suis mis à rechercher qui étaient les "auteurs originaux" de ces chansons que j'aimais tant. En Angleterre, j'ai rencontré pas mal de fans du même genre (dont certains sont devenus des musiciens célèbres) et j'ai commencé à acheter mes premiers disques de blues. Ces premières grandes tournées européennes ont été un grand choc pour ce petit noyau d'amateurs de blues que nous étions alors car soudain le mystère des disques (souvent des 45t sans photos) prenait un visage. N'oubliez pas que John Lee Hooker, Muddy Waters et même Howlin' Wolf étaient alors des gens relativement jeunes. Quantà Buddy Guy, Junior Wells ou Otis Rush, ils n'avaient pas trente ans! Les concerts ont toujours donné lieu à des rencontres en coulisses ou au bistrot avec les bluesmen et c'est ainsi que j'ai pu comprendre que si la musique était grandiose, c'était parce que les gens qui la faisaient - les bluesmen - étaient, avec leurs qualités et leurs défauts, des gens tout-à-fait exceptionnels. A ce moment-là, c'est avant tout cela - la vie des gens derrière la musique - qui m'a passionné.

LGDG: Dans cette histoire, on retrouve les personnages de vos précédents romans (*), tels le guitariste Catfish King et l'harmoniciste Little Amos, etc. Bien que fictifs, ils reprennent les traits de caractère de quelques bluesmen bien réels (dites moi si je me trompe !). Ne pas nommer les vrais héros " de la saga blues, est-ce une volonté du romancier (qui préfère une certaine liberté) ou de l'historien (qui ne veut pas froisser ou déformer l' image de certains) ?!

GH :D'abord, on peut faire une étude biographique ou historique à propos de personnages réels en s'appuyant sur des faits avérés, des recoupements, des témoignages mais on n'a pas le droit de mettre en scène des personnes contemporaines ou quasi-contemporaines dans une fiction. Or, mes trois romans - et particulièrement "Catfish blues" et "A Chicago, un harmonica sanglote le blues" sont de pures fictions. La plupart des romans que j'ai écrits sont des romans historiques qui obéissent aux règles du genre: s'appuyer sur des faits connus ou supposés pour une intrigue et des personnages totalement imaginaires. Le bon roman historique doit être vraisemblable. Cela ne veut absolument pas dire que ce que l'on raconte est vrai! Mes romans sur le blues - à l'exception de "Un long blues en La mineur" qui contient nombre de scènes autobiographiques - sont des romans historiques, et se déroulent à une période qui remonte maintenant à plus d'un demi-siècle. Ceci étant dit, pour construire mes romans, je me suis bien sûr inspiré des bluesmen que j'ai connus ou dont j'ai entendu parler, des anecdotes que l'on m'a racontées ou que j'ai lues, des situations que j'ai vues, vécues ou que l'on m'a rapportées. Mais, en final, il s'agit d'abord et avant tout de romans. Je dirais que 80% ou 90 % de l'intrigue et des personnages sont totalement imaginaires. C'est d'abord du Gérard Herzhaft.

LGDG: Pouvez-vous nous donner quelques clés ? Qui est qui ?

GH :Bien entendu, je me suis particulièrement inspiré de Big Joe Williams et Big Walter Horton pour Big Johnny White; de Muddy Waters pour Catfish King; de Junior Wells et Billy Boy Arnold pour Little Amos; de John Lee "Sonny Boy" Williamson pour Slender Bill et des frères Chess pour les frères Silverberg. Mais, encore une fois, il est tout-à-fait vain de chercher qui est vraiment qui. Muddy Waters que j'ai eu la chance de connaître était dans la réalité très éloigné du personnage de Catfish King de mes romans. Par bien des côtés, Muddy était un "tough guy". De même, le personnage de Slender Bill n'est que très partiellement John Lee "Sonny Boy" Williamson. Je me suis juste inspiré de son caractère jaloux, du fait qu'il adorait les bandes dessinées et des circonstances de sa mort. Mais dans mon roman, Slender Bill est un artiste vieillissant. Alors que Sonny Boy était un homme très jeune (à peine l'aîné de Muddy et le cadet de Howlin' Wolf!). Vous savez, ce dernier roman ("A Chicago, un harmonica sanglote le blues") est avant tout un roman sur l'immigration. Je crois que c'est un des très rares romans dont tous les personnages sont des immigrés. Je suis très heureux qu'il plaise aux fans de blues mais il a avant tout été écrit pour les jeunes que je rencontre dans les animations que je fais dans les collèges et les lycées. Amos est comme eux et, dans mon histoire, j'essaie de leur donner quelques clés pour surmonter leurs problèmes de jeunes immigrés: vous ne pouvez savoir où vous voulez aller que si vous savez d'où vous venez vraiment et pourquoi vos parents ont fait cet itinéraire.

Ce CD est une trouvaille de Pierrot mercier! LGDG : Le festival auquel les personnages de l'histoire vont participer pourrait-il être l' American Folk Blues Festival 1962 (dont voici la pochette du disque réédité en cd : "The Original American Folk Blues Festival" ( Polydor 825 502-2, enregistré à Hambourg en studio le 18 octobre 1962 ) ? Y avez-vous assisté ?

GH :J'ai eu cette chance et aussi celle d'assister aux AFBF suivants. Je ne m'en rendais pas compte à l'époque mais aujourd'hui qu'il y a tant de jeunes blues fans qui paieraient je ne sais quoi pour pouvoir avoir vu jouer et vivre des gens comme Muddy, Howlin' Wolf, Sonny Boy, Son House, Skip James, Sonny Terry etc... je savoure le privilège d'avoir été là lorsque vivaient encore tant de formidables bluesmen, d'avoir pu parler avec eux, d'être devenu l'ami de certains. Bien que cela ne me rajeunisse certainement pas! Et j'ai aussi de grands regrets: celui, par exemple, de n'avoir jamais vu Elmore James.

LGDG: Cette nouvelle a-t-elle été écrite spécialement pour Blues Sur Seine, ou l'aviez-vous déjà dans vos cartons ?

GH :Elle a été entièrement écrite pour Blues sur Seine. C'est Frederique Di Giovanni la directrice de la Bibliothèque-Discothèque de Mantes la Jolie qui m'a demandé d'écrire un texte tournant autour du thème "un festival de blues". J'ai préféré écrire quelque chose d'historique plutôt qu'une intrigue contemporaine. Je pensais que cela intéresserait davantage les gens, leur apporterait plus.

LGDG: Vous l'avez donnée à Blues Sur Seine, via la Bibliothèque de Mantes-La-Jolie, pour qu'elle soit tirée à trente mille exemplaires et distribuée gratuitement dans le cadre du festival, sur les lieux de concerts, dans le train, les magasins. Pouvez-vous nous parler des raisons de cette action originale ?

GH : Les circonstances de l'écriture de cette nouvelle? Nous avions avec David Herzhaft été engagés dans l'édition 1999 de Blues sur Seine pour un de nos spectacles "La Fresque du Blues" et l'après-midi j'avais rencontré des classes de Mantes la Jolie à propos de mes romans. Je crois que cela a bien plu aux organisateurs, notamment à la Bibliothèque qui m'a donc demandé d'écrire une nouvelle originale pour l'édition 2000. J'en ai cédé les droits d'exploitation pour deux ans à Blues sur Seine qui a donc décidé de l'offrir au public dans le cadre du festival.

LGDG: Avez-vous animé des ateliers d'écriture?

GH :Je n'ai pas animé d'ateliers d'écriture, c'est une chose que je ne fais jamais. Mais j'ai donc rencontré en 1999 des classes de Mantes la Jolie autour de mes romans sur le blues. Je fais souvent ce genre d'animation, autant d'ailleurs autour de mes romans blues que des autres. Les ados posent des questions sur les livres, sur moi-même, me "cuisinent" parfois, produisent une petite exposition ou créent une vidéo à partir de mes romans... J'essaie de répondre à leurs attentes, je dresse une rapide histoire du blues et je joue quelques morceaux. On m'écrit souvent par la suite, et parfois de façon très chaleureuse, pour me dire que l'on a apprécié ma venue et cela amène même des vocations. Evidemment, on ne m'écrit en général pas pour me dire si ma prestation a été un flop total! Mais, quand même, dans l'ensemble, mes romans blues ont un impact réel chez les ados (et aussi chez les adultes) si j'en juge par leurs ventes, les commentaires de la presse et le fait qu'ils continuent d'être régulièrement étudiés dans les collèges et les lycées.

Réponse de Jean Guillermo à la même question : Cette année, c'est l'écrivain algérien Mounsi ,chantre de l'immigration dans ses romans mais aussi grand amateur de Blues qui a animé l'atelier d'écriture avec son amie Ariane. Une dizaine de personnes sont ainsi venues un soir par semaine à la Bibliothèque en octobre et début novembre. Une première restitution de ce travail de création a eu lieu lors d'une soirée à la librairie La Réserve de Mantes la Jolie pendant le Festival, ponctuée de mélodies en français composées par Gérard Tartarini du groupe Bluesy Train. Les textes ont été affichés à la Bibliothèque.

LGDG: Avez-vous assisté à d'autres manifestations du Festival ?

GH : Non hélas. Quand nous sommes venus en 1999, David et moi, nous avons fait un aller-retour dans la journée car nous avions beaucoup de concerts et d'animations ici et là à cette période. Mais le contact avec le public et les organisateurs a été excellent et j'ai beaucoup apprécié le disque "Blues sur Seine" qu'ils ont édité.

LGDG: Quand La Gazette De Greenwood vous a demandé l'autorisation de diffuser " Blues Story 1962 " sur internet, vous-même et Jean Guillermo (président du Festival) avez été enthousiasmés ! Pourquoi ? !

GH :Je crois que c'est une façon de toucher encore davantage de gens. Et, sans vouloir vous flatter, la Gazette de Greenwood est certainement un des meilleurs exemples de site Internet français réussi. [NDLR: merci! :-)) ]

Réponse de Jean Guillermo à la même question : Parce qu'il devenait possible à tous les passionnés de Blues qui fréquentent le net et n'avaient pu participer au Festival, de nous rejoindre virtuellement.

LGDG: Entre l'époque racontée dans votre dernier roman et celle de cette nouvelle, il y a un trou de quelques années... envisagez-vous de le combler avec un nouveau roman ?

GH :Pour l'instant, je travaille sur un projet totalement différent et qui n'a rien à voir avec le blues. Ferais-je d'autres romans sur le blues? Je n'en sais rien. Vous savez, c'est mon éditeur - Le Seuil - qui m'a demandé d'écrire une suite à "Catfish blues" étant donné le succès commercial de ce roman et le fait que nous recevions beaucoup de courrier demandant ce que devenait Catfish King après qu'il ait quitté son oncle Eddie dans des circonstances mouvementées. C'est comme cela qu'est née l'idée d' "A Chicago, un harmonica sanglote le blues", même si au final, ce roman n'est qu'une suite lointaine du précédent et peut tout-à-fait se lire séparèment.

LGDG: Merci pour ces éclaircissements, et merci à vous, à Blues Sur Seine et à la bibliothèque de Mantes-La-Jolie pour le cadeau que vous faîtes (aux amateurs de blues) en nous offrant Blues Story 1962 !

propos recueillis par Olivier de Lataillade par e-mail du 28 au 30 Novembre 2000

(*) Romans de Gérard Herzhaft :

On peut citer aussi son travail considérable de compilation et de documentation pour les rééditions de Frémeaux et Associés (voir chroniques dans Travel in Blues)
Sans oublier les disques du groupe " Herzhaft Blues ", dont " HERZHAFT SPECIAL " (2000, chronique dans LGDG n° 21)







" Blues Story 1962 "
Version intégrale (et gratuite!)

Aujourd'hui, d'innombrables festivals de blues se déroulent un peu partout en Amérique et dans le monde, notamment bien sûr en Europe et en France. Mais le premier festival de blues américain, celui d'Ann Arbor, n'a eu lieu qu'en 1972. Dix ans auparavant, des promoteurs allemands, saisissant l'intérêt des Européens pour le blues et l'influence de cette musique sur le rock anglais naissant, avaient eu les premiers l'idée de présenter un aréopage de bluesmen à travers le Vieux Continent. Ces concerts légendaires ont fortement et durablement marqué tous ceux qui ont eu la chance d'y assister, l'auteur de ce texte inclus. Et pour ceux qui n'y étaient pas, étaient trop jeunes ou n'étaient pas nés à l'époque, ces tournées sont devenues des légendes, des rêves, des mythes.

Cette nouvelle, sous la forme d'une fiction, vous propose de revivre de façon fort réaliste l'ambiance en coulisses des débuts d'un des tout premiers de ces festivals.


La Gazette De Greenwood vous propose son supplément détachable!

Remerciements sincères à la Bibliothèque-Discothèque de Mantes-La-Jolie qui a commandé cette nouvelle "blues", imprimée et distribuée à 30.000 exemplaires avec le concours de Transilien SNCF.

La Gazette De Greenwood diffuse aujourd'hui cette nouvelle sur internet et vous souhaite une bonne lecture!


Lire "Blues Story 1962"

(disponible en ligne et téléchargeable au format "doc")

| retour Bibliothèque de Greenwood | retour Accueil La Gazette de Greenwood